
Environnement et discrimination raciale, frictions aux Etats-Unis

Le premier sujet est toujours ultra chaud aux Etats-Unis : le racisme et la lutte des Noirs pour l'égalité. Le second a pris une ampleur folle depuis un an : la protection de l'environnement. Les deux devaient bien finir par se télescoper. Le concept de » justice environnementale » , ou encore de » racisme environnemental » , déjà érigé en champ d'étude universitaire à part entière, investit désormais l'espace de la campagne présidentielle.
La sénatrice Hillary Clinton devrait incessamment déposer une proposition de loi créant des fonds spéciaux pour remédier aux graves problèmes environnementaux des populations vivant à proximité d'installations très polluantes : les Noirs ont 80 fois plus de » chances » que des Blancs de vivre dans les zones où la qualité de l'air est très dangereuse pour la santé. Ce texte en renforcerait un autre, également soutenu par la candidate, qui obligerait l'Environmental Protection Agency (EPA, équivalent d'un secrétariat d'Etat à l'Ecologie) à mesurer et atténuer l'impact sanitaire des centrales électriques, des sites de déchets, des cohortes de camions, des raffineries et de toutes les structures industrielles qui ont tendance à être concentrées dans les quartiers les plus défavorisés de l'Amérique.
En rendant compte début septembre de cette initiative d'Hillary Clinton, le New York Times Magazine ajoutait malicieusement cette interpellation d'un » environmental-justice activist » (comme on dit militant écologiste) : » OK, Barack Obama, tu vas entrer dans la danse ou bien laisser Hillary occuper la piste ? » Le mouvement pour une justice environnementale, dont les leaders sont afro-américains, considère que les minorités et les pauvres ne devraient pas plus souffrir de la pollution que d'autres catégories de population. » Le fait que vous soyez pauvre, que vous viviez du mauvais côté de la barrière, ne doit pas impliquer que vous ayez automatiquement la tête dans le trou » , s'insurge Robert Bullard, un sociologue basé à Georgia's Clark Atlanta University. Il est considéré comme le père de la justice environnementale, sujet sur lequel il bosse depuis 1978.
En mars 2007, Bullard a publié un rapport intitulé « Déchets toxiques et race, 1987-2007 : luttes fondamentales pour détruire le racisme environnemental » ( » Toxic Wastes and Race at Twenty, 1987-2007 : Grassroots Struggles to Dismantle Environmental Racism). Sommée de s'attaquer au problème, l'EPA a promis d'intensifier ses efforts, rappelant que depuis 1983, elle avait déjà attribué 30 millions de dollars à des associations locales à cet effet.
Et justement, il y a un mois, l'EPA a rencontré la National Conference of Black Mayors - NCBM, l'association des maires noirs, lui demandant ceci : la NCBM serait-elle d'accord si l'Etat exigeait davantage, en terme d'efforts anti-pollution, des installations industrielles situées dans les zones noires ? La réponse a été cinglante : » Pas question ! Un accroissement des réglementations environnementales et sanitaires dissuaderait les industriels de s'installer dans ces zones, quand celles-ci ont désespérément besoin de se développer économiquement. En outre, on ne veut pas ajouter un stigmate à un autre : ces zones, en plus d'être pauvres et polluées, seraient ensuite montrées du doigt comme incapables de respecter les normes assignées pour la qualité de l'air » .
Hurlements du professeur Bullard : » Compte tenu de la gravité des problèmes dans les villes dirigées par des maires noirs (…), on aurait espéré une autre attitude la part de la NCBM et des autres leaders noirs » . D'autres militants parlent de » position abominable » , accusant les maires de » se prosterner devant les industriels » . Le fait est que dans un pays où le droit d'entreprendre et de commercer sans entrave est mis sur le même plan que les droits de l'homme, le dilemme est difficile.
Cité par le New York Times, Daniel Doctoroff, adjoint au maire de New York pour le développement économique, expose crûment la situation : » Indépendamment de la propreté et de l'efficacité des sites industriels, il y aura toujours des choses dont personne ne voudra, et on doit pourtant trouver où les mettre » . Et de se demander ce que penseraient les contribuables si leur facture d'enlèvement des ordures, ou bien de traitement des eaux usées, venait à décupler parce la municipalité devait installer les décharges ou les stations d'épuration en centre-ville, là où le terrain est hors de prix.
En résumé, tout ceci n'aurait rien à voir avec la discrimination raciale, mais plutôt avec l'économie de marché. La semaine dernière, le Colorado Daily publiait ce cri de colère : » Hélas, il y a encore des gens pour réduire le racisme environnemental à une simple donnée économique, alors qu'il s'agit d'une violation flagrante des droits de l'homme. Ils considèrent que les industries polluantes se trouvent dans les zones pauvres parce que ce sont là que se trouvent les terrains bon marché. Ce ne serait pas du racisme : ce serait l'ordre naturel des choses ! »
Comme toujours aux Etats-Unis, lorsqu'une idée ou un courant de pensée commence à générer autant de débats, les universités lui dédient des espaces d'étude, des chaires d'enseignement et des diplômes, et les séminaires de formation se multiplient sur les campus. La plupart des spécialistes se trouvent dans les facs de droit, d'économie et de sociologie, d'histoire contemporaine, parfois de santé publique.
Quelques écoles d'environnement réputées tentent aujourd'hui d'élargir le champ de la réflexion. De nombreuses universités offrent désormais à leurs étudiants la possibilité de suivre, en sus de leur cursus normal, des » Environmental Justice Cultural Studies » : » Un domaine interdisciplinaire, touchant à l'environnement, l'histoire, le droit critique, les sciences sociales, l'ethnologie, l'histoire vue par les femmes ( » women studies » ), la géographie humaine, et toute autre forme de critique culturelle » .
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De
22H01 | 02/10/2007 |
Mouais.
On a connu un peu ce problème dans les banlieues. Mais on peut constater que ces points chauds sont redevenus huppés, et prisés par les bobos provinciaux qui cherchent à louer ou acheter. Du coup, inversement de tendance, la Seine-St-Denis notamment devient inabordable, et le deviendra plus encore au fur et à mesure que les entreprises reviennent s'y installer (Pantin par ex).
Donc, les Américains sont bien des fumistes soit dit en passant, car s'il venait à l'idée d'un Fantasia d'installer des centrales d'épuration ou de traitement des déchets dans les villes chicos, le prix du terrain au contraire tendrait à baisser. Ha, d'un coup la discussion perd de son intérêt non ?
Qu'est-ce qui tend vers la pauvreté, l'installation de zones industrielles, dont certaines sont polluantes, ou l'absence de perspectives ? Et si le problème de fond n'avait rien à voir avec la couleur de peau ? On est bien placés en France pour en parler …
Le racisme, c'est la tarte à la crème de ceux qui en vivent en le dénonçant.
De Hélène Crié-Wiesner (auteur)
Ecrivain, spécialisée en environnem... | 22H46 | 02/10/2007 |
Ouais. Allez donc dire ça aux blacks américains, vous allez voir leur réaction…
à Hélène Crié-Wiesner
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 09H09 | 04/10/2007 |
La gestion de Katrina et le long calvaire de New Orleans ont montré au monde entier l'hypocrisie d'une Amérique profondément raciste http://nouvellesociete.org/5124.html
Pierre JC Allard
De
00H37 | 03/10/2007 |
déjà le racisme est une pollution mentale qui fait énormment de déchets politiques qui sont loin d'etre recyclés en raison DE LA BETISE HUMAINE ! ! ! …rebelle
De
02H24 | 03/10/2007 |
Ces idiots d » Americains ils devraient venir voir comment la France fait de l « ethnic cleansing, pesticide-based, aux Antilles dites “francaises”.
De
05H34 | 03/10/2007 |
Interessant. Il suffit de lire votre article pour comprendre la supercherie de tout discours communautariste.
Tristes banlieues / tristes tropiques
Merci
De
08H37 | 03/10/2007 |
« un pays où le droit d'entreprendre et de commercer sans entrave est mis sur le même plan que les droits de l'homme », dites-vous (écrivez-vous serait plus juste…).
A mon sens, il serait plus juste d'écrire « un pays où le droit d'entreprendre et de commercer sans entrave est mis sur un plan supérieur à celui des droits de l'homme ». Mais les USA n'ont pas l'exclusivité de cette pratique, n'est-ce pas ?
Otto Naumme
De
10H52 | 03/10/2007 |
ok voilà 2 sujets très sensible outre-atlantique, en se qui conserne le communautarisme les US sont très loin de résoudre ce probleme qui engage leur principe fondamental, la liberté. ils sont très en retard socialement parlant, exemple vécu un blanc ne peut pas parler a un noir…
d'autre part si les US sont les plus poluant du jour au lendemain ils sont capable de devenir les leaders en developpement durable, si il y a interets commerciaux.
eux on la possibilité de reverser radicalement de mode de vie, alors qu'en europe quand on aura fini de débatre les boulversement climatique ne seront plus a l'ordre du jour. Honte au conservatisme.
De
11H18 | 03/10/2007 |
Et le prochain budget pour les guerre-guerres de « uncle SAM' ? ? ?
190 Milliards…(du foutage de gueule TOTAL…)
Combien d'hopitaux, ecoles, logements construitons avec une somme pareil ? ?
De Leclere gérald
paysagiste | 07H06 | 04/10/2007 |
Et dire que tout ça est pronné comme exemple par le nain et ses charlots. De grace, pitié, révèillez vous.
De Eric citoyen
"Casse ta tv" c'est ta seule chance... | 08H34 | 04/10/2007 |
Bonjour à toute et tous,
Il y avait le précédant KATRINA à la Nouvelle Orléans…
Abandonner la quasi totalité d'une ville et de sa population , un signal fort pour un pays dit civilisé !
Utiliser l'incarcération de la jeunesse noire comme système politique . digne d'une dictature !
Etre dans le top 3 des pollueurs de la planéte, Bravo !
Tout ça c'est bien , mais grâce à notre président bling-bling et à notre gouvernement con-con nous allons les rattraper.
Plus vite que prévu !
C'est dans notre ADN ga-ga !
Millions de Bésitos.
Eric Bloggeur Mulhousien
http://monmulhouse.canalblog.com/