Aux Etats-Unis, la bataille de la pince à linge a commencé
Les écologistes réclament le droit de faire sécher leur lessive à l'air libre pour limiter les rejets de CO2 dans l'atmosphère.

Le débat sur les cordes à linge fait rage aux Etats-Unis. Pour économiser de l'énergie, les partisans du séchage en plein air affrontent leurs adversaires au tribunal. Un homme a même été tué pour ça, par un voisin furieux. Les lois sur le sujet varient selon les Etats, qui tentent de clarifier leur législation sur les « wind energy drying devices » (« sèche-linge éoliens »).
Après les batailles citadines pour obtenir le droit d'élever des poules dans son jardin, le combat écolo du moment, aux Etats-Unis, porte sur la liberté imprescriptible du citoyen d'étendre son linge dehors.
Non seulement pour réduire d'environ 10% sa facture d'électricité -c'est dingue comme les Américains font tourner lave- et sèche-linge ! -, mais surtout pour diminuer son empreinte carbone, c'est à dire la quantité de CO2 envoyée par la famille dans l'atmosphère.
Pour l'avoir constaté moi-même, je peux témoigner de la difficulté d'une telle démarche. Le climat, déjà : au Texas, malgré une température de bête, l'air extérieur était si humide que mon linge, par précaution bien dissimulé aux yeux des voisins, se chargeait d'une sorte de moisissure malodorante en quelques heures. Et il n'y avait pas de place dans la maison pour les draps. Retour illico au sèche-linge.
Des ennuis avec les règlements de copropriété
Transplantée en Caroline du Nord, trouvant le climat parfait, j'ai sorti mon étendoir éventail dans le jardin. Une heure plus tard, deux voisines charmantes venaient l'une après l'autre frapper à ma porte :
« - C'est juste pour vous éviter des ennuis, parce que moi, ça ne me dérange pas : sachez que c'est interdit.
- Mais on ne voit rien de la rue !
- Oui, mais des autres jardins, derrière, on voit. »
Je n'en revenais pas ! Depuis, comme les poulaillers ont gagné leur bataille, des Caroliniens se sont sentis encouragés à demander une révision de cette législation sur les séchoirs. Lors de la dernière session du parlement au printemps, un projet de loi a été déposé, toujours à l'étude.
Tous les procès opposant pro et anti séchoirs extérieurs ont pour base les règlements des « private communities », des associations de propriétaires vivant dans des quartiers parfois extrêmement vastes.
Les lois varient selon les Etats américains
Un récent article du New-York Times précise que 60 millions de personnes vivent aux Etats-Unis dans 300 000 de ces quartiers. Lesquels, je précise, ne sont pas forcément des résidences pour riches, puisque des camps de « trailers » (caravanes sédentarisées ou maisons mobiles) sont inclus dans ce chiffre, et définissent le même genre de règles.
Les séchoirs extérieurs ont toujours été légaux en Floride et en Utah. Au cours de la seule année 2008, le Colorado, le Vermont, le Maine et Hawaï ont galement autorisé les habitants qui le désiraient à outrepasser les règlements de leurs quartiers, du moins quand il s'agit de préserver l'environnement. En 2009, en plus de la Caroline du Nord, des projets de loi analogues ont été déposés au Maryland, en Oregon et en Virginie.
Les arguments des refuzniks des cordes à linge ? La « pollution visuelle » des sous-vêtements agités par le vent, bien sûr. Et la crainte de voir la valeur de leur maison dépréciée par cette atmosphère populaire et sans classe, l'idée de pauvreté étant associée au linge qui flotte. (En France, pour cette même raison, des règlements de copropriété bannissent le linge sur les balcons.)
Le conflit de voisinage se termine par un coup de fusil
Mais l'argument massue, celui qui pèse le plus lourd dans les tribunaux, et que les avocats ne se privent pas de brandir à tout bout de champ, est le suivant : toute loi étatique autorisant les citoyens à s'affranchir d'un règlement de copropriété diminue le droit de propriété lui-même. Et aux Etats-Unis, c'est grave. Cela peut remonter en Cour suprême.
En juillet 2008, un homme a pris son fusil à Verona, dans le Mississipi, et a carrément tué son voisin qui étendait du linge dehors. Le meurtrier a dit à la police qu'il « en avait plus que marre de répéter, depuis un an, qu'il ne voulait pas voir ça sous ses fenêtres ».
Pour le documentariste britannique Steven Lake, ce fait-divers américain a été une révélation. Lake est en train d'achever le montage de son film, « Drying for Freedom » (jeu de mot sur sécher/drying) et mourir/dying pour la liberté), qui sortira en mai prochain :
« A première vue, accrocher du linge, c'est une chose futile. Pourtant, ça ouvre sur des questions comme les droits de l'individu, la propriété privée, la classe sociale, l'esthétique, l'environnement. »
Une pince à linge, ça ne sert pas qu'à fermer un paquet de chips
Le film est déjà popularisé par un site web très militant, et aussi très populaire, Project Laundry List, fondé par l'avocat Alexander Lee, lequel disait au journaliste du N-Y. Times qu'il allait y avoir du boulot pour changer les mentalités :
« La plupart des enfants de ce pays ne connaissent même pas l'usage d'une pince à linge. Ils croient que ça sert seulement à refermer les paquets de chips. »
En ce qui concerne notre linge à nous, on a trouvé un compromis : en fermant par des moustiquaires l'appentis sous notre balcon à l'arrière de la maison, nous pouvons tirer des cordes à linge. Ni vu ni connu.
Nous les dévoilerons peut-être le 19 avril, décrété « National Hanging Day » (jour national de l'étendage) par les militants américains de la corde à linge.
Photo : une corde à linge (Soylentgreen23/Flickr)
- 37014 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque























7
De ClaireChar
17H03 | 04/11/2009 |
Alors je voudrais pas paraitre médisante mais est ce que tous ces gens savent qu'il y a également une troisième voie,somme toute très efficace non polluante tant écologiquement que visuellement, c'est de faire sécher son linge chez soi dans sa maison?
je vous assure ça marche très bien aussi
Je mets évidemment un bémol à ceux vivant dans une caravane oùlà il me semble qu'une exemption pour faire sécher dehors s'impose en revanche pour tous les autres, faites sécher ça chez vous comme le reste du monde!
De Lemmy_Nothor
Fils de .....zazou | 17H18 | 04/11/2009 |
Les plus malins se font installer des "cordes à linge" verticales....
De Chamaco
Dans l'ombre | 17H25 | 04/11/2009 |
je me permets de dénoncer fermement la publication d'une photo qui tend à promouvoir l'utilisation de pinces à linge en plastique beaucoup moins écologiques qu'en bois !
De Enki
Alchimiste | 18H13 | 04/11/2009 |
Il est relativement aisé de concevoir un séchoir solaire à moindre coût.
Une structure amovible est envisageable qui serait une sorte de tente dépliable, avec une face sombre de captation de chaleur au sud et sur le dessus, et une face de déperdition au nord et en dessous, telle un textile aluminisé. Une double paroi améliore la circulation de l'air pour éviter de favoriser les acariens.
Un bouquet de lavande pour assainir et faire plaisir à Pseudo...
La condensation provoquée par la circulation de l'air en circuit fermé s'évacuerait par écoulement, les teintes seraient protégées des UV, le linge de la pollution et de la pluie, et les voisins puritains des petites culottes.
Le mieux étant de l'intégrer, en dur, à la conception de la maison.
De Juggernaut
intello précaire ? | 18H17 | 04/11/2009 |
J'adoooore cet article, parce qu'il me permet de rappeler un point essentiel : la maison individuelle est une aberration écologique.
Même bien isolée, le coût écologique de construction, le surdimensionnement de la maison, ses problématiques d'isolation thermique sont anti-écologique au possible. mais si ce n'était que cela ! le fait que chacun dispose de ses 200 à 500m² d'herbe à chat privative, plus la surface de la maison elle-même, conduit à la création de quartiers s'étalant sur des surfaces démentielles...
Autant de surface qui ne sera pas utilisé pour créer des parcs, des forêts ou des cultures, qui sont des pièges à carbone naturel et tout simplement des endroits ou il fait bon vivre et se balader !
Autant de surface qu'il faudra goudronner pour créer des trottoirs et des routes pour permettre à nos riverains épris d'écologie polluante
Autant de trajet en voitures ou motos pour aller travailler, se balader ou sortir le soir qui consommeront autant d'essence... oui, parce que sur des quartiers résidentiels étalés, le bus est rarement une solution rentable, le tram ou le métro étant proscrits d'office.
Vous voulez être écolo, vraiment ? plutôt qu'un pavillon de banlieue de 5 pièces + jardin à 5min de la ville, prenez un petit F3 en ville à proximité d'une bouche de métro ou d'une ligne de bus ! et pensez à faire du lobbying aux réunions de copropriété pour faire installer le double vitrage !
Ca compensera largement le sèche linge que vous faites tourner une fois par mois pour sécher les draps difficile à étendre dans le salon !
De VinceDeg
étudiant | vincedeg.nolizard.org | 19H00 | 04/11/2009 |
Le 28 août, jour de mon arrivée à Washington DC, mon cousin m'annonce tout de go, comme si c'était parfaitement naturel, "bon ben si t'as du linge, vlà la machine à laver, la lessive et le séchoir". Le choc. Ah, oui, maintenant je me rappelle de l'existence de ces machines là et de la possibilité de les trouver chez les particuliers : retour à une certaine civilisation... Je venais de faire dix mois de voyage à vélo en amérique latine, fini quelques jours auparavant à peine à Santiago de Cuba, et je m'autorisait un petit détour par les USA pour voir de la famille.
Il faut dire que de ce que j'en avais vu du sous-continent, les machines à laver et encore plus les séchoirs étaient chose rare à domicile. De façon générale, l'écrasante majorité des gens, en comptant la classe moyenne, étaient trop pauvres pour en avoir, et les riches avaient souvent à disposition des pauvres pour laver à la main, la main d'oeuvre coûtant moins cher qu'une machine...
Pour ma part, à part les fois ou posé dans une ville, par flemme, j'envoyais mon linge à la laverie, c'était le séchage qui était problématique. Je pouvais bien laver à la main mes rares vêtements, mais je devais alors prendre un jour off pour les sécher. Du coup, la solution a été par moments le simple étendange roulant sur porte-bagages : avec le vent du pédalage, le procédé était relativement efficace. Mais à vrai dire, à cause de ce problème de séchage, je portais plutôt mes vêtements plus de jours de suite que ce qui eut été décent.
En tout cas, le fait est que, arrivé aux États-Unis, je n'avais pas eu l'occasion d'approcher de si près un séchoir depuis des mois, et que cette machine a matérialisé pour moi la différence de niveau de vie entre pays du nord et du sud, la débauche d'énergie, de matière, de moyens de production qui semblaient parfaitement normal d'avoir pour certains à domicile tandis que d'autres n'en envisageaient même pas l'existence...
Retour à Paris. Aujourd'hui, je me suis lancé dans une épique lutte de droit au séchoir face à l'administration de ma résidence. Je vous explique : ma résidence étudiante est séparée en deux bâtiments, chacun d'un côté du périphérique. Or il n'y a de laverie que dans un bâtiment. Situé pour moi de l'autre côté. Une fois traversé le périphérique par une passerelle avec mon sac à linge (opération à renouveller lors de la translation entre machine à laver et séchoir), il faut voir qu'il n'y a que trois machines à laver pour 750 résidents. Et deux séchoirs. Le temps de cycle de fonctionnement des séchoirs étant le double de celui des machines, vous comprenez tout de suite le problème. Ce n'est pas pratique d'étendre son linge dans une chambre de 9m2 dont les fenêtres sont bloquées pour éviter les suicides. Bon. J'ai reccueilli les doléances de mes co-locataires. Je vous tiendrais au courant. C'est pas gagné. A quel niveau de militantisme étudiant on est réduit, hein, au XXIème siècle.
De Yvon le Zébulon
L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 19H43 | 04/11/2009 |
[ « A première vue, accrocher du linge, c'est une chose futile. Pourtant, ça ouvre sur des questions comme les droits de l'individu, la propriété privée, la classe sociale, l'esthétique, l'environnement. » ]
¤ C'est vrai, mais cela donne aussi la possibilité à tous de prendre conscience de visu de la réalité du réchauffement climatique en cours.
- S'ils cessent d'utiliser des séchoirs gros consommateurs d'énergie, la planète rerouvera ses températures d'antan, et tout le monde sera content...
...tout le monde sera content,......sauf celles qui ne voudront plus s'habiller comme dans le temps !
- il fera forcément un peu plus "frais" le matin....il faut bien se le dire !
* VIVE LE RETOUR DE LA CORDE A LINGE SUR LE GAZON !