
Etats-Unis : la nouvelle juge suprême plaît aux écolos

Juge à la Cour suprême, c'est plus important que vice-président pour la vie quotidienne du pays. Sonia Sotomayor, qui vient d'être nommée par le président Obama, déplaît aux conservateurs, ravit les féministes, et, même s'ils se tâtent encore, semble contenter les écologistes.
Aux Etats-Unis, quand une personnalité est pressentie pour un poste important, on étudie à la loupe son « record », son dossier, ses antécédents, ses impôts, l'usage de sa carte de crédit, sa vie sexuelle et j'en passe. Sotomayor n'y échappera pas durant le processus de confirmation par le Congrès.
Elle est femme, hispanique et réputée de gauche. Venant d'un milieu social très pauvre, elle est un exemple motivant pour les jeunes. C'est une juriste exceptionnelle. Ses arrêts ont montré qu'elle soutenait la liberté des femmes à décider de faire ou non des enfants. Qu'elle était sensible aux droits des minorités.
Mais qu'est-ce qu'elle y connaît en droit de l'environnement, hein ? Par le passé, quand elle a eu à juger des cas opposant des industriels à des environnementalistes, quels ont été ses arrêts ? La question est d'autant plus importante qu'elle va remplacer un juge doté d'un bon bilan juridique aux yeux des écolos.
Le prix du poisson sur le marché
Il se trouve que Sonia Sotomayor a joué un rôle-clé dans une affaire que j'ai suivie. Pour faire vite, je plagie ci-dessous un de mes papiers paru dans Politis. Cette histoire donne une idée des opinions de la dame quand il s'agit de bien et de santé publics.
Le 2 décembre, les neuf juges de la Cour suprême des Etats-Unis ont été saisis d'un cas d'école soumis par les compagnies électriques. Celles-ci leur demandaient -en gros- d'évaluer le prix des poissons et du plancton décimés par leurs 550 centrales réparties sur le territoire américain.
Aujourd'hui, les centrales électriques sont tenues « d'utiliser les meilleures technologies disponibles » pour minimiser leur impact sur les ressources en eau. Si les centrales modernes utilisent relativement peu d'eau pour se refroidir, les vieilles installations sont dévastatrices pour la faune et la flore aquatiques. La question était donc de savoir si ces dernières doivent procéder à des travaux de rénovation.
Les compagnies disaient que ce serait trop cher. De fait, sous le règne de Bush, l'Environmental Protection Agency (EPA, ministère de l'Environnement) les a autorisées à passer outre « quand elles peuvent prouver que le coût de remise à niveau serait plus élevé que les bénéfices attendus ».
Quels bénéfices ? Rien de plus que des plans d'eau plein de poiscailles en bonne santé, qui profiteraient aux pêcheurs amateurs et professionnels, et aux touristes. Fi donc ! Combien vaut un kilo de poisson à l'aune d'un mégawatt indispensable à la vie économique d'une nation ?
Pour une poignée de poissons
Les environnementalistes ne sont pas des thons en matière d'économie, ils savent tout cela. Mais ils refusent que la loi sur l'eau soit appliquée selon la règle basique de la comparaison coûts/bénéfices. A quoi les avocats des électriciens rétorquaient jusque là :
« Si vous ne pouvez pas fournir quelques analyses coûts/bénéfices sur ce sujet, la perspective de dépenser des millions de dollars pour sauver une poignée de poisson est tout simplement absurde. »
Ces dernières années, les électriciens ont localement perdu tous les procès intentés par des associations environnementales et par plusieurs Etats. Le coup de grâce semblait avoir été donné par le jugement de Sonia Sotomayor, en 2007, lors d'un appel devant la Cour fédérale.
Sotomayor avait estimé que l'EPA ne devait en aucun cas se baser sur une analyse coût-bénéfice pour décider des technologies de refroidissement de l'eau à imposer aux industriels, mais bien suivre l'esprit du Clean Water Act (loi sur l'eau). Lequel avait voulu, rappelait-elle, garantir « le bénéfice environnemental » en toutes circonstances.
Pas découragés, les électriciens avaient soumis le cas aux neuf super-juges, dont sept ont été nommés par des présidents républicains. En avril, ils ont appris qu'ils avaient gagné : la règle des coûts-bénéfices s'appliquera désormais au champ de l'environnement (lire l'article triomphal du Wall Street Journal).
Une juge qui s'y connaît
Jamais auparavant la Cour n'avait été consultée sur ce sujet, la jurisprudence est donc d'importance. Toutes les futures législations en seront affectées. Cette affaire montre à quel point le rôle de la Cour suprême est crucial.
D'où la satisfaction des associations environnementales de voir y arriver une juge qui, au moins, « comprend quelque chose au sujet ». Jay Austin, un des avocats du Environmental Law Institute, ajoute :
« Son “record” indique qu'elle reconnaît le droit des citoyens à contester les autorités si celles-ci outrepassent leur mandat. D'un autre côté, Mme Sotomayor s'est toujours employée à faire respecter les prérogatives des administrations responsables de la régulation de l'environnement. »
Une bonne balance, donc, qui rassure d'avance les militants écologistes. D'autant que, dans les prochaines années, plusieurs affaires délicates risquent d'être soumises à la Cour suprême.
A commencer par la légalité des programmes régionaux de régulation des gaz à effet de serre. Mais aussi la définition des « bodies of water » (espaces humides) entrant dans la juridiction du Clean Water Act. Sans oublier une redéfinition indispensable du « Endangered Species Act » (la loi sur les espèces protégées).
Si on ajoute à cela les litiges qui s'accumuleront lorsque la prochaine loi sur les changements climatiques aura été votée, les juges de la Cour suprême ont intérêt à suivre dare-dare une formation accélérée sur les enjeux environnementaux.
Photo : Barack Obama annonce la nommination de la juge Sonia Sotomayor à la Cour suprême le 26 mai 2009 (Jim Young/Reuters).
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De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 11H19 | 28/05/2009 |
En effet, c'est une bonne nouvelle, et pas simplement pour les ours polaires et les Bengladis, mais aussi pour leur environnement local, car ils sont en train d'avoir de graves problèmes de pollution des sols et des rivières.
En plus, étant comme ils sont, une fois en branle leur conviction écolo, le monde entier suivra le mouvement.
De Yakuza8567
Journaliste en environnement | 12H33 | 28/05/2009 |
C'est une très bonne nouvelle, effectivement, vu le nombre de décisions anti-environnementales qu'a rendues la Cour suprême récemment, conformément à la vision « néo-con » de la clique bushiste et de son administration :
- interdiction pour la Californie d'adopter des normes d'émissions des voitures plus strictes qu'au niveau fédéral
- autorisation accordée à la Navy de s'entraîner avec un sonar haute fréquence « baleinocide » dans une zone qui en regorge
- permission du contrôle laxiste des émissions de mercure des centrales à charbon
=> J'en passe et des meilleures.
« Y a plus qu'à » faire la même chose en Europe ! La Cour de justice des communautés européennes (CJCE) ne peut toujours pas être saisie par les citoyens et par les associations, notamment environnementales. Et la convention d'Aarhus sur l'information et la participation du public en matière d'environnement n'est toujours pas appliquée dans beaucoup d'Etats membres (dont la France, évidemment ! )
En effet, ce n'est pas tant la spécialisation des juges qui pose problème que l'accès à la justice. Vous aurez beau avoir le juge le plus calé qui soit dans le domaine, si vous n'arrivez pas à le saisir, vous voilà bien ! Evidemment, c'est la voie qu'avait choisie la France en annonçant l'an dernier des tribunaux spécialisés pour traiter les affaires de pollution maritime. (on n'en a plus entendu parler depuis, encore un coup de com à la Dati)
Les USA qui nous donnent des leçons en matière d'environnement, c'est le monde à l'envers ! (toutefois, nous pourrons encore plus l'affirmer quand ils auront enfin et réellement réussi à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, si possible sans recours au nucléaire ! )
De bleuet1
espère malgré tout | 12H32 | 28/05/2009 |
L'évolution des mentalités écologiques ne se fera pas en un clin d'oeil aux Etats Unis.
La plupart des Américains n'ont pas une conscience très élevée de leur impact sur leur environnement.
J'ai des amis américains à qui je suis allée rendre visite en juillet 2003. Ce ne sont pas les « beaufs moyens », ils sont plutôt éduqués, ont de bons jobs, et ils votent démocrate. Mais par exemple, j'ai vu l'un d'eux, qui a une passion pour le jardinage, passer l'aspirateur dans son jardin pour que sa pelouse soit impeccable ! !
L'un de mes amis a fait un stage sur la côte est, où il était logé chez l'habitant. Ses hôtes étaient très fiers de lui montrer qu'ils avaient installé un économiseur d'eau sur leur robinet, mais ça n'était pas très utile, dans la mesure où ils laissaient l'eau couler en permanence ! Comme une fontaine, en fait.
Il y a beaucoup d'Américains qui n'imaginent même pas qu'il faut arrêter le robinet lorsqu'ils se savonnent pendant leur douche !
Des exemples comme ça, on pourrait en citer des tas.
Ils sont encore très loin du compte, mais je crois que la révolution est en marche, c'est ce qu'il faut se dire.
à bleuet1
De Hélène Crié-Wiesner
(auteur)
Ecrivain, spécialisée en environnem... | 13H01 | 28/05/2009 |
Je souscris entierement a votre constat : la plupart des Americains n'ont guere de conscience ecologique… pratique. Car pour ce qui est de la theorie, la prise de conscience progresse a pas de geant.
Ce qui me gene toujours dans ce genre de constat, lorsqu'il est fait par un Francais, c'est qu'il sous-entend que nous, les Francais, avons une conscience environnementale tres developpee. Je ne sais pas si vous connaissez beaucoup de Francais qui coupent le robinet de la douche quand ils se savonnent, mais moi, je n'en connais quasiment aucun. J'ai suivi l'environnement a Liberation pendant quinze ans, et je vous garantis que la plupart des belles indignations francaises sont de la rhetorique.
Oui, les Americains en sont aux balbutiements du mode de vie ecologique. Mais si les Francais ont, a priori, une attitude plus responsable vis a vis de l'environnement, c'est bien davantage a cause de leur histoire : les privations d'apres-guerre, la rarete de l'energie, puis son prix, l'etroitesse de l'espace (compare aux etendues americaines), etc…
Je suis prete a parier qu'une fois que les enjeux ecologiques auront ete integres par la population americaine, comme ils le sont plus ou moins par les Francais (lesquels, au moins, sont informes), les changements seront plus rapides ici qu'en Europe. A suivre, donc…
Desolee pour l'absence d'accents, je suis sur un clavier americain. Ah, ils sont trop nuls, ces Americains !
à Hélène Crié-Wiesner
De bleuet1
espère malgré tout | 16H30 | 28/05/2009 |
Oui, c'est comme ce que j'ai pu constater l'année dernière en Irlande, où j'ai passé 8 mois. L'Irlande s'est modernisée à une vitesse fulgurante, notamment grâce à son intégration à l'UE. Et même s'ils ont encore d'énormes progrès à faire, ce pays à su s'adapter à vitesse grand V.
En France, nous changeons, mais à vitesse escargot. Cela se fait très progressivement.
Il est vrai que nous pouvons avoir tendance, nous Français, à nous croire supérieurs aux autres en matière environnementale, alors que les mêmes réticences nourrissaient le débat il y a encore très peu de temps.
C'est à cause de l'esprit cartésien des Français. Nous croyons d'abord aux règles, ensuite à la mise en application ; alors que les Anglo-Saxons sont des pragmatiques, ils se nourrissent d'abord de l'expérience.
Cela engendre peut-être une capacité d'adaptation plus poussée chez nos amis anglophones.
En tout cas, mon expérience de quelques mois à l'étranger m'a appris à me décentrer de ma façon très franco-française de voir les choses.
Nous avons une fâcheuse tendance à nous montrer paternalistes vis-à-vis des autres pays en matière de droits de l'homme, d'environnement, etc. Mais nous oublions que d'autres ne s'y prennent pas comme nous et qu'ils n'ont pas forcément tort. Ca s'appelle de l'ethnocentrisme, et nous n'y échappons pas.
Je ne dis pas que les sociétés américaine et irlandais sont parfaites, elles ont leurs défauts, mais c'est comme nous.
à bleuet1
De siko
cherche un moyen élégant pour gagne... | 16H57 | 28/05/2009 |
L'ethnocentrisme, vous n'y échappez pas ? Vous voulez dire que vous en êtes une caricature !
à siko
De bleuet1
espère malgré tout | 17H37 | 28/05/2009 |
Non, je veux dire que c'est très facile de faire dans l'ethnocentrisme, même avec les meilleures intentions du monde. La frontière est très mince et très subtile.
Quand on a des convictions auxquelles on tient particulièrement, il est aisé de vouloir voir leur application ailleurs, quitte à piétiner une culture qui ne nous a pas attendu pour exister.
à bleuet1
De siko
cherche un moyen élégant pour gagne... | 00H52 | 30/05/2009 |
Je me suis mal expliqué, le « vous », ce sont les français. ; )
à bleuet1
De Itaki
OnTheAirTonignt | 08H53 | 29/05/2009 |
Les français : on est les meilleurs mais qu'est ce qu'on est con !
; -)
à Hélène Crié-Wiesner
De jersey_boy
expat | 19H57 | 28/05/2009 |
Pour les accents, il suffit de changer la configuration clavier.
C'est très simple… et absolument indispensable si vous devez écrire souvent en français.
Pour Windows XP, les instructions sont à http://support.microsoft.com/kb/306560
Personnellement, j'utilise la configuration clavier « Canadian French CSA » sous Mac OS X.
à jersey_boy
De Hélène Crié-Wiesner
(auteur)
Ecrivain, spécialisée en environnem... | 21H57 | 28/05/2009 |
Merci, c'est gentil. Mais j'ai mon propre ordi avec clavier azerty français, sur lequel j'écris mes papiers et bouquins. Sauf que parfois, j'écris ailleurs, sur l'ordi US de quelqu'un d'autre.
à Hélène Crié-Wiesner
De jersey_boy
expat | 23H26 | 28/05/2009 |
Vous pouvez toujours faire cette petite manip quand vous utilisez des ordis mercenaires, puis rétablir la configuration initiale quand vous avez fini.
Je l'ai souvent fait quand je devais travailler hors de chez moi et loin de mon Mac.
De ALLAIN JULES C@MMUNICATION
13H24 | 28/05/2009 |
Une rumeur circule sur son acte supposé d'adultère. Est-ce la réalité ou simplement de l'intox pour la desservir ?
Pendant ce temps, BHL, Elie Wiesel et Claude Lanzman luttent contre le futur directeur général de l'UNESCO, l'Egyptien Hosni.
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/chronique-d-une-honte-annon…
à ALLAIN JULES C@MMUNICATION
De Marie SF
02H11 | 29/05/2009 |
D'où vient cette rumeur sur l'adultère ? Je ne trouve rien à ce sujet.
à Marie SF
De Hélène Crié-Wiesner
(auteur)
Ecrivain, spécialisée en environnem... | 12H27 | 29/05/2009 |
Je ne suis même pas sûre qu'elle soit mariée ! En tout cas, elle n'a pas d'enfant. Mais bon, je ne fais dans le journalisme people, pas très compétente de ce côté-là.
De solstice
pigiste | 16H08 | 28/05/2009 |
Erreur, c'est Yolande Moreau qui s'est fait une teinture…
Blague à part, c'est une bonne nouvelle, vraiment, qui prouve que ce pays est capable du meilleur comme du pire et quand on a des nouvelles de ce genre, la journée est bonne !