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Ecrivain, spécialisée en environnement

Etats-Unis : des ouvriers de l'acier devenus fervents écolos

Dans les régions sinistrées, les « cols bleus » réclament la limitation des émissions de CO2, rêvant d'un coup de fouet économique.

(De Raleigh, Caroline du Nord) Le maire de Braddock, ville sinistrée de l'acier, a des tatouages, un bleu de travail, et il est diplômé d'Harvard. Il a passé une alliance avec des écologistes et le syndicat des ouvriers sidérurgistes pour exiger une loi sur les changements climatiques. Leur objectif : des millions de nouveaux emplois.

Ils ont concocté une série de très belles publicités, diffusées depuis cette semaine à la télé dans les Etats peuplés de « blue collars » (cols bleus), l'Indiana, le Michigan, le Missouri, le New Hampshire, l'Ohio, la Pennsylvanie, la Virginie et la West Virginie, historiquement dédiés au charbon et à l'acier. (Voir la vidéo, en anglais)


Dans ce premier spot, on découvre le jeune maire John Fetterman. Il présente sa ville (une banlieue de Pittsburgh) en ruine, son glorieux passé, ses travailleurs sans emploi. Il dit son espoir de voir bientôt des emplois verts hautement qualifiés prendre le relais des anciens métiers.

« Les villes comme Braddock ont besoin que le Congrès vote une réglementation limitant les émissions de carbone (des industries). Ainsi nous pourrons retourner au travail.

Il faut 250 tonnes d'acier pour faire une éolienne, et nous sommes prêts à en fabriquer autant qu'on veut. On a perdu 250 000 emplois dans la vallée de Monongahela, et j'aimerais bien les faire revenir par le biais de ce futur gros marché de l'acier. »

Moins de pollution, plus d'emplois

Aux côtés de Fetterman, on trouve le Environmental Defense Fund, un groupe environnementaliste typiquement américain qui rassemble des écolos, des businessmen et des spécialistes de l'agit-prop. Ainsi que la Blue Green Alliance, composée du United Steel Workers (le syndicat des travailleurs de l'acier) et du Sierra Club (une des plus grosses assos écolo du monde), créée en 2006.

L'objectif de ces militants est résumé dans le slogan de leur campagne : « Carbon caps = hard hats » (« Limites d'émission de CO2 = casques de chantier/emplois d'ouvriers »). Je traduis en gros leur argumentaire :

« Limiter la pollution par le carbone encourage la croissance des énergies renouvelables et des industries propres. Ces entreprises attirent les clients, ce qui génère de l'activité et des bons emplois, lesquels revitalisent les villes américaines.

Qu'est-ce qu'un “carbon cap” ? C'est une limite à l'émission de CO2. On définit une limite maximum au niveau national, et des permis d'émission sont attribués aux entreprises, gratuitement ou contre un droit payant.

Les entreprises qui parviennent à réduire leur pollution sans trop de frais peuvent se faire de l'argent en revendant leurs autorisations d'émettre à d'autres entreprises.

Ce système assure une réduction globale des émissions d'un pays à un coût raisonnable. Et c'est une puissante incitation à réduire sa pollution au maximum. (Seuls les gros pollueurs sont concernés par ce système.) »

« Les Américains sont bons pour les machines »

Jusque là, le principe du « cap and trade », du marché des permis d'émissions comme on dit en France, est expliqué de manière fort pédagogique. On passe certes sous silence la complexité de sa mise en application par les gouvernements, mais c'est une autre histoire.

Le plaidoyer de Fetterman et de ses copains devient convainquant un peu plus loin, quand il plonge dans le concret du travail en usine :

« Des nouveaux jobs pour les Américains dès demain ! Prenez l'éolienne. C'est une machine. Les Américains sont bons quand il s'agit de machines. Une turbine type est composée de 8 000 pièces, faites de 250 tonnes d'acier.

Quelqu'un doit bien produire cet acier, fabriquer ces pièces, les assembler, livrer la turbine finie sur le site de production éolien, ériger le moulin, et gérer la ferme éolienne. Ce sont au total beaucoup d'emplois pour les travailleurs américains. Et c'est juste un exemple.

Car un “carbon cap” va aussi créer une demande pour des fenêtres efficaces, des lampes basse consommation, des roulements à bille pour les turbines, et des milliers d'autres produits. Si on commence maintenant, on fait en sorte que ces produits soient faits chez nous, et même exportés dans le monde. »

« Fabriquer des éoliennes, ça donne faim »

Enfin, les partisans des « carbon caps » frappent les esprits quand ils dessinent la reprise économique miraculeuse de l'Amérique profonde :

« Imaginons une ville comme Braddock qui bénéficie de ces nouveaux investissements destinés à fournir les entreprises d'énergie renouvelables. Une fois que les ouvriers commencent à toucher leur paie, ils recommencent à consommer.

Fabriquer des éoliennes, ça donne faim. Le restau du coin et l'épicerie embauchent des employés. Ceux-ci ont besoin de vêtements, de voitures, d'ordinateurs. C'est ainsi qu'une ville à l'agonie redevient une communauté active. »

Bon, mais ils préviennent que le Carbon Cap qu'ils appellent de leurs vœux a de solides adversaires, à commencer par « Big Oil » (l'équivalent pétrolier de la World Company des Guignols français), qui va tout tenter pour faire échouer cette législation. Ce qui serait forcément mauvais pour les centaines de villes en déshérence comme Braddock.

Obama veut faire oublier le refus obstiné de Kyoto

C'est sur ce genre d'initiative -que personnellement je trouve un poil naïve, mais admirable- que s'appuie Obama pour faire entrer les Etats-Unis dans l'après Kyoto, pour faire oublier les vingt-cinq années de refus buté de son pays de s'engager dans la lutte mondiale contre l'effet de serre.

Mais ses services auront beau s'agiter, rien de sérieux ne se fera sans que le Congrès se prononce sur la manière dont les Etats-Unis obligeront les entreprises à réduire leurs émissions.

Taxes, permis d'émission gratuits ou payants, affectation des sommes collectées à tel ou tel usage… les élus de la Chambre des représentants travaillent d'arrache-pied à deux projets assez différents, qui devraient être présentés à la discussion d'ici juin.

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de jyeden

De jyeden

khmer vert ( age des caverne, pierr... | 18H25 | 18/04/2009 | Permalien

250 tonnes d'acier pour une éolienne ?
ça représente quoi en energie consommée ?
je me demande combien de temps une éolienne doit produire pour « rembourser » l'energie dépenser à sa construction

pas trop sympa vos cols bleus, ils ne demandent que les moyens de continuer à consommer à l'américaine

est ce qu'ils se rendent seulement un tout p'tit peu compte que c'est le mode de vie américain qui a terme doit etre modifié

pour l'instant l'eolien ne peut etre qu'un appoint aux besoins energétiques des states et c'est encore le charbon des appalaches qui va fournir la plus grande partie de l'electricité consommée

Portrait de Tassin

De Tassin

Inquiet | 18H41 | 18/04/2009 | Permalien

250 tonnes d'acier, 1000 tonnes de béton et 40 tonnes de fibres de verre/carbone pour une machine de 2,5 à 3MW.

L'énergie nécessaire à la fabrication est remboursée entre 3 et 9 mois selon les sites et donc le vent.

Une très belle ACV a été faite par Vestas sur 3 de ses éoliennes, voir au lien suivant :

http://www.vestas.com/fr/vestas/durabilit%C3%A9/les-%C3%A9oliennes-et-l%27environnement/acv-(analyse-du-cycle-de-vie).aspx

Portrait de dijou

De dijou

Esclave d'une SSII | 18H47 | 18/04/2009 | Permalien

Il faudrait aussi dans ce cas qu'ils s'occupent des problèmes liés à l'extraction du charbon à ciel ouvert dans les appalaches. C'est une catastrophe écologique orchestrée par de puissants lobbies et beaucoup de corruption derrière :
http://www.ilovemountains.org/resources/
Ils détruisent des régions entières, polluent les sols et l'eau, empoisonnent les riverains. Ya du boulot pour que tout ça change….
Ca s'appelle le mountain top removal.

Portrait de figo

De figo

20H49 | 18/04/2009 | Permalien

Même si je suis un grand défenseur de mécanismes de réduction des émissions de type Kyoto, je suis effaré par la démagogie du message qui est ouvertement affichée par la simplicité de la conclusion.

250 tonnes d'acier à travailler ? en bon Américain pas fou je fais venir ça de Chine ou d'Inde. Si pour quelques années encore les Américains peuvent croire à leur supérioirité sur la Chine pour la conception et l'ingénierie, je ne vois pas en quoi cela impactera les hard hats.

Démagogie ? oui mais pour la bonne cause… mouais.

Portrait de pablico

De pablico

11H12 | 19/04/2009 | Permalien

Il fut un temps où les écolos étaient considérés comme de doux rêveurs fous.
Maintenant , il y a toujours les doux rêveurs, les scientifiques y viennent, les convertis qui interprètent à leur façon, les convertis par nécessité, les convertis par intérêt, les convertis par cupidité, les convertis par mode…

c'est intéressant de voir évoluer la chose.

Comme quoi, tout évolue, tout est manipulé, même nos pensées qui évoluent vers là où l'on veut que l'on aille.

(réflexion sans parti pris)

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