
De « Clicli » à la Culture, l'itinéraire de Morsay le dérapeur
Voici le conte de Morsay tel qu'on le chuchotera peut-être dans cinquante ans à la lumière d'une ampoule éternelle. L'histoire d'un homme qui criait trop fort et trop maladroitement une rage qui lui fut renvoyée à l'identique. Un conte sans personnages gentils, où une communauté virtuelle affronte une communauté réelle.
Il était une fois Morsay, adulte dont le visage fin et osseux lui donnait des airs de félin et de pharaon égyptien. Le vent l'avait porté dans les dunes sombres des faubourgs parisiens où il s'était enfoncé jusqu'à en devenir prisonnier, raconte-t-il de nos jours à qui lui donne la parole.
Qui veut un t-shirt « Si tu m'aimes pas va niquer ta mère » ?
Une fois libre, il rejoignit son compagnon Zahef aux Puces de la Porte de Clignancourt, « Clicli » comme il l'appellait affectueusement. Certains troubadours du rap s'étaient installés dans ce vaste marché en plein air. Ils y troquaient des disques et des vêtements floqués aux chiffres des différentes provinces d'Ile-de-France contre de petits billets bleus. Les jeunes visiteurs appréciaient Zehef et Morsay. Ce dernier était d'ailleurs quelqu'un d'assez sympathique, quoi qu'en montra la suite des événements.
Ils créèrent ensemble la marque Truand 2 La Galère, inscrite sur les tee-shirts qu'ils portaient et vendaient sur leur propre stand. Leur commerce fonctionnait bien. Morsay affirmait même être propriétaire d'un magasin à Argenteuil et de plusieurs autres étals. Peu avant que la foudre étatique ne s'abatte sur lui, il lança une nouvelle création. Le tee-shirt « Si tu m'aimes pas va niquer ta mère » s'acheta dans toute la France à partir de sites dédiés.
Une caricature de caricature qui aurait réveillé Zemmour au milieu de la nuit
Mais les premiers succès amènent bien souvent les premiers ennuis. Tout commença en juin 2008 quand Alpha 5.20, rappeur populaire également présent aux Puces, mit en ligne le clip « Guerre & paix ». A 1,57 minute, Morsay y apparaissait et prenait la parole entre deux couplets : « Bon moi j'rappe pas, j'vais vous expliquer juste un truc », disait-il avant d'insulter pêle-mêle les « fachos », les « skins », les « keufs », « toutes les Fnac de France », « Skyrock » et « Générations ». Majeur en l'air, liasses d'euros dans les mains et camarades dans le dos, il précisait :
« On fait pas de la musique pour rigoler, on fait de la re-ven-di-ca-tion ! »
En fait Morsay rappait. Il essayait en tout cas. Son clip « On s'en bat les couilles » émergea sur le net à la même période. Flow sans espoir d'amélioration, langue malmenée, paroles violentes et homophobes. Le pire du rap, en moins bien. Une caricature de caricature qui aurait réveillé Eric Zemmour en sueur au milieu de la nuit. Morsay ne serait jamais chevalier des Arts et Lettres mais commencait à passer
pour le bouffon de la cour. (Voir la vidéo)
L'activisme sans frein des noélistes
« On s'en bat les couilles » fit son buzz, porté par les montures du XXIe siècle qu'étaient alors YouTube et Dailymotion. Sur son seul compte Dailymotion, le clip fut visionné plus de 30 000 fois. Un flot de commentaires se déversa, des centaines. Certains étaient encourageants, d'autres amusés, d'autres dépités, d'autres encore insultants et parfois racistes.
Fin juin 2008, Morsay adressa une vidéo à ces internautes virulents. Dix minutes de diarrhée verbale aux passages enregistrés à jamais dans la mémoire des serveurs et des visiteurs.
Petit à petit une étrange communauté issue du forum « blabla 15-18 ans » du site jeuxvideo.com apparut. Leurs membres s'étaient appelés les noélistes. De jeunes geeks avec pour étendard un smiley représentant une tête coiffée d'un bonnet de Père Noël. Pendant des mois, ils revendiquèrent la mise en ligne de montages et autres détournements des vidéos de Morsay, moquant son language et son attitude, parfois avec autant d'homophobie et d'insultes que lui. Ils allèrent jusqu'à pirater son skyblog, après avoir tenté de le faire taire par des moyens légaux. (Voir la vidéo)
Bataille geeko-clignancouresque
Morsay qui avait toujours préféré l'attaque frontale à la formation « tortue » se jetta tête baissée dans cette bataille geeko-clignancouresque. Il publia régulièrement des vidéos dans lesquelles on le voyait menacer, se battre, tirer des coups de feu, faire une descente à Skyrock, palper des milliers d'euros en liquide pour prouver sa détermination et sa bonne étoile à des ennemis virtuels qui s'étaient étendus au-delà des noélistes. Des internautes affiliés à chacun des camps commencèrent également à se clasher et cela jusqu'en Corse.
Désormais, taper « Morsay » dans un moteur de recherche revenait à s'assurer des heures d'un magma audiovisuel fait d'humour, de violence et d'un entre-deux qui mettait mal à l'aise, tant la focalisation sur les origines sociales et culturelles de chacun pouvait être présente.
Un nouveau clip et le scandale éclate
Les médias généralistes eurent finalement vent de ce duel à distance et Arrêt sur images publia en octobre 2008 sur son site
une enquête évoquant les opaques noélistes. L'article montrait comment des groupes d'extrême droite avaient profité
de l'hostilité du forum « blabla 15-18 ans » à Morsay pour s'y infiltrer et diffuser leurs idées. En décembre de la même année M6 diffusa dans Enquête exlusive un court reportage sur Morsay tourné aux Puces.
Pendant de longs mois, tout alla ensuite pour le pire dans le pire des mondes un peu barges du Net. D'innombrables vidéos furent postées. Un message de Morsay était devenu aussi banal qu'une terrasse chauffée en plein hiver.
Les badauds du net commençaient à se lasser de cette guerre sans fin lorsque le 16 otobre 2009, seize mois après « On s'en bat les couilles », le Syndicat national des policiers municipaux (SNPM) se sentit concerné, lui, par un nouveau clip de Morsay, « J'ai 40 meufs ». Pourquoi ce syndicat ? Parce que « J'ai 40 meufs et j'ai toujours la
dalle / comme d'hab j'nique la police municipale » (en fait, aussi la
police nationale, le refrain était trompeur). (Voir la vidéo)
L'étrange sens artistique de Frédéric Mitterrand et de l'UMP
Ce fut alors au tour du buzz d'en-haut de prendre la relève. Un communiqué marqué au sceau de l'UMP et intitulé « Pas d'impunité pour des propos incitant à la haine » parut le lendemain et le surlendemain, le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand se prononça contre les paroles « intolérables » de la chanson.
Quelques mois plus tôt, ce même ministre et ce même parti avaient pourtant cautionné les textes du rappeur Orelsan, jugés intolérables par bien plus de personnes.
Qui truande qui ?
En apparence donc, tout le monde avait gagné. La communauté virtuelle des noélistes avait réussi à rapprocher Morsay du banc des accusés et était devenue célèbre. La communauté réelle de Clignancourt, menacée mais pas encore en danger, n'avait quant à elle jamais rêvé d'une telle exposition médiatique et des bénéfices commerciaux qui l'accompagnent.
L'histoire aurait pu s'achever là mais des questions furent soulevées. Pourquoi le gouvernement s'en était pris à Morsay dont les propos violents ne l'étaient pas plus que beaucoup d'autres groupes de rap ? Pourquoi à ce moment précis ? Cherchait-il une cible facile pour détourner l'attention des polémiques qui l'affectaient ? N'est-il donc pas le vrai vainqueur si son subterfuge a fonctionné ? N'est-il pas, lui aussi, un truand de la galère ?
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De ramiro
apprenti polémiste | 14H21 | 21/10/2009 |
la morale de cette histoire ?
Ecrite pour Morsey ?
"non ! c'est impossible
d'être aussi pitoyable
j'ai passé sur ma table,
tout tes textes au crible
et qu'on le veuille ou non
c'est incompréhensible !
ta grammaire est instable, improbable et horrible
ta diction dépasse le stade de l'inadmissible !
arrête les messages,
illisibles au portable
reprends ton cartable
ton peu-ra est pénible !"
Casey - Apprends à t'taire
envoyé par Seartwo. - Clip, interview et concert.
De ramiro
apprenti polémiste | 11H15 | 23/10/2009 |
Salut,
plus j'y réfléchis et plus je pense que Morsay est le dindon de la farce. Je m'explique.
Ce gars est bas du front, un peu simplet et fait du rap sur un mode "je vous nique tous" assez stérile. J'ai bien aimé la comparaison avec Gogol 1er et sa punk attitude "no future", sauf que dans la bouche de Morsey, le no-futur s'exprime sur un mode viriliste et homophobe. Il joue le bonhomme quoi...et dans tout les sens du terme.
En réalité la culture d'un Morsay n'est pas loin de toute une série d'autres "artistes" qui des années 50 aux années 90 ont eux aussi revendiquer leur côté macho. Il est vrai que lorsqu'on est dans la merde, qu'on n'a pas grand chose a revendiquer et que l'on s'en prend plein la gueule (la violence d'Etat mais aussi la violence sociale qu'il y a a habiter dans un quartier populaire existe bien) et bien souvent on ne revendique que deux choses: là où on habite (9.3 en force) et la seule propriété qu'un individu possède réellement, son corps, en le sublimant pourquoi pas dans la violence, les sports de combats et la sexualité. Finalement on n'est plus très loin de la définition primaire du mot "prolétaire". En un mot, Morsay n'est pas différent des blousons noirs ou des punks du passé, il a l'esprit de bande et essaye d'exister comme il peut face au système (nique la police !).
Mais dans cette affaire je pense que ce n'est pas le plus grave.
Un internaute disait ici que si ça avait été un métalleux ou un rocker on aurait pas fait tant de salades...Certains intervenants ont d'ailleurs ressortis des vidéos de Trust ("police milice du capital") et il est vrai qu'il ne faudrait pas se creuser la tête très longtemps pour trouver dans Renaud une ou deux pics bien sentis sur les flics ("la France est un pays de flics, a tout les coins de rues y'en a cent, pour faire régner l'ordre public, ils assassinent impunément") ou même l'apologie des braqueurs (je conseil "rue pierre charon" du même Renaud). Bref...rien de nouveau sous le soleil de la banlieue...
Sauf que...
dans cette affaire on a l'impression que le "buzz" a enflé...Il y a d'abord cette histoire de "noélistes" puis les soupçons qui pèsent sur cette même bande de geeks tant les vidéos postées contre Morsay font assaut de mauvais goût et de rodomontades virilistes (on s'y traite de "pédé" et on s'encule plus qu'un samedi soir sur canal , hey les gars s'enculer c'est un moyen de prendre du plaisir pas une insulte ;) )
Le summum étant atteint par un gars qui visiblement en a fait une affaire personnelle, un certain vince-machin chose. Et c'est là que l'affaire se corse (si j'ose dire). Car le brave gars est visiblement très politisé - proche des identitaires ? - et veut a tout prix en faire une affaire. Pour eux Morsay est un symbole, c'est l'idée qu'il aimeraient bien faire passer de la banlieue, la seule idée que leurs cerveaux peuvent avoir non seulement des immigrés mais aussi des membres des classes populaires.
Alors Vince-truc provoque Morsay -sur internet il s'entend-, pose avec ses potes et nous joue le maquisard Corse échappé dans la campagne. Le gentil petit gars (blondinet et habitant d'une zone pavillonnaire) n'hésite pas a donner dans l'interview - à un blog animé par des fascistes - et parle en veux tu, en voilà des Serbes du Kosovo -une jolie cause défendue par les fachos... En plus il se met en scène dans ses loisirs de petits bourgeois (l'hiver au ski et l'été en rando) en n'hésitant pas a provoquer le brave Morsay qui fonce dans le panneau. Bref on nous la rejoue guerre des classes et là dessus les identitaires entendent recruter.
C'est là dessus que cette affaire est intrigante: Morsay, un rappeur nullissime que personne ne connait sert donc de faire valoir a des petits bourgeois (en décapotable) déclassés qui cherchent a nous la jouer choc des civilisations...pathétique...
quelque chose me dit qu'avec cette affaire on ne va bientôt plus parler de musique...
Peut être que je me trompe...mais pour moi cette histoire m'a avant tout l'air d'un coup médiatique...de l'extrême droite et que tout ça sert le gouvernement qui sur fond de racisme, nous la joue classe dangereuse.
Morsay...salaud d'pauvre, va !