L'intelligence érotique : appel aux questions

Esther Perel, thérapeute new-yorkaise et auteur de » L'intelligence érotique » viendra à Rue89 lundi pour répondre à vos questions.

Son livre, traduit en 21 langues, s'appuie sur l'idée que la vision actuelle du couple et de sa longévité –proximité, complicité, égalité– serait en contradiction naturelle avec l'épanouissement du désir. Pourquoi vouloir tout partager ? Tout dire ? » Le feu a besoin d'air » , écrit-elle.

Avec des références qui courent de Simone de Beauvoir à Monica Lewinsky, elle s'inquiète des effets du » politically correct » quand il faudrait accepter l'idée » que ce qui nous excite est bien souvent contraire à l'image que nous aimons donner de nous-mêmes, ou à nos convictions morales et idéologiques » .

Esther Perel s'interroge aussi sur la monogamie, » vache sacrée de l'idéal romantique » . Malgré les séparations et le taux de divorce, » nous continuons à nous cramponner à l'épave, avec une foi absolue en sa bonne santé structurelle » . Des aventures extra-conjugales, elle écrit : » Je conteste l'idée répandue selon laquelle l'infidélité est toujours le symptôme de problèmes plus profonds au sein du couple. »

Esther Perel nous en dira plus en venant nous rendre visite. D'ici là, nous vous invitons à nous soumettre vos questions et remarques par e-mail (gfaure[at]rue89.com). Nous les relayerons à l'auteur avant de vous présenter ses réponses.

L'intelligence érotique : Faire vivre le désir dans le couple, par Esther Perel, Robert Laffont, 313 pp., 20 euros.

Guillemette Faure

24 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Philippe Leroyer

De Philippe Leroyer

auteur & photographe | 16H27 | 08/12/2007 | Permalien

Si jamais vous avez envie/besoin d'un photographe pour immortaliser cette visite, vous savez où me joindre, hein…
(En attendant je vais réfléchir à deux-trois questions pas trop bêtes)

Portrait de Courageux anonyme

De

17H20 | 08/12/2007 | Permalien

Lundi je serai loin de tout ordinateur, et ce pour trois semaines, je n'envoie donc pas de question mais un commentaire : l'érotisme, l'amour, peut-on parler de règles à ce sujet ? Chacun être humain n'est-il pas différent et ne vit-il pas les choses à sa manière ? A quinze, seize ans, j'étais fascinée par Wilhelm Reich, puis j'ai « grandi » et me suis aperçu que sa théorie ne correspondait pas à ce qui me procurait du bonheur. En gros, et de la manière la plus triviale qui soit : certains aiment les épinards, d'autres pas ; certains s'épanouissent dans une multitude de relations, d'autres dans une relation suivie. Nul ne sait, au début de toute histoire, ni en n'importe quel point de celle-ci, combien de temps lui sera donné, mais est-il réellement possible de théoriser ? Personnellement j'aime beaucoup les épinards, mais on a toujours affirmé, haut et fort, que j'étais une anomalie !

Portrait de Courageux anonyme

De

21H31 | 08/12/2007 | Permalien

« Saint-Simon et les épinards ont été mes seuls goûts durables », lit-on dans un chapitre de La Vie de Henry Brulard.
Or Stendhal s'y connaissait un peu en amour (il a écrit une docte dissertation à ce sujet), et si j'ai plaisir à le citer ici, c'est autant pour les épinards que pour l'individualisme singulier défendu par la courageuse anonyme de 17 : 20.
Dans le domaine érotique, il n'y a pas de règle catégorique : la rencontre des corps, la composition puis la décomposition, parfois la recomposition en solo, en duo, et pourquoi pas en trios etc., cette danse d'amour, qui n'a jamais jamais connu de loi, est une affaire de goûts et de couleurs. Les uns sont monérastes par nécessité, par facilité ou par petite vertu ; les autres polyérastes pour les mêmes raisons. L'intelligence, en ce cas, est affaire de « feeling », une histoire de corps ou de coeur (certains portent leur coeur des pieds à la tête), lequel a ses raisons que la raison ignore.
En 1971 (ce n'est pas l'année d'un film splendide de Barbara Loden : Wanda ? ), Julien Green notait ceci dans son journal : « Voici mon opinion sur l'érotisme. Ce que je hais dans cet instinct, c'est qu'il s'accompagne souvent de la bêtise, et même la provoque. Les hommes qui en parlent sans bien savoir de quoi il est question, deviennent immédiatement des imbéciles. Par ailleurs, je crois que les livres dits érotiques sont en général écrits par des hommes sans tempérament pour des lecteurs sans tempérament. » Pour ce catholique américano-parisien, l'érotisme est un « instinct ». Il faudrait voir. L'instinct est-il relatif à l'énergie de l'individu (inutile de dire qu'à cet égard non plus, nous n'avons pas tous la même), ou à la poussée de l'espèce ? Et l'instinct, n'est-ce pas un autre nom de l'intelligence ?
J'arrête, une amie m'attend.
Bisous !

Portrait de Daniel R

De Daniel R

Visiteur d'entreprise | 18H42 | 08/12/2007 | Permalien

Le résumé que vous faites de ce livre m'amène à penser que l'auteur pense d'abord et avant tout à son plaisir. Tout le contraire de l'érotisme qui ne vaut que par ce qu'on partage.

Mais, il en est de l'érotisme comme du reste, tous les goûts sont dans la nature.

Le problème n'est pas la monogamie. Pourquoi s'imposer des règles ? L'Existentialisme n'est-il pas l'affirmation de la liberté absolue, à condition d'assumer ses choix ?

Les animaux n'ont pas tant de soucis mais nous ne sommes plus que des animaux, nous avons une conscience et nous vivons dans une société exigeante.

Nous ne sommes pas non plus des saints. Chacun d'entre nous peut déraper à un moment ou à un autre ou pas, c'est souvent une question d'oportunité. Avec un peu de chance, cela n'entrainera pas de conséquences et tout continuera comme si de rien n'était. Il en restera un souvenir ému, un regret ou un remord.

Vous pouvez aussi décider d'assouvir toutes vos pulsions. Faire fi du risque sida, fi de votre conjoint, fi de votre famille, fi de l'objet de votre pulsion et même fi de vous même. Mais pourrez-vous assumer toutes les conséquences de vos choix ? La maladie, la solitude, le mépris. Certains sont ainsi tombés vivants en enfer faute de tenter ou de parvenir à maitriser leurs pulsions.

Le paradis est aussi possible avec de la chance, une nécessaire bonne volonté et la faculté de renoncer à ce qui nous rend malheureux. La rencontre avec l'autre qui n'est pas toujours le premier, l'amour qui vient et se renforce, l'absence de tentations trop fortes ou d'opportunités, l'entente sexuelle et l'érotisme, les épreuves qui renforcent, les enfants, la vie ensemble comme un long fleuve tranquille.

Bref nous sommes libres dans ce domaine comme dans d'autres, autant qu'un être humain peut l'être dans un monde dans lequel il n'est pas seul et où le hasard et la nécessité font lois.

Portrait de Thomas GREDAT

De Thomas GREDAT

| 21H46 | 08/12/2007 | Permalien

Je n'ai pas vraiment de questions. Plutôt une perplexité.
Depuis Freud, on sait que la loi du désir est plus impérieuse qu'on avait longtemps voulu le croire. Le désir est le moteur de chacun, le désir est la vie. Il ne s'accommode pas toujours des lois sociales, c'est un fait. L'infidélité est bien plus complexe qu'une simple histoire de trahison, c'est entendu. Des couples s'accordent une très grande liberté dans le mariage, il n'y a pas lieu de le contester.
Cela revient-il à dire que les vieux schémas romantiques sont obsolètes ? Décrépits ? Exsangues ?
L'homme, au sens de mâle, est par nature polygame : à la préhistoire, il recherchait avant tout une reproductrice. La femme, elle, cherchait un compagnon capable d'élever et de protéger ses enfants.
La suite de l'histoire est une longue série d'efforts pour essayer de concilier ces deux aspirations.
L'amour et l'attirance physique, on le sait aujourd'hui, sont régis par des réactions chimiques, hormonales. N'est-ce que cela ? Et la monogamie n'est-elle qu'une invention des hommes pour assurer la stabilité sociale ?
Je me suis, il y a quelque temps, posé cette question, qui allait à l'encontre de mes convictions profondes.
Au fond de nous-mêmes, nous réagissons encore comme nos ancêtres. Nous cherchons encore les uns des reproductrices, les autres des pères. La finalité, c'est l'enfant.
Seulement, il m'est venu une pensée : depuis que nous ne sommes plus à la merci des bêtes sauvages, nous poursuivons toujours ce fameux but de nous reproduire. Mais pas avec n'importe qui.
L'autre, pour nous, est plus qu'un « co-parent ». Ce que beaucoup d'entre nous recherchent, c'est un compagnon, cet être privilégié avec qui partager des moments de complicité, à qui se confier, et auprès de qui trouver de la tendresse.
Et on s'aperçoit qu'il y a une chose qu'une relation polygame, à mon avis, permet difficilement : l'intimité.
Homme, je me verrais mal partager les mêmes secrets parallèlement avec deux femmes différentes.
Conclusion : je crois que tout dépend de ce que nous sommes. Le poids social existe, oui. Lui sommes-nous totalement assujettis ?
En fait, toutes mes questions se résument en une seule : l'étendue de la loi du désir exclut-elle radicalement la notion de couple telle que nous l'entendons ?
Personnellement, je pense que non. Mais finalement, j'ai peut-être trouvé une question pour lundi ?

Portrait de Servais-Jean

à Thomas GREDAT Portrait de Thomas GREDAT De Servais-Jean 4591

alpha-béta | 01H13 | 09/12/2007 | Permalien

Thomas GREDAT, dont le post est fermé (vivement lundi ! ),me semble aborder une voie intéressante. A vous rue89 de voir.

Portrait de k_reno

à Thomas GREDAT Portrait de Thomas GREDAT De k_reno

Voyageur | 09H24 | 09/12/2007 | Permalien

Personnellement, je suis assez d'accord avec cette conclusion.

Ceci dit, est-il réellement nécéssaire de déterminer une norme (à part pour ma femme, bien sûr : -))

En revanche, un aspect du débat qui m'interpelle, c'est l'éventualité de l'existence d'un comportement « naturel » chez nous ou chez nos ancêtres, aussi bien dans l'article original que dans le commentaire de Thomas.

Sans vouloir faire de ratomorphisme, certains animaux sont polygames. D'autre pas. Et que reste-t-il de naturel chez l'homme ?

Portrait de Servais-Jean

De Servais-Jean 4591

alpha-béta | 01H08 | 09/12/2007 | Permalien

Voici ma question :

« La jouissance le l'homme est une jouissance d'organe.
La jouissance de la femme est la jouissance de Dieu »
Que vous inspire cette affirmation de Lacan ?

Portrait de Pascal Riché

à Servais-Jean Portrait de Servais-Jean De Pascal Riché 7

Rue89 | 18H13 | 09/12/2007 | Permalien

En tout cas, Tirésias (qui a vécu sept ans dans un corps de femme) a déclaré à Zeus et Héra que la jouissance de la femme était « neuf fois supérieure » à celle de l'homme.

Portrait de Thomas GREDAT

De Thomas GREDAT

| 09H41 | 09/12/2007 | Permalien

Je pense avoir une question pour Esther Perel, en rapport avec ce que je disais ci-dessus : dans votre théorie du désir, quelle est la place de l'amour ?
Je m'explique : l'amour ne serait-il qu'une invention sociale pour canaliser le désir ? Personnellement, je crois qu'il est plus que cela.
Notre conception de l'amour est-elle influencée par des schémas sociaux ou des stéréotypes littéraires (cf : Tristan et Iseult) ?
Je pense personnellement que l'amour est un sentiment humain, réel. Je crois à l'existence de l'amour. Ma question porte donc sur la place de l'amour, que l'on vit comme un (disons monogame) par rapport à ce désir qui est multiple, compliqué… et tellement bon !
Qu'en pensez-vous ?

Portrait de Thierry Catrou

De Thierry Catrou

09H56 | 09/12/2007 | Permalien

« L'intelligence érotique » est un concept très mode promis à n'en pas douter à un certain succès. il respire à grand poumon l'air des bobos, ces upper middle class qui définissent nos valeur, nous les signifient et nous les imposent. Le caractère cucufiant de « l'intelligence érotique » en amusera plus d'un mais ne rêvons pas, à terme nous serons tous convertis aux nécessités d'accompagner ce tsunami idéologique. Il suffit de parcourir les revues en ces veilles de Noël ou force gadgets de toutes sortes sont proposés à nos besoins irrépressibles de consommation et parmi ceux-ci vous y découvrirez les fameux sex-toys qui sont devenus, à en croire, d'une banalité convenue. L'érotisme est partout, dans les abris bus où les panneaux publicitaires nous offrent des délires de sensation (en ce moment vous pouvez admirez une colonne turgescente de parfum devant laquelle se pâme une jeune femme) il ne lui manquait plus que d'être intelligente… Nous vivons une époque passionnante !

Portrait de meredith-benzazon

De meredith-benzazon

12H59 | 09/12/2007 | Permalien

L'intelligence érotique…

J'avoue que le titre, à lui seul, me donne envie de lire le livre.

Quand elle écrit que « Le feu a besoin d'air », je ne peux que m'incliner devant une telle évidence.

Bien entendu, le problème est plus complexe et elle l'aborde sans doute dans son livre…

Bien entendu, il faudrait que les deux partenaires, qui forment le couple, adhèrent aux mêmes idées pour que cela soit rendu possible dans une réalité…

Bien entendu, la société « politiquement correcte » et la morale judéo-chrétienne des gens « biens pensants » ne peuvent envisager de tels débats… et encore moins de tels… ébats…

Quand elle écrit qu'elle « conteste l'idée répandue selon laquelle l'infidélité est toujours le symptôme de problèmes plus profonds au sein du couple », je suis non seulement d'accord, mais tout à fait convaincue, moi aussi, qu'il est très réducteur de vouloir simplifier les désirs et les éventuelles « infidélités » à un « problème » que le couple aurait.

La vie est courte. A chacun de choisir de quelle manière il veut la mener.
Jouir des plaisirs qu'elle nous offre est sans doute un péché pour certains, une nécessité pour d'autres… Entre ces deux extrémités il y a toute une palette de façons de voir et de vivre sa sexualité.

L'important, me semble-t-il, est que chacun tolère que nous soyons tous différents.

Et ce qui me semble presque vital, c'est que chacun se connaisse suffisamment pour ne pas passer à côté de « lui »… de ses envies, de ses désirs (à assouvir ou pas c'est un autre débat)…

Portrait de belbernard

à meredith-benzazon Portrait de meredith-benzazon De belbernard

21H09 | 09/12/2007 | Permalien

Je souscris entièrement à ce point de vue…

Portrait de Anthropia

De Anthropia

14H20 | 09/12/2007 | Permalien

Je veux dire que j'ai souvent l'impression autour de moi que du point de vue de l'humeur, de l'ouverture aux autres, les hommes à partir d'un certain âge deviennent moins « intéressants » que les femmes ?

Est-ce une « impression » ou un phénomène lié à l'âge.

Portrait de Jonas2

De Jonas2

Les mouches ne me trouveront pas as... | 16H02 | 09/12/2007 | Permalien

A la suite d'une dérive de sens due aux traductions successives de la Bible, il nous a fallu, en Occident chrétien, nous accommoder d'une affirmation ayant valeur de dogme : Eve est issue d'une côte d'Adam.
Mais, pour certains exégètes il faudrait en fait comprendre « côte » au sens de « côté », « versant ». On comprend que cette correction, à l« opposé de la scissiparité, dérange les adeptes d'une femme sous-produit de l'homme, objet soumis à sa domination et à ses désirs.

En d'autres termes, Eve serait le versant d'une seule et même créature. L'autre versant de cet être se dénommant Adam.
Nous sommes tou(tes)s porteu(ses)rs de ces deux virtualités : féminine, masculine. L'une émerge au détriment de l'autre. Parfois, celle qui apparaît n'est pas celle qui est véritablement. Quoi qu'il en soit chacun(e) tend vers une sorte de plénitude absolue à laquelle elle sait qu'elle n'accèdera que par la grâce de l'autre. Cette poursuite éperdue, à deux, de la reconstitution d'une sorte d'œuf primordial est une addiction au même titre que les autres ; une autre rive où l'on aborde jamais en suivant le bord du verre.
L'inextinguible soif d'un(e) autre qui, au passage, est indéfini(e), ni masculin ni féminin, ne pourra jamais s“enfermer dans une intelligence, fut-elle érotique. La geste amoureuse se prélasse aussi bien dans les caresses les plus douces et les plus tendres que dans les joutes les plus torrides ; dans le cérémonial le plus raffiné que dans le fantasme le plus balourd. Et bien malin(e) celui qui peut y démêler la pelote du désir de celle de l'amour.
Chacun(e) dans ce domaine doit emprunter la voie et le (la) partenaire qui lui réussit le mieux. Avant d'y parvenir il a droit à l'expérimentation, à l'erreur, à l'impasse, au retour… Je rejoins Ester Perel sur ce point.
Mais j'ajouterais, sans malice aucune, que si le feu a besoin d'air, il a aussi besoin de bonnes bûches qui le tiennent. Et profitons joyeusement de sa flamme car il n'est de feu qui ne se consume inexorablement et finisse en cendres un jour.

L'intelligence érotique ne serait-ce pas tout simplement JOUIR, REVER, GLANDER en attendant la mort et en évitant de faire souffrir ?

Portrait de Courageux anonyme

à Jonas2 Portrait de Jonas2 De

18H17 | 09/12/2007 | Permalien

Ce que vous rappelez, cher Jonas2, d'un lapsus ou d'une coquille de traducteurs (sans E) de la Thora, laisse deviner que cette co-cotte d'Ève était vraiment mal taillée : une côte, la treizième d'Adam, nous est restée en travers de la gorge pour des siècles des siècles, un os surnuméraire, une chose de rien. Mais en dehors des écoles non-dualistes - le Bien = le Mâle - de la tradition çivaïste (je songe en fait à l'ésotérisme du tantra yoga), les civilisations ayant confiné les femmes dans des prisons qu'on appelle « gynécée », « harem ou “maison”, ont été les plus écrasantes tant pour l'érotisme et que pour l'intelligence. Car qu'est-ce que l'érotisme, sinon l'intelligence, je ne dis pas du sexe (un mot trop récent pour être bien compris), mais de ce qu'il y a de sacré dans la rencontre des corps ? Cela dit sans le moindre fétichisme, fût-il celui de la marchandise : l'érotisme, c'est l'intensité - sinon n'importe quoi ; l'intelligence, c'est aussi l'intensité avec, ou au contact de, comme on se met d'intelligence et de mèche avec un(e) autre.
Aussi, de la bible à la bibliothèque de Babel, Borges nous fait “sauter” le pas. J'aime beaucoup le premier vers de “La chance” : El que abraza a una mujer es Adán. La mujer es Eva. “Celui qui embrasse une femme est Adam. La femme est Ève.” Mais qui veut manger aujourd'hui de ce pain-là ? L'érotisation permanente d'aujourd'hui me semble devenue complètement virtuelle, à coup de gros effets spéciaux, ficelle et carton pâte. On n'en rajoute. On vante. On vend. Procuration, gadget et pacotille.
Mais comme nous sommes au mois de décembre, et que Claude Roy nous a quitté il y a bientôt 10 ans, je veux lui rendre hommage à mon tour (à l'instar de Paul Veyne, qui lui a dédié au printemps dernier son livre sur l'avènement du christianisme) par deux citations sur l'érotisme. Mais, question oblige :
1. “ Les amoureux se font des scènes, les libertins se mettent en scène. L'amour est un drame, l'érotisme du théâtre distancié. ” Que pensez-vous cette nuance entre amour et érotisme ?
2. “ Télévision. Un quarteron de vieux écrivains en débâcle parlent de l'érotisme. Ils se surveillent, pour ne pas faire trop scandale, et sont d'autant plus crasseusement obscènes. ” Seriez-vous d'accord pour dire que la télé ne tue pas seulement l'intelligence ? Elle tue aussi l'érotique, car rien ne me semble plus obscène que l'érotisme de commande ou d'injonction.

Portrait de Courageux anonyme

De

17H47 | 09/12/2007 | Permalien

encore quelqu'un qui veut nous expliquer la vie ; comme par hasard c'est une américaine.

peuvent pas nous lâcher un peu, « comme le feu a besoin d'air » ?

Portrait de Guillemette Faure

De Guillemette Faure

Eco89 | 17H52 | 09/12/2007 | Permalien

Esther Perel est belge.

Portrait de Courageux anonyme

à Guillemette Faure Portrait de Guillemette Faure De

18H45 | 09/12/2007 | Permalien

Elle est de nationalité belge, mais c'est un peu un hasard : ses parents sont polonais ! D'ailleurs Esther Perel vit au Etats-Unis depuis exactement 26 ans, après être passé par Israel entre 1976 et 1981. Psychotherapy Networker , American Family Therapy Academy etc…Voici son site :

http://www.estherperel.com/

C'est du belge ? je ne crois pas.

Mais peu importe. En frappant de toute ses forces aux portes de la sociologie médico-sexe américaine, type « Shire Hite », elle se place dans cette lignée typiquement étasunienne qui visiblement ne résout pas grand chose -- puisqu'une nouvelle candidate se présente tous les 3 ans avec une nouvelle méthode et de nouvelles révélations -- mais est irréfutablement efficace en terme de ventes. Mais bon.

Ha la la ! comme si vous ne saviez pas tout ça, chère Guillemette. Merci néanmoins pour votre publireportage.

Portrait de Courageux anonyme

De

18H56 | 09/12/2007 | Permalien

C'est intéressant comme glose ou comme précision - c'est selon.
Mais si vous faites les questions (« c'est du belge ? ») et les réponses, laissez-moi vous dire que ça perd un peu de son « charme » (vous savez, ce je-ne-sais-quoi d'intelligence et d'érotisme). Or, je suis sûr que vous pouvez être charmant (pas comme un prince, mais comme les amants) - me trompé-je ?

Portrait de Courageux anonyme

De

18H10 | 09/12/2007 | Permalien

Je n ai pas lu le livre…j ai d ailleurs peu lu sur la question érotique….expérimentant une relation érotique tres libertine sur ses principes…je me pose souvent la question de savoir comment entretenir ce feu de l'union quand la relation se veut sans projection,ni de toit commun, ni de procréation . L'érotisme peut il etre le fondement d une relation ?

Portrait de Courageux anonyme

De

18H38 | 09/12/2007 | Permalien

Chère Esther Perel, chère Guillemette Faure,
Si vous deviez déniaiser l'esprit de quelqu'un(e), quels sont les films que vous lui conseillerez de voir avant d'aller plus loin ? Car, si on efface la grosse production du rose bonbon (ou de la même eau), je me doute qu'on trouve dans le domaine du cinéma quelques pépites - to happy few. Mais lesquelles ?
Au plaisir de vous lire,
S.E.

Portrait de GanLanShu

De GanLanShu

shodavid.blog.lemonde.fr | 10H53 | 10/12/2007 | Permalien

L'érotisme, c'est une question de créativité, donc de liberté d'esprit. Le grand ennemi, c'est l'inhibition - dont le contraire n'est pas forcément l'exhibition.
L'inhibition, c'est le résultat de tous les formatages, de la famille à l'école…
Ma question est : Comment peut-on se débarrasser, un peu, beaucoup, etc., de l'inhibition sans tomber dans un autre formatage, celui de la pornographie ?

Portrait de Mr KORBAK

De Mr KORBAK

11H28 | 10/12/2007 | Permalien

Alors que l'on manque cruellement de logements,« que le feu à besoin d'air » on comprends mieux pourquoi les humains ne vont pas bien. Le manque d'espace vitale oblige à vivre les uns sur les autres, les uns a côté des autres. Cette proximité empêche de vivre harmonieusement ses relations amoureuses, frustration, inhibition ; donc souffrance….
Le feu a besoin d'air, et l'air à besoin d'espace pour s'épanouir.

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