Cahuzac, Plenel et la tentation de surpuissance
Les chiffres ont parlé, la cause est entendue. Si « sur l’échelle de -2 à +4 », la « puissance de l’indice se situe à +2 », c’est-à-dire qu’il est quasi certain que Jérôme Cahuzac est bien « le locuteur inconnu » de la conversation téléphonique dévoilée par Mediapart (quasi certain, mais pas aussi certain que si c’était tout à fait certain, notez-le bien), alors plus question d’ergoter.
Et toute la classe politique, unanime, de saluer la dignité, l’honneur, la sagesse, du ministre démissionnaire. Providentiels résultats ! On attend les appels à toute la rigueur de la justice, que ne vont pas manquer d’émettre L’Obs et le JDD, qui s’étaient tous deux mouillés dans une rocambolesque tentative de blanchiment de l’ex-ministre.
On peut plaisanter au téléphone
Sans vouloir offenser les experts policiers ès-reconnaissance vocale, et même sans le secours d’équations compliquées, il semblait tout de même hautement certain depuis le début que c’était bien Cahuzac qui parlait au téléphone – et ses démentis alambiqués renforçaient cette conviction.
Cela entraîne-t-il automatiquement qu’il ait un compte en Suisse ? Non. On peut plaisanter au téléphone. On peut fanfaronner au téléphone. Bref, l’enquête reste à faire, et ça tombe bien, puisqu’un juge va être nommé. On s’étonne même qu’un défenseur aussi sourcilleux que Jean-Michel Aphatie de la présomption d’innocence (allons, réécoutez-le pour le plaisir) ait, dès mardi après-midi, appelé à la démission de Cahuzac.
Ni culpabilité, ni innocence : la justice ne peut enquêter sereinement sur un membre de l’exécutif Donc #Cahuzac doit quitter le gouvernement
— jean-michel aphatie (@jmaphatie) 19 mars 2013
Mais non, Jean-Michel ! L’expertise en reconnaissance vocale n’est pas formelle. En elle-même, elle ne prouve rien. C’est maintenant, que le courage exigerait d’exiger « des preuves » !
Que chacun reste à sa place
Cette confirmation judiciaire du sérieux de l’enquête de Mediapart est, au total, une « preuve » supplémentaire de la nécessité d’une information indépendante, structurellement indépendante des annonceurs, des « subventionneurs » d’Etat, et des officines de com’.
Attention pourtant à ne pas pousser l’avantage. Depuis mardi soir (et encore ce mercredi matin sur Europe 1) le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, déplore sur toutes les antennes que Cahuzac n’ait pas démissionné dès les premières révélations du site, en décembre dernier. Cette appréciation de nos amis et partenaires (savez-vous que vous pouvez vous abonner conjointement à nos deux sites ?) me semble mal fondée, et même dangereuse.
Un média n’a pas à dicter son comportement à une personnalité qu’il met en cause. Le rôle de Mediapart (que le site a magistralement rempli) est de faire des enquêtes. Aux mis en cause, ensuite, de gérer leur défense comme ils le peuvent, comme ils le veulent, d’où ils le veulent. Que l’investigateur et l’« investigué » restent chacun à leur place, et la démocratie sera bien gardée. Attention aux tentations de la surpuissance.
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On pourrait aussi considérer que cette avancée dans l’enquête sur ce fameux compte bancaire de Cahuzac est un non événement : après les révélations de Médiapart, à un moment ou un autre il fallait bien qu’il se passe quelque chose. Et c’est vrai, la démocratie a besoin d’une presse libre : bravo le Canard, bravo Médiapart...
Ceci dit pas un mot sur Chypre, dans un aucun organe de presse, dont on aurait pu s’attendre à ce qu’elle soit engloutie dans les flots (comme l’Atlantide) après avoir refusé les mesures proposées par l’Ue et la troïka. Parce que là quand même, il semblerait qu’il ne faut pas trop s’étendre sur la capacité qu’ont les peuples à dire « non » aux diktats européens : cela pourrait donner des mauvaises idées à beaucoup... Il y a une vie après la doxa néo-libérale !




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