Oublier Photoshop ? La polémique autour du vainqueur du World Press Photo
Rien de tel qu’une bonne polémique pour faire avancer le débat sur la photographie, explique André Gunthert, professeur à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales (EHESS) sur son blog. La photo primée cette année au World Press Photo, le « Nobel » du photojournalisme, en donne une bonne illustration, l’auteur du cliché, le danois Paul Hansen, ayant été accusé d’avoir abusé de « Photoshop ». Or, selon André Gunthert, ce n’est certainement pas ce logiciel qui a été employé, et d’autre part, il faut selon lui dépasser ces « pseudo-interdits techniques » pour apprendre à débattre réellement d’esthétique. Un point de vue qui, n’en doutons pas, fera lui-même débat...

Les deux versions de la même photo primée au World Press (capture d’écran)
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Même pas avec des pincettes.
Même pas avec des pincettes.
J’ai lu l’article et je ne vois pas de point commun avec ce qu’en dit PHaski, le worldpress est suffisament démonté pour éviter ce genre d’amalgame avec le nobel. André gunter parle de « le prix Pulitzer du photojournalisme ».
« Comme la majorité des controverses récentes à propos de photographie, celle-ci s’est focalisée sur la question de la retouche et de l’esthétisme, à partir de deux articles du Monde et de Télérama. Le premier soulignait que “le contraste prononcé et l’éclairage travaillé de cette image n’ont pas manqué de relancer le débat sur la question de la retouche des images par le logiciel Photoshop dans le photojournalisme”. Plus polémique, le second estimait que “son auteur a vraiment eu la main lourde dans ses retouches sur Photoshop. En saturant ses couleurs, il cherche à sortir son cliché de l’instantané, à le rendre comparable à une peinture.” » L’auteur poursuit sur l’utilisation possible d’autres logiciels de post prod et évacue la question sur un terme générique pour signifier « retouche et que si la retouche se fait par x ou y, tout les monde s’en contrebalance et que définitivement le problème n’est pas là.
Le danois n’a pas été accusé, photoshop n’est pas encore un délit et le travail de post prod n’a jamais été nié.
La polémique tient plus au mécanisme de sélection du prix nobel de photo journalisme et sur ce qu’est le photojournalisme et le statut de l’information. Lain Mingan :
“L’image en tant que telle, alors qu’elle est issue du champ naturel, devient une forme de non-vérité qu’on affiche, et à laquelle on donne une vertu esthétique qui n’a pas lieu d’être. La limite est la manipulation de l’information pour vouloir accentuer les traits d’une image : on passe du témoignage à la propagande, ce qui est totalement irrespectueux du public.”
Un point qui est peu développé à mon sens est le parallèle pub et photo journalisme. Il y a toujours eu des échanges et une cannibalisation mutuelle.
Le discours à une certaine époque était que le photo journalisme était porteur de sens, sens dont été friande la communication et que la comm était porteuse d’innovation visuelle, innovation dont le photojournalisme était très friand.
Il me semble que ce débat n’est plus et que la communication l’a définitivement remporté, pour des raisons qui ne sont pas liées à la photographie.
L’information, pour la photo comme pour le journalisme écrit, est devenue une vaste pub corporate ou l’aspect documentaire ou simplement informatif n’a plus sa place.
Dans son article précédent Lien André Gunthert pose aussi la question du statut de l’image photographique.
“La décontextualisation de la photo primée ôte à cette discussion tout élément concret. Le cas est pourtant des plus intéressants, car Paul Hansen a clairement choisi deux interprétations différentes de son image. Sa première publication en Une du Dagens Nyheter optait pour une version plus chaude et plus lumineuse (version choisie et assumée par le photographe comme en témoigne l’agrandissement grand format publié par le quotidien à l’occasion de la remise du prix). La version soumise au World Press propose en revanche une vision aux couleurs éteintes qui donne à l’image un petit air de ‘Nuit des morts-vivants’ (voir ci-dessus). Plutôt qu’à une critique de la retouche, cette variation sensible de l’ambiance lumineuse invite à questionner les contextes d’utilisation des images du photojournalisme. On peut en effet douter que la seconde version, sinistre, aurait été retenue pour illustrer la Une du Dagens Nyheter. Celle-ci paraît plus appropriée pour une exposition en galerie.”
Le photojournalisme va permettre d’aborder deux marchés de front avec la meme image qui va recevoir des traitements différents.
Le marché de l’information et celui des galeries ou des expositions et concours. Les deux marchés ne sont ils pas antagonistes ? Quelle est la valeur informative et pour quelle réalité artistique.




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