Témoignage 15/02/2013 à 09h41

Pédago : comment faire « tweeter » des enfants de 7 ans ?

Francois Lamoureux | Professeur des écoles et blogueur

Twitter dès le CE1, pour donner le goût d’écrire, de lire et de l’orthographe : un maître raconte comment il a entraîné élèves et parents dans cette expérience.


Une tablette sur un bureau, en classe (François Lamoureux)

Cela fait maintenant un an que j’utilise tous les jours Twitter dans ma classe de CE1-CE2 de Gaujacq, un petit village landais avec notre compte : @CE1_CE2_Gaujacq. Les productions d’élèves sont de plus en plus intéressantes et riches et Twitter me permet d’approfondir des notions d’une autre façon, plus concrète.

Making of

C’est par son blog – Si c’est pas malheureux – que j’ai découvert la « Twittclasse » de François Lamoureux. Cet enseignant a accepté de parler de son expérience sur Rue89 – il reprend dans son témoignage des morceaux de ses notes de blog.

François Lamoureux a été inspiré dans ses activités par d’autres professeurs comme Laurence Juin (en lycée), Alexandre Acou (CM2) et Jean-Roch Masson (en CP).

Il existerait aujourd’hui plus de 200 classes utilisant Twitter en France, principalement en primaire.

Emilie Brouze

Car souvent les activités de classe peuvent paraître artificielles, hors contexte voire dénuées de sens. Pourquoi doit-on apprendre à écrire correctement ? Des enfants de cet âge n’y songent même pas car leurs travaux sont cantonnés à des cahiers, eux-mêmes enfermés dans des casiers ou des cartables.

Ils n’ont pas l’occasion de partager leurs productions, de les confronter, d’argumenter leurs choix.

Twitter donne envie aux élèves de produire du contenu, du contenu de qualité. Le fait d’être lu (par plus de 200 abonnés et la majorité des familles de la classe) donne beaucoup plus de sens aux compétences – en premier lieu soigner l’orthographe.

D’autant que les programmes de l’école primaire demandent que soient maîtrisées les techniques de communication, l’envoi de message et la présentation de travaux par le biais du numérique.

Grâce à Twitter, on peut également aborder dès le CP la gestion de l’identité numérique, de la citoyenneté sur Internet. C’est une première approche, bien encadrée. Ce n’est pas en interdisant l’utilisation des réseaux sociaux qu’on leur apprendra comment éviter les pièges.

Grâce à Twitter, nous pouvons communiquer hors de la sphère de l’école, nous interroger. Nous faisons régulièrement des recherches encyclopédiques lorsque d’autres classes posent des questions. Nous regardons sur une carte d’où ils nous écrivent. Nous partageons la vie de notre classe.

« @Classe_Masson Bonjour, vous avez de très bonnes idées de tweets. »

« Ce projet peut paraître peu commun »

J’avoue que j’étais au départ un peu inquiet quant à la réaction des parents. Je n’ai finalement eu aucun problème. Le projet a été présenté aux familles lors d’une réunion. Certains parents avaient entendu parler de Twitter, sans plus. L’aspect réseau social peut être déroutant. C’est pourquoi je me suis expliqué dans une lettre. Extrait :

« Ce projet peut paraître peu commun. Cependant il ne s’agit ni plus ni moins que d’une pratique classique (cahier de vie ou cahier de texte) adaptée aux techniques modernes de communication.

Les enfants ne “tweeteront” que des éléments validés par l’enseignant et n’auront pas accès au reste de Twitter (seules leurs productions leur seront visibles). Enfin, je précise que cette activité n’est en aucun cas obligatoire. »

Aujourd’hui, plus de la moitié des parents suivent notre compte Twitter. Certains interagissent même régulièrement en « retweetant » des productions d’élèves.

1

Ma twittclasse : mode d’emploi

Techniquement, c’est très simple : l’application sur tablette nous permet de tout faire (publication, lecture, photo, vidéo, son…) et de ne pas dépendre d’une salle informatique.

La production d’un tweet se déroule en trois temps :

  • production au brouillon ;
  • puis sur une grille de tweet ;
  • puis sur tablette ou ordinateur.

Le brouillon d’un « tweet » (François Lamoureux)

Le tweet est toujours validé par l’enseignant avant publication.

Lors de séances de découverte, j’ai expliqué les principes de bases de Twitter aux élèves, la limite des 140 caractères (utilisation d’une grille pour le brouillon), le fait que ce qu’on écrit peut être lu par n’importe qui et de l’importance de respecter des règles – en découle la charte Twitter que les élèves ont réalisée. Cette étape est pour moi cruciale. On pourra la réaliser avant de démarrer l’aventure ou après une période d’utilisation et d’observation.

J’explique aussi les notions techniques (les différents boutons, les indicateurs).

Au tout début, notre compte a surtout servi à relayer devoirs et leçons. Rien de bien folichon, me direz-vous. Certes, mais cela a permis aux parents et aux enfants de se familiariser avec l’outil.

pour jeudi 14/02/ revoir FAIRE et DIRE au présent »

Dans un second temps j’ai axé le projet Twittclasse sur la production. Mes CE1 avaient peu de notions de grammaire et il leur était difficile d’avoir un retour critique sur leur production. J’étais donc très actif dans les corrections. Je corrigeais régulièrement et validais facilement (j’attendais d’eux qu’ils produisent des tweets phonétiquement corrects et qui aient un sens). Pour cette phase, j’ai privilégié des activités un peu « plan-plan », je l’avoue.

« On a des messages ? »

Au départ, les enfants n’y voyaient pas un grand intérêt, à part celui de manipuler l’iPad. Je leur avais simplement expliqué qu’on pouvait publier nos productions sur Internet. Je n’avais pas non plus fait de grandes explications sur le fonctionnement. Tout s’est fait petit à petit. J’ai pris l’initiative de nous abonner à des comptes qui me semblaient intéressants et qui donneraient envie aux élèves d’interagir. Bingo !


Un élève tweete en classe (F. L)

La lecture de la « Timeline » sur Twitter est réclamée régulièrement :

« Ils ont écrit des choses les autres classes  ? » ;

« On a des messages  ? ».

L’outil intéresse. Des élèves qui ne produisent pas d’habitude se lancent. Ils aiment écrire. Ils comprennent le plaisir qu’on peut trouver dans une correspondance. Et ils s’entraident pour la conception des messages.

Twitter est également un support d’étude de la langue, simple et fédérateur. Un exemple simple est celui de la construction d’une phrase. En début d’année au CE1, on étudie la notion de phrase (majuscule, point, sens). La lecture de Twitter se prête tout à fait au travail sur cette notion.

« Combien y a-t-il de phrases  ? » ;

« Sont-elles correctes  ? »

Des progrès dans la maîtrise de la langue

Au fil de l’année, et surtout avec mes CE2, j’interviens de moins en moins dans la correction. Et c’est bien là tout l’intérêt de Twitter : maintenant qu’ils ont pris goût à produire (ils adorent ça) la correction devient un enjeu.

« Bon, si je veux publier, il faut que je trouve mes erreurs. »

On observe alors les élèves mettre en jeu des procédés de relecture des plus pertinents. Observation des affichages de classe, recherches dans le cahier de leçon ou simple coopération entre eux. C’est un vrai régal d’observer cette petite équipe adopter des comportements d’adultes dans le but d’aller au bout d’un projet, certes humble, mais un projet tout de même.

« J’aime bien tweeter sur la tablette parce que le soir je les regarde avec maman et papa. »

2

Quelques exercices sur Twitter

  1. #PetitBonheur
  2. #SecretVéritable
  3. #Bonjour
  4. #DéfisMaths
  5. #paquebotendétresses
  6. #DansMonEcole
  7. #Twithaiku
  8. #Danslefutur

L’idée est simple, mais vraiment porteuse et motivante : raconter une petite chose de tous les jours qui nous procure du bonheur. Après lecture des tweets des autres classes, les élèves se sont immédiatement approprié l’idée. L’envie de raconter quelque chose qui leur tient à cœur les pousse à écrire. Il se dégage des tweets des classes qui ont participé à ces productions, un sentiment de bien-être, de la fraîcheur et de la poésie.

« Mon petit bonheur c’est quand je fais des câlins à mes parents. »

« Mon petit bonheur c’est quand je mange des frites. »

MERCI RIVERAINS ! Tilô
  • 13330 visites
  • 248 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • Percy Schramm
    Percy Schramm
    Reaktionär
    • Posté à 10h05 le 15/02/2013
    • Internaute 190966
      Reaktionär

    La modernité est en marche ! Je ne trouve pas forcément l’idée bonne d’habituer nos enfants à manipuler des tablettes, mais puisqu’on nous dit qu’il est impossible de vivre sans ces trucs, autant leur montrer que c’est indispensable dès le plus jeune âge...

    « Ils aiment écrire. Ils comprennent le plaisir qu’on peut trouver dans une correspondance »

    Heu... pour moi, la correpondance c’est plutôt du papier, un stylo et une enveloppe timbrée. 160 signes, je n’appelle pas ca de la correspondance...

    Et puis dans Touitteur, on est dans l’individualisme triomphant, pas de quoi forger une société avec ca.

  • zacbru
    zacbru
    Troubleur de fautes.
    • Posté à 10h17 le 15/02/2013
    • Internaute 158733
      Troubleur de fautes.

    Ouille ouille, je sens qu’on va se taper des commentaires plein d’aigreur et de cynisme sur les nouvelles technologies, tout ça, tout ça.

    Moi, je n’aime pas tweeter, mais je trouve votre utilisation tout à fait ingénieuse. Le fait que vous correspondiez avec d’autres classe est la clef de voute de la pédagogie. Quand j’étais gamin, ce que je préférais, c’était les échanges avec les autres écoles, mais ça arrivait une fois tous les 3 ans. Là on sent que ça motive vraiment les élèves, ça leur donne un objectif au delà du bourrage de crâne quotidien.

    En plus vous pourriez les intéresser à plein de trucs qui les désintéresserait complètement en temps normal. L’anglais, les capitales, la photo, la poésie, etc. Le fait qu’ils produisent quelque chose qui est suivi et lu doit vraiment être exaltant, et même les plus timides ou les têtes de turc doivent y trouver leur compte. Mettre les devoir, c’est pas bête également, ça permet aussi d’impliquer un peu les parents.

    Je suppose que vous avez posé des limites et un cadre précis pour pas que ça deviennent leur raison de vivre, mais du coup j’ai quand même quelques réserves pour ce qui se passe pour eux à l’issu de l’année scolaire. Pendant les vacances, ils vont se tweeter des cartes postales ? #cartespostales

  • arnauldv
    arnauldv
    chomeur
    • Posté à 10h49 le 15/02/2013
    • Internaute 195041
      chomeur

    Vous me tweeterez 100 fois #on ne dit pas hashtag mais mot-diese# !

  • LaJulie
    LaJulie
    chom-socialo-journalisti- (...)
    • Posté à 10h57 le 15/02/2013
    • Internaute 131913
      chom-socialo-journalisti- (...)

    Ils sont durs les riverains bien-pensants et bien-écrivants....
    Moi j’aime bien, surtout l’échange avec les autres classes. il est là tout l’intérêt de Twitter ou d’internet. L’échange écrit avec d’autres.

    J’adorais recevoir des lettres de mes correspondants allemands.. mais attendre deux semaine leurs lettres... c’était horrible !

    Marrant comme les aigris d’ici balancent des critiques alors qu’ils échangent sur internet, usent et abusent du format. Comme si eux l’utilisait bien et que les CE1 non...

  • Nain Glumeux
    Nain Glumeux
    Nalyseur de proximité.
    • Posté à 11h13 le 15/02/2013
    • Internaute 148099
      Nalyseur de proximité.

    Twitter dés le CE1, qui donne le goût d’écrire, de lire et de l’orthographe

    Je m’apprêtais à rigoler bêtement sur la foi de cette entame et puis en lisant le reste (comme quoi que ça peut s’avérer parfois utile), j’ai trouvé le projet de cet enseignant assez structuré, pédagogiquement parlant.

    Après tout écrire c’est écrire et pourquoi ne pas le faire sur une tablette ?
    Tant qu’il s’agit d’un instrument et pas d’une fin en soi, autant utiliser le progrès.
    Le fait que touiteur soit à la portée de nombre d’illettrés n’implique pas la nécessité de l’être pour l’utiliser.
    On peut décorréler faillite de l’éducation et utilisation d’instruments de communication.

    De toute façon, j’ai connu des gens qui faisaient une faute d’orthographe par mot en écrivant sur un cahier à spirale, avec une plume Sergent-Major trempée dans un encrier de porcelaine que le concierge de l’école emplissait chaque matin avant la classe.

    Ce n’est pas en interdisant l’utilisation des réseaux sociaux qu’on leur apprendra comment éviter les pièges.

    Voilà. Et à la fin, même si on n’est absolument pas d’accord avec le reste, quoi qu’on en dise, quoi qu’on en pense, les enfants auront accès aux réseaux sociaux, alors pourquoi ne pas les y préparer ?

  • aureseth
    aureseth répond à DiaboloSatanas
    Etudiant en Informatique
    • Posté à 12h04 le 15/02/2013
    • Internaute 194427
      Etudiant en Informatique

    et vous vous en souvenez ! Certainement avec de bons souvenir si je ne m’abuse.
    Je pense que tous les moyens sont bon pour intéresser les enfants.
    L’important n’est il pas qu’ils s’éveillent, apprennent à penser par eux même, aient un esprit critique ?
    Dire que trop d’écran n’est pas nuisible serait dire la pire des conneries, et dire qu’apprendre en s’amusant est mauvais, à cause du fait qu’il y ait un écran la-dedans, ce n’est, à mon sens, pas mieux.

    Je comprends certains points de désaccord, mais il faut aussi redonner la responsabilité qui leurs incombent aux parents :
    Pourquoi eux, laissent-ils leurs enfants devant la tv, l’ordi, le smartphone dès qu’ils rentrent à la maison ? ?
    D’ailleurs, n’est-ce pas les parents qui offrent à leurs bambins des téléphones ? ? Je crois que tout le débat est là.

  • Pafacil
    Pafacil
    citoyen
    • Posté à 13h04 le 15/02/2013
    • Internaute 52870
      citoyen

    C’est un peu déprimant de voir tous ces commentaires sans nuances sur une initiative qui me semble avoir plusieurs mérites.
    Elle n’est pas parfaite ? Peut-être, mais je trouve les arguments de ce prof pertinents (et soit dit en passant, moins la plupart des commentaires qui ne font pas vraiment dans la nuance).

    Ceux qui dédaignent l’initiative sont-ils les mêmes qui veulent que les gamins s’intéressent au monde ?
    Parce que, bien ou mal, le monde est ainsi fait.
    Vouloir que les enfants sachent appréhender ces outils et en comprennent les enjeux (risques, limitation, intérêt) ne peut être qu’un plus.
    Comme tout outils, ils peuvent être à double tranchant. Du coup, je trouve ça bien plus sain d’apprendre à s’en servir que de faire comme s’ils n’existaient pas (ça pourrait éviter justement les ramassis d’insultes qu’on peut voir trop facilement, responsabiliser sur les contenus, le degré de confiance à donner à une source, la remise en question d’une info...).
    Je pense qu’il ne serait pas superflu que l’on en fasse autant quand on voit les fantasmes que les nouveaux outils déclenchent chez certains. Ça ressemble à un réflexe très humain qui consiste pour un adulte à dénigrer systématiquement ce que l’on ne maîtrise pas pour éviter de se retrouver en situation d’infériorité.

    Bref, j’apprécie l’initiative de ce prof et je lui souhaite tout plein de succès (on comprends vu les réactions que c’est pas facile d’en proposer !).

  • Snarkk
    Snarkk répond à LaJulie
    Sniper et sans reproches
    • Posté à 13h55 le 15/02/2013
    • Internaute 87497
      Sniper et sans reproches

    Aaaaah, l’utilisation du terme « aigri » pour dénigrer toute personne un tant soit peu critique à l’usage du « progrès technologique ». Classique et efficace, vous avez bien raison.

    Bien que l’utilisation de cet outil internet par ce professeur semble moins bancale que bien d’autres, on peut avoir de sérieuses réserves à ce sujet.

    Non pas que nous soyons des êtres préhistoriques, aigris, impuissants et peut-être même poujadistes. Mais simplement, nous pensons à des choses toutes simples comme :

    1) Quel est l’intérêt de réduire la pensée humaine à moins de deux cents caractères ? Quand bien même il y a une mise en relation avec autrui ?

    2) Quel effet pernicieux peut-il y avoir à une accoutumance dès le plus jeune âge aux écrans, quand bien même il s’agit d’une approche dite ludique et pédagogique ?

    3) Que peut-on penser (en plus de 150 caractères) d’une habitude de plus en plus présente à tous les niveaux de notre société, qui est celle de l’hyper-rapidité et de la frustration qui découle d’une misérable attente de quelques heures sans recevoir un SMS ?

    Et bien d’autres... sous cet angle, je préfère largement être un critique aigri que d’être d’un optimisme béat sur un sujet dont nous ne mesurons que les tout premiers effets.

Verbes thématiques