Tribune 08/02/2013 à 09h48

Tunisie : « Maintenant je vais continuer le travail de papa »

Lotfi Achour | Metteur en scène

Tribune

N. passait d’une pièce à l’autre avec cette fluidité des enfants. D’un couloir à une chaise. D’un genou plein d’affection sur lequel elle se posait en légèreté, à une main aimante qui passait dans ses cheveux noirs. J’ai passé une partie de la soirée à essayer d’imaginer dans quelle partie de la pièce elle avait l’habitude de se tenir avec lui. A quel endroit elle l’attendait le soir. Sur lequel de ses genoux elle sautait avec le plaisir qu’ont les enfants à sauter dans les flaques. Mais sans y parvenir.


La fille de Chokri Belaïd sur le cercueil de son père (Courrier de l’Atlas, via Twitter)

La mort chez nous ne dépouille pas seulement ceux qui restent de l’être aimé, mais elle dépouille aussi les maisons de leurs meubles qu’on plaque contre les murs pour élargir les espaces, ou qu’on stocke dans des pièces voisines, pour faire de la place à d’autres meubles. Les chaises de la mort. Qu’on loue pour que les visiteurs venus partager la peine puissent s’asseoir. Puissent pleurer assis et se recroqueviller sur ces quelques centimètres carrés et sur leur douleur.

N. semblait savoir et ne rien savoir de tout cela. Elle savait que son père était mort. Elle savait comment aussi. Elle savait que quelque chose avait changé dans la disposition de sa maison, dans laquelle visages connus et inconnus défilaient souvent somnambuliques.

« Maintenant je vais continuer le travail de papa »

Elle savait que son père lui avait dit quelques jours auparavant que s’il lui arrivait quelque chose, il fallait « continuer le travail qu’il avait commencé ». Et elle disait elle-même avec une étrange détermination : « maintenant je vais continuer le travail de papa. »

Ce que N. apprendra peut-être plus tard, mais qu’elle ne comprendra certainement jamais, c’est qu’on puisse abattre froidement un matin, un père qui venait d’embrasser ses enfants parce qu’il ne pense pas comme son tueur. Le vrai tueur n’étant pas toujours celui qui a tenu l’arme.

Elle comprendra ce paradoxe d’être parfois incapable de tuer physiquement celui qui vous destine à une mort certaine. Que ses idées peuvent parfois l’emporter sur son corps.

N. est pour le moment dans une autre cohérence, que les tueurs de son père essayent de lui voler. Mais elle semble plus forte qu’eux. Elle semble avoir déjà hérité de la détermination d’un père qui a été celle d’une vie cohérente. Jusqu’au bout.

L’irruption de la mort

N. pensera longtemps au tueur. Elle vivra avec cette pensée. Elle voudra le voir un jour. Elle voudra peut-être lui parler, mettre un visage et une voix sur la mort. Ce jour arrivera peut-être et N. comprendra alors qu’il n’est que l’arme du crime et non pas le doigt qui a appuyé sur la tête, la poitrine et le cœur. Celui de son père et sur le sien au même instant.

Que le vrai tueur à la barbe blanche caresse lui aussi les cheveux de ses petits enfants, d’une main tout aussi aimante. Mais qu’il appartient à une autre part de la même humanité que son père. Qu’il en est l’autre face. Une face qui peut sembler incompréhensible à N.

Elle, que l’irruption de la mort a déjà changée, et qui sait que la vie est précieuse. Et qu’en aucun cas elle ne se rangera du côté de la barbarie qui peut l’ôter à quiconque simplement parce qu’il ne pense pas comme elle.

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato, Tilô
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  • Tabac
    Tabac
    De passage
    • Posté à 10h03 le 08/02/2013
    • 177241
      De passage

    .

  • karlM
    karlM
    Précaire
    • Posté à 11h47 le 08/02/2013
    • Internaute 21378
      Précaire

    texte SOUFIE
    LA PAIX
    Elle est la fleur au parfum enivrant du jardin de la quiétude.
    Elle est le mouvement d’amour qui submerge et unit les cœurs de pardon et de mansuétude.
    Elle est la monture du héros qui combat l’intolérance.
    Elle est la méditation suprême du sage noyé dans l’éternelle présence.
    Elle est la plume du savant qui éveille et transmet la connaissance.
    Elle est l’encre de l’alphabet céleste, mystère de l’essence.
    Elle est la fondation de la demeure de la justice et de la dignité.
    Elle est la force salvatrice des hommes contre la monstruosité.
    Elle est le remède du cœur face à l’angoisse des âmes agitées.
    Elle est l’hymne des chérubins qui portent le trône Divin.
    Elle est le nom béni de Dieu invoqué par toute la création.
    Elle est enfin, Salam, à laquelle j’invite et consacre toute ma dévotion.

    danse SOUFIE
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  • Van Manchette
    Van Manchette
    Rédacteur en Chef Afrik-online
    • Posté à 12h18 le 08/02/2013
    • Internaute 197981
      Rédacteur en Chef Afrik-online

    Les révolutions Arabes sont mortes-nées. Elles n’ont pas dérogé à la règle : ce ne sont pas toujours ceux qui font la révolution qui en profitent le plus. En Libye, Tunisie, Egypte le Printemps Arabe a une morphologie hirsute. La révolution est voilée et bien barbue.

    Les révolutionnaires anonymes ont du mal à concilier les contrariétés de leur propre culture locale avec la démocratie à l’occidental qu’ils appellent de leur vœu. Lisez notre article à sujet, ici : Lien

    • Waldeck
      Waldeck répond à Van Manchette
      Le désenchantement, c'est (...)
      • Posté à 18h32 le 08/02/2013
      • Internaute 36864
        Le désenchantement, c'est (...)

      -« Les révolutions Arabes sont mortes-nées. »

      Ça doit être le propre de toutes les révolutions : les nôtres depuis 1789 (1830 , 1848, 1870, le front Pop, la Libération, Mai 68 ...) et les autres, Bolcheviques, Garibaldiennes ou Bolivariennes ; de Velours, des œillets, de Jasmin, toutes trahies et mortes-nées.

    • Tchislo5
      Tchislo5 répond à Van Manchette
      soft machine
      • Posté à 18h55 le 08/02/2013
      • Internaute 197629
        soft machine

      Toutes les révolutions finissent par des avortons monstrueux qui boulottent les révolutionnaires initiaux. Le peuple et ses conditions d’existence sont plus importantes que la révolution c’est pourquoi malgré les échecs et les avortements politiques les révolution mènent parfois à une amélioration - mais la voie n’est jamais direct et claire - c’est comme ça !

    • Le funambule
      Le funambule répond à Van Manchette
      A l'ouest
      • Posté à 19h11 le 08/02/2013
      • Internaute 196669
        A l'ouest

      Forcément, c’est impossible que ça marche puisque ce sont des arabes.

      En 789 on a découvert tout de suite la démocratie. La preuve, on était tellement contents qu’on a voulu la refaire en 1848.

      Les Russes, elle a bien fini aussi leur révolution.

      Sont vraiment cons ces arabes...

    • thierry reboud
      • Posté à 13h29 le 09/02/2013
      • Internaute 20923

      Les révolutions arabes sont comme toutes les révolutions : elles sont un processus dont on peut éventuellement dater le point de départ, mais on ignore jusqu’où elles se développent. De ce point de vue, on peut dire que les révolutions arabes ne font que commencer et il est beaucoup trop tôt pour dire où elles vont aller.

      C’est quelque chose qui semble flagrant en Egypte et en Tunisie, et il me paraît plutôt qu’on constate que, si l’avenir de l’Egypte et de la Tunisie doit éventuellement être voilé et barbu, cela ne se fera pas sans heurt. Et que, peut-être, ça ne se fera pas du tout.

      Pour faire écho au titre, il faut espérer que c’est toute la Tunisie (et toute l’Egypte : on a vu des portraits de Belaïd dans une manifestation place Tarhir, au Caire) qui continuera le travail de Belaïd.

  • Le funambule
    Le funambule
    A l'ouest
    • Posté à 19h13 le 08/02/2013
    • Internaute 196669
      A l'ouest

    « Elle savait que son père lui avait dit quelques jours auparavant que s’il lui arrivait quelque chose, il fallait “ continuer le travail qu’il avait commencé ”. Et elle disait elle-même avec une étrange détermination : “ maintenant je vais continuer le travail de papa. ” »

    Tout est dit dans ces phrases. Bon courage à cette petite, et surtout, qu’elle ne lâche rien.

  • le journal de personne
    le journal de personne
    Une info scénario
    • Posté à 10h17 le 09/02/2013
    • Internaute 142875
      Une info scénario

    Le coup du foulard

    Lorsqu’un jour le peuple veut vivre, force est pour le destin d’y répondre,
    force est pour les ténèbres de se dissiper, force est pour les chaînes de se briser

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  • Cantique
    Cantique
    alive
    • Posté à 11h25 le 09/02/2013
    • Internaute 196855
      alive

    Tragique.
    La Tunisie tourne en rond, gangrénée par les doctrines des imams dans les milliers de mosquées éparpillées sur son territoire.
    Tant que les tunisiens arboreront un drapeau avec un croissant islamique, ils sont condamnés au conflit et à la guerre civile, la charia, ou à une dictature radicale.

    L’ennemi numéro un de l’Islam, c’est la laïcité.
    Pour un musulman pratiquant, Chokri Belaïd représentait le diable en personne.
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