Tribune 31/01/2013 à 17h43

Printemps arabes : non Monsieur Guaino, vous n’avez fait aucune erreur

Mezri HADDAD
Philosophe et ancien ambassadeur tunisien


Tribune

« Nous avons peut-être tous fait une erreur de jugement en jugeant trop vite les Printemps arabes… La suite de l’histoire n’est pas aussi belle qu’on pouvait le penser à l’époque », a déclaré mi-janvier Henri Guaino, l’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy.

Mezri Haddad et Ben Ali
Philosophe, Mezri Haddad s’est opposé à Ben Ali à la fin des années 80, avant de se rallier à lui. Il a été nommé par ce dernier ambassadeur à l’Unesco. Il a démissionné quelques heures avant la chute de Ben Ali. Il se définit comme « néo-bourguibiste ».

« Heureux ceux qui ont cru sans voir », enseignait Jésus Christ ; cela vaut aussi bien pour mes compatriotes que pour les observateurs étrangers, qui ont été subjugués par la Révolution de jasmin, il est vrai porteuse de grands espoirs.

Henri Guaino, lui, a vu mais il n’y a pas cru. C’est une vérité que je veux restituer : dès les premiers balbutiements tunisiens de ce Printemps arabe, il était parfaitement conscient des conséquences que pouvaient avoir cette déstabilisation de la Tunisie, aussi bien sur le peuple tunisien que sur l’ensemble de la région, voire sur la rive nord de la Méditerranée.

Immédiatement après ma démission, dans la matinée du 14 janvier 2011, l’ancien président n’ayant pas écouté mes conseils depuis le 10 janvier, je me suis mis en rapport avec tous les amis de la Tunisie – diplomates, journalistes, hommes politiques de gauche comme de droite – pour les alerter sur les périls anarchistes et islamistes dont cette chute était intrinsèquement porteuse. Autrement dit : éviter à la Tunisie le pire.

Ma visite à l’Elysée

Parmi ces « amis », Henri Guaino, qui m’a reçu à l’Elysée le 2 février 2011, soit près de deux semaines après le départ forcé de Ben Ali. J’avais passé plus d’une heure avec lui. On se connaissait vaguement depuis 1997, grâce à Philippe Séguin, l’un des rares hommes politiques français qui avait pour la Tunisie, sa patrie natale, un amour charnel.

Je lui avais dit que malgré l’absence de slogans religieux, les islamistes tiraient les ficelles, que parmi les snipers (militaires et non policiers) il y avait des mercenaires étrangers, et que l’armée avait joué un rôle pour le moins troublant.

Bien plus grave que tout cela, que le « Printemps arabe sera un hiver islamiste » (j’ai été le premier à employer cette formule dans une entrevue en mars 2011), traduisant le projet de Grand Moyen-Orient revu et corrigé par les démocrates américains.

Pour avoir cru et activement participé à la défense de l’Union pour la Méditerranée en tant que directeur scientifique du think tank chypriote, Daedalos Institute of Geopolitics, j’avais expliqué à Henri Guaino ce qu’il savait peut-être déjà, à savoir que le Grand Moyen-Orient était politiquement, géopolitiquement et « civilisationnellement » aux antipodes de l’Union pour la Méditerranée, du moins dans sa version originelle et avant son aseptisation par l’Allemagne.

Il ne pouvait rien faire, l’Histoire était en marche

N’étant pas du tout dans l’euphorie de la révolution printanière, désolé même d’assister au naufrage de la Tunisie, Henri Guaino le gaulliste était parfaitement en accord avec le bourguibiste que je suis.

Mais il ne pouvait rien faire ; l’Histoire était déjà en marche et plus rien ne pouvait l’arrêter, d’autant plus que la France sarko-hamadienne était déjà engagée en Libye pour « éviter un bain de sang à Benghazi », selon la légende de Bernard-Henri Lévy, le nouveau Lawrence de Libye ! Mais ceci est une autre histoire.

Deux ans après ce Printemps arabe, la Libye est un Etat complètement désagrégé et « gouverné » par une coalition islamo-salafiste. La Tunisie, tombée dans l’escarcelle de l’islamisme « modéré », est un pays dont l’économie est en faillite, la sécurité en berne et la société en voie de talibanisation sournoise.

L’Egypte, qui ne se porte pas mieux et qui est dirigée par les Frères musulmans, vient de condamner l’action française au Mali, comme d’ailleurs le vénérable imam d’Al Jazeera et le chef spirituel du Printemps arabe, Youssef Qaradaoui, l’éminence grise de cheikh Hamad, qui cultive une haine viscérale à l’égard de la France depuis l’affaire du voile islamique.

Ne pas répéter l’erreur en Afrique

Une condamnation symptomatique, à laquelle a dû se joindre le gouvernement tunisien, qui « déplore » d’ailleurs onze morts parmi les djihadistes qui ont attaqué l’Algérie ! Non, Henri Guaino n’a commis aucune erreur d’analyse. Il a subi comme beaucoup d’autres ce caprice de l’Histoire.

Il a cédé à la raison d’Etat, qui n’est pas toujours compatible avec la raison cartésienne. Par réminiscence gaullienne, il a le mérite de l’avouer aujourd’hui, mieux vaut tard que jamais, à l’instar d’Hillary Clinton et de John Kerry devant la commission du Sénat.

Pour la Tunisie, la Libye et l’Egypte, les dés sont jetés. Mais pas pour l’Afrique, de Bamako à Dakar, toute une zone menacée par la vague islamo-wahabite, que le Qatar finançait et soutenait bien avant le Printemps arabe, ce que Sarkozy et son équipe savaient pertinemment. C’est dire combien il était temps que la France intervienne au Nord-Mali, n’en déplaise à ceux qui l’accusent de velléités néocolonialistes.

Entre la wahabisation mortelle et l’intervention ponctuelle, les Maliens qui ont accueilli les troupes françaises en libérateurs ont fait leur choix. Reste au gouvernement français de faire le sien, avec un peu plus de cohérence stratégique : on ne peut pas combattre au Mali ce qu’on soutient en Syrie !

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  • naifourealiste
    • Posté à 19h14 le 31/01/2013
    • Internaute 165274

    Un article trop rare dans les colonnes de rue89.

    • Nobobo
      Nobobo répond à naifourealiste
      Libre malgré la censure 89
      • Posté à 10h12 le 01/02/2013
      • Internaute 197594
        Libre malgré la censure 89

      Oui, les pleureurs sont habituellement moins lâches...

      Les ex de Ben Ali qui n’assument pas leur passé, se plaignent de l’islamisme et accusent la France comme si elle avait décidé de la destinée tunisienne, voilà ce que nous avons à lire.

      Heureusement que ce type de torchon est rare !

      • kevangel
        kevangel répond à Nobobo
        Chercheur
        • Posté à 10h36 le 02/02/2013
        • Expert 24356
          Chercheur

        Incroyable, Nobobo peut écrire des trucs intelligents.

  • Korg
    Korg
    De passage...
    • Posté à 19h26 le 31/01/2013
    • Internaute 197403
      De passage...

    « C’est dire combien il était temps que la France intervienne au Nord-Mali, n’en déplaise à ceux qui l’accusent de velléités néocolonialistes. »

    Les Maliens libérés remercient le France, n’en déplaise à ceux qui l’accusent de velléités néocolonialistes.

    Bon article, merci

    • bourglareine
      bourglareine répond à Korg
      Anti communiste notoire
      • Posté à 20h12 le 02/02/2013
      • Internaute 196715
        Anti communiste notoire

      C’est le Yeti qui ne va pas être content de cet article.

  • Zeki
    Zeki
    Curieux de tout
    • Posté à 19h45 le 31/01/2013
    • Internaute 64085
      Curieux de tout

    « ...le projet de Grand Moyen-Orient revu et corrigé par les démocrates américains... »

    C’est à dire celui proposé opportunément par les neoconservateurs et appliqué par les républicains encore tétanisés par le 911. Aux méthodes unilatérales appliquées sous bush ont succédé sous obama celles subtiles dignes Brzezinski, avec l’utilisation de proxy. Les diverses émanations politiques des FM ramassant ce qu’il reste des régimes autoritaires à peu près seculiers pour la plus grande satisfaction des petromonarchies theocratiques (comme à partir de 1976 et le soutien financier aux cotés des saoudiens et des pakistanais voulant leur part du gateau afghan) ...

    Je ne peux que m’interroger sur ce qui apparait comme la mise en place de l’ennemi auto désigne. Dans quelques années l’occident dit « judeo-chrétien faisant mine de découvrir le rôle moteur joué par leurs amis du golfe dans l’orientation sociétale jugée anachronique (cf la demande des censeurs qataris d’illustrer la reproduction animale avec des squelettes dans les livres du collège français du qatar)de la tunisie à l’Afghanistan. La prophétie auto réalisatrice permettant de justifier une intervention à grande échelle qui enchante tant les faucons de Washington et tel aviv...

    • Rose.Arno
      Rose.Arno répond à Zeki
      Enseignante
      • Posté à 15h31 le 02/02/2013
      • Expert 136988
        Enseignante

      Pensez vous vraiment qu’une intervention à grande échelle soit le rêve de Washington ? Ou même de Tel-Aviv ?

      • Zeki
        Zeki répond à Rose.Arno
        Curieux de tout
        • Posté à 17h44 le 02/02/2013
        • Internaute 64085
          Curieux de tout

        Je sais les velléités guerrières de façade, car la conviction que le rapport bénéfices/risques soit positif est pour l’instant minoritaire et confinée à l’aile dure que l’on appelle « faucons ». En témoignent les frondes des généraux américains et israéliens qui sont loin d’être des colombes en témoigne.

        Et je n’ignore pas le réalisme d’analystes militaires israéliens dont le sérieux compense leur proximité vis à vis de l’iran par rapport à la farandole de lobbies industriels ainsi que la propagande d’américains plus sionistes que les israéliens (comme les 25 intellectuels americains néoconservateurs qui ont poussé avec leurs armes d’influence à la guerre. Irak que Friedman moquait dans white man’s burden de haaretz des 2003 qui prétendent savoir mieux que les israéliens ce qui est bon pour eux).

        Je rappelle que c’est la décision du guide suprême de cesser les exportations en dollar, comme Saddam hussein, qui a fait correspondre la protection de la clef de voute du systeme économique mondial (sous dominance anglo-saxonne mais donnant à manger dans ses râteliers à participants de la BRI) et l’hostilité du cartel envers certains adversaires d’israel.

        Mais l’histoire a montré qu’une conjonction de circonstances a déjà fait des gens qui se connaissent et ne s’entendent pas se servir de n’importe quel pretexte pour retourner des opinions publiques afin de justifier et pousser populations entières qui ne se connaissent au massacre à l’échelon industriel. Et que le risque de crise systémique peut conduire les cyniques a sous pression de lobbies, se servir de la guerre totale comme bouée de sauvetage, comme ce fut le cas pour les USA sauvée par la guerre et non par le légendaire ’new deal’, d’inspiration économique fasciste, la troisième voie que certains appellent pour relancer la croissance.

        PS : l’article sur le (prétendu pour l’auteur) declin des USA dans lequel son voyait dans la création monétaire (indispensable pour que les chinois effectuent leurs achats en dollars) et le militarisme des preuves de la vigueur de l’empire... c’est tout dire.

         
        • Rose.Arno
          Rose.Arno répond à Zeki
          Enseignante
          • Posté à 15h08 le 03/02/2013
          • Expert 136988
            Enseignante

          Les milliards dépensés pour les interventions d’Irak et d’Afghanistan n’ont pas aidé cette crise « systémique ».

          Maintenant, il est vrai que tous ceux qui nous disent qu’il faut dépenser plus et taxer plus, en référence à Roosevelt, omettent de préciser qu’au New Deal a succédé un conflit mondial.

          • Zeki
            Zeki répond à Rose.Arno
            Curieux de tout
            • Posté à 16h48 le 03/02/2013
            • Internaute 64085
              Curieux de tout

            « Les milliards dépensés pour les interventions d’Irak et d’Afghanistan n’ont pas aidé cette crise “ systémique ”. »

            Bien au contraire. Le pétrole irakien est à nouveau vendu en dollar. La production a été accrue. L’Irak s’est hissé au second rang des exportateurs mondiaux doublant l’Iran (qui demandait des euros dès 2003, suivi de saddam puis de l’annonce de cette volonté en 2008 de l’OPEP) et annonçant le doublement de la production d’ici 2020.
            Et l’invasion de l’Afghanistan a permis au moins de contrecarrer la concurrence russe dans ce carrefour énergétique.

            Les contribuables eux ont payé pour la sauvegarde d’un système financier en symbiose avec les secteurs industriels énergétique et militaire.

            La guerre comme plan de relance n’est pas une idée si saugrenue pour certains...

        2 autres commentaires
  • Cantique
    Cantique
    alive
    • Posté à 22h12 le 31/01/2013
    • Internaute 196855
      alive

    Rue89 sort peu à peu de sa léthargie.
    Il est bien loin le temps des slogans et des pubs sur le « printemps arabe démocratique » en pleine page.

    • Nobobo
      Nobobo répond à Cantique
      Libre malgré la censure 89
      • Posté à 10h18 le 01/02/2013
      • Internaute 197594
        Libre malgré la censure 89

      Oui, il est loin ce temps de la merveilleuse révolution tranquille de l’admirable peuple tunisien appelé à la démocratie d’avant-garde...

      Mais que les ex-amis de Ben Ali n’essayent pas de faire la leçon en mettant en exergue les affres de l’islamisation en cours : la tyrannie qu’ils ont conduite avec leur Maître a produit cet effet désastreux, et ce n’est pas à la France de faire un mea culpa de leurs propres exactions !

      • Rose.Arno
        Rose.Arno répond à Nobobo
        Enseignante
        • Posté à 22h12 le 01/02/2013
        • Expert 136988
          Enseignante

        « la tyrannie qu’ils ont conduite avec leur Maître a produit cet effet désastreux »

        Oui, on dit ça.....depuis très longtemps.
        Les dictateurs corrompus ont rendu impossible tout courant démocratique laïque dans ces pays....

        Ne serait ce pas plutôt, « si ils n’avaient été là, le désastre aurait été bien pire »

    • Conventionnel
      Conventionnel répond à Cantique
      On ne peut régner innocemment
      • Posté à 08h11 le 02/02/2013
      • Internaute 169038
        On ne peut régner innocemment

      Personnellement, je pense que c’est un peu plus compliqué qu’une léthargie. Parce que les relais anti-BenAli sont des gens sincères (je pense par exemple à des journalistes comme Nicolas Beau) et que la Tunisie est un petit pays, qu’un clan - soutenu par l’armée - avait mis en coupe réglée.
      Et le véritable problème, c’est que ce n’est pas la « Révolution » qui a fait tomber le clan, mais un coup de téléphone de Mme Clinton ; qui a conseillé à l’armée de ne plus garantir le pouvoir. Le soir même, BenAli se mettait à l’abri en Arabie Saoudite.
      Et la « Révolution » est partie chez les voisins : pendant que, tranquillement, les peuples de la région se dotaient démocratiquement de pouvoirs islamiques ; notamment grâce au généreux coup de main de Sarkozy en Libye qui a transformé un pays riche en pétaudière du Tiers-Monde.

  • Nobobo
    Nobobo
    Libre malgré la censure 89
    • Posté à 10h44 le 01/02/2013
    • Internaute 197594
      Libre malgré la censure 89

    Cher Monsieur HADDAD,

    En tant qu’ancien ambassadeur de Ben Ali, vous êtes co-responsable des affres de ce régime tyrannique.

    Même si vous avez fui vos responsabilités quand le naufrage de Ben Ali était consommé, cela ne fait pas de vous un grand résistant. Ni un prophète apte à faire part de sa vision sur l’avenir de la démocratie en Afrique.

    Au lieu d’accuser qui que ce soit, vous devriez mesurer que la tyrannie que vous avez établie et maintenue dans la violence et le pillage systématique du peuple tunisien a fait le lit de l’islamisme qui sévit aujourd’hui en Tunisie.

    Oui, nous français sommes conscients de tous les problèmes que posent le régime tunisien actuel (ainsi que l’islamisme qui sévit en Afrique), et pour ma part je trouve angélique la confiance que Hollande accorde à Marzouki, etc.

    Mais, Cher Monsieur HADDAD, ce n’est certainement pas avec un Ben-Aliste ayant retourné sa veste au bord du gouffre que nous souhaitons en parler.

    Cher Monsieur HADDAD, la seule chose que l’on vous souhaite, puisque manifestement cela ne vous affleure pas l’esprit, est de passer en jugement pour votre complicité à la tyrannie de Ben Ali : vous pourrez certainement nous éclairer sur cette histoire récente dont vous êtes l’un des responsables. Et assumer votre passé.

    Je ne vous salue pas, je ne vous adresse aucune civilité, aucune cordialité, Cher Monsieur HADDAD.

    • c_yel
      c_yel répond à Nobobo
      scribe
      • Posté à 12h00 le 01/02/2013
      • Internaute 187445
        scribe

      Mezri Haddad a été un des premiers à critiquer la dérive autoritaire de Ben Ali...Il a même été longtemps exilé en France pour cette raison.
      S’il s’est ensuite rallié au régime c’est qu’a priori il avait entrevu que l’opposition était gangrenée par l’islamisme, et visiblement, il n’avait pas tort. La situation du Moyen Orient n’est pas réductible à une intrigue à la Tintin. Oui effectivement, le fait que les régimes arabes aient été autoritaires et corrompus dans une large mesure a stimulé l’islamisme, surtout dans les campagnes où les gens vivent dans un certain dénuement. Maintenant, le seul pays arabo musulman qui résiste plus ou moins bien à la vague verte est le Maroc, qui est un régime monarchique et autoritaire. Ce n’est pas politiquement correct de le dire, mais oui, à certains moments de l’histoire on a besoin de ce genre de pouvoir, parce que la société n’est tout simplement pas prête pour la démocratie.
      Allez lire des blogs tunisiens, de forums, et vous verrez de plus en plus les gens dire qu’ils regrettent presque les anciens régimes.

      Ce qu’on paie aujourd’hui cher, c’est d’avoir pris les islamistes pour des abrutis. Or ce sont de fins politiciens. Ils arrosent de fric et d’imams radicaux les pays musulmans depuis 30 ans. Cette prise de pouvoir par le bas, ils la préparent depuis des années. D’abord en s’alliant avec les américains au temps de la guerre froide pour tuer dans l’œuf les socialismes arabes, aujourd’hui en soutenant, voire en provoquant la chute des régimes. On est en train de se rendre compte qu’on s’attaque à une hydre, et on n’en est pas sortis. Parce qu’après le Mali, il y aura la Mauritanie, le Burkina et ensuite le Maghreb...

      • Baron Von Karlebraüm
        Baron Von Karlebraüm répond à c_yel
        Aristocrate d'opérette
        • Posté à 13h10 le 01/02/2013
        • Internaute 138043
          Aristocrate d'opérette

        C’est précisément parce que l’on analyse la situation en se disant que « à certains moments de l’histoire on a besoin de ce genre de pouvoir, parce que la société n’est tout simplement pas prête pour la démocratie » que la situation s’aggrave (cf. mon commentaire plus bas).

        Concernant le Maroc, vous devez plaisanter. Non seulement c’est un Etat religieux (eh oui), mais en plus les mouvement islamistes ne sont pas du tout en reste, lisez cet article.

        Ce n’est pas, comme dirait l’autre, parce qu’on est « politiquement incorrect » qu’on est scientifiquement fondé : le règlement de la question islamiste à coups de masse a aggravé le problème plus qu’autre chose.

         
        • c_yel
          c_yel répond à Baron Von Karlebraüm
          scribe
          • Posté à 14h19 le 01/02/2013
          • Internaute 187445
            scribe

          Je sais bien que le Maroc est un état religieux, et je sais les scores que viennent d’y faire les islamistes du PJD. Ce que je dis, c’est que pour le moment, il n’a pas sombré dans le chaos, mais pour combien de temps encore ?
          Au contraire, je pense que c’est l’universalisme qui conduit à l’aggravation des situations. La démocratie c’est un cheminement, on ne peut pas l’imposer de l’extérieur. En France on a mis plus d’un siècle à l’obtenir, en passant par 20 ans de terreur, un empire, une restauration...C’est très difficile.
          L’installation de la démocratie dans le monde arabe aurait pu se faire dans les années 50-60, s’il n’y avait pas eu toutes les magouilles de la guerre froide. Aujourd’hui, si on prend le cas de l’Egypte par exemple, il y a clairement une régression qui s’est opérée en 50 ans, on est obligé de prendre ça en compte. Donc oui, à l’heure actuelle, un certain nombre de ces pays ne sont pas prêts pour la démocratie, parce que dans leur cas, démocratie signifie pouvoir islamiste et à terme guerre civile. C’est peut-être un cap à passer, cela dit, mais cela ne me réjouit pas du tout pour les populations.

          • Baron Von Karlebraüm
            Baron Von Karlebraüm répond à c_yel
            Aristocrate d'opérette
            • Posté à 15h57 le 01/02/2013
            • Internaute 138043
              Aristocrate d'opérette

            Comme vous le dites la démocratisation ne se fait pas en un jour. J’ai presque envie d’ajouter qu’elle ne se fait pas par l’extérieur (on ne connaît pas de cas de démocratisation du fait de l’intervention d’une puissance étrangère).

            Seulement, ce n’est pas en soutenant des régimes militaires et tyranniques qu’on permettra à terme la démocratie. On en arrive à un point où on excuse des crimes contre l’humanité parce qu’on a peur de l’islam politique.
            Le Maroc n’a peut être pas sombré dans le chaos, mais nous parlons d’un pays dans lequel il est illégal de dénoncer des crimes de torture et d’enfermement politique, où l’immunité des tortionnaires est légale et où le contrôle de la liberté d’expression reste mis en place.

            Je ne vois très honnêtement pas en quoi les crimes de Hassan II seraient pires que les mêmes crimes commis par un gouvernement religieux.

            Par ailleurs, c’est précisément cette politique de « containment » anti-islam qui a conduit à la popularité de l’islam politique, ça n’a rien à voir avec la société marocaine, égyptienne ou musulmane. Donc concrètement, cette politique que vous soutenez a été et est toujours à l’origine du problème que vous souhaitez combattre. On n’impose pas la démocratie à coups de masse.

            • c_yel
              c_yel répond à Baron Von Karlebraüm
              scribe
              • Posté à 17h56 le 01/02/2013
              • Internaute 187445
                scribe

              Ah mais on est totalement d’accord ! Je me suis peut-être mal exprimée, mais je ne soutiens absolument pas les politiques qui ont été menées par l’occident dans la région.

              Bien sûr qu’on applique pas la démocratie de l’extérieur, et certainement pas à coup de masse. L’intervention en Irak était à cet égard une idiotie criminelle.

              Je vous rejoins également sur le fait que le soutien aux tyrannies a renforcé l’islam radical. Mais il ne faut pas oublier que ces mêmes tyrannies ont joué avec le feu en laissant ces mouvements prendre de l’ampleur, notamment en leur abandonnant l’action sociale. En Égypte, la popularité des Frères Musulmans est beaucoup due à leur travail humanitaire par exemple.

              L’ennui c’est qu’aujourd’hui, je ne vois pas bien ce qu’il faudrait faire. Est-ce qu’on peut honnêtement prendre le risque de voir s’installer très près de l’Europe des régimes islamistes ? Regardez ce qu’il s’est passé en Libye...En Égypte, une famille qui s’est convertie au christianisme vient d’être condamnée à 15 ans de prison pour apostasie, en vertu de la nouvelle constitution. Ce genre de choses vont se multiplier, et la question est, quel est notre rôle là dedans, que faire ?
              Franchement je n’ai pas de réponse.

              • Baron Von Karlebraüm
                Baron Von Karlebraüm répond à c_yel
                Aristocrate d'opérette
                • Posté à 09h50 le 02/02/2013
                • Internaute 138043
                  Aristocrate d'opérette

                Ce que je sais, quant à moi, c’est qu’historiquement, les démocratisations se font rarement d’un coup. Ces choses là mettent du temps. Cependant, le paradoxe est faux puisque d’un côté on a ouverture politique d’un pays (ne pas oublier que la force des partis islamistes est liée au fait qu’ils sont organisés depuis plus longtemps) et de l’autre fermeture à terme.

              • Conventionnel
                Conventionnel répond à c_yel
                On ne peut régner innocemment
                • Posté à 09h21 le 04/02/2013
                • Internaute 169038
                  On ne peut régner innocemment

                « Est-ce qu’on peut honnêtement prendre le risque de voir s’installer très près de l’Europe des régimes islamistes ? ».
                Vous donnez vous-même la seule réponse possible dans votre première ligne : puisqu’on ne peut appliquer la démocratie de l’extérieur et à coups de masse, il faut réellement accepter de voir s’installer des régimes islamistes. Et en particulier - de façon emblématique - lorsqu’ils sortent des urnes, parce qu’il s’agit de la stricte application du droit international et de la conception républicaine des relations internationales.

        5 autres commentaires
    • Tadorne
      Tadorne répond à Nobobo
      Ingénieur
      • Posté à 00h13 le 02/02/2013
      • Internaute 52463
        Ingénieur

      Utiliser le qualificatif « cher » dans la dernière phrase, n’est-ce pas déjà de la cordialité ?

  • Maxime Lacroix
    Maxime Lacroix
    cartésien
    • Posté à 12h31 le 01/02/2013
    • Internaute 198021
      cartésien

    Je ne suis pas tunisien, ni franco-tunisien, mais un français qui connait parfaitement bien la Tunisie, pays de mon enfance et de mes rêves. Il n’y a pas que Ben Ali à n’avoir pas écouté les conseils de cet éminent philosophe dont j’ai lu tous les essais depuis quinze années. Les Tunisiens aussi n’ont pas voulu l’écouter lorsqu’il a multiplié les messages et les mises en garde à travers les chaînes de télévisions françaises. Au moment où tout le monde flattait cette révolution « spontanée » et sans slogans religieux, il a eu l’audace de stigmatiser cette « Horde fanatisée » qui va mener la Tunisie au chaos et qui était invisible pour le commun des mortels, mais pas pour un philosophe qui maîtrise la géopolitique autant que les alliances et les procédés des islamistes. Le chaos, nous y sommes. Voilà ce que ça coûte aux peuples de jouer aux révolutionnaires ! Les Tunisiens ne méritent vraiment pas cette incroyable régression. Et si j’en crois M.Mezri Haddad dans son dernier livre « La Face cachée de la révolution tunisienne », les Tunisiens vont devoir affronter le pire. J’espère sincèrement que, pour une fois, l’histoire ne donnera pas raison à celui qui a été le premier à annoncer que le printemps arabe tournera à l’hiver islamiste. Merci à Rue 89 de publier ce témoignage historique sur une rencontre entre un gaulliste et un bourguibiste.

  • Baron Von Karlebraüm
    Baron Von Karlebraüm
    Aristocrate d'opérette
    • Posté à 13h04 le 01/02/2013
    • Internaute 138043
      Aristocrate d'opérette

    Certes, le propos de l’article met en balance les arguments du type « révolution égale démocratie ». Néanmoins.

    Néanmoins, cet argumentaire a été l’argumentaire spontané en France au moment des premières tensions, et constituait l’essentiel du discours sur le sujet depuis le début de la guerre civile algérienne (voire avant). La soi-disant alternative entre régimes militaires et démocraties de façade islamistes était le paradigme dominant en ce qui concerne l’analyse politique du monde arabe, à l’exception de quelques dissonances chez Georges Corm notamment.

    Néanmoins c’est cette même réflexion qui a poussé « l’occident » à reconnaître (le terme soutenir est peut être un peu fort) les régimes des dictateurs laïcs après la Guerre Froide. Se souvenir de la rentrée en grâce de Kadhafi, par exemple. Quant à ceux qui ont été dénoncés, en tête desquels Hussein se place sans peine, n’oublions pas que c’est sur un argument ethnique (la défense des kurdes) puis religieux (la défense des chiites et des chrétiens d’Irak et la supposée alliance entre le Baath et Al-Qaeda) qu’elle a été faite. Idem en ce qui concerne la scène libanaise, la scène syrienne et la scène palestinienne, où la grille de lecture ethnico-religieuse reste dominante.

    Néanmoins également, n’oublions pas l’importation de la thématique en ce qui concerne la situation sociale en France, avec l’opposition « modérés / radicaux » vis-à-vis des français musulmans, avec les affaires du voile, et avec les propos de type « C’est une émeute ethnique » formulés par Finkielkraut en 2005.

    Néanmoins toujours, n’oublions pas que cette même grille de lecture, après une remise en cause timide au moment des émeutes (particulièrement en ce qui concerne l’incapacité supposée quasi-génétique des arabes et des musulmans à vivre en démocratie), revient en force en ce qui concerne le terrain syrien (où le jeu des communautés contre les autres a toujours été un instrument, mais jamais un moteur, de la domination baathiste), les terrains égyptien et tunisien, et le terrain soudanais (quoique là, la lecture ethnique n’a jamais été suspendue).

    Concernant le cas du Mali, elle est toujours présente : le cas d’une guerre civile en germes depuis les années soixante et en grande partie due à l’abandon de territoires entiers par l’Etat est réduit à une tentative de « wahabisation », avec soutien en prime à l’action d’un gouvernement putschiste prétendument représentatif des intérêts communs du peuple malien. Sans vouloir faire de parallèle hasardeux, l’argumentaire ne s’éloigne guère de celui de Franklin Roosevelt par rapport à Somoza : « He’s a son of a bitch, but he’s our son of a bitch ».

    Concrètement, les résultats sont là : le soutien inconsidéré au coup d’Etat algérien a provoqué non seulement les années de plomb, mais en plus la radicalisation des islamistes, et la déstabilisation à terme du Sahel. L’intervention en Irak a facilité l’arrivée du confessionnalisme, lequel continue de pourrir allégrement le Liban en le rendant non seulement ingouvernable mais incapable de se réformer. La crainte en Syrie, et l’alliance de fait au moment de la deuxième guerre du Golfe avec les Etats-Unis a conduit au maintien du régime et à la situation actuelle. Le rejet de toute légitimité du Hamas l’a non seulement rendu plus populaire mais empêche à terme la fin de la crise entre Israël et la Palestine. Quant à la salvation par les armes en Libye, non seulement a t-elle également déstabilisé la région, mais en plus elle a permis l’arrivée au pouvoir des islamistes, parce que comprenez-vous, « Il y a sharia et sharia » (sic. BHL).

    Bref, la politique étrangère et arabe notamment se fait depuis trop longtemps sur des grilles de lecture complètement éculées et sur l’idée qu’on parviendra à un processus de démocratisation et de pacification en écrasant systématiquement les acteurs qui « nous » déplaisent.
    Mahalo.

  • zitrol75@yaho.fr
    zitrol75@yaho.fr
    franco-tunisien
    • Posté à 14h03 le 01/02/2013
    • Internaute 198027
      franco-tunisien

    Nul n’est prophète dans son propre pays. M.Haddad avait une longueur d’avance sur ses compatriotes et même sur certains philosophes français qui ont voulu jouer aux gladiateurs de la démocratie, avec les ennemis de la démocratie, à savoir les islamistes. Pour être un admirateur de Mendès France et de De Gaulle, je sais qu’en politique, il ne faut jamais avoir raison tout seul et très tôt. C’est tout à fait le cas de ce philosophe tunisien. C’est le propre de tous les grands hommes, qu’ils soient philosophes ou politiques, d’être incompris et même pris à parti par les masses. Mais que certains s’aventurent encore aujourd’hui à le critiquer, dénote une mauvaise foi ou une ignorance regrettables. Nobobo, cela raisonne comme Robobo ! C’est-à-dire une machine programmée pour calomnier et désinformer. Il est clair que les propos de naifourealiste transpirent la haine, mais l’opinion tunisienne et française ne se laissent plus prendre dans ce genre de propagande. La réalité tragique de la Tunisie donne entièrement raison à monsieur Haddad, qui a été le seul à prévoir ce qui arrive aujourd’hui. Quant à son parcours politique, il est parfaitement honorable et cohérent : l’un des premiers à s’opposer à Ben Ali, l’un des rares à rallier le régime tunisien par phobie islamiste et esprit réformiste, le seul à démissionner de son poste d’ambassadeur avant le départ e Ben Ali, le seul ancien responsable à tenir tête aux islamistes, encore aujourd’hui. J’espère que monsieur Haddad ne va pas se rabaisser à votre niveau et à répondre à votre lettre moralement très laide et politiquement nulle.

  • Fantomiald
    Fantomiald
    Robin des Bois légal
    • Posté à 16h40 le 01/02/2013
    • Internaute 81539
      Robin des Bois légal

    En effet, tout est censé dans cet article ... Je pourrais même ajouter qu’il est temps de présenter AL-Qaïda telle qu’elle est réellement : une bande de mercenaires qui ont eu l’idée démoniaque d’adopter les méthodes de gestion des multinationales et font payer leurs services au mieux offrant. Ils sont tellement fortiches dans leur endoctrinement qu’ils sont capables d’islamiser un pays musulman ... pardon, créer du grabuge dans une zone géostratégiquement sensible afin d’ouvrir les portes à l’installation d’une base de drones dans un pays voisin qui détient le précieux uranium.

    Mais ces islamistes, comme vous dites, M. Haddad, à qui les doit-on ? M. Haddad, vous savez tout aussi bien que moi que du temps de Ben Ali, le parti unique, tout comme la démocratie, ce n’était que de la façade. Vous savez très bien qu’à l’image d’un équilibriste qui ne marche sur un fil en tenant le balancier d’un seul côté, il ne peut y avoir conceptuellement une force sans une force opposée. Même dans un pays sous un régime autoritaire.

    M. Haddad, il est bien entendu que Ben Ali ne pouvait aussi longtemps user et abuser de l’argument du dernier rempart contre le terrorisme si en face, il n’y avait pas ce réseau islamiste tout aussi fort et bien organisé que le RCD, oeuvrant en cachette certes, mais incroyablement bien en place et déjà diaboliquement opérationnel à peine Ben Ali dégagé.

    * * *

    Vous saviez, vous, ex-gens au pouvoir, que le danger islamiste était bien réel et pas fantasmé, mais qu’aviez-vous fait pour l’endiguer ?

    Avez-vous empêché les gens de sombrer dans la misère ? Avez-vous essayé de leur éviter le désespoir ?

    Ou, plus simple encore, qu’avez-vous fait en matière d’éducation, l’arme ultime contre l’endoctrinement ? Voulez-vous qu’on évoque la démagogique médiocrisation du niveau de difficulté de l’épreuve du bac, qui permettait à Ben Ali d’exploser le taux de réussite sous son règne ? Voulez-vous qu’on aborde votre ostracisme à l’égard des disciplines intellectuelles telles que la littérature, l’art, la philosophie en fermant les débouchés auxquelles elles aboutissaient ? Ou alors, vous voulez qu’on parle de comment Bourguiba avait inscrit ses enfants aux écoles publiques là où Ben Ali inscrivait ses filles aux écoles privées ou missions scolaires et éducatives de France ?

    Non, on peut tout simplement évoquer comment Ben Ali marginalisait les instruits et valorisait les ignares à la ruse affûtée, parce que lui-même redoutait les premiers et se sentait en famille avec les seconds.

    Vous prétendez vouloir sauver le pays ? Faites amende honorable, avouez vos pêchés et demandez des excuses au peuple : un peu de vérité le ramènera peut-être à la raison.

    EDIT : petite mise en forme, afin de lever l’ambiguïté entre M. Haddad, et « Ex-Gens du pouvoir »

  • çavapasser
    çavapasser
    toubib
    • Posté à 17h07 le 01/02/2013
    • Internaute 162231
      toubib

    Il y a 30 ans, ma belle famille habitait Gabes lorsqu’ont éclaté les révoltes du PAIN qui ont fait plus de 100 morts. Dans l’indiférence des médias et des opinions occidentales.
    Pensez ! faire la Révolution pour le prix de la bouffe ! Pourquoi pas se révolter pour avoir du travail ! pour pouvoir se loger ! pour pouvoir se meubler ! acheter une vieille Toyota ! acheter la télé ! bref pouvoir se marier, faire des enfants !
    Aux yeux des intellos occidentaux c’étaient des motifs minables, des motifs de beaufs arabes.
    Alors quand ça a commencé à chauffer il y a deux ans, les médias et les politiques occidentaux ont fait passer le message aux affamés tunisiens, aux sans-avenir, aux sans-espoirs que la formule-magique à employer était « la Révolution démocratique », ça ça avait de la gueule ! c’était porteur, coco ! au 20Heure quel succés d’audience ! ce fut une posture des tunisiens, une imposture de la part des occidentaux.
    Qui croit que la Tunisie, l’Egypte, la Libye connaissent le bonheur democratique ?
    Qui croit encore que la révolte en Syrie est un mouvement démocratique ?
    Peut etre que le Nord Mali vivait une douce transition démocratique avec l’arrivée des gentils islamistes. Un peu rudes certes mais si beaux si virils,sentant bon le sable chaud. Ils ne faisaient que reprendre des traditions : la traite humaine, les trafics, les énlévements. C’est si beau les traditions ! vite une pétition !
    Avec un peu de mauvaise foi, nos médias se faisaient forts de nous convaincre de la noblesse de leur cause. Un peu comme au sujet de la Révolution Culturelle chinoise trés admirée à Paris rive-gauche en 1966. Bien présentée à une opinion sous le charme.

  • çavapasser
    çavapasser
    toubib
    • Posté à 17h07 le 01/02/2013
    • Internaute 162231
      toubib

    Il y a 30 ans, ma belle famille habitait Gabes lorsqu’ont éclaté les révoltes du PAIN qui ont fait plus de 100 morts. Dans l’indiférence des médias et des opinions occidentales.
    Pensez ! faire la Révolution pour le prix de la bouffe ! Pourquoi pas se révolter pour avoir du travail ! pour pouvoir se loger ! pour pouvoir se meubler ! acheter une vieille Toyota ! acheter la télé ! bref pouvoir se marier, faire des enfants !
    Aux yeux des intellos occidentaux c’étaient des motifs minables, des motifs de beaufs arabes.
    Alors quand ça a commencé à chauffer il y a deux ans, les médias et les politiques occidentaux ont fait passer le message aux affamés tunisiens, aux sans-avenir, aux sans-espoirs que la formule-magique à employer était « la Révolution démocratique », ça ça avait de la gueule ! c’était porteur, coco ! au 20Heure quel succés d’audience ! ce fut une posture des tunisiens, une imposture de la part des occidentaux.
    Qui croit que la Tunisie, l’Egypte, la Libye connaissent le bonheur democratique ?
    Qui croit encore que la révolte en Syrie est un mouvement démocratique ?
    Peut etre que le Nord Mali vivait une douce transition démocratique avec l’arrivée des gentils islamistes. Un peu rudes certes mais si beaux si virils,sentant bon le sable chaud. Ils ne faisaient que reprendre des traditions : la traite humaine, les trafics, les énlévements. C’est si beau les traditions ! vite une pétition !
    Avec un peu de mauvaise foi, nos médias se faisaient forts de nous convaincre de la noblesse de leur cause. Un peu comme au sujet de la Révolution Culturelle chinoise trés admirée à Paris rive-gauche en 1966. Bien présentée à une opinion sous le charme.

  • çavapasser
    çavapasser
    toubib
    • Posté à 17h07 le 01/02/2013
    • Internaute 162231
      toubib

    Il y a 30 ans, ma belle famille habitait Gabes lorsqu’ont éclaté les révoltes du PAIN qui ont fait plus de 100 morts. Dans l’indiférence des médias et des opinions occidentales.
    Pensez ! faire la Révolution pour le prix de la bouffe ! Pourquoi pas se révolter pour avoir du travail ! pour pouvoir se loger ! pour pouvoir se meubler ! acheter une vieille Toyota ! acheter la télé ! bref pouvoir se marier, faire des enfants !
    Aux yeux des intellos occidentaux c’étaient des motifs minables, des motifs de beaufs arabes.
    Alors quand ça a commencé à chauffer il y a deux ans, les médias et les politiques occidentaux ont fait passer le message aux affamés tunisiens, aux sans-avenir, aux sans-espoirs que la formule-magique à employer était « la Révolution démocratique », ça ça avait de la gueule ! c’était porteur, coco ! au 20Heure quel succés d’audience ! ce fut une posture des tunisiens, une imposture de la part des occidentaux.
    Qui croit que la Tunisie, l’Egypte, la Libye connaissent le bonheur democratique ?
    Qui croit encore que la révolte en Syrie est un mouvement démocratique ?
    Peut etre que le Nord Mali vivait une douce transition démocratique avec l’arrivée des gentils islamistes. Un peu rudes certes mais si beaux si virils,sentant bon le sable chaud. Ils ne faisaient que reprendre des traditions : la traite humaine, les trafics, les énlévements. C’est si beau les traditions ! vite une pétition !
    Avec un peu de mauvaise foi, nos médias se faisaient forts de nous convaincre de la noblesse de leur cause. Un peu comme au sujet de la Révolution Culturelle chinoise trés admirée à Paris rive-gauche en 1966. Bien présentée à une opinion sous le charme.

  • L'ami Dino
    L'ami Dino
    ex-supporter de la Juventus
    • Posté à 17h26 le 01/02/2013
    • Internaute 44072
      ex-supporter de la Juventus

    Il y a quand même quelques absurdités dans cet manière de voir les choses.
    - Déjà, de quelle politique fait-il le procès ? En Tunisie et en Egypte, les Occidentaux n’ont lachés les dictateurs alors que ces derniers apparaissaient déjà finis : les opposants étaient dans la rue, l’armée les avait laché. Qu’aurait-il fallu faire ? Intervenir militairement pour remettre Ben Ali en selle ?
    - C’est en Libye que l’Occident a mené sa politique la plus contestable. Mais enfin il me paraît très présomptueux d’affirmer que les Européens ont changé le cours des choses dans ce pays. Les frappes aériennes ont certainement acceléré la victoire des rebelles, mais rien ne dit que Kadhafi aurait gagné si l’OTAN n’était pas intervenu. Tout cela me paraît surestimé, de même que l’importance de la chute du Guide Libyien dans les événements Mali. Certes les rebelles ont profité de l’arsenal Libyen, mais à ma connaissance la rébellion touareg, la conversion d’une partie d’entre elle à l’islam radical, l’essaimage des islamistes armés à travers le Sahel et enfin la déliquescence de l’Etat malien et de sont armée sont les véritables causes de cette guerre et sont sans rapport aucun avec Kadhafi.
    - C’est en Libye qu’il y a le moins d’islamistes au gouvernement, contrairement à ce qui est dit ici.
    - Il y avait bien des démocrates dans les manifestations en Egypte et en Tunisie. Ils constituaient d’ailleurs le gros des manifestations. Ils sont toujours là, mais n’ont pas réussi à constituer une force électorale. Nous devrions les soutenir plutôt que de nous lamenter sur une situation qui nous échappe.
    - Les islamistes existaient avant les révolutions. Les dirigeants historiques d’Al Qaida sont en grande partie des islamistes Egyptiens.
    - En France, la révolution de 1989 a porté la Terreur puis Napoléon au pouvoir. Celle de 1848 a amené Napoléon III (élu au suffrage universel !). A la chute de ce dernier, c’est les monarchistes et les partisans de l’Ordre Moral qui ont gagné les élections. Il aura fallu presque un siècle pour que la France se dotte d’un gouvernement républicain, pourtant il n’y a personne pour prétendre que la révolution était une régression.

    • kevangel
      kevangel répond à L'ami Dino
      Chercheur
      • Posté à 10h28 le 02/02/2013
      • Expert 24356
        Chercheur

      « pourtant il n’y a personne pour prétendre que la révolution était une régression. »
      Si seulement c’était vrai ! Mais on entend de plus en plus des voix de l’oligarchie pour prendre 1789 comme un exemple de ce qui est arrivé de pire.

  • lilazak
    lilazak
    retraitée
    • Posté à 20h27 le 01/02/2013
    • Internaute 103316
      retraitée

    Et ce qu’on soutient en Syrie, ce sont bien ces islamistes fanatiques, incultes et dangereux pour tout le monde qui, sous les noms de ASL, Front al Nosra ou Liwa a al Tawa’ id ou etc, se livrent surtout au pillage en toute impunité des biens de la Syrie, publics ou privés et de tout Syrien y compris « normal comme chacun de ces fabusiens chers “amis du peuple syrien ‘ .
    Personne ne parle de cette mise en coupe de ce malheureux pays par ces opposants qui racontent encore qu’ils sont encore des démocrates en action ! Ce qu’ils veulent ? Mais c’est d’abord du fric et des armes (ils y en a pourtant tant déjà dans toute la région ! mais surtout du Fric comme cet arlésien conseil l deje ne sais quoi de syrien qui tant aime la fréquentation des palaces !
    Et moi ce que je sais, au jour le jour, et que je veux dire et redire en ricanant c’est simple, très simple ! C’est que tout simplement tous les Syriens sont ruinés et c’est la bonne raison de ce printemps syrien dont tout le monde bien pensant ici s’est gargarisé ! mais la Syrie hollandaise devait être ruinée comme l’Irak l’a été, et comme le sera demain aussi le Liban et déjà l’Iran et démembrée une fois de plus, mais comme l’est La Libye sarkozienne ! ! Bien sûr pour que règnent les droits de l’homme et la liberté de mettre tout le monde sous voile et au régime sec ! Mais cela arrange et a toujours arrangé nos affaires pétrolières et gazières, et l’affaire de nos amis proches adeptes de la colonisation des terres palestininennes !
    Bien, tout se passe dans nos règles ! la Syrie est rackettée à tous les niveaux t si j’en parle en connaissance de cause c’est tout simplement que notre famille syrienne, bien que très musulmane presque en majorité, est tout naturellement elle aussi rackettée et ruinée mais comme nous aussi ! Notre maison, comme j’avais pris la peine de le raconter, avait été squattée par la brigade des quinze Libyens très fanatiques de Benghazi amis de BHL et venus faire le Djihad, en s’installant chez moi !
    Mais La France amie des djihadistes n’a sans doute pas su leur envoyer le fric promis et n’a pas pu fournir leurs billets de retour vers le Mali-Niger-et sud-Libye afin qu’ils se refassent un compte en banque en uranium drogues et etc ! Alors, comme vient de nous l’annoncer notre cousin encore sur place et qu’ils utilisent comme relais ( pour leur faire contact avec l’ambassade de France lors de leur installation chez nous les franco-syriens, sic), ils vendent ces jours nos affaires : mobilier et etc , et nous réclament de l’argent pour quitter les lieux ! mais c’est la règle et le tarif normal, c’est à la tête du client ! Pour les plus riches, ce n’’est pas donné et pour nous, vivant à Paris , c’est moyen : de 50000 à100000 livres syriennes bien moins que pour la rançon réclamée après le rapt d’un beau frère !

    Alors chers contributeurs adeptes des Printemps arabes, à votre bon coeur et faites d’urgence une souscription pour que ces libérateurs d’un régime syrien aussi despotique certes que celui des nos amis saoudiens ou qataris , repartent dans leur désert ! ils y ont des affaires à faire plus importantes désormais que dans cette Syrie désormais terrassée et où dans mon quartier est installé enfin (sic) un tribunal charia !

  • 0173dom
    0173dom
    retraité
    • Posté à 09h40 le 02/02/2013
    • Internaute 111751
      retraité

    après la décolonisation, on a jamais favorisé la démocratie dans les pays africains, on a même fait assassiner quelques personnes porteuses de ces idées là pour favoriser d’autres plus maléables à la corruption.
    attitude de la part des occidentaux et surtout de la France pire que la colonisation.

  • kevangel
    kevangel
    Chercheur
    • Posté à 10h32 le 02/02/2013
    • Expert 24356
      Chercheur

    Ah qu’il était bon le temps de la dictature ! Surtout lorsqu’on était ambassadeur de Ben Ali et qu’on avait droit de séjour dans ses palais luxueux.
    Demain, j’espère qu’on aura droit au témoignage touchant de l’ambassadeur du Chili au temps de Pinochet, qui nous expliquera la larme à l’oeil comme il était bon le temps où l’ordre et la sécurité régnait au Chili.

  • Elliot147
    Elliot147
    gauchiste non repenti
    • Posté à 15h43 le 02/02/2013
    • Internaute 190330
      gauchiste non repenti

    Les islamistes ont occupé grâce à leurs action caritatives le terrain délaissé par les amis de Mr Haddad.
    La révolution de jasmin a été victime de ce que l’a rendait tellement sympathique : sa spontanéité.
    Ceux qui l’ont initiée étaient politiquement inorganisés ; ce fut un joyeux happening, un peu notre mai 68.
    Rappelons-nous, il a débouché chez nous, par le biais du suffrage universel, sur une chambre des députés introuvable où la Droite la plus réactionnaire se taillait la part du lion. La gauche a mis 13 ans à s’en remettre et n’a dû sa sortie du purgatoire qu’à la candidature de François Mitterrand, un homme de droite converti aux couleurs de la Gauche Unie.
    En Tunisie la nature a eu de la même manière horreur du vide et celui-ci a été comblé par la seule force organisée de l’opposition, le parti islamiste.
    Mais la responsabilité de ce vide incombe à ceux qui n’ont pas su mettre en pratique la formule de Lampedusa : « il faut que tout change pour que rien ne change “.
    L’aveuglement principal n’était pas du côté des Guaino et consorts, il était du côté du régime qui n’a pas eu la réponse appropriée au désarroi populaire.
    N’ayant pas les moyens de l’épreuve de force comme Assad en Syrie, ni l’intelligence de la réforme en temps opportun, ils étaient destinés à être balayés par la déferlante historique.
    Il ne sert de rien de récriminer à posteriori ou de faire un procès indirect à la France qui n’a pas voulu servir de béquille à un régime déliquescent.
    Ceux qui, comme Mr Haddad, nous disent ‘ nous l’avions prévu’ auraient dû faire preuve de plus de perspicacité quand il en était encore temps plutôt que de continuer à rançonner le pays à leur profit.
    Le sort du peuple aujourd’hui et la chape de plomb qui s’étend sur la Tunisie est le fruit de leur cupidité et de leur aveuglement.

  • Walek2051
    Walek2051
    Désobéissant sans imposture
    • Posté à 00h00 le 03/02/2013
    • Internaute 196092
      Désobéissant sans imposture

    « On ne peut pas combattre au Mali ce qu’on soutient en Syrie. » - Cette phrase a décrédibilisé tout ce qui était dit avant. Merde, cette phrase a décrédibilisé votre article. Les motivations sont loins d’être les mêmes en Syrie et en Tunisie, chaque pays a ses spécificités et ce qu’il s’est passé en Libye est regrettable, mais le bilan est quand même meilleur en Tunisie et en Égypte. Quoiqu’il en soit, ces mouvements populaires (pour la Libye c’est pas le cas, et pour la Syrie, il a été trop vite massacré pour que ça reste un soulèvement populaire et ne devienne pas guerre civile) ont donné l’exemple à tous que le peuple, s’il le veut, peut gouverner.

    Cordialement.

  • Melinster
    Melinster
    Pédant galvanisé
    • Posté à 05h34 le 04/02/2013
    • Internaute 61559
      Pédant galvanisé

    En fait, la démocratie vue par les occidentaux offre quelque chose de fascinant. Nous, petits Français, souhaitons la démocratie chez les gentils arabes pour qu’ils puissent enfin s’émanciper et vivre heureux dans la joie et la bonne humeur (la même que la notre, entendons nous bien). Mais, pour nous, petits Français, il faut que le peuple de ces pays votent comme nous aurions votés. Et si ce n’est pas le cas, et bien on s’offusque.

    La Tunisie a votée, tant bien que mal, tout comme l’Egypte. Qu’ils votent pour des intégristes, des dictateurs pires que les précédents, des communistes, des socialistes, des capitalistes, des fanatiques musulmans, chrétiens, des modérés, des réformistes etc... tout ceci reste du ressort des Tunisiens, et cela vaut aussi pour les autres pays. S’ils veulent voter pour un partit X ou Y, religieux ou laïque, modéré ou nationaliste, c’est leur affaire, qui sommes nous pour juger ce qui est bon et ce qui ne l’est pas ?

    Nous, nous on veut une démocratie à sens unique, une démocratie qui nous ressemble, bref ce n’est plus une démocratie, c’est du néo-colonialisme, et c’est ce que font les Américains depuis les années 50. On fait et défait des gouvernements depuis 60 ans, comme ça nous arrange, sans se soucis des répercutions, et puis on libère ces gens des dictateurs que nous avons nous-mêmes mis en place, avant d’exiger que le peuple vote « bien ». Qu’un pays, réputé comme « celui des droits de l’homme et de la démocratie » ne soit pas capables de respecter celles des autres, aussi nouvelles, balbutiante, ou encore fébriles soit-elles, c’est pathétique.

    Probablement que nous, petits Français, sommes tellement minables en histoire, que nous n’arrivons pas à nous rappeler à quel point notre propre pays s’est construit dans le sang, parfois révolutionnaires contre révolutionnaires, et ce au fil des ages. Il n’y a pas de secret, ces choses là prennent du temps, et le temps, c’est la base de toute évolution.

    Bientôt on comptera les morts qu’il y avait avec l’ancien dictateur, pour les comparer aux chiffres sous le nouveau régime, et on en tirera des conclusions idiotes sans manquer d’appuyer sur tout ce qui nous débecte : la religion, avec des commentaires simplistes du genre « on aurait pas du les aider » ou l’inverse. C’est cynique, et minable.

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