Témoignage 29/01/2013 à 10h19

Mon arrivée à la prison des Baumettes : « Tu as une cigarette ? »

Bruno des Baumettes | Ex-détenu

« Bruno des Baumettes » est le journal des trois mois et dix-neuf jours qu’un détenu a passés aux Baumettes, à Marseille. Rue89 publie sa première journée en prison.

  1. Lundi 3 septembre : midi peut-être, ou alors plus ?
  2. Bientôt 19 heures ?

Trois jours après le naufrage

Je suis en détention depuis vendredi soir [31 août]. Je n’ai pas pu écrire avant, on vient de me donner seulement ce matin un stylo et du papier à lettres, ainsi que deux enveloppes pré-timbrées et le règlement intérieur destiné aux détenus. Je sais que mon arrestation est justifiée. J’attends de pouvoir être jugé – je ne sais quand – et d’être enfin condamné.

« Bruno des Baumettes »

Bruno a vécu dans la « Deuxième nord » – une aile réservée aux détenus isolés : les pointeurs, les violeurs, les détraqués et autres sont mis dans cette aile parce qu’ils ne peuvent pas, pour des raisons de sécurité, voire de vie ou de mort, être mélangés avec les autres détenus de droit commun.

« Ce journal est dédié à tous mes compagnons grâce auxquels j’ai survécu dans le quartier des “Isolés” des Baumettes. Ceux qu’on traite de “pointeurs” – ces parias des prisons. Votre humanité m’a permis de tenir et d’exister. Merci à vous... »

Nous publions ici sa première journée, et des dizaines d’autres vous attendent sur son blog. Témoignage du quotidien matériel – scandaleux au point que le Conseil d’Etat est intervenu – et de ce que ressent un prisonnier, ce prisonnier. Blandine Grosjean

Samedi matin, j’ai vu un médecin. J’ai demandé une prise en charge psychologique, j’attends un rendez-vous. Voilà trois jours à présent que je suis enfermé ici. Trois jours, ou plutôt trois jours et trois nuits. Les nuits ont été pour moi bien plus éprouvantes que les journées.

Durant le jour, les conditions m’ont semblé moins terribles que je l’avais imaginé. Certes, la cellule est spartiate, mais ça je m’y attendais. Je suis placé, pour la semaine, dans le quartier dit des « arrivants ».

Le premier soir, on m’installe dans une cellule sans lumière et sans toilettes. Elle est remplie des détritus laissés par ceux qui m’avaient précédé. Malgré tout, je trouve ces conditions plus correctes que les geôles de l’Evêché (nom familier du Commissariat central de Marseille), où j’ai passé deux jours en garde à vue, et la journée au Tribunal de Grande Instance : ici on veut bien me servir à manger, plus que les quelques bouchées et le sandwich auxquels j’ai eu droit là-bas.

Les occupants précédents m’ont même laissé, en restes, deux pommes. Bon, tout ça, ce n’est pas le plus important depuis je mange à ma faim. Dès le lendemain matin, je parle au surveillant et ils veulent bien me changer de cellule. Celle-ci est « parfaite » – elle possède même un double-vitrage qui me protège un peu du vacarme, des appels incessants et des cris des autres détenus. Il y a un W.C et une douche qui fonctionnent.

Grouillantes, bruyantes et malodorantes

Depuis ma fenêtre, j’ai vue sur la cour. [Je me rendrai compte par la suite qu’il y a plusieurs cours, les unes à côté des autres, séparées par des murets barbelés.] En face, il y a un autre bâtiment, et derrière encore d’autres bâtiments. Pareilles à un gros bourg isolé de montagne, dont les grands murs gris et les lourdes bâtisses paressent, immobiles sous le soleil d’été, égarées dans un paysage magnifique [ici, au pied du (nouveau) Parc national des Calanques], les Baumettes s’offrent à moi, à ma vue, à mon ouïe et à mon odorat : grouillantes, bruyantes et malodorantes.

Dès qu’on entre en prison, la première question, la question rémanente qu’on te pose est : « As-tu une cigarette ? As-tu du tabac ? ». J’avais un paquet sur moi le premier jour, un paquet à peine entamé qu’on m’a rendu après que j’ai passé le sas d’entrée, c’est-à-dire après la séance de déshabillage, de palpation corporelle et les autres formalités d’usage. Des cigarettes j’ai, mais pas de feu. J’ai donc dû dès le début dealer cigarette contre feu. A présent, il ne m’en reste plus que deux. Vais-je tenir ?

J’ai une cellule pour moi tout seul. Cela vaut mieux. J’ai pas vraiment envie de ’’causer’’, et encore moins des motifs de mon incarcération. Les autres détenus, pour la première fois, je les ai vus, ou plutôt entrevus, lors du transfert en fourgon cellulaire qui nous amenait, telle une cargaison de fruits mûrs, du Tribunal aux Baumettes : une grosse demi-heure de trajet en ville dont on ne voit rien.

Seulement les soubresauts et les à-coups des trous et des bosses, les changements de direction du véhicule, ses coups de frein et ses accélérations, ses pinpons éclatants lui donnant priorité, nous offrent des indices du parcours : c’est bien aux Baumettes que l’on va !

Basculer d’un monde à un autre


La prison des Baumettes (MAGNIEN/20 MINUTES/SIPA)

Le camion s’arrête, une série de portes métalliques et de portails s’ouvrent et puis se referment. Voilà. On est arrivés. Une grosse demi-heure à peine pour passer, pour basculer d’un monde à un autre, peut-être pour des années ! J’ai vu souvent passer, quand j’étais en liberté, ce fourgon, sans savoir que moi-même un jour j’en serai le passager.

Pendant le transport, nous sommes placés par deux dans de petits compartiments, menottés l’un à l’autre. Je voyage avec un gaillard presque de mon âge. Un petit costaud trapu, le crâne rasé, portant des tatouages sur les bras, des petits yeux bleus fuyants au milieu d’un visage rond. On dirait un personnage de Jean Genêt.

Je ne sais quoi lui dire d’autre que : « Bonjour, je m’appelle Bruno ». Je lui tend la main. Il paraît en être tout surpris, il me tend la sienne machinalement. Nous ne nous disons rien pendant tout le reste du trajet. Depuis mon arrivée, je ne l’ai pas revu. Je pense qu’il était déjà en détention ici et qu’on le ramenait après qu’il soit passé devant ses juges.

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  • Razielle
    Razielle répond à Jerome_B
    Artiste
    • Posté à 19h30 le 30/01/2013
    • Internaute 190854
      Artiste

    On sait tous que tout les violeurs sont punis de 15 ans de prisons et ne sont pas relaxés ou feront maximum 5 ans, c’est évident. 200 viols par jours en France, 70 000 par an, admettons que 50% des viols aboutissent à une condamnation (c’est le cas pour les meurtres), il y aurait au moins 20 000 violeurs en taule (je suis gentille je baisse de beaucoup). C’est évident que c’est le cas avec 66000 prisonniers.
    Le viol ne vaut rien, j’en ai vraiment marre de voir les gens sortir leur 15 ans juste parce que c’est écrit dans la loi et que dans les faits le viol soit majoritairement non punis. 2% des viols iraient jusqu’à une condamnation. Oulala, on est vraiment très durs et fermes avec les violeurs dans ce pays. Un taux de récidive estimé à 24% pour les condamnés, si on arrêtait de manipuler les chiffres on serait fixés mais là encore, dur de lutter contre ça.
    Des chiffres
    Donc c’est peut être pas irrécupérable mais pour ça faudrait commencer par punir les gens pour leurs actes. Et ne pas juste les laisser croupir là mais les suivre. Parce que pour le moment on voit ou cela mène, impunité totale et hausse constante des viols.

    • Jerome_B
      Jerome_B répond à Razielle
      • Posté à 10h16 le 31/01/2013
      • Expert 81512

      Nous sommes donc au final plutôt d’accord .....

  • Alain Jpeg
    Alain Jpeg répond à jamalsky
    yaourt nature
    • Posté à 12h13 le 30/01/2013
    • Internaute 78455
      yaourt nature

    « un homme qui au lieu de refreiner ses pulsions, a preferer battre et violer une femme »

    On ne sait même pas exactement de quoi est accusé l’auteur, ce n’est même pas le sujet, mais vous en êtes déjà à inventer des détails...

    « Pourquoi maintenir en vie, quelqu’un qui prend, detruit, mais ne donne jamais ? »

    Et qu’est-ce que vous en savez ? Ceux qui commettent des crimes ne peuvent pas avoir de bons côtés ? Vous savez qu’être manichéen c’est faire preuve d’une capacité d’analyse limitée ? Et « maintenir en vie », sérieux, vous vous prenez pour un dieu ?

  • jamalsky
    jamalsky répond à BobFromMarketing
    Droitiste egare
    • Posté à 23h52 le 29/01/2013
    • Internaute 197918
      Droitiste egare

    bug

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 20h32 le 29/01/2013
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    A la manière dont il relate son passage en prison, Bruno ne semble pas plus perturbé que ça par le fait d’être assurément privé de liberté pour un long moment.

    Il dit lui même que son arrestation et sa condamnation sont méritées...
    Et on dirait bien qu’il se sent comme un coq en pâte aux Baumettes.

    « Bruno a vécu dans la “ Deuxième nord ” – une aile réservée aux détenus isolés : les pointeurs, les violeurs, les détraqués et autres  »

    Est-il pointeur, violeur, ou tout simplement « détraqué » ? - Nul ne le sait !
    Bruno serait-il coutumier des peines de prison ? ... sans aucun doute !

  • Trollface.jpeg
    • Posté à 21h09 le 29/01/2013
    • 182657
      lulz

    Je crois que je comprendrai jamais les gens qui critiquent les prisons. La justice c’est oeil pour oeil dent pour dent, elle est bien représentée par une balance à plateaux que je sache. Mais depuis la fin de la peine de mort, la mode c’est de se mettre de côté du criminel, de le plaindre et de l’excuser parce que ses parents lui donnaient pas de chocolat au goûter quand il était petit.

    La vérité c’est qu’il n’y a _rien_ qui justifie que la société doive faire des efforts pour réinsérer un violeur ou un meurtrier. Si il n’y a pas les place ou les moyens de les condamner à perpétuité, il est plus juste de protéger les « honnêtes citoyens » en les éliminant purement et simplement de celle-ci (que ce soit par la mort ou leur mise à l’écart définitive).

    Et il y aurait plus de places pour eux en prison si on se contentait de coller des amendes bien salées à ceux incarcérés pour trafic de drogue. Complètement aberrant d’aller en prison parce qu’on a vendu à quelqu’un un produit qu’il désirait (produit qui ne fera de mal qu’à se dernier s’il en fait).

  • cracker
    cracker
    rien
    • Posté à 00h58 le 30/01/2013
    • Internaute 193368
      rien

    C’est extrêmement simple de résoudre le problème de la surpopulation carcérale :

    Retirer la nationalité française des binationaux et les expulser.

    • Deamon7
      Deamon7 répond à cracker
      Petit agité
      • Posté à 07h23 le 30/01/2013
      • 49273
        Petit agité

      Rétablir la peine de mort par peloton d’exécution collectif pour tous les dealers, voleurs, délinquants sexuels et de la route. Encore plus simple, et économique en plus.

  • CSihaya
    CSihaya
    Kamouloxeuse
    • Posté à 04h24 le 30/01/2013
    • Internaute 167178
      Kamouloxeuse

    Je viens de lire tout son blog d’une traite sans le lâcher d’une seconde, même pour aller au petit coin : lecture très prenante et enrichissante ! Et, au final, je me fiche bien de ce dont il est accusé, c’est le développement de sa réflexion sur comment ces murs l’absorbent qui est intéressante...

    Je réalise que ce témoignage me permet d’un peu plus « comprendre » ce qu’a vécu un proche ayant passé quelques années à l’ombre pour des faits qu’il ne m’a encore jamais révélés - et peu m’importe - mais pour lesquels il estime avoir mérité ce « passage ».

    Vivement la suite !

  • Rhesus K
    Rhesus K
    outrée l'outre!
    • Posté à 06h33 le 30/01/2013
    • Internaute 194199
      outrée l'outre!

    J’ai connu un prisonnier pathologique, une époque : à 34 ans, il avait passé huit ans et demi en taule, pas pour braquage ou viol ou enlèvement, mais en additions de petites peines de trois à six mois. Il sortait, rentrait chez sa mère, puis se trouvait une copine, puis se refaisait serrer à cambrioler une piaule ou passer de la cb bidon. Il avait, voyageur, essayé les taules de france, d’italie, d’espagne, d’allemagne.. et disait que seule l’espagne traitait décemment ses détenus. Là ils avaient prom ouverte toute la journée, les parloirs sexuels et des conditions d’existence sans vexations gratuites. L’espagne est le seul pays qui offrait des dirigeants qui avaient connu la taule personnellement, sous franco, les tortures, les vexations. Arrivés au pouvoir ces hommes persécutés s’en étaient souvenus et avaient donc conçu des conditions dignes de détention. Ces conditions dignes ne font pas de la taule un ’club med’ : la violence, l’autorégulation par les plus forts, l’arbitraire des matons, toute la misère que les détenus trimballent sur eux, personne ne peut la leur enlever, et rien que cette promiscuité est une peine lourde à supporter. Mais en france on pense en plus que de bonnes vexations et privations gratuites font partie du corpus. En ça nous sommes des barbares de la pire espèce.

  • oneshot
    oneshot
    Egalitarisme asservissant
    • Posté à 12h08 le 30/01/2013
    • Internaute 197860
      Egalitarisme asservissant

    « chaque jour 200 viols »
    7 fois plus qu’en 1960.

  • sanglier intrépide
    • Posté à 16h36 le 30/01/2013
    • Expert 161050

    Merci Bruno pour votre témoignage sur une réalité sur laquelle nous fermons beaucoup les yeux.

  • Trollface.jpeg
    • Posté à 18h54 le 30/01/2013
    • 182657
      lulz

    La censure règne, faudra me sortir en quoi il est interdit de manifester sa déception concernant la sortie de prison d’un délinquant (ou pire ?) sexuel.

    Ces méthodes rappellent les heures les plus sombres de notre pays. Mais bien sur qu’on croit que vous auriez été résistants chez rue89.

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