Paroles de crise 23/01/2013 à 17h39

Michel, à Paris : « Je donne deux ans à mon kiosque avant de fermer »

Camilo Moreno | EDJ Sciences Po
Marcelle Balt
Amel Saadi | EDJ Sciences Po

Ils disparaissent doucement. Les kiosques à journaux, dont certains sont des institutions voire d’authentiques monuments, subissent le contrecoup de la crise de la presse papier, aggravée par la crise économique. Michel Razmi, installé boulevard Saint-Michel, dans le VIe arrondissement de Paris, voit le métier s’éteindre :

« Je donne deux ans à mon kiosque avant de fermer. »

Réfugié politique et ex-fleuriste

Réfugié politique venu d’Iran, né de parents turcs, le kiosquier est arrivé en France à l’âge de 40 ans. En Iran, il était responsable de télécommunication sur les chemins de fer et menait des activités politiques sur lesquelles il ne s’étend pas. Il dit, avec une pointe d’accent :

« J’ai eu une vie perturbée, mouvementée. »

En France, Michel commence une nouvelle vie : il devient fleuriste dans une boutique du XIXe arrondissement de Paris. A 55 ans, il décide de finir sa carrière dans un kiosque : d’abord dans les XVIIe et XIXe arrondissements, puis dans le VIe arrondissement.

Cela convient à ce passionné de l’information :

« Malgré les difficultés du métier, ça me permet de lire et d’être au courant de l’actualité. »

« Je gagne à peu près le smic aujourd’hui »

Depuis cinq ans, cet homme souriant et sociable vend journaux, magazines et quelques produits dérivés, boulevard Saint-Michel. Mais son niveau de vie n’a cessé de se dégrader.

« Je gagne à peu près le smic aujourd’hui, contre 2 000 euros quand j’ai commencé. »

L’aide de l’Etat de 4 000 euros ainsi que les petites aides interprofessionnelles ne compensent pas cette chute.

« Heureusement, mon épouse travaille. Avec mon salaire, c’est difficile de faire vivre une famille, même si on n’est que deux. »

400 euros de recettes par jour, « le minimum »

Entre 2005 et 2012, son chiffre d’affaires a été divisé par deux. Et la chute s’accélère : l’année dernière, ses ventes ont baissé de 20%. Il engrange 400 euros de recettes par jour, « le minimum pour être rentable ».

« Partout, la presse écrite recule devant la télévision et Internet. La crise économique a également touché la classe moyenne qui achète moins. »

« Le Figaro à 1,60 euro, je n’achète plus »

Un client arrive et demande Auto Plus, magazine spécialisé dans l’automobile. Ce quadragénaire engage la conversation avec le kiosquier et explique pourquoi il n’achète plus Le Figaro qu’il se procurait en kiosque. Il commente :

« Le Figaro à 1,60 euro, je n’achète plus depuis longtemps. C’est n’importe quoi, il n’y a plus rien dedans ! En Angleterre j’achète des journaux, mais pas en France, c’est tellement cher ! »

Un discours auquel Michel est habitué.

« J’avais des clients riches qui achetaient plusieurs journaux dans la semaine. Aujourd’hui, ils me disent que c’est trop cher. Ils achètent beaucoup moins.

Un client venait souvent ici, il mettait 10 euros chaque semaine. Je ne le vois plus depuis qu’il a perdu son travail. »

« En période de grève, je suis la victime »

Un peu d’histoire
  • Le mot « kiosque » remonte à plusieurs siècles et trouve son origine en Turquie, où « kösk » signifie ’’pavillon de jardin’’.
  • Le premier kiosque moderne à Paris est inauguré en 1857 sur les Grands Boulevards.
  • En 1859, les kiosques prennent une forme octogonale, et sont munis d’un dôme en zinc surmonté d’une flèche.
  • 376 kiosques sont répartis sur Paris. Le premier kiosque ouvre à 4h30, tandis que les derniers ferment à 20 heures dans le quartier du faubourg Saint-Honoré (VIIIe arrondissement).
  • Depuis 2005, la société MediaKiosk est chargée de la gestion et du développement des kiosques de la capitale.

Le kiosquier pointe également les grèves auxquelles il a été confronté. Des mouvements – chez le distributeur Presstalis, chez des entreprises de presse comme Le Monde ou chez les imprimeurs – représentent une perte considérable pour lui. Face à cette situation, il se sent impuissant.

« Même si je me sens solidaire avec ceux qui subissent cette crise, c’est difficile pour moi.

En période de grève, je suis la victime. Je ne gagne rien, je perds mon temps. Economiquement, je suis perdant. »

Il a tenté d’inverser la situation par différents moyens :

« J’ai essayé de faire mon maximum en travaillant plus.

Aujourd’hui, je travaille de 8 heures à 20 heures, du lundi au samedi. J’ai 40 minutes de trajet matin, et soir. »

Il s’est aussi mis à vendre des cartes postales, des piles ou encore des briquets, « mais ça n’a pas changé grand-chose ».

« C’est vrai que parfois je me sens en difficulté, j’en ai marre. Mais c’est un service que je rends à la société. »

« Accorder une partie minime aux journaux »

Le seul moyen pour augmenter les bénéfices serait de permettre aux kiosquiers de vendre les produits de leur choix, « comme en Allemagne ou dans les pays nordiques ».

Cette année, les kiosques ont été autorisés à vendre quelques produits autres, comme des boissons. Une rustine selon lui :

« On n’a pas le droit de vendre des cigarettes, de l’alcool par exemple. Si les kiosques veulent survivre, il faut varier la marchandise et accorder seulement une partie minime aux journaux. »

Si c’était à refaire, le kiosquier ne choisirait pas cette profession. Il a d’ailleurs déconseillé à son collègue installé quelques mètres plus bas de persister dans l’aventure.

« Il est jeune. Moi je continue, car je suis bientôt à la retraite. »

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Les kiosques à Paris
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  • 22 réactions
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  • psych0Dad
    psych0Dad
    sociopathe
    • Posté à 17h46 le 23/01/2013
    • Internaute 81504
      sociopathe

    Etre kiosquier en 2013 c’est comme etre marechal-ferrant en 1913.

    • greg0rsamsa
      greg0rsamsa répond à psych0Dad
      Rauque star
      • Posté à 18h44 le 23/01/2013
      • Internaute 124563
        Rauque star

      Ça fait penser à Courtial des Péreires dans Mort à crédit, avec ses ascensions en montgolfière toujours plus pathétiques au fil du temps, dépassées par l’arrivée des aéroplanes.

    • Specht
      Specht répond à psych0Dad
      Commentateur
      • Posté à 21h25 le 23/01/2013
      • 185722
        Commentateur

      Reste que le support électronique actuel souffre encore de nombreuses lacunes, et qu’on a parfois envie de feuilleter avant d’acheter un contenu. Le kiosque a cet avantage d’offrir à la vue un panorama complet et rapide à regarder de l’offre. À moins d’avoir un écran de 100 pouces, ou une projection rétinienne très haute définition, une tablette de fait pas encore le poids.

      • psych0Dad
        psych0Dad répond à Specht
        sociopathe
        • Posté à 00h26 le 24/01/2013
        • Internaute 81504
          sociopathe

        Si le probleme n’etait que le support, ca se saurait...

         
        • Specht
          Specht répond à psych0Dad
          Commentateur
          • Posté à 23h19 le 24/01/2013
          • 185722
            Commentateur

          Vous avez dû mal comprendre mes propos. En d’autres termes, ce n’est pas un problème d’obsolescence.

        1 autres commentaires
    • alain georges
      alain georges répond à psych0Dad
      tête contre les murs
      • Posté à 18h49 le 24/01/2013
      • 185805
        tête contre les murs

      c est quoi ton boulot d avenir à toi ? qu on rigole un peu...

    • alain georges
      alain georges répond à psych0Dad
      tête contre les murs
      • Posté à 18h52 le 25/01/2013
      • 185805
        tête contre les murs

      pas de bol le métier de maréchal ferrant est en recrudescence depuis quelques années comme quoi tout est cyclique...

  • defix
    defix
    www.defix.org
    • Posté à 19h00 le 23/01/2013
    • Internaute 6431
      www.defix.org

    Bah oui m’ssieu, demain la presse écrite ne servira plus qu’à emballer des sandwiches-frites ou des kébabs..
    kiosquiers désabusés... Entraînez-vous en ligne !

  • Nobobo
    Nobobo
    Libre malgré la censure 89
    • Posté à 19h10 le 23/01/2013
    • Internaute 197594
      Libre malgré la censure 89

    Heureusement que le SPIIL est là et va faire cesser les gaspillages d’aides et subventions à la pressse papier, grâce aux efforts de Piche, Pascal, et quelques autres... chut, le boss n’est pas tout à fait d’accord et il n’est pas tropau courant...

    De fait, le SPIIL va euthanasier la presse écrite, une activité économique entièrement suspendue aux subsides publics - vos impôts chers amis qui en payez ! - mais l’essantiel de la mise à mort est bien dû aux syndicats professionnels, d’éminents gauchistes ayant réussi à maintenir un système de distribution digne de l’époque stalinienne.

    Merci qui ?

    CHUUUUUUUUUUUUUUUT............................................

    • Sans-Faction
      Sans-Faction répond à Nobobo
      Salarié non corvéable
      • Posté à 19h17 le 23/01/2013
      • Internaute 59690
        Salarié non corvéable

      Il n’y a pas que les syndicats.
      La majorité de la presse papier fait du recyclage de dépêche d’agence. Ca se voit encore plus sur les sites web des « grands » quotidiens. Le Monde, Libération, Le Figaro,... sont suspendus aux e-mails de l’AFP et de Reuters. Certains jours, la moitié des articles mis en ligne à la Une du Monde sont des posts de blogs (parfois même pas signalés comme tels).
      Résultat, même en ligne, si vous voulez de l’info, vous n’allez plus sur ces sites. Le journalisme d’investigation, ça se fait sur les sites sur abonnement.
      D’un autre côté, comment s’étonner que le site du Monde soit devenu lamentable quand on sait que ce sont des mecs comme Xavier Niel (le parton de Free, pour ceux qui ne seraient pas au courant) qui sont au capital du journal ?

      • Fanch35
        Fanch35 répond à Sans-Faction
        Breton
        • Posté à 10h14 le 24/01/2013
        • Internaute 119226
          Breton

        OK sut votre post, sauf la fin. La présence de Xavier Niel au capital n’est pas suffisante.

        Le problème, c’est la complaisance dans la médiocrité du petit monde parisiano-journalistique qui dirige les rédactions des principaux titres. Les éditoriaux de Libé ne sont plus que des exercices littéraires de prose, le Monde ne se positionne qu’en observateur lointain, sans jamais s’engager (même pas capable d’anticiper que la guerre en Irak ferait des morts, à l’époque) sous prétexte de responsabilité (journal « de référence », on pète dans la soie là), le Figaro n’est que la chambre de résonance de la droite la plus conservatrice... Le pire étant atteint par la presse hebdomadaire, dont le seul but est de fourguer le maximum de cam’ bien chargée en pub à des clients dont on titille les basses passions, et qui mérite de plus en plus l’appellation de tabloïd (de luxe, certes).

  • Specht
    Specht
    Commentateur
    • Posté à 21h19 le 23/01/2013
    • 185722
      Commentateur

    J’espère qu’ils ne disparaîtront ni des gares ni des aéroports. J’aime faire le plein de journaux et magazines pour les vols, avec quelques bonbons. Le papier est encore très pratique, parce qu’on ne s’inquiète plus de l’autonomie d’une tablette et l’on peut échanger avec le voisin de siège.

  • Renza
    Renza
    Ingénieur
    • Posté à 08h19 le 24/01/2013
    • Internaute 103370
      Ingénieur

    Je ne comprends pas cette intervention de l’Etat. Pourquoi l’Etat donne-t-il de l’argent à ceux qui exercent cette profession ? Cela n’a pas de sens. Et en parallèle, l’Etat lui impose ce qu’il a le droit de vendre ou non. Ne vaudrait-il pas mieux laisser les gens vendre ce qu’ils veulent tout en ne les aidant pas ?

  • .666
    .666
    Juif errant
    • Posté à 09h01 le 24/01/2013
    • 181210
      Juif errant

    « C’est vrai que parfois je me sens en difficulté, j’en ai marre. Mais c’est un service que je rends à la société. »

    Un peu cher le service du bourrage de crâne. Je suppose qu’on lui a soufflé à l’oreille, hein Sciences-Po...

  • Fanch35
    Fanch35
    Breton
    • Posté à 10h06 le 24/01/2013
    • Internaute 119226
      Breton

    Le problème, ce n’est pas la presse papier.
    Le problème, c’est la presse.
    Moi non plus, je n’ai pas envie de claquer 1€ et quelques dans un journal où seulement 1 ou 2 articles vont m’intéresser. Les journaux sont bien trop vides.
    A noter que le Canard Enchaîné ne connait pas la crise (en kiosque, puisqu’il n’y a que là qu’on le trouve). C’est tout petit, mais on y trouve des infos qu’on ne trouve pas ailleurs, et un ton nettement plus plus motivant que le Prozac imprimé classique.

    • J_P_M
      J_P_M répond à Fanch35
      N/A
      • Posté à 11h22 le 24/01/2013
      • Internaute 91451
        N/A

      « Le Canard », quand il y a une grève comme hier, on le trouve... aux bureaux du « Canard », 173 rue Saint-Honoré. C’est là que je vais, systématiquement.

      NB : « Le Canard » est le SEUL journal qui a baissé son prix lors du passage à l’euro, de 8 francs vers 1,20 euros. Et il n’a toujours pas augmenté son prix depuis cette date ! (Et il ne publie pas de pub...)

      • Specht
        Specht répond à J_P_M
        Commentateur
        • Posté à 23h21 le 24/01/2013
        • 185722
          Commentateur

        Oui mais voilà, le Canard bénéficie d’un monopole sur la délation, quand les autres doivent enquêter, écouter, suivre, infiltrer.

  • nicolaslemagnifique
    nicolaslemagnifique
    Auteur Compositeur
    • Posté à 10h28 le 24/01/2013
    • Internaute 170552
      Auteur Compositeur

    Rue St Denis ou place Blanche ou Pigalle, ou boulevard Rochechouard, place Chaillot ou Bois de Boulogne, si les kiosquiers avaient l’autorisation de vendre du gel et des préservatifs, ils feraient fortune. lol

  • tomaz31
    tomaz31
    (immigre belge en Allemagne)
    • Posté à 10h30 le 24/01/2013
    • Internaute 107093
      (immigre belge en Allemagne)

    ce qui est certain et bien dit par ce monsieur,

    Y A RIEN DEDANS

    Pour avoir vu le nombre de bourdes grossières commises par l’AFP sur des tonnes d’évènements, par étonnants que les gens lisent autre chose, moi je suis branché sur

    mondialisation.ca et globalresearch.ca lié ensemble ces sites canadiens font dans l’article d’analyse et ce sont des profs qui écrivent, nord américains comme russes ou arabes, certains mon frère les a eu à l’unif dans ses études.

    alterinfo.org à prendre parfois avec des pincettes

    rt.com qui fut le premier site à parler de l’Algérie par exemple, avant AFP et tous les autres, dont les finances viennent du Kremlin mais qui est bien une chaine anglophone avec les décus de Al Jazeera, BBC et CNN. Ils émettent 24h/24 sur le net et sont les premiers producteurs au monde de contenus journalistiques sur internet, devant toutes les chaines américaines, les explosions des réacteurs de Fukushima pour etailler un de mes commentaires, tous les liens étaient soit de chaines arabes ou de RT, rien quasi de chaines occidentales.

    horizons-et-debats.ch sur le point de vue Suisse de l’Europe

    mondediplomatique.fr et .de aussi, existe depuis longtemps en 2 langues

    Et j’ai même versé volontairement une contribution à globalresearch y a peu, vu la qualité des articles.

    Après quand je vois la presse papier peu importe ou, lesoir.be qui efface tous commentaires critiquant les dépèches de l’AFP, alors qu’on sait pertinemment que par exemple, le discours de Chavez avec Almadinedjad a été volontairement mal traduit par elle, alors si je ne comprend pas le perse, hélas je comprend l’espagnol, quand on poste sur le forum du soir le lien RT rigolant de ce fait ou le lien Youtube avec la bonne traduction, on se voit bloqué son compte.

    Bref, la presse classique n’a que ce qu’elle mérite. Hélas pour les kiosks à journaux.

    Et vous ?

  • J_P_M
    J_P_M
    N/A
    • Posté à 11h17 le 24/01/2013
    • Internaute 91451
      N/A

    Exact. On a fait disparaître les deux kiosques proches du Forum des Halles, pour cause de travaux. Et mon kiosquier proche du Centre Pompidou m’a dit la même chose : « Avant peu, je pars ». Effectivement, il est parti, et a eu déjà TROIS remplaçants depuis Noël.

  • alain georges
    alain georges
    tête contre les murs
    • Posté à 18h48 le 24/01/2013
    • 185805
      tête contre les murs

    en plus les messageries de presse refusent de leur mettre ce qui se vend , des vrais C ; ; ; ; ; ; ; ; ; libé par exemple ne veut pas etre partout chez tous les diffuseurs , ils sont timbrés, quand le numérique les aura coulés comme france -soir faudra pas se plaindre messieurs les journalistes, eh oui il faut se mettre un peu les mains dans le cambouis de temps en temps et tout faire pour vendre sa camelote , mais c est trop dégradant pour ces gens là...

  • wissen
    wissen
    étudiant
    • Posté à 18h05 le 25/01/2013
    • Internaute 102820
      étudiant

    Petite précision : si le kiosque est le même qu’on voit sur le premier plan, il se trouve dans le Ve et non dans le VIe. On voit la devanture du Boulinier de l’autre côté du boulevard, qui, lui, se trouve dans le VIe.

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