Actes de propriété 14/01/2013 à 18h53

420 000 euros : la maison adaptée au fauteuil de Mikael

Emilie Cabot | Etudiante en journalisme


Dans la maison de Mickael, en Seine-et-Marne : la cuisine (Emilie Cabot)

Une promesse de vente signée pour un pavillon en Seine-et-Marne, une compagne, une petite fille de 18 mois. Et le 21 juin 2003, Mikael est victime d’un accident de la route. Il perd l’usage de ses jambes et se retrouve en fauteuil roulant. Le couple n’y survit pas. La promesse de vente est résiliée et Mickael s’installe dans un appartement spécialisé.


La porte d’entrée de la maison (Emilie Cabot)

Avec l’argent de l’assurance, Mickael décide de faire construire. C’est plus simple. Il repère d’abord un terrain : 532 m2 à Mitry-Mory. La signature lui donne l’avant-goût de ce que sera cette aventure :

« L’étude du notaire était inaccessible, il a du venir chez moi avec le vendeur pour finaliser la vente. »

Pour la maison, Mickael n’a pas de projet défini. C’est dans un salon spécialisé qu’il trouve la solution : il rencontre un commercial, constructeur de maisons accessibles aux personnes handicapées. Il choisit alors son toit à la carte « comme un valide » : trois chambres, deux salles de bain et un espace à vivre pour sa fille et lui.

« Personne ne voulait m’assurer »

Pour trouver le financement qui lui manque – environ 200 000 euros – il frappe à la porte de trois banques. A chaque fois, le même scénario : l’autorisation de crédit se passe « relativement bien » mais la question de l’assurance pose vite problème.

« Dans mon état, ni ma banque, ni aucune autre ne voulait m’assurer ! C’est aberrant ! Le contrat couvre l’invalidité et le décès, pourtant le risque d’invalidité c’est déjà fait ! Et puis en cas de décès, la maison reviendrait à la banque… »

Fidèle à sa philosophie, Mickael refuse de perdre son temps à comprendre cette logique absurde et s’attèle à chercher une autre assurance. Il passe par le groupe Acarat qui prend en charge les personnes présentant des « risques aggravés » Les mensualités s’élèveront tout de même à 160 euros.

« Ma banque a eu le culot de me demander pourquoi je n’avais pas choisi leur assurance ! »

Quelques semaines avant le premier coup de pelle, il rencontre Marie, 37 ans, mère de trois enfants. Prévue pour deux, la maison abritera finalement six personnes. Mickael profite du 1er mai 2009 pour déblayer le terrain en famille. Il casse lui même la clôture, coupe les arbres…

« Le terrain était nu mais c’était déjà chez nous. »


Dans la maison de Mikael : la chambre des filles (Emilie Cabot)

« Frustré de ne pas pouvoir en faire plus »

Le chantier va durer un an. Après l’emménagement, les premiers week-ends sont consacrés aux travaux d’intérieur.

« La maison a été livrée avec seulement quelques options. Nous avons dû finir nous-mêmes pour personnaliser. »

Pendant les travaux, Mickael se sent frustré :


La douche (Emilie Cabot)

« Rester le cul sur une chaise, c’est difficile. J’ai beaucoup délégué. »

« Il a tendance à vouloir tout et tout de suite », coupe Marie. « Va chercher ça, ramène-ci, mais moi je suis allée à mon rythme. » Depuis son fauteuil roulant, il met fabrique lui même les lits en mezzanines des quatre enfants.

Mais il reste encore l’extérieur à aménager, l’allée pour rentrer, le mur de clôture... Et le seuil de l’entrée où un mauvais rebord l’oblige encore à passer par le garage. « Finalement tout le monde a fini par prendre cette habitude, la porte d’entrée ne s’ouvre que pour les invités », raconte Marie.

Dans la maison, seuls quelques détails trahissent les aménagements. Les portes sont plus larges et les prises de courant plus hautes. La douche à l’italienne est équipée d’un fauteuil et Mickael a son petit coin pour cuisiner avec un évier et une plaque de cuisson à sa hauteur.

Mickael est fier de sa maison. Mais ce qui a le plus compté pour lui c’est l’achat de sa première voiture adaptée, acquise avec l’argent récupéré de la promesse de vente avortée.

« Ça, c’était la liberté enfin retrouvée ! »

Acte de propriété

Maison de plain-pied de quatre pièces à Mitry-Mory (Seine-et-Marne), 150m2 environ, plus 360m2 de terrain. Valeur actuelle : 420 000 euros.

L’achat

– Prix d’achat (2008) : 420 000 euros (200 000 euros pour le terrain puis 220 000 euros pour la maison, terminée en 2010) ;

– Apport : 20 000 euros ;

– Indemnisation de l’assurance suite à son accident : 200 000 euros ;

– Somme empruntée : 220 000 euros dont un prêt bancaire de 200 000 euros (à 4,75% sur dix-huit ans) et un prêt logement de l’employeur de 20 000 euros (à 1% sur dix ans) ;

– Frais de notaire : 15 000 euros (pour le terrain) ;

– Frais d’agence : aucun (le terrain a été acheté à un particulier).

Charges : environ 2 120 euros par mois

  • En tant que propriétaire : environ 1 920 euros par mois

– Remboursement du prêt : 1 560 euros par mois (1 400 euros + 160 euros d’assurance) ;


Le plan de travail et le salon (Emilie Cabot)

– Taxe foncière et taxe d’habitation : 2 000 euros en tout par an soit en moyenne 160 euros par mois environ ;

– Défiscalisation des intérêts d’emprunt : une partie des intérêt, soit 2 400 euros par an pour en moyenne 200 euros par mois.

  • Autres charges : 200 euros par mois

– Eau : 300 euros par an soit 25 euros par mois ;

– Electricité : 1 800 euros par an soit 150 euros par mois ;

– Chauffage : pompe à chaleur ;

– Assurance logement : 300 euros par an soit 25 euros par mois.

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  • anne-e
    anne-e
    run
    • Posté à 19h42 le 14/01/2013
    • Internaute 125461
      run

    il n’a pas fait appel à la mdph (maison départmentale des personnes handicapées) dans le cadre de la prestation de compensation il aurait pu béneficier d’aide pour le surcout de l’aménagement de logement ( accès bétonné portail porte d’entrée, porte plus large, plan de cuisine à hauteur....)

    • BartholomewL
      BartholomewL répond à anne-e
      Branleur d etudiant
      • Posté à 20h57 le 14/01/2013
      • 184726
        Branleur d etudiant

      Les aides sont plutôt limitées je crois qu’elles sont aux alentours de 10 000 euros tous les 5/10 ans (ce ne sont que de vagues souvenirs, mais c’est aux alentours de cela). De plus le nombre de demandes à traiter sont énormes ce qui fait qu’il faut plusieurs mois pour avoir un faible financement.

      • anne-e
        anne-e répond à BartholomewL
        run
        • Posté à 04h54 le 15/01/2013
        • Internaute 125461
          run

        oui 10 000 euros tous les 10 ans en légal mais après intervient le fond de compensation et la les sommes different suivant les département. ceci dit 10 000 euros ça pourrait lui permettre de faire une allée bétonnée pour entrer chez lui c’est déjà ça.

  • anne-e
    anne-e
    run
    • Posté à 19h43 le 14/01/2013
    • Internaute 125461
      run

    il n’a pas fait appel à la mdph (maison départmentale des personnes handicapées) dans le cadre de la prestation de compensation il aurait pu béneficier d’aide pour le surcout de l’aménagement de logement ( accès bétonné portail porte d’entrée, porte plus large, plan de cuisine à hauteur....)

  • pemmore
    pemmore
    geek
    • Posté à 20h07 le 14/01/2013
    • Internaute 121073
      geek

    Cette maison ne devrait être que la norme car sans être handicapé par accident, on le devient petit à petit avec l’àge et la maison devient inutilisable.
    Une simple marche peut rendre la vie impossible.

    • uberto
      uberto répond à pemmore
      mouuuais on verra plus tard
      • Posté à 21h06 le 14/01/2013
      • Internaute 187304
        mouuuais on verra plus tard

      Je suis assez d’accord là dessus. Mon entreprise vient de finir un appartement pour une personne âgée et certains équipements sont identiques à ceux de Mikaël. Par contre, on met souvent en avant les problèmes d’accessibilité mais on zappe complètement les problèmes d’éclairage. En vieillissant on perd bien 30% de sensibilité à la lumière et très peu de personnes âgées s’en plaignent car comme c’est progressif, ils s’en rendent pas compte.

    • Pi.K
      Pi.K répond à pemmore
      Vilain Parisien
      • Posté à 01h12 le 15/01/2013
      • Internaute 105016
        Vilain Parisien

      La norme, pas forcément. La plupart des équipements sont « polyvalents » (douche à l’italienne, pas de porte à niveau), mais les équipements les plus « spécialisés » comme le plan de travail à niveau ou les aménagements pour lavabo sont nettement moins pratiques pour un valide. Un lavabo « valide » est situé environ 15cm plus haut qu’un lavabo « handicapé » pour des raisons évidentes. Pareil, les interrupteurs : de mon point de vue (1m83), un interrupteur à hauteur de fauteuil, c’est le niveau « nain de jardin ».

      En revanche, que toutes les nouvelles constructions, ou au moins une partie substantielle d’entre elles, soient adaptables (ouvertures de portes élargies, tuyauterie accessible pour travaux d’aménagement de SdB...) serait très bien. C’est souvent difficile dans l’ancien (chez moi, les portes font genre 75cm et des travaux d’élargissement seraient quasi impossibles ; la cage d’escalier est trop étroite pour mettre un ascenseur assez grand, immeuble de 1880 spotted), mais possible dans le neuf ou le suffisamment récent pour être aménageable.

  • O.S.T.I.A.
    • Posté à 01h43 le 15/01/2013
    • Internaute 191710
      ZAD

    On se demande bien pourquoi le taux de personnes handicapées vivant sous le seuil de pauvreté est si élevé...
    Pas une réponse dans l’article, ni même une question ?

    article de comptables pour des comptables

  • iryx
    iryx
    Etudiant
    • Posté à 02h14 le 15/01/2013
    • Internaute 65288
      Etudiant

    C’est pas tout ça les amis mais il va falloir arrêter cette série d’article sur l’immobilier, c’est complètement useless. Autant le porte-monnaie au rayon X nous permet de voir comment d’autres s’en sortent, l’influence du métier, du milieu, du lieu de résidence, etc, autant ici on en ressort les neurones bien vides. C’est sympa de balancer des montants, des primes, des mensualités mais si ça s’arrête à ça franchement...

    En l’occurence, on voit, et c’est rassurant, que la perte d’une partie de sa mobilité ne plonge pas forcément la personne dans les abysses, financièrement parlant. Ceci étant, vu comme c’était parti, cet homme devait avoir une belle poire pour la soif de côté (ou autre recours financier) de côté pour s’en sortir parce que vu comme c’était embarqué, ça aurait pu facilement mal tourner avec quelqu’un d’autre aux ressources plus modestes... Mais tout ça, on en parle pas vraiment...

  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 06h24 le 15/01/2013
    • Internaute 20631
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    Mickael est fier de sa maison. Mais ce qui a le plus compté pour lui c’est l’achat de sa première voiture adapté
    c’est dommage qu’il parle moins de sa nouvelle famille

    • groucho2613
      groucho2613 répond à jyeden
      Expert en tout ( et surtout en (...)
      • Posté à 09h28 le 15/01/2013
      • Internaute 65920
        Expert en tout ( et surtout en (...)

      Vous ête dur là, c’est bien le journaliste qui pose les questions et qui écrit l’article. L’angle ici c’est l’immobillier, donc l’article ne parle pas de sa famille.
      Qui sait ce que Mickael a raconté au journaliste, peu être s’est il épanché sur le bonheur retrouvé avec sa nouvelle famille mais que le journaliste ne l’a pas vraiment incorporé à son article (pas le sujet) ?

  • Cleaz
    Cleaz
    étudiant
    • Posté à 09h48 le 15/01/2013
    • Internaute 86687
      étudiant

    Tous ces reportages sur l’immobilier et l’argent... Vous en faites un peu plus sur la cuisine et vous êtes prêts pour être rachetés par M6 ...

  • Zééva
    Zééva
    Autistement vôtre...
    • Posté à 10h08 le 15/01/2013
    • Internaute 191780
      Autistement vôtre...

    C’est quoi le taf de Mikael, ou de sa compagne, pour supporter autant de charges mensuelles ?
    Vous pourriez arrêter de nous prendre pour des idiots ?

    • Bob Moog
      Bob Moog répond à Zééva
      Voltage Controlled
      • Posté à 11h51 le 15/01/2013
      • Internaute 136928
        Voltage Controlled

      On avait déjà eu ce genre de débat à l’époque du « porte monnaie ». A priori, les petites gens ça n’intéresse personne, ça ne fait pas assez « moderne ».

      Tu me diras, je dis ça mais rien ne m’empêche de proposer mon cas perso, sauf que je doute que ce soit politiquement correct.

    • fredo-à-vélo
      fredo-à-vélo répond à Zééva
      • Posté à 15h03 le 15/01/2013
      • Internaute 115193

      Oui c’est vrai, 2000 € de charges / mois ! il faut avoir les reins solide surtout quand on est seul.( au départ c’etait le projet)
      si on part du principe qu il a acheté seul, qu ’on s’endette max à 35% des revenus net. Il gagne 4600 net par mois.
      Une fois de plus c’est pas la vie de Mr tout le monde , ni la vie de beaucoup d’handicapés.
      Exemple mal choisie pour illustrer l’handicap et l’accesion à la propriété, ou tout est inventé, c’est vrai que c’est limitte trop beau .
      couper un arbre quand on est en fauteuil c’est vraiement chercher les ennuies....

      Et la nouvelle compagne elle a pas de part dans la maison, donc elle paye pas de traites ! (ou alors il a trouve un pigeon).

      Il y a toujours un truc qui cloche dans ces histoires d « actes de propriété », j’ai pas lu un « article » ou il n’y avait pas soit une erreur dans les chiffres, soit une infos qui manquait pour rendre crédible le tout.

  • Anabase
    Anabase
    chti
    • Posté à 11h36 le 15/01/2013
    • Internaute 48813
      chti

    les frais de notaire ne sont pas exonérés, et c’est un gros morceau que l’Etat ne lâche pas.

  • GBG
    GBG
    • Posté à 17h32 le 15/01/2013
    • Internaute 23494

    Le handicap je connais depuis peu, je le côtoie chaque jour puisque désormais mon père handicapé vit avec nous. Tout est difficile, le jour, la nuit, la vie quotidienne, la rue, le regard des autres, la solitude. Notre immeuble on a l’impression qu’ils ont fait exprès de construire un parcours anti-handicap ! Ayant un fauteuil roulant ordinaire, je ne peux plus le pousser seule dans les rues. Je me suis renseignée pour un fauteuil qui arrive à franchir les marches, prix 15 000 euros. Mon père ne prend plus de douche mais il faut le laver dans son lit, la douche n’est pas adaptée. Le lit médicalisé c’est une horreur pour s’y habitué. Nous avons un gros retard sur le handicap en France. Et lorsqu’on a une petite retraite vous devez vous démerder avec une petite aide de l’Apa qui ne pallie à pas grand chose.

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