11/01/2013 à 23h51

Quatre mois plus tard, les leçons de l’interview du vrai-faux Luc Chatel

Luc Chatel | Journaliste

Le lundi 24 septembre 2012, le site d’information Atlantico me sollicitait pour un entretien à propos du duel Copé-Fillon. Le journaliste m’avait confondu avec mon homonyme ex-ministre, lieutenant de Jean-François Copé. D’humeur facétieuse, je répondis par mail à ses questions sur le registre de la farce, en truffant mes propos de phrases ineptes et de fausses citations d’Albert Einstein, d’Antoine Pinay, de Sylvie Vartan et d’un sage chinois fictif, Lao Tchou.

Le lendemain matin, Atlantico plubliait l’entretien. Il resta près d’une heure en ligne jusqu’à ce que mon homonyme appelle les responsables du site. Ces derniers - qui ne m’ont jamais appelé pour vérfier mon identité - lui donnèrent des explications assez vagues. Il crut à un complot interne de l’UMP et décida de porter plainte... contre X. J’ai dû m’expliquer plus d’une heure avec un officier de police judiciaire. La procédure est toujours en cours.

Si mes réponses n’avaient d’autre motivation que le plaisir du défoulement comique - convaincu par ailleurs que jamais elles ne seraient publiées -, les suites de cette farce ont été riches d’enseignements. Elles révélèrent quelques failles médiatiques : suivisme, approximation, experts bidons, autocensure. Dès que l’affaire a été connue, de nombreux médias s’en sont emparés. Pendant 24 heures, sur la vingtaine d’articles publiés, aucun ne mentionna mon identité alors qu’elle avait été aussitôt donnée par Rue89.

Il suffisait de taper « luc chatel » dans un moteur de recherche pour la trouver. Approximation aussi dans l’analyse des faits. Le site d’un quotidien gratuit en fit une lecture politique surprenante : selon le journaliste, mon homonyme « se démarque singulièrement » de Nicolas Sarkozy « tout au long de l’entretien »...

Ce que démontra surtout ce gag, a posteriori, c’est une absence de vérification de plus en plus courante dans les rédactions. Le site Atlantico reconnut que personne n’avait relu l’article avant de le mettre en ligne. Son directeur m’expliqua au téléphone : « le rédacteur en chef était malade ce jour-là »... Il annonça une refonte de leur système de mise en ligne des articles mais n’en donna aucun détail. Atlantico convoqua aussi un « expert », sociologue des médias, qui dénonça Internet, « véritable machine à se tromper », et proposa une solution radicale :

« On peut également envisager, pour les personnalités publiques, un retour vers les services de presse pour validation de l’interview ».

Merci « l’expert »...

Interviews annulées

Apprenant que je publiais un livre début novembre et emballés par cette vraie-fausse interview qui avait permis de piéger un de leurs confrères, I-télé et Europe 1 m’invitèrent aussitôt. Dans « l’Hebdo des médias » pour la première, et dans la tranche matinale, à 7h45, pour la seconde. Quelques jours après avoir reçu le livre, ils annulèrent les invitations, sans explication. Précisons que dans cet ouvrage sont épinglés, entre autres, des animateurs vedettes de Canal + (propriétaire d’I-télé) et d’Europe 1. Critiquer un confrère, d’accord, mais un voisin du bureau, sûrement pas.

Autre rebondissement inattendu, une journaliste de Radio Monaco qui m’avait invité à faire un entretien par téléphone le 23 novembre pour parler du livre m’a confondu, en direct, avec l’ex-ministre (alors qu’à la simple lecture de la quatrième de couverture, aucun doute n’était permis).

Après lui avoir précisé à deux reprises qu’elle se trompait d’interlocuteur, elle osa une question d’un non-sens quasi-pataphysique :

« mais vous avez quand même votre carte à l’UMP, non ? »

Quelques jours plus tôt, le journaliste d’un prestigieux hebdomadaire commençait ainsi notre entretien :

« je vous avoue franchement que je n’ai pas lu tout le livre »...

Amateurisme et autocensure : voilà où en est aujourd’hui une partie de la profession de journaliste, jusque dans son « élite ». Dans quelques jours paraîtra le baromètre annuel TNS-Sofrès / La Croix qui mesure la confiance des Français dans les journalistes.

Il devrait, sans surprise, être à nouveau à la baisse.

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  • 6 réactions
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  • Lionel06
    Lionel06
    Dessoucheur
    • Posté à 09h10 le 12/01/2013
    • Internaute 30683
      Dessoucheur

    Atlantico, le journal des geignards et des réactionnaires qui pleurnichent sur l’ordre disparu (même s’il n’avait jamais vraiment existé)...

    • LaoJinHu
      LaoJinHu répond à Lionel06
      non-conventionné par la (...)
      • Posté à 10h05 le 12/01/2013
      • Internaute 161554
        non-conventionné par la (...)

      Voulez-vous dire qu’Atlantico aura sans doute un char à la « manif pour tous » de demain ? Geignons mes frères, chougnions ensemble. Demain, c’est la chaussée aux moines. Amen.

  • Baracuda
    Baracuda
    Dans les remous
    • Posté à 10h34 le 12/01/2013
    • Internaute 93411
      Dans les remous

    Et oui, de vrais faux-culs Luc ! !

    La mediacratie dans toute sa splendeur !
    Derrière le scoop, la mission c’est de caser la propagande...
    C’est tellement vital, qu’ils en deviennent des automates, des robots sans cerveau...

    Mais estimez vous heureux, vous n’avez pas encore vécu les foudres de la première dame présidente de France....

  • Elocirkus
    Elocirkus
    Ailleurs
    • Posté à 12h32 le 12/01/2013
    • Internaute 189611
      Ailleurs

    Merci pour ce feedback ;)

  • ruerâle
    ruerâle
    héliotrope
    • Posté à 15h05 le 12/01/2013
    • Internaute 110429
      héliotrope

    Une interview de haut vol ! ! Les citations sont à mourir de rire.
    Chatel citant Vartan pour finir, c’est énorme.
    Vous avez du bien vous amuser.
    Comment ont-ils pu laisser passer ça ? Ils n’écoutent pas les réponses et sont près à transmettre n’importe quoi.

  • Nain Glumeux
    Nain Glumeux
    Nalyseur de proximité.
    • Posté à 18h58 le 12/01/2013
    • Internaute 148099
      Nalyseur de proximité.

    Merci pour ce grand moment de rigolade.

    Le plus remarquable est l’imperturbabilité des questions, qui semblent posées dans un ordre déterminé à l’avance mais jamais découlant de réponses précédentes pour affiner l’interview.

    Une explication serait que le journaliste, totalement dépassé par le grand n’importe-quoi des réponses s’en est tenu à une grille rigide pour conserver un semblant de santé mentale.

    Mais si ça n’est pas le cas on pourrait suggérer à Antlantico de remplacer ce genre de « journaliste » par un générateur aléatoire de questions.

    Ça leur ferait faire des économies et le petit neveu du webmaster devrait pouvoir leur programmer ça avec du javascript en deux coups les gros.

    Le résultat ne serait pas pire.

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