Tribune 02/01/2013 à 11h41

Publications académiques : le règne de l’absurde


Tribune

Il y a deux années de cela, nous avions publié une tribune dans Le Monde (« Les Chercheurs sont prisonniers d’une course à la publication », 21 janvier 2011) qui évoquait la situation dans la recherche, en particulier en sciences humaines et sociales.

Le constat que nous faisions à l’époque était désabusé. Nous pointions le fait que les chercheurs, pris dans l’engrenage d’une course effrénée aux publications, étaient soumis à une pression énorme qui les amenait à négliger d’autres obligations comme l’enseignement, le travail coopératif ou encore la contribution à la société.

Deux ans après, le constat demeure. Il tend même à se confirmer, tant la réduction des sources de financement a accentué la compétition. Mais, au
fur et à mesure de nos recherches, nous nous sommes rendus compte que la
situation était, de loin, encore plus absurde que ce que nous imaginions au
premier abord.

Parasitisme sur la recherche

En nous penchant sur le modèle économique en vigueur dans la recherche académique, nous avons découvert une situation d’exploitation caractérisée. Plus précisément, la compétition universitaire est structurée aujourd’hui dans le but de profiter à une minorité de maisons d’édition spécialisées dans le contenu académique, qui pratiquent, et les mots sont pesés, le parasitisme sur la recherche et, au final, sur les finances des bailleurs de fonds de la recherche – au premier rang desquels figurent les Etats.

Le cas des droits d’auteur dans l’édition est une situation connue en France. Hormis de rares exceptions, les auteurs de livres académiques ou de fiction sont rémunérés à un niveau très bas. Il existe même des maisons d’édition qui imposent la cession gracieuse des droits d’auteur sur les premières centaines d’exemplaires vendus.

Concernant la publication universitaire, où il est rare qu’un ouvrage dépasse les quelques centaines de copies (la barre haute se situe autour de trois cents copies), cela équivaut à une cession complète de droits.

Notre attention a toutefois été attirée par une autre caractéristique de la publication universitaire, tout aussi préoccupante, mais moins perceptible. Pour la saisir, il convient de se représenter le fonctionnement de la publication d’articles dans les revues académiques.

Evaluateurs anonymes

Tout d’abord, il faut savoir que la réussite d’un chercheur dépend de sa capacité à publier dans des revues qui ont une excellente réputation (on parle de « revues A », les plus prestigieuses, et de « revues B » ou de « revues C », moins huppées).

En philosophie et théorie politique (notre champ de spécialisation), l’accès à la quasi-totalité des meilleures revues (A) est payant. La pratique est donc, pour les institutions (universités, bibliothèques, etc.), de payer un abonnement aux versions électronique, papier, ou aux deux.

La carrière d’un chercheur dépend donc de sa capacité à publier dans des revues dont le prestige dépend de plusieurs facteurs, au premier rang desquels figure la qualité de ses « évaluateurs anonymes ».

Ces évaluateurs sont d’autres chercheurs (en fait les mêmes que celles et ceux qui proposent leurs articles aux revues concernées) qui jugent de la qualité des articles soumis. Ce sont des spécialistes reconnus dans le domaine (même si l’auteur de l’article n’a jamais connaissance de l’identité des évaluateurs de son article), qui émettent un avis quant à la pertinence de publier l’article ou non.

Un modèle dépassé

Il y a une vingtaine d’années, ce modèle, basé sur la gracieuseté du travail d’évaluation et de production scientifique, se justifiait lorsque les principales maisons d’édition académiques dans le monde anglo-saxon étaient des émanations d’universités et ne pouvaient donc pas survivre sans ces contributions en nature des chercheurs.

De plus, il était toujours possible de considérer que, comme les universités payaient les chercheurs, il était normal de demander à ces derniers de contribuer à la diffusion de la recherche par des éditeurs issus de ces mêmes universités (Oxford University Press, Cambrige Univerity Press, etc.).

Mais le marché a depuis évolué, l’offre s’est concentrée. Pour les publications en langue anglaise, quelques entreprises privées (comme Wiley-Blackwell, Elsevier, Springer et d’autres) dominent désormais le marché des articles scientifiques et exploitent sans vergogne ce modèle économique.

Les revues diffusent donc du matériel produit par des chercheurs qui sont payés par des institutions de recherche, souvent financées par les Etats. Pour ce faire, elles se basent sur le travail d’évaluation d’autres chercheurs (les « évaluateurs anonymes »), qu’elles ne rémunèrent pas et qui prennent donc sur leur temps de travail, payé par les institutions de recherche, donc les Etats, pour s’acquitter de leur tâche (soit dit en passant, être régulièrement sollicité par des revues est une autre condition à une carrière réussie).

Par conséquent, les revues vendent un produit dont les coûts de production sont assumés par d’autres (dans la majorité des cas l’Etat, c’est-à-dire les contribuables).

Le savoir n’est pas libre d’accès

Si vous jugez que la pilule est dure à avaler, attendez la suite : ces éditeurs vendent l’accès aux articles. En tant que lecteur non affilié à une institution de recherche, vous ne pouvez pas accéder au savoir produit sans vous acquitter d’un tarif à l’article (autour de 20, 30 euros) ou d’un abonnement annuel (quelques centaines
d’euros). Autant dire que le savoir n’est pas libre d’accès. Mais
c’est un autre problème...

Quoi qu’il en soit, la plupart des clients des journaux académiques sont
les universités et bibliothèques, qui paient un abonnement annuel allant de
plusieurs centaines à quelques milliers d’euros afin d’avoir accès au contenu
d’une revue. Pour prendre la mesure des enjeux financiers, il faut
réaliser que chaque maison d’édition possède de quelques dizaines à
plusieurs centaines de revues dont elle facture l’accès.

En bref, les universités (très souvent les Etats) financent des chercheurs
pour que ces derniers produisent des articles qui seront évalués par leurs
pairs (rémunérés par ces mêmes institutions), puis compilés dans des
publications dont l’accès sera revendu à ces mêmes institutions ! Les
institutions de recherche paient donc deux fois le savoir : tout d’abord
les salaires des chercheurs qui le produisent ou l’évaluent, puis
l’accès au résultat final.

Imposer les revues comme incontournables

Les éditeurs majeurs ont réussi le tour de force d’imposer leurs revues
comme incontournables dans le champ concerné. Ce qui signifie qu’un
chercheur doit publier dans de telles revues et n’a pas le choix s’il
veut réussir professionnellement.

Ce faisant, la dynamique s’auto-entretient et les éditeurs académiques se garantissent une rente de situation (en économie, cela désigne une situation dans laquelle un agent manipule le marché afin d’en tirer un bénéfice) : il y aura toujours des chercheurs pour leur soumettre des manuscrits et les évaluer, comme il y aura toujours des institutions, notamment publiques, qui payeront pour de tels contenus.

La situation n’est pas seulement absurde :

  • d’une part, elle est inefficiente, car les institutions de recherche sont surfacturées au vu du résultat produit. Il est peut-être temps de s’interroger sur ce modèle économique, en particulier dans un contexte de crise économique ;
  • d’autre part, la situation est moralement inacceptable, car certains agents en exploitent d’autres, tout en limitant l’accès au savoir du plus grand nombre.
  • 20491 visites
  • 61 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • plastic quidam of universe
    plastic quidam of universe
    J'en suis comme deux ronds de (...)
    • Posté à 11h51 le 02/01/2013
    • 183735
      J'en suis comme deux ronds de (...)
    • Collectiste
      Collectiste répond à plastic quidam of universe
      analyste du politique
      • Posté à 15h29 le 04/01/2013
      • 185081
        analyste du politique

      Il y a un moyen simple de se protéger de cette loi d’airain : ne publier que sur internet, sans comité de lecture. La plus grande part de mon travail de recherche historico-sociologico-économique (à part mon principal ouvrage) a été publié en ligne, sur mon blogue. La grande qualité des commentaires et la sagacité des internautes me remplit d’aise, comparée à l’étroitesse d’esprit de mes collègues universitaires grincheux et tatillons.

  • helios33
    • Posté à 12h11 le 02/01/2013
    • Internaute 33580

    Pour ce qui concerne les mathématiques, beaucoup de liens ici
    Lien
    On sent monter de plus en plus l’envie de créer des journaux (électroniques) indépendants de toute maison d’édition, ce qui n’est pas techniquement difficile.

    Autre chose : on voit apparaitre des revues où l’accès est gratuit mais la publication payante. Une d’entre elle a été piégée par ce site
    Lien
    qui permet de créer ses propres articles de maths fantaisistes (voir le blog).

    • moivre
      moivre répond à helios33
      étudiant
      • Posté à 17h10 le 02/01/2013
      • Internaute 93788
        étudiant

      On sait maintenant comment les Bogdanoff ont rédigé leurs thèses.....

    • Emmanuel M
      Emmanuel M répond à helios33
      Commentateur liberal
      • Posté à 21h40 le 02/01/2013
      • Internaute 39528
        Commentateur liberal

      A la différence de 20 minutes, ce n’est pas le papier qui fait les prix d’une revue scientifique, mais son contenu

  • silsilsil
    silsilsil
    Odieux campagnard
    • Posté à 13h13 le 02/01/2013
    • Internaute 121365
      Odieux campagnard

    Je ne sais pas si des statistiques existent a ce sujet. Mais, selon mon expérience, plus de 90% des articles publies dans ces revues ont une valeur scientifique nulle ou médiocre.

    En général, la première moitie de l’article présente les équations théoriques, toujours les mêmes (conservation de la masse, de l’énergie, de la quantité de mouvement....). Aucune explication n’est par contre donnée en ce qui concerne leur résolution et leur implémentation informatique. La phrase consacrée est « Le logiciel XXX a été utilise pour résoudre le problème ». (c’est donc la société éditrice du dit logiciel qui contribue le plus aux recherches, il n’est en outre pas rare que des livres écrits par d’éminents chercheurs citent leur mode d’emploi comme référence)

    La seconde moitie de l’article présente les « résultats » de l’étude. Il s’agit en général de graphiques sans échelle claire avec de vagues interprétations. Les tableaux détaillés de résultats, les valeurs des coefficients pour corréler les expériences avec le modèle mathématique ne sont que rarement publies.

    Enfin, la dernière partie de l’article est consacrée aux références, le travail propre des auteurs de l’article étant souvent très faible.

    • Taladris
      Taladris répond à silsilsil
      Ancien observateur
      • Posté à 15h22 le 02/01/2013
      • Internaute 141499
        Ancien observateur

      Cela doit dépendre des domaines. En mathématiques pures, la plupart des articles apportent des réponses à des questions nouvelles. Par contre, dans certains domaines des maths appliquées, il y a pas mal d’articles très vides...

    • Sinus
      Sinus répond à silsilsil
      Chercheure
      • Posté à 17h04 le 02/01/2013
      • Expert 80207
        Chercheure

      Des exemples ?

    • moivre
      moivre répond à silsilsil
      étudiant
      • Posté à 17h32 le 02/01/2013
      • Internaute 93788
        étudiant

      Même dans des revues « sérieuses » (e.g. iIEEE transactions on biomedical engineering) la première moitié de l’article est un (long) résumé de, par exemple, l’outil mathématique principalement utilisé. Dans la deuxième partie on a les résultats avec quand même un peu mieux que de « vagues explications ».
      Mais dans tout les cas on n’a aucune indication sur la façon dont les algorithmes ont été implémentés, pas de lien vers des codes sources... ce qui n’aide pas à reproduire l’étude.

      Il y a aussi le fait que le contenu est parfois affligeant de simplicité : il pourrait être produit par un stagiaire de M1 en quelques jours.

      • Rhesus K
        Rhesus K répond à moivre
        outrée l'outre!
        • Posté à 08h32 le 03/01/2013
        • Internaute 194199
          outrée l'outre!

        On peut faire confiance aux escrocs de la science pour savoir enrober d’arguments rhétoriques, ’scientifiques’, le poisson noyé comme ça. Quand on pense qu’ils en ont même trouvé pour argumenter contre le réchauffement climatique, ou, en son temps, pour la ’magie’ nucléaire sans danger, tout est possible on se dit, même d’en trouver qui défendent l’idée d’Adam créateur du monde. Les carrières scientifiques, le plus souvent universitaires mais pas seulement, sont comme bien d’autres corrompues par la cooptation familiale ou l’obéissance servile : on ne fait pas carrière sans quelques taches et putacheries.

  • Wally
    Wally
    Branleur à plein temps
    • Posté à 13h58 le 02/01/2013
    • Internaute 33217
      Branleur à plein temps

    Votre analyse est exacte et encore plus frappante pour quelqu’un qui n’est pas chercheur mais qui a besoin d’avoir accès à des publications. Il n’est pas acceptable que des articles publiés grâce à des fonds publics deviennent payants par le biais de quasi-monopoles. La loi française devrait obliger la gratuité des publications financées sur fonds publics français (même en partie) dans un délai de 6 mois, par exemple.
    Un autre point concerne les relecteurs : dans certains domaines scientifiques, il y a plusieurs affaires de « vol » ou de « similarité » d’idées dont l’origine est très certainement liée à des relecteurs indélicats. Cet aspect est à prendre en compte, au même titre que celui des publications de complaisance. En effet, dans certaines disciplines, il est difficile de publier si l’on n’est pas dans « la ligne du parti » et a contrario de nombreux articles, bien écrits par ailleurs, ont une valeur scientifique qui reste à démontrer.
    Enfin, on n’oubliera pas les publications « fausses » ou « bidonnées » comme l’a récemment révélée une affaire aux Pays-Bas.

    Ces derniers points n’honorent pas la recherche qui ne semble pas capable de mettre un minimum d’éthique dans ses pratiques, au moins liées à la qualité des publications.

    • guilhemibos
      guilhemibos répond à Wally
      chercheur
      • Posté à 19h29 le 02/01/2013
      • Expert 125374
        chercheur

      Mais de quoi on parle la ? La recherche ne semble pas capablde mettre un minimum d’ethique dans ses pratiques ? ? ? Comment se fait il alors que les scientifiques pris en flagrant delis de fraude perde tout credit scientifique, que TOUTES leur publication sont retirees et annulees, que certains perdent meme leur titre de docteur, et sont incapables de retrouver un travail dans aucune universite dans le monde ?
      Combien d’etudes sont bidonees ? Combien de cas de vol de donnees ou d’idees ? Apporter des donnees fiables a votre propos avant de porter le discredit sur une profession qui est plus que fiable d’un point de vue de l’ethique.
      Si vous avez besoin d’un article, un bon conseil, ecrivez directement a un des auteurs, il vous enverra un pdf pour pas un rond. Si vous exposez un but scientifique a votre demande, il n’a pas le droit de vous le refuser.

      • Julie_fr
        Julie_fr répond à guilhemibos
        Retraitée
        • Posté à 08h59 le 03/01/2013
        • Internaute 103626
          Retraitée

        Il a parfaitement le droit de refuser. En fait, il y est même souvent obligé, vu que son éditeur lui aura fait signer un contrat en ce sens. Bien sûr, certains auteurs répondent quand même favorablement à ce genre de demande, surtout pour des articles un peu anciens, mais le plus souvent c’est illégal.

        À l’inverse, pas mal d’auteurs mettent gratuitement en ligne leurs travaux, éventuellement sur des sites « officiels » d’archive (comme Lien), qui offrent l’avantage de garantir une certaine sécurité en cas de litige d’antériorité.

        L’inconvénient de ces sites d’archives est qu’il n’y a pas vraiment de contrôle du contenu des articles. Mais, en plus de la procédure actuelle de dépôt, on pourrait parfaitement envisager une procédure de « dépôt avec demande de contrôle par des pairs ». En fait, elle existe déjà informellement :

        - un auteur met en article en archive

        - il le signale sur une ou plusieurs listes de diffusion

        - d’autres chercheurs le lisent et le critiquent

        À noter que tous ces processus se passent sans les éditeurs, qui deviennent de plus en plus inutiles, d’autant qu’ils imposent aux auteurs même le travail de mise en forme, qui, auparavant, était au moins leur valeur ajoutée.

         
        • guilhemibos
          guilhemibos répond à Julie_fr
          chercheur
          • Posté à 17h29 le 03/01/2013
          • Expert 125374
            chercheur

          Pas du tout, un auteur n’a pas le droit de refuser de delivrer un article, gratuitement a un collegue scientifique qui lui en fait la demande. De plus, la plus part des chercheurs distribuent gratuitement, apres publication, sur leur site internet leur propres articles, et c’est tout a fait legal.

          • Julie_fr
            Julie_fr répond à guilhemibos
            Retraitée
            • Posté à 09h19 le 06/01/2013
            • Internaute 103626
              Retraitée

            C’est en effet une erreur répandue de croire que « un auteur n’a pas le droit de refuser de delivrer un article, gratuitement à un collegue scientifique “. Tout comme croire qu’il est toujours légal pour un chercheur de mettre en ligne ses articles publiés.

            Bien sûr tout dépend du contrat signé avec l’éditeur, mais il y a souvent des clauses d’agrément préalable pour toute diffusion, même par l’auteur, d’un article publié.

            Voici par exemple une telle clause, extraite du contrat qu’un ami chercheur a dû signer avec IGI ( texte complet ici : Lien) :

            ‘Author cannot post the contents of the article on any website or distribute the work to others in either electronic or print forms without the written permission of IGI Global’

            Mieux, une autre règle indique que l’auteur lui-même n’est pas censé réutiliser son propre écrit sans accord préalable :

            ‘the author CANNOT use the verbatim text of the manuscript or any part thereof that has been copyrighted by IGI Global without first obtaining the written permission og IGI Global’.

            J’imagine que si IGI met le ‘cannot’ en gros, c’est précisément parce que nombre d’auteurs ne respectent pas cette règle.

        2 autres commentaires
    • Wally
      Wally répond à Wally
      Branleur à plein temps
      • Posté à 21h07 le 03/01/2013
      • Internaute 33217
        Branleur à plein temps

      Je maintiens mes propos et à titre d’exemple, je peux même dire que j’ai vu deux chercheurs étrangers en venir quasiment aux mains dans une conférence en 2009 au sujet de la paternité d’une idée.

      Sur le retrait des articles dans le cas d’études bidonnées, je veux bien vous croire, reste qu’il y a des cas, en particulier en sciences sociales.

      Sur l’obligation qu’un chercheur a de fournir ses publications, je ne vous suis pas car je me suis vu refuser l’accès à plusieurs articles sous différents prétextes, le principal étant le copyright de l’éditeur. Notez que les auteurs ne travaillaient pas dans des facs en France et que souvent leur labo était financé par des industriels.

  • piflechien
    piflechien
    animal domestique
    • Posté à 14h01 le 02/01/2013
    • Internaute 42424
      animal domestique

    Le problème que vous soulevez peut être résolu par la publication dans les revues en Open Access, dont certaines sont prestigieuses. Mais celles qui le sont sont généralement des émanations d’institutions publiques, comme PLoS. Le risque de l’Open Access est l’escamotage de l’évaluation par les pairs pour maximiser le profit dans les journaux à but lucratif. Au final, soit l’on considère que les institutions sont capables de pratiquer l’évaluation, soit qu’elles en sont incapables, et dans ce cas, c’est normal qu’elles payent, mais de toute façon, dans ce dernier cas, c’est toute la démarche scientifique qui est menacée.

  • Maxmaxence
    Maxmaxence
    Cafetier de la Rue
    • Posté à 14h17 le 02/01/2013
    • Internaute 120649
      Cafetier de la Rue

    On pourrait ajouter que désormais la carrière des enseignants-chercheurs est indexée sur la capacité à publier des articles en nombre, et non plus sur leur qualité de professeurs. On se retrouve dans une situation absurde où les étudiants se retrouvent soient face à des profs médiocres, soit face à des chercheurs brillants mais n’ayant pas le temps de se consacrer à l’enseignement. Ainsi, l’on verra les chercheurs « star » faire 1/2 cours sur un semestre, sans contrôle continu (ça prend du temps), avec des tds tirés du livre (sinon, ça prend du temps), des partiels fait visiblement à l’arrache (ça prend du temps), un matériel de cours très faible (ça prend du temps)

    Résultat des courses, j’ai eu des profs bien meilleurs et plus impliqués dans ma première université en province où les profs étaient moins pressurés pour publier, contrairement à l’université de grande ville où je suis actuellement, où les profs sont rémunérés à la publication et où c’est marche ou crève pour les étudiants... Et puis si les étudiants ratent leur partiels à cause de leur manque de pédagogie, l’administration (et les profs complices) s’en foutent vu qu’ils pourront toujours prendre des étrangers l’année d’après pour combler le vide laissé par les anciens.

  • Ali4s
    Ali4s
    Biologiste
    • Posté à 14h57 le 02/01/2013
    • Internaute 196596
      Biologiste

    Situation connue et acceptée avec fatalisme dans mon domaine. J’ai également fait ce raisonnement lorsque j’ai appris ces infos, il y a quelques années, et je trouvais déjà que nous nous faisions royalement enc*ler.

    Situation de monopole, prix totalement exorbitants pour avoir accès à la moindre publi lorsqu’on est étudiant (à moins d’avoir des amis dans un laboratoire, qui puisse nous passer les codes d’abonnement. C’est comme ça que je fais).

    Et sinon, je vous rassure, la recherche va très bien. Les profs ne sont absolument pas stressés par cet état de fait, ne délaissent absolument pas l’enseignement au profit de leurs recherches, et tout va bien madame la marquise.

  • Lionel06
    Lionel06
    Dessoucheur
    • Posté à 15h55 le 02/01/2013
    • Internaute 30683
      Dessoucheur

    Ce problème est dénoncé depuis quelques années et Rue89 en avait déjà parlé il y a quelques mois à travers une tribune signée d’Olivier Ertzscheid : Chercheur, le CNRS continue de vendre cher nos articles gratuits.

    A lire : L’édition scientifique (1) : un oligopole profitable

    Comme l’explique cet extrait, pour les 4 principaux groupes d’éditeurs dans les sciences sociales (Elsevier-Sciences, Springer-Kluwer, Wiley-Blackwell, et Taylor & Francis) - mais c’est aussi valable pour les sciences dites dures -, les publications des chercheurs constituent une poule aux œufs d’or :

    « Dans l’ensemble, les prix des revues scientifiques STM ont augmenté entre 1986 et 2003 (17 ans) de 215% tandis que le prix des livres augmentait de 82% et l’indice des prix de 68%. Pendant les 12 années précédentes, de 1973 à 1985, l’augmentation fut de 711% pour les revues STM et de 412% pour les revues SHS. Et chaque année qui passe voit une augmentation du prix des abonnements de plus de 7%. »

    « Mais ce marché ne ressemble à aucun autre. En effet, cette configuration oligopolistique doit sa rentabilité particulièrement élevée aux caractères spécifiques de l’économie des revues et des revues scientifiques en particulier.

    - L’usager n’est pas le payeur. Sauf exception, les lecteurs des revues scientifiques ne s’abonnent pas directement à ces revues ; ce sont leurs bibliothèques, principalement les bibliothèques publiques (universités, centres de recherche) qui souscrivent ces abonnements pour eux. Or les gestionnaires de ces bibliothèques n’ont quasiment aucune marge de négociation avec les éditeurs car leurs usagers, les chercheurs, ne peuvent pas se passer des revues dont la lecture est indispensable à leur activité. Les éditeurs peuvent ainsi augmenter les prix sans risque de perdre des clients (c’est ce que l’on appelle une clientèle captive). Et ils ne se gênent pas. C’est ainsi qu’au cours des années, les bibliothèques ont dû consacrer une part croissante de leur budget à l’achat des revues des grands éditeurs, au détriment des autres postes. Et cela dans un contexte où les budgets des bibliothèques augmentent fort peu quand ils ne baissent pas.

    - La concurrence qui peut jouer dans le sens d’une baisse des prix des marchandises dans d’autres secteurs joue ici très peu. Chaque revue est en effet unique ; on ne peut pas la remplacer par une autre, surtout quand elle est essentielle dans son domaine ; on dit qu’elle n’est pas “ substituable ”. La concurrence est faussée.

    - La vente directe par abonnements payés à l’avance permet une souplesse exceptionnelle de trésorerie (toute la production d’une année réglée d’un seul coup et à l’avance, pas de stocks, pas d’invendus, pas de retours) et de supprimer l’étape de la vente en librairie (30 à 40 % du prix des livres), sans parler des coûts réduits de diffusion et de distribution.

    - Les auteurs des articles ne sont quasiment jamais rémunérés et ne perçoivent pas de droits qui sont cédés à l’éditeur. De plus, la sélection des articles, leur vérification scientifique, leur relecture et leur correction, travail considérable qui relève classiquement de l’éditeur, sont assurées par les pairs (réunis dans un comité de lecture ou un comité scientifique), des universitaires qui ne sont pas davantage rémunérés par l’éditeur privé.

    Quand on aura ajouté que les éditeurs n’ont pratiquement pas de frais de traduction, étant donné que les chercheurs en STM écrivent en anglais qu’ils ont reconnu depuis longtemps comme leur langue de communication, on aura compris que l’édition des revues scientifiques ne supporte quasiment aucune des charges de l’économie du livre. »

    Heureusement, des solutions existent : L’édition scientifique (2) : le temps de la révolte

    Au total, c’est le contribuable français qui est doublement couillonné : l’état paie des chercheurs pour faire de la recherche et paie ensuite l’accès aux publications de ces mêmes chercheurs.

    • Emmanuel M
      Emmanuel M répond à Lionel06
      Commentateur liberal
      • Posté à 21h46 le 02/01/2013
      • Internaute 39528
        Commentateur liberal

      « - Les auteurs des articles ne sont quasiment jamais rémunérés »

      Bizarre, moi qui croyait que les professeurs et maitres de conférences étaient payés pour faire de la recherche.

      • Lionel06
        Lionel06 répond à Emmanuel M
        Dessoucheur
        • Posté à 23h08 le 02/01/2013
        • Internaute 30683
          Dessoucheur

        Dur de la comprenette ?
        C’est pourtant simple : on parle de chercheurs presque jamais rémunérés sur les ventes des revues où ils publient leurs articles.
        L’état les paie pour faire de la recherche et paie encore une fois des revues (privées) pour que ces mêmes chercheurs publient les résultats de leurs recherches.

        Bizarrement on râle plus facilement quand un artiste multimillionnaire se fait pirater quelques chansons, le pauvre bichounet...

         
        • Emmanuel M
          Emmanuel M répond à Lionel06
          Commentateur liberal
          • Posté à 23h15 le 02/01/2013
          • Internaute 39528
            Commentateur liberal

          Ils ne sont pas rémunérés sur les ventes de leurs articles

          Ils sont rémunérés sur leur poste de professeur d’université, qui implique de publier des articles scientifiques dans ce genre de revues prestigieuses vendues très chère à des universités.

          Au final , il sont quand même payés pour publier un travail de recherche dans des revues reconnues. Directement par le contribuable (qui finance la recherche publique) plus que par la revue (qui se finance auprès du monde universitaire en louant sa notoriété et son travail d’édition).

        1 autres commentaires
  • kobayashi68
    • Posté à 16h17 le 02/01/2013
    • Internaute 122764

    Je suis d’accord avec vous, et je rencontre de plus en plus de chercheurs prônant un accès libre aux publications académiques. Par contre je pense qu’il faut initier une réflexion et un débat en prenant compte plusieurs éléments. Je suis assistante d’édition pour une revue de recherche en sciences dures, alors je vais me faire un peu l’avocat du diable.

    - tout d’abord la publication d’une revue (électronique ou papier) représente un coût. En effet, il faut payer les gens qui, comme moi, travaillent pour ces revues. Bon nombre de chercheurs ignorent tout du travail en amont qui doit être fait (réception des manuscrits, traitement des fichiers, envoi aux éditeurs, aux rapporteurs, traitement des rapports, puis copy editing, mise en forme des épreuves, infographies, référencement, etc..). Nous avons des bureaux dont il faut payer les loyers et les charges. Nous avons aussi beaucoup de frais informatiques (nouveaux logiciels, développement des bases de données et des interfaces web). Nous avons également un service marketing. A tout cela se rajoute les frais d’impression. Les éditeurs sont également rétribués et défrayés pour leurs déplacements dans le cadre de leurs activités d’éditeurs.

    - Il est vrai que les rapporteurs ne sont pas rémunérés. Ils ne sont absolument pas obligés d’écrire des rapports, pourtant bien souvent ils le font, parce que c’est une reconnaissance de leur expertise. Je reçois souvent des demandes de rapporteurs me demandant de leurs envoyer un certificat prouvant qu’ils ont évalué des manuscrits pour notre revue. C’est un plus sur un CV. Ces rapporteurs sont anonymes en effet, principalement afin d’éviter des inimitiés, certains rapports pouvant être assez critiques. Nous demandons cependant aux auteurs une liste de rapporteurs potentiels pouvant évaluer leur papier. Les auteurs nous précisent également lorsqu’il peut y avoir conflit d’intérêt avec un autre labo ou un autre groupe de chercheurs.

    - Les revues sont généralement vendues aux institutions et aux universités sous forme de package, un abonnement pour plusieurs revues. Effectivement les tarifs sont chers, mais le nombre de vente est limité (seuls les bibliothèques et les universités achètent ces packs).

    - Il existe déjà des alternatives au système que vous décrivez. Des sites comme ArXiv permettent aux auteurs de publier leur papier en accès libre. Pourtant cela n’aura pas la même crédibilité qu’une publication dans une revue parce qu’il n’y a pas de comité de lecture. Le comité de lecture permet de faire un premier tri (vous n’imaginez pas le nombre de papiers complètement farfelus que nous recevons !), mais aussi d’aider les auteurs à améliorer leur papier : corriger le style, ajouter une référence qui a été oubliés, ou développer un point traité de manière un peu superficielle.

    Evidemment, je parle de ce que je connais. Ma revue n’est pas éditée par Springer ou Elsevier, qui ont d’autres moyens. Mais je pense qu’une concertation avec tous les acteurs de la publication (auteurs, éditeurs et personnel technique) est nécessaire pour développer des alternatives.

    • Sinus
      Sinus répond à kobayashi68
      Chercheure
      • Posté à 17h13 le 02/01/2013
      • Expert 80207
        Chercheure

      « Des sites comme ArXiv permettent aux auteurs de publier leur papier en accès libre. Pourtant cela n’aura pas la même crédibilité qu’une publication dans une revue parce qu’il n’y a pas de comité de lecture. »

      C’est sans doute vrai dans l’ensemble, mais je vous rappelle que Perelman a publié ses travaux sur ArXiv. Travaux qui lui ont valu la médaille Fields et le prix du millémaire du Clay mathematics institute. Je me demande ce qu’un comité de lecture, si éminent soit-il, aurait bien pu penser de ces travaux...

      • kobayashi68
        kobayashi68 répond à Sinus
        • Posté à 20h51 le 02/01/2013
        • Internaute 122764

        Je ne dis pas que les articles postés sur ArXiv sont mauvais. Le très bon peut y côtoyer le très mauvais. Après tout, n’importe qui peut y proposer un article. De toute façon pour les chercheurs, c’est le nombre de citations qui importe. Plus un papier est cité, plus la « note » du chercheur monte (ce qu’on appelle le Hirsch Index). C’est peut être par ce système que l’on pourra se passer de comité de lecture, mais il y a des limites, les chercheurs étant souvent adeptes de l’auto-citation...

    • sobriquet
      sobriquet répond à kobayashi68
      Courageux anonyme
      • Posté à 17h26 le 02/01/2013
      • Internaute 26884
        Courageux anonyme

      Merci pour votre commentaire. Cela me pose plusieurs questions :
      - Vous acceptez encore les manuscrits ? ?
      - Quelle est la différence entre le comité de lecture et les rapporteurs ? Pourquoi les uns sont rémunérés et pas les autres ?
      - Quels sont les logiciels qui vous coûtent si cher ?
      - J’ai l’impression que n’importe quel journal, hebdo ou mensuel, fait face aux mêmes frais ; bien sûr, l’audience n’est pas la même, mais y a-t-il également des différences de coût significatives ?

      Ne voyez bien sûr aucune hostilité dans ces questions. J’essaie juste de mieux comprendre cette activité que l’on connaît peu.

      • kobayashi68
        kobayashi68 répond à sobriquet
        • Posté à 21h19 le 02/01/2013
        • Internaute 122764

        Merci pour votre réaction. Je ne vois aucune hostilité, je vous rassure. A vrai dire ayant fait un DEA, j’étais également du côté des chercheurs, et je sais combien il est difficile d’obtenir certains articles sans débourser des fortunes (les bibliothèques n’étant pas abonnées à toutes les revues).
        Pour répondre à vos questions :
        - Nous ne recevons plus de manuscrits papier, si c’est cela votre première question, nous demandons des fichiers informatiques.
        - Un comité de lecture est composé d’éditeurs et de rapporteurs. Les rapporteurs donnent leur avis, l’éditeur prend la décision d’accepter ou de refuser un papier, sur la base des rapports reçus. L’éditeur a la responsabilité scientifique de ce qui est publié.
        Nous contactons entre 1 et 4 rapporteurs par papier, quelques fois les avis sont contradictoires, donc c’est à l’éditeur de trancher. Les éditeurs sont rémunérés au nombre de papiers traités dans l’année. Les rapporteurs ne le sont pas.
        - Nous avons un programme, une base de données spécifique à notre travail qui nous permet de gérer les manuscrits, la correspondance, les fiches de contact, les fichiers et l’historique. Ce programme est connecté à une interface web. Auteurs, éditeurs et rapporteurs ont un accès spécifique qui leur permet de travailler en ligne (envoi de rapports et de décisions). Nous travaillons avec un développeur informatique externe pour améliorer le système, ajouter des fonctions, selon la demande des éditeurs et des suggestions des auteurs. Nous devons aussi souscrire à de nouveaux services comme des outils vérificateurs de plagiat . Après ce sont des frais inhérents à notre activité, mais comme toute activité.
        - Le problème est que contrairement aux journaux normaux, nous n’avons pas de possibilité d’extension de notre « clientèle ». C’est un marché limité.

        Merci en tout cas de votre intérêt. Notre métier est assez méconnu, et on entend souvent les arguments des chercheurs mais pas des éditeur ou des gens qui travaillent pour publier ces revues. Mon but était de faire entendre une autre voix, pour montrer d’autres facettes du problème.

    • moivre
      moivre répond à kobayashi68
      étudiant
      • Posté à 17h39 le 02/01/2013
      • Internaute 93788
        étudiant

      « beaucoup de frais informatiques » : les articles ne sont pas rédigés en Latex ? Vous ne demandez tout de même pas d’utiliser un template en word comme
      Advances in Pure Mathematics ? ?

      • kobayashi68
        kobayashi68 répond à moivre
        • Posté à 21h21 le 02/01/2013
        • Internaute 122764

        Nous laissons le choix : Latex ou Word, nous proposons aux auteurs des templates dans les deux formats. Tout le monde ne maîtrise (malheureusement) pas le Latex. Nous laissons le choix pour pouvoir accepter le plus grand nombre de papier.

         
        • Julie_fr
          Julie_fr répond à kobayashi68
          Retraitée
          • Posté à 11h23 le 03/01/2013
          • Internaute 103626
            Retraitée

          De mon temps (bon, c’est effectivement assez lointain), les éditeurs acceptaient de vrais manuscrits et prenaient la peine de faire complètement la mise en forme.

          Maintenant, ils imposent d’utiliser tel ou tel logiciel, avec un choix restreint (deux seulement chez vous, par exemple). Je connais au moins un auteur qui a régulièrement des difficultés, car il ne travaille avec LyX et doit donc exporter son fichier en LaTeX et il y a presque toujours des problèmes. Idem avec des logiciels comme LibreOffice, pour lesquels l’exportation en format Word (lequel, d’ailleurs ? Ils ne sont pas tous compatibles) ou LaTeX est rarement parfaite.

          Mieux, les éditeurs imposent le format, en proposant des modèles à suivre à la lettre, et refusent les soumissions qui ne sont pas conformes, avant même se préoccuper du contenu (cas vécus par des amis).

          Encore une fois, la « valeur ajoutée » des éditeurs devient de plus en plus faible, alors que les tarifs, eux, ne diminuent pas.

          En ce qui concerne les rapporteurs non rémunérés, donc, en fait, payés par leur employeur alors qu’ils travaillent pour l’éditeur, c’est effectivement une pure anarque.
          J’ai vu une seule fois un éditeur rémunérer (faiblement) un rapporteur. Sauf que ce n’était pas en France, mais en Arabie Saoudite ...

          Incidemment, l’argument que les éditeurs assurent, par le comité de lecture et l’utilisation de rapporteurs, une bonne qualité des articles, est plutôt faible. On voit régulièrement publier des articles creux sans intérêt, voire truffés d’erreurs. Et il est tout aussi régulièrement démontré que l’on peut faire publier des articles canulars.

          Un système d’archives ouvertes, avec une section Discussion pour chaque article (un peu comme sous Wikipédia), me semblerait bien plus fiable.

        1 autres commentaires
    • Lionel06
      Lionel06 répond à kobayashi68
      Dessoucheur
      • Posté à 18h06 le 02/01/2013
      • Internaute 30683
        Dessoucheur

      « Bon nombre de chercheurs ignorent tout du travail en amont qui doit être fait »

      Pourtant, bon nombre de chercheurs appartiennent à un comité éditorial de revues ou ont publié des ouvrages collectifs (actes de colloque ou autres), ce qui nécessite également de mettre la main à la patte pour tout ce qui est en amont et que vous décrivez bien.

      • kobayashi68
        kobayashi68 répond à Lionel06
        • Posté à 21h33 le 02/01/2013
        • Internaute 122764

        Oui mais cela dépend des structures à vrai dire. Le comité éditorial de notre revue, comme bon nombre de grandes revues, a des petites mains (c’est à dire mes collègues et moi) qui s’occupent de tous ces aspects techniques. Mais effectivement je connais des petites revues qui ne publient qu’un numéro par an, qui sont « fait-main ». Les membres du comité se répartissent les tâches et font tout eux-même (mise en page, épreuves, etc). C’est du boulot en effet !

        Mon but était juste de souligner qu’il y a bien souvent une équipe éditoriale en charge des publications. Si on opte pour la gratuité des accès aux articles, qui s’occupera de ce travail et comment seront ils rémunérés ? Je défendais juste mon métier. Je prêche pour ma paroisse.

    • Taladris
      Taladris répond à kobayashi68
      Ancien observateur
      • Posté à 00h36 le 03/01/2013
      • Internaute 141499
        Ancien observateur

      Le problème n’est pas que les scientifiques souhaitent que les éditeurs ne soient plus rémunérés ; mais l’augmentation faramineuse des coûts des revues alors que dans le même temps, la charge des éditeurs s’est considérablement allégée.

    • Boarisch
      Boarisch répond à kobayashi68
      CRA
      • Posté à 13h21 le 03/01/2013
      • Internaute 110156
        CRA

      Ayant été autrefois dans la rechercher, le système des évaluations par les comités de lectures m’a toujours paru biaisé.

      Ok pour l’anonymat des rapporteurs, mais le système serait plus efficace si l’anonymat des « submitters » (ceux qui soumettent, je ne connais pas de mot en français pour ça) était aussi respecté. Je me souviens de remarques de comités de lecture qui étaient clairement liées automatiquement à l’origine du papier. Ayant travaillé autrefois pour un labo français, l’anglais de l’article nous avait été retoqué par les reviewers, alors que l’article avait été pourtant préalablement corrigés et reviewés en interne par 2 anglais de Cambridge. Ayant été de l’autre côté, j’ai vu aussi des reviewers émettre systématiquement des critiques spécifiques d’article chinois parce que venant de chine.

      Il y a aussi le cas d’articles très très creux, mais provenant du labo d’un grand ponte, et donc passant à travers le comité de lecture comme une lettre à la poste. Le même article proposé par un labo moins connu aurait été retoqué d’office.

      Sans parler du fait que dans des domaines pointus, les reviewers sont souvent des « concurrents » qui profitent au passage pour piller votre article et le faire trainer soit pour avoir le temps de faire des manips similaires, soit parce que travaillant sur le même sujet et ayant un article dans les tuyaux, pour que le leur sortent en premier....

      Et ainsi de suite...
      (Je parle en sciences dures, puisque c’était mon domaine autrefois, biologie en particulier).

  • Elocirkus
    Elocirkus
    Ailleurs
    • Posté à 19h27 le 02/01/2013
    • Internaute 189611
      Ailleurs

    Révoltant en effet.

  • guilhemibos
    guilhemibos
    chercheur
    • Posté à 20h15 le 02/01/2013
    • Expert 125374
      chercheur

    Les faits sont exactes, mais le ton utilisé est ridicule, ce n’est certes pas parfait, mais c’est loin d’être aussi scandaleux que vous le laissez paraître.

    1 Les évaluateurs sont des scientifiques : évidemment ! Seule une personne experte dans le domaine est a même de juger du sérieux d’une étude scientifique, de la méthode utilisée, de relier les résultats aux conclusions tirées par les auteurs.

    2 Les évaluateurs sont anonymes : si ils ne l’étaient pas, imaginez les pressions qu’ils pourraient recevoir de tel ou tel groupe industriel impliqué dans une publication, de tel ou tel collègue que l’on connait (tout le monde se connait dans chaque domaine), imaginez les procès que l’on ferait a chaque publications, imaginez le discrédit pour toute la profession !

    3 beaucoup de publications sont payantes : ben oui, tout comme un livre, la plus part des conférences, la plus part des logiciels, une chocolatine ou la plus part des productions humaines. Des gens travaillent derrière ces institutions, il y a des sites internet a faire tourner, des serveurs a payer, des publications a imprimer, des journaux papier a envoyer dans le monde entier, du personnel a payer.

    4 Il y a des journaux de haut niveau et d’autre de bas niveau : ben oui, il y a aussi des recherches a fort impact et des recherches a faible impact. Il est normal que les journaux représentent cette disparité. Les publications de faible impact ne sont pas inutiles, loin de la, elles sont très utiles, mais ce n’est pas la même chose de montrer un micro détail d’un processus hyper spécialisé étudié par des dizaines de laboratoire dans le monde et d’ouvrir un champ nouveau de connaissance ou de développer un technologie qui va révolutionner un domaine. Les scientifiques savent a quoi s’attendre en regardant tel ou tel journal et c’est très bien comme ça.

    5 Les scientifiques veulent tous publier dans les journaux a fort impact : encore un fois, évidemment, l’article sera plus lu, plus commenté... Mais ce n’est en rien la faute des journaux. Les chercheurs ont généralement une très forte estime de leur travail et pensent presque tous qu’ils présentent des avancées majeures, surtout les thésards d’ailleurs qui ont le yeux qui brillent a chaque fois qu’ils parlent de leur futur article qui sera publié dans Science ou Nature. Ce n’est pour la plus part des cas pas exact, et c’est aux scientifiques a connaitre la portée de leur données et a adresser leur résultats dans des journaux appropriés, et de toute façon, tout le processus éditorial va amener les auteurs, de rejet en rejet, vers le journal approprié.

    Enfin, je trouve votre article caricaturalement polémique. Pourquoi ne pas parler des autres modèles comme les revues Plos ? Pourquoi ne pas proposer quelque chose de constructif au lieux de tirer a bouler rouge sur un système qui, au final, marche plutôt bien pour séparer le bon grain de l’ivraie et effectuer des recherches bibliographiques ciblées et efficace. Publier un article scientifique demande énormément d’effort et de temps. Mais la recherche ne se limite pas uniquement a l’acquisition et a l’analyse de données. Le processus d’écriture, de va et vient entre auteurs et reviewer est hautement utile pour clarifier des résultats, faire émerger les points forts et faibles des études.

  • kio
    kio
    urbain
    • Posté à 20h23 le 02/01/2013
    • Internaute 63657
      urbain

    question candide d’un non-scientifique : les exemples présentés incluent les revues du genre Science, Nature, etc ?

    • ParanoidScarecrow
      ParanoidScarecrow répond à kio
      Fruit du hasard et de la (...)
      • Posté à 01h19 le 03/01/2013
      • Internaute 192594
        Fruit du hasard et de la (...)

      Science Mag. et Nature sont plus que concernés par les dérives de ce système. Les mauvaises langues vous diront que le critère déterminant pour se faire publier dans Nature est d’inclure un maximum de citations de Nature dans la bibliographie de l’article.
      Je suis une mauvaise langue.

  • Emmanuel M
    Emmanuel M
    Commentateur liberal
    • Posté à 22h57 le 02/01/2013
    • Internaute 39528
      Commentateur liberal

    Waow, chercheurs en quoi ? En sciences sociales ? Sur le thème « Comment critiquer les autres sans jamais se remettre en cause ? »

    Parce que en parlant de gens qui vivent très confortablement d’argent public, je me permets de rappeler que un professeur d’université :
    * est libre de faire les travaux de son choix sur les sujets qui le passionnent
    * dispose d’une rémunération TRES confortable
    * travaille entouré de gens passionnants, qu’il dirige
    * dispose d’énormément de vacances
    * n’a pas de comptes à rendre sur son travail
    * dispose d’un emploi prestigieux à vie
    * peut embaucher des esclaves (désormais appelés thésards)
    * ...

    Le tout avec aussi de l’argent public. Je ne suis pas en train de critiquer le financement public de la recherche.Juste le fait que les professeurs, qui font un métier certes complexe, sont de très loin les premiers à en profiter TRES LARGEMENT. Ils ne sont en aucun cas bénévoles, sur ce point l’article est volontairement mensonger.

    Et voila que trois chercheurs arrivent avec leurs gros sabots innocents, en train de rager parce que d’autres personnes qu’eux disposent de postes enviables dans le secteur de la recherche. Elsevier & co ont su créer beaucoup de valeur pour le monde de la recherche, et continuent. Ils participent à une chaine très créatrice d’immensément de valeur (recherche et enseignement supérieur), et ils en tirent profit tout comme vous.

    Tant mieux pour eux , et votre jalousie mesquine est déplacée.

    On croirait des mandarins du système hospitalier qui pleurnichent parce que ils doivent désormais composer avec des administratifs qui ne sont plus obligés de leur sucer la b... avant de leur adresser la parole

    Quand aux alternatives open source elles puent autant la merde que des baskets fabriquées par des esclaves de huit ans. Il n’y a aucune raison que la recherche profite aux seuls chercheurs et que les éditeurs doivent faire un travail difficile pour rien.

    • Taladris
      Taladris répond à Emmanuel M
      Ancien observateur
      • Posté à 00h33 le 03/01/2013
      • Internaute 141499
        Ancien observateur

      Sur le thème « Comment critiquer les autres sur un sujet auquel on ne connait rien ? », vous êtes vous-même un expert.

      • tlaloc
        tlaloc répond à Taladris
        Retraité
        • Posté à 11h05 le 04/01/2013
        • Internaute 47359
          Retraité

        +1 voir ma réponse ci-dessous

    • Eolindel
      Eolindel répond à Emmanuel M
      Professeur agrégé en chimie, (...)
      • Posté à 20h02 le 03/01/2013
      • Expert 82468
        Professeur agrégé en chimie, (...)

      Dans le genre « je critique quelque chose que je ne connais pas » vous êtes pas mal non plus..

      « est libre de faire les travaux de son choix sur les sujets qui le passionnent »
      Certes, mais maintenant, il faut travailler sur des sujets socialements à la mode, un projet sur les nanobiotechnologies solaires pour la production d’électrécité bidon aura plus de chance que l’étude de la transition de spin dans certains types de composés.
      « dispose d’une rémunération TRES confortable »
      Connaissez vous des professions à bac +8 qui en première année touchent 1800€ par mois (moins qu’un ingénieur niveau bac +5), la grille augmente, mais comparez un peu les revenus d’un chercheurs à ceux d’un médecin ou d’un ingénieur et on va rapidement rire
      « travaille entouré de gens passionnants, qu’il dirige »
      Un monde plein d’égo et basé sur la compétition est plus un nid de vipère qu’un idylle au travail
      « dispose d’énormément de vacances »
      Un enseignant chercheur n’a pas de durée de vacances car seules les heures d’enseignement lui sont imposées, le reste étant sur la recherche. Je connais très peu de gens qui sont au delà des 6 à 8 semaines de vacances par an. Il y a même des gens qui ne prennent que quelques jours.
      « n’a pas de comptes à rendre sur son travail »
      Il y a des évaluations AERES et des compte-rendus quadriennaux en plus d’un jugement de valeur en permanence au sein du laboratoire et de la communauté scientifique, vous n’imaginez pas la pression intellectuelle qu’il peut y avoir au sein d’un laboratoire.
      « dispose d’un emploi prestigieux à vie »
      Le côté prestigieux est à revoir, il suffit de voir comme vous en parlez. Idem, socialement et financièrement, le monde académique n’est pas du tout considéré (comparez un peu les parents qui parlent de leur fils médecin, banquier ou ingénieur à ceux qui ont un fils chercheur ou enseignant chercheur). D’autant plus que maintenant, la recherche génère de plus en plus de post-docs ad vitam eternam.
      « peut embaucher des esclaves (désormais appelés thésards) »
      ça a toujours été comme ça depuis le début, mais les professeurs ne sont pas tous des tyrans.

      « Le tout avec aussi de l’argent public. Je ne suis pas en train de critiquer le financement public de la recherche.Juste le fait que les professeurs, qui font un métier certes complexe, sont de très loin les premiers à en profiter TRES LARGEMENT. »
      Que pensez-vous des médecins qui sont payés par la sécurité sociale et sont donc des fonctionnaires déguisés ?

      « Elsevier & co ont su créer beaucoup de valeur pour le monde de la recherche, et continuent. Ils participent à une chaine très créatrice d’immensément de valeur (recherche et enseignement supérieur), et ils en tirent profit tout comme vous. »
      Ils n’ont rien crée, ils n’ont fait que diffuser le savoir, mais en aucun cas il ne créent le contenu qu’ils publient. Ils ne font qu’apporter une valeur ajoutée au produit brut de la recherche. Je ne nie pas leur rôle qui est crucial, mais clairement, la croissance des prix d’abonnements est en train de devenir problématique pour tous les instituts de petite taille. Pour moi, le plus indigne des éditeurs est le prix de l’achat d’un article à l’unité. un papier de 5 page en version numérique est facturé 25€ soit plus que le prix d’un bon livre bien édité en format papier. Cela vous semble-t-il normal ? Un tarif de 5€ par article serait déjà très élevé (le prix payé ne paye que le travail d’édition et justement pas la partie originale du travail). À ce tarif prohibitif, les enseignants qui ne sont pas à l’université ne peuvent pas avoir accès à cette source de savoir qui pourrait de temps en temps permettre de rendre leurs cours et activité plus intéressants. Sans parler de l’accès grand public. Le rôle des éditeurs est celui d’un diffuseur de savoir au plus grand nombre, est-ce actuellement le cas ? La réponse est non, non et archi non.

      « Tant mieux pour eux , et votre jalousie mesquine est déplacée. »
      Quelle belle société vous avez ou du moment que certains tirent un max de pognon du système tout va bien pour ceux qui en profite. La notion de bien commun et d’évolution de la société vous est-elle familière ?

      « Quand aux alternatives open source elles puent autant la merde que des baskets fabriquées par des esclaves de huit ans. Il n’y a aucune raison que la recherche profite aux seuls chercheurs et que les éditeurs doivent faire un travail difficile pour rien. »
      Tiens, vous refusez la concurrence libre et le libéralisme lorsque seul une minorité en profite ? C’est surprenant. Il y a de très bons articles en accès libre (arXiV en est un très bon exemple). Comme il y a de très mauvais articles en accès payant. (et vice-versa d’ailleurs) Pourquoi ne pas laisser les gens décider de par eux-même ce qui est le mieux. Au passage, je suis sur que du haut de votre vertu, vous n’achetez aucun produit fabriqué en chine, surtout pas le dernier iPhone 5 produit dans les usines Foxconn.

      • tlaloc
        tlaloc répond à Eolindel
        Retraité
        • Posté à 11h06 le 04/01/2013
        • Internaute 47359
          Retraité

        Bien argumenté

    • Ali4s
      Ali4s répond à Emmanuel M
      Biologiste
      • Posté à 01h03 le 04/01/2013
      • Internaute 196596
        Biologiste

      « peut embaucher des esclaves (désormais appelés thésards) : +1 ! : D

    • Ali4s
      Ali4s répond à Emmanuel M
      Biologiste
      • Posté à 01h03 le 04/01/2013
      • Internaute 196596
        Biologiste

      « peut embaucher des esclaves (désormais appelés thésards) : +1 ! : D

    • tlaloc
      tlaloc répond à Emmanuel M
      Retraité
      • Posté à 11h03 le 04/01/2013
      • Internaute 47359
        Retraité

      faux pour les vacances enseignant chercheur à la retraite j’ai toujours travailler juillet et septembre en particulier pour faire des expériences sur des machines importantes c’était le cas de tous mes collègues en sciences vous véhiculez de vielles rengaines.

  • hermoye
    hermoye
    Chef d'entreprise
    • Posté à 10h50 le 03/01/2013
    • Internaute 196392
      Chef d'entreprise

    Le NIH a partiellement résolu ce problème en imposant l’open access à tous les articles résultats de ses financements.

    Lien

    • BenBao
      BenBao répond à hermoye
      stable
      • Posté à 11h39 le 03/01/2013
      • Internaute 196810
        stable

      Ce n’est pas tout à fait de l’Open Access, mais du Public Access. De ce que je comprends, ils s’engagent à mettre à disposition de tous les articles scientifiques qui ne sont plus soumis aux copyright au plus tard 12 mois après leur publication.
      Ca peut être un bon compromis.

      • Le funambule
        Le funambule répond à BenBao
        A l'ouest
        • Posté à 23h18 le 03/01/2013
        • Internaute 196669
          A l'ouest

        Comme quoi les ricains ont tout compris. Ou presque. Le libéralisme, ils ne l’appliquent pas comme nos politiques à nous pour la recherche fondamentale. La recherche est financée là-bas, parce qu’ils ont compris que ce n’est ni le rôle ni l’intér^t d’une entreprise de faire ce type de recherche.

        Je vais te raconter une histoire drôle et bien réelle. L’ex patron de ma femme a fait il y a quelques années, vers 2007 ou 2008, une demande conjointe au ministère français de la recherche et au gouvernement américain pour un projet de recherche. Du côté américain, il a obtenu une réponse favorable. Côté ministère en revanche, ils ont refusé en arguant que l’hypothèse de départ n’était pas assurée. Effectivement si il faut désormais ^tre sûr qu’on va déboucher, autant arr^ter toute la recherche hexagonale.

  • Aller à la page
  • 1
  • 2
Verbes thématiques