Le Grand Entretien 30/12/2012 à 16h16

Conso alternative : « Les classes moyennes ont changé de valeurs »

Sophie Caillat | Journaliste Rue89

Rencontre avec l’auteure d’un livre porteur d’espoir : partout dans le monde, des citoyens s’organisent pour subvenir à leurs besoins et inventer une autre société.

A l’heure où la phrase de Margaret Thatcher « There is no alternative » (au libéralisme, à la rigueur budgétaire) n’a jamais été autant dans la bouche des dirigeants, il est bon de rappeler la réponse de Susan George : « There are thousands of alternatives ».

La journaliste Bénédicte Manier est partie de la deuxième assertion et, pendant deux ans, est allée voir ce qui fait bouger la société civile, les graines de changement semées partout et qui inventent un « autre monde possible ». Elle en a ramené un livre passionnant, « Un million de révolutions tranquilles » (Editions Les liens qui libèrent), qui fourmille d’utopies réalisées.

Des assemblées villageoises qui gèrent l’eau en Inde aux banques citoyennes en Espagne, elle décrit le fonctionnement de quelques-unes des solutions susceptibles de contourner la grande machine capitaliste.

Rue89 : Qu’est-ce qu’une « révolution tranquille » exactement ?

Bénédicte Manier : Ce sont des changements locaux, qui se mettent en place silencieusement pour résoudre les problèmes auxquels la population est confrontée – chômage, pauvreté, malnutrition, dégâts sur l’environnement... –, défis que les pouvoirs publics semblent impuissants à résoudre. Alors les citoyens décident d’agir eux-mêmes. Et aujourd’hui, on assiste à un foisonnement d’initiatives sur tous les continents, de solutions locales facilement transférables d’un pays à l’autre.


Couverture du livre de Bénédicte Manier

En agriculture, on voit émerger de nouvelles zones d’autosuffisance alimentaire, avec des réformes agraires menées par les habitants eux-mêmes ou la régénération d’écosystèmes grâce à l’agroforesterie et au bio. En Afrique, en Asie, en Amérique latine, des coopératives créent de l’emploi et sortent de la pauvreté des milliers d’oubliés de la croissance.

Une autre façon d’habiter les villes a aussi émergé, avec partout l’essor de coopératives de logement et de l’agriculture urbaine (New York, par exemple, compte 800 jardins partagés). Contre la spéculation, des filières d’épargne citoyennes se sont développées.

Pour les exclus du système de santé, des citoyens américains ont ouvert 1 200 cliniques gratuites. Contre la « malbouffe », les consommateurs japonais ont adhéré par millions aux « Teikei » (les Amap locales) et aux coopératives d’achat direct aux fermiers. Ils ont aussi créé leurs propres services (crèches, emplois familiaux...). Dans des domaines très variés, la société civile reprend ainsi en main les enjeux qui la concernent et devient un vrai moteur du changement social.

De quand datent ces initiatives ?

Certaines d’il y a vingt ans, mais depuis une dizaine d’années, les changements sont devenus très visibles dans le domaine de la consommation. Les classes moyennes des pays industrialisés ont largement adopté la « consommation collaborative », qui consiste à acheter moins, mais mieux, et entre soi : on achète d’occasion, on partage, on loue, on troque, on répare au sein d’ateliers participatifs, on échange des services sans argent...

En bref, on développe les « 4 R » (réduire, réutiliser, réparer, recycler). On se tourne aussi vers le local et le bio, pour savoir ce qu’on mange et soutenir l’économie de proximité. Et en imposant ces nouveaux comportements, la société civile a en partie réorganisé la distribution et amorcé une transition vers des modes de vie plus économes et plus écologiques.

C’est ce qu’on appelle le « penser global, agir local », que Coline Serreau avait décrit dans son dernier film ?

Exactement. C’est une évolution profonde : les gens se rendent compte que le modèle de développement actuel a trouvé ses limites et souhaitent d’autres logiques que le tout-marchand. En soutenant une coopérative locale ou une Amap, en échangeant dans un système d’échange local (SEL) ou en plaçant son épargne dans l’économie solidaire, le citoyen contribue à une activité économique qui répond mieux à ses valeurs.

Est-ce aussi ce qu’on appelle l’économie de la débrouille ?

Oui, mais pas seulement. L’« économie de la débrouille » donne l’impression que c’est uniquement déclenché par la crise. En réalité, cela fait plusieurs années que les classes moyennes ont silencieusement changé de valeurs. Par exemple, quand une petite partie d’entre elles se détache des banques commerciales pour aller vers des circuits financiers solidaires, c’est parce qu’elles cherchent du sens et veulent voir leur argent servir à autre chose que la spéculation. Ce changement d’aspiration date d’avant la crise et celle-ci n’a fait que l’accentuer.

Quels sont les profils concernés ?


Bénédicte Manier (DR)

On a affaire à des générations très connectées, très informées, conscientes des grands enjeux et qui ne se retrouvent plus dans l’hyperconsommation, mais davantage dans des comportements conviviaux et coopératifs.

Les consommateurs sont ainsi devenus des acteurs des filières ; en partageant leurs outils de bricolage, leurs maisons (Couchsurfing) ou en organisant leurs propres circuits de livraison de colis par covoiturage, ils mettent en place une économie collaborative, ce qu’explique Anne-Sophie Novel dans son livre « Vive la co-révolution ».

Les logiciels libres notamment sont issus de cette coopération transversale. C’est une forme de déclaration d’indépendance vis-à-vis de l’économie classique, qui se fait sans vraiment d’idéologie, mais plutôt avec pragmatisme. C’est finalement une génération post-mondialisation, qui en a adopté les outils (Internet, smartphone), mais qui les met au service d’actions citoyennes participatives et décentralisées.

Décroissants, créatifs culturels, sous quelle bannière les regrouper ?

Certains sont dans l’une ou l’autre tendance, mais beaucoup n’entrent dans aucune. Les créatifs culturels sont ceux qui dans les années 1990 ont créé une autre manière d’être au monde, en étant davantage dans l’être que dans l’avoir. Mais aujourd’hui, le changement s’est élargi à d’autres groupes sociaux. Je ne me hasarderais pas à quantifier, mais visiblement le changement concerne une bonne partie des classes moyennes.

Deux livres parus en 2010 aux Etats-Unis ( « Consumed : Rethinking Business in the Era of Mindful Spending » et « Spend Shift : How the Post-Crisis Values Revolution Is Changing the Way We Buy, Sell, and Live ») ont montré que 72% des habitants des pays industrialisés ont adopté des modes d’achat plus écologiques et plus sociaux, et que 55% des ménages américains ont mis en place une consommation « démondialisée », en adhérant à des valeurs d’autosuffisance, de « do it yourself » ou d’achat sur les marchés fermiers locaux.

Quelle peut être la traduction politique de tout cela ?

Ces changements silencieux se font en dehors des groupes constitués, c’est typique des sociétés en réseaux où l’on se regroupe entre voisins ou en groupes informels aidés par les réseaux sociaux. Il n’y a pas de relais politique : les citoyens ont plus ou moins intégré l’idée qu’on ne change pas le monde avec un parti politique, ce qui exprime une sorte de fatigue de la démocratie, comme l’explique Pierre Rosanvallon.

Et ils ne descendent plus dans la rue. La contestation des Indignés et du mouvement Occupy Wall Street a d’ailleurs trouvé ses limites et ces groupes se réinvestissent maintenant dans les initiatives concrètes. Les Indignés espagnols créent par exemple des coopératives de logement et des systèmes d’échange gratuit de services. On n’est plus dans la protestation, mais dans le passage à l’acte.

Est-ce que le nouveau réseau social Newmanity est susceptible de leur donner plus d’occasions de se rencontrer et plus d’écho ?

Il est intéressant de voir se développer des réseaux sociaux davantage liés à ce changement d’aspirations. Cette nouvelle génération de réseaux va au-delà de la simple mise en relation, pour proposer du sens : elle propose de partager les mêmes valeurs éthiques. Et si Newmanity diffuse ces initiatives de changement, il va sans doute accélérer leur progression, notamment par une logique de « translocal », une reproduction d’un territoire à un autre.

Parmi les acteurs importants, il y a le Québec. Qu’a-t-on à apprendre de lui ?

Les coopératives d’habitants se sont beaucoup développées là-bas, car la société civile a créé des structures de professionnels qui aident les gens à transformer des bâtiments désaffectés en habitats coopératifs, ou à concevoir des immeubles écologiques et conviviaux où on habite ensemble en mutualisant les charges. Les logements sont à l’abri de la spéculation et sont loués nettement en dessous du marché. Au Québec, on en compte 1 200, qui logent 50 000 personnes.

Elles se sont aussi développées en Allemagne, en Angleterre, en Suède, aux Etats-Unis... mais peu en France, pays très réglementé et plus colbertiste. Les « Babayagas » ont ainsi eu beaucoup de mal à créer une forme d’habitat coopératif : parce qu’il n’entre dans aucune case administrative, elles ont dû passer par un office HLM. De même, il est difficile ici de créer des coopératives d’énergies renouvelables, notamment parce qu’il faut revendre son électricité à EDF, qui a baissé ses tarifs de rachat. L’individualisme joue aussi sans doute un rôle.

Les initiateurs de l’expérience des éoliennes citoyennes en Pays de Vilaine ont ainsi ramé pendant dix ans ! Mais ailleurs, ça se développe : au Danemark, 86% des parcs éoliens appartiennent à des coopératives de citoyens. Et en Allemagne, une quarantaine de villages sont déjà autonomes en électricité et se la revendent entre eux, préfigurant ce que Jeremy Rifkin appelle la Troisième révolution industrielle.

Quels sont les projets les plus avancés en France ?

Chez nous, ce qui marche bien, ce sont les circuits courts, les monnaies locales, la consommation collaborative ou, dans une certaine mesure, l’épargne solidaire, avec par exemple Terre de liens pour sauver les fermes de terroir. Mais une coopérative financière comme la NEF reste bien moins importante que les grandes coopératives d’épargne américaines (les « credit unions »), ou que la Coop57– coopérative catalane grâce à laquelle les particuliers financent directement l’économie solidaire locale –, ou encore que les banques sociales et écologiques comme la Triodos Bank des Pays-bas ou la Merkur Bank du Danemark.

« Un million de révolutions tranquilles » peuvent-elles faire une grande révolution ?

Je décris une évolution des mentalités lente mais réelle, qui va certainement se développer car elle est portée par les classes moyennes, ces « trendsetters » qui fixent les normes de demain. Est-ce qu’un jour tout cela atteindra une masse critique ? Je n’en sais rien, mais on est certainement dans une transition. Les citoyens vont plus vite que les politiques, et ils inventent de nouveaux comportements parce qu’ils ont envie de vivre mieux. Ce mouvement « bottom up » est certainement amené à se développer.

Comme dirait Pierre Rabhi, changer le monde nécessite de changer soi-même, non ?

Les gens ont déjà cette intuition que les théoriciens de la décroissance comme Rabhi, Latouche, Viveret, les penseurs de la transition, Rob Hopkins, formulent. Ce sont des initiatives encore minoritaires, mais qui se multiplient maintenant d’un bout à l’autre de la planète, montrant que quelque chose est en train de bouger à la base de la société. Quand des habitants commencent à transformer l’habitat, l’agriculture ou d’autres les aspects de la vie quotidienne, on est peut-être en train de passer à une autre époque.

Infos pratiques

Un million de révolutions tranquilles, de Bénédicte Manier. Editions Les liens qui libèrent.

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  • oestler
    oestler répond à miscanthus
    ouvrier
    • Posté à 21h48 le 30/12/2012
    • Internaute 131015
      ouvrier

    Le lobbying bancaire n’aime pas ce qui se soustrait à leur « concurrence ».
    Et pourtant la NEF pourrait donner des leçons de gestion à la Banque....des banques.

    • miscanthus
      miscanthus répond à oestler
      Triploïde
      • Posté à 22h48 le 30/12/2012
      • Internaute 195439
        Triploïde

      Et l’Etat ne veut certainement pas que de petites banques alternatives puissent exister, lui qui a favorisé la création des énormes groupes (BNP, Crédit Agricole, BPCE ...) qui ont absorbé toutes les petites banques locales ou régionales dans les années 90 ...

      Le lobbying bancaire n’aime pas ce qui se soustrait à leur « concurrence ».

      Il reste toujours pour les activités strictement bancaire la banque postale ... au moins, l’actionnaire principal c’est l’Etat et elle n’a pas de filiale dans les paradis fiscaux.

  • Darknono
    Darknono
    « par exemple : (médecin) » (...)
    • Posté à 22h04 le 30/12/2012
    • Internaute 127126
      « par exemple : (médecin) » (...)

    Bravo, des deux mains.

    Mais je différencie les exemples entre pays riches et les autres pays.

    Entraide de bonne conscience ou de survie.

    Bonne conscience parce que notre richesse financière est inventée (je n’en sort pas de cette idée fixe de la richesse inventée qui commence à se voir).

    Bravo quand même à cette enquête même si en France, on fait tout pour empêcher ce changement : procès contre certains SEL (où en est-on), agriculture et énergie d’un autre temps sous perfusion anti-concurrentielle, tentative d’entraide entre entreprises cassée au non de cette fameuse concurrence juste, à géométrie variable.

    Enfin, je doute sur la réussite à long terme, à moins que les « restaurants du coeur “ soit une réussite (ironie, ce n’est pas pareil, sauf dans l’idée...)

    Ah oui, pour finir, suite à l’article sur le compost :

    Souvenez-vous de V. Poutine il y a quelques années aux Russes :
    ‘si vous voulez manger à votre faim : cultivez un potager.’
    Et cette année de donner 4 jours de congés supplémentaires ‘pour s’occuper du potager’.

    J’ai peur que cela soit la révolution tranquille des classes moyennes (ou du moins une ‘bonne partie’ comme dans l’article).
    Circuit court, bio, retour à la terre, entraide de voisinage,...vive le potager pour manger à sa faim et/ou garder ses différents abonnements...

    • miscanthus
      miscanthus répond à Darknono
      Triploïde
      • Posté à 12h38 le 31/12/2012
      • Internaute 195439
        Triploïde

      Quel sens de l’achtuce, Casque Noir !

      • Darknono
        Darknono répond à miscanthus
        « par exemple : (médecin) » (...)
        • Posté à 14h14 le 31/12/2012
        • Internaute 127126
          « par exemple : (médecin) » (...)

        Quel chens de l’astuce ?

        J’ai pas trouvé de casque à ma taille !

        Mais pourquoi l’achtuce ? C’est comme Sbaff ?

        A demain...

         
        • miscanthus
          miscanthus répond à Darknono
          Triploïde
          • Posté à 17h07 le 31/12/2012
          • Internaute 195439
            Triploïde

          .

          • Darknono
            Darknono répond à miscanthus
            « par exemple : (médecin) » (...)
            • Posté à 17h21 le 01/01/2013
            • Internaute 127126
              « par exemple : (médecin) » (...)

            Merci beaucoup pour le cadeau.

            J’ai bien aimé la chemise de Lonestar.

        2 autres commentaires
  • Anne-Sophie Novel
    Anne-Sophie Novel
    Ecolo-Info
    • Posté à 22h32 le 30/12/2012
    • Expert 142203
      Ecolo-Info

    Merci pour cet interview, et pour le lien ;) Je propose une interview sonore de Bénédicte Manier aussi - si cela vous intéresse, avec la question politique en filigrane :
    Ce million de révolutions tranquilles

  • isnogood
    • Posté à 00h54 le 31/12/2012
    • Internaute 39364

    Une action contrete....

    Eco ou escro systeme point France ?

    A coup de pub, l’association sans but lucratif (tu parles ! !) des industriels tente de réduire la frustration de la séparation d’un produit éphémère a l’oie gavée qu’est le consommateur en utilisant le filon ecolo du recyclage.
    Car en plus de gaver, ils gagnent aussi de l’argent avec « l’eco participation » obligatoire mais qui ne serait pas une taxe, un impôt mais une « participation » selon le site ! ! .

    Un site d’info ringards : il fonctionne encore ? Donnez le ! ! , des conseils qu’on trouve dans leurs manuels : si ca marche pas verifier qu’il est branché ! Merci, enfin les adresse des SAV des « adhérents », qui gentiments vous expliqueront qu’il vous coutera plus cher donc jeter non recycler ! plutôt que de le réparer ! .

    Une réparation accessible ? Rien : pas de pièces de rechange « accessible », a prix convenable, pas de manuel de maintenance, pire quand un entrepreneur les mets en ligne on le menace d’un procès pour violation du droit d’auteur ! .

    Ben oui, votre produit appartient toujours a son fabricant, il ne vend qu’une garantie a durée déterminé de fonctionnement ! ! , apres faut retourner a la caisse.

    ALORS ne RECYCLER pas, donner sur le WEB sur les sites comme RECUPE, les « bricoleurs » les remettent en marche (si il peuvent) et les offres autour d’eux, ou récupère les pièces « détachées ».

    Pour Lien, c’est faire du fric en poluant l’affrique ! ! En leurs vendant vous etes complice ! ! ...

    Et faite passer le message....
    Isnogood

  • Tremolos
    Tremolos
    Branleur censuré (2)
    • Posté à 01h53 le 31/12/2012
    • Internaute 192528
      Branleur censuré (2)

    « revolutions tranquilles » ou « mets ton nez dans mon fion, il sent la rose ».....

    Le changement veritable, celui qui amene a un autre paradigme ne peut se faire sans friction, ou y’a tout a parier qu’on a changer pour rien changer.
    Faut arreter de galvauder le mot revolution0.... la revolution c’est un rapport de force, la confrontation assumer pour demolir ce qui est.

    tout ces exemples c’est juste de la vaseline pas un element de changement radical du paradigme.

    Il s’agit pas de cracher sur ca.... ca a des aspects posistifs, mais faut pas confondre cela avec la notion de revolution.
    Que le reformisme s’assume bordel de merde ! qu’il dise son nom..... et le contraste sera flagrant avec ce qu’est le parti au pouvoir, qui n’est meme plus reformiste.... juste un parti des/du pouvoir....

    • Boutauvent
      Boutauvent répond à Tremolos
      Testeur de temps libre
      • Posté à 10h07 le 31/12/2012
      • Internaute 45018
        Testeur de temps libre

      La révolution n’est pas un rapport de force, mais elle ne peut probablement pas se faire sans un rapport de force du fait que les nantis n’accepteront certainement pas de se défaire de leurs privilèges (ni les « frustrés du capitalisme » de s’abstenir de se ruer sur le gâteau) .
      Cependant, tu remarqueras que la plupart des critiques, quand tu proposes une alternative, veulent que tu sois dans l’utopie...
      C’est donc une bonne chose que de démontrer que certaines alternatives sont crédibles en leur donnant vie à plus ou moins grande échelle surtout quand les ardents défenseurs de la propriété privée sont essentiellement motivés par la peur ancestrale de manquer et l’illusion qu’il n’existe pas de progrès (économique, technologique et social) ailleurs que dans une dynamique capitaliste.
      Même les tentations « staliniennes » (et autres avatars « autoritaristes » du communisme) sont remises en cause par ce mutualisme consensuel, si bien que la révolution qui renversera la ploutocratie ne sera pas nécessairement récupérée par une autre engeance essentiellement motivée, elle aussi, par la défense de ses intérêts particuliers et/ou corporatistes.

      • cricrac
        cricrac répond à Boutauvent
        rechercheur
        • Posté à 15h32 le 31/12/2012
        • Internaute 188211
          rechercheur

        En 1789 tout ceux qui ont été contre la propriété privée ont été racourcis ,leur tete roulant dans la sciure .Et il y avait à cette époque beaucoup moins de proprio que maintenant .Il ne te reste plus qu’a te cacher boutauvant ,demain c’est plein de gros soucis pour toi .

         
        • Boutauvent
          Boutauvent répond à cricrac
          Testeur de temps libre
          • Posté à 19h11 le 31/12/2012
          • Internaute 45018
            Testeur de temps libre

          Tu brilles autant en histoire que dans les autres matières, à ce que je vois.

        1 autres commentaires
  • medicago
    medicago
    Plante cultivée
    • Posté à 07h08 le 31/12/2012
    • Internaute 58931
      Plante cultivée

    Je suis raisonnablement pessimiste...Mais je me demande si les pratiques alternatives que je cultive avec modération, ne seraient pas une forme de » chacun pour soi à plusieurs » développée en désespoir de cause de voir un « mieux généralisé ». C’est la constatation que le concept de « gagnant- gagnant “ que nous vendent politiques et publicitaires est une foutaise et une forme d’individualisme : l’individualisme à plusieurs.
    Au fond, n’est ce pas la conviction que l’espèce humaine se comporte comme les lemmings et que collectivement elle court vers le suicide, en dépit de quoi , il est satisfaisant intellectuellement de se dire qu’un autre mode de fonctionnement est possible... ce qui est une illusion car l’autonomie n’existe pas...C’est ce que montre la lecture attentive de Pierre Rabhi qui n’a pu développer son modèle d’autonomie qu’en bénéficiant de l’aide et du soutien bénévole d’amis dévoués et d’institutions existantes ce qui n’enlève rien au mérite d’avoir (re)tracé une voie mais en rappelle les limites.
    Je doute malheureusement que les individus, mêmes organisés en petits groupes soient de force à lutter contre les pouvoirs immenses et occultes qui gouvernent nos vies malgré nous et qui ont pris possession de nos corps et de nos esprits. Nous sommes la génération ‘cookies’...

    • cricrac
      cricrac répond à medicago
      rechercheur
      • Posté à 17h56 le 31/12/2012
      • Internaute 188211
        rechercheur

      Quiconque peut abandonner sa vie citadine pour aller vivre et cultiver un lopin de terrain ,dans le Larzac ou dans la Creuse.Le m² n’y est pas cher du tout .Alors qu’es ce qu’il manque aux gens pour franchir le pas ! L’envie qui n’est pas assais forte ,le reve qui n’est pas assais consistant ,la volonté ,ou alors malgrés tous les defauts que l’on trouve au systeme actuel ,le fait que celui çi ne manque pas de qualité et on risque beaucoup plus de perdre que de gagner.A la base ,le metro/boulot /dodo c’est 35 h par semaine et 5 semaines de congés payés une bonne protection sociale ,une retraite qui se profile ,un bon pouvoir d’achat ........Mais quand on est face à son petit bout de terre c’est pas du tout pareil.C’est quoi exactement la vie de Rabhi ,vous etes pret à vous y atteler ! C’est d’abord 70 h voire plus par semaine ,le dos courbé et les mains cagneuses,l’impossibilité de bouger si on a des animaux ,la hantise permanente de ne pas vendre ext.......Chacun choisi sa vie.

  • MarxForEver
    MarxForEver
    L'argent n'existe pas
    • Posté à 12h13 le 31/12/2012
    • Internaute 124072
      L'argent n'existe pas

    Tout me semble bien dans cet interview, sauf le recours à cette notion de plus en plus fumeuse de « classes moyennes ». C’est une mauvaise lecture des changements en cours, car nous sommes en réalité dans une problématique générationnelle.

    L’arrivée aux manettes des quadra, c’est l’arrivée d’une génération qui a grandi avec un pied de l’autre côté de la fracture sociale, souvent les deux. C’est ce qui les a poussés à apprendre à se passer des capitalistes et de leur société de consommation. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à regarder les habituels maronniers diffusés chaque fois qu’on fait exploser une cité de banlieue, dans lesquels les habitants expliquent leur tristesse de quitter le pourtant horrible bâtiment, à cause des réseaux de solidarité qu’ils y avaient créés. C’est dans le peuple d’en-bas que se trouve la véritable origine du changement de société en cours.

    Ici comme ailleurs, ce sont bien les pauvres qui sont à l’origine du recul du matérialisme, car eux seuls ont la force du nombre pour peser sur l’opinion publique (par exemple, le mouvement brésilien des sans-terre, le forum de Porto Allegre, et ce ne sont pas des céréaliers beaucerons qui ont animé la Confédération Paysanne !).

    Quant à elles, les classes moyennes, fidèles à leurs habitudes, ne font qu’aller dans le sens où le vent tourne en essayant de s’attribuer les lauriers d’un combat qu’elles ne prenaient absolûment pas au sérieux quand il commença.

    • martial93000
      martial93000 répond à MarxForEver
      informaticien
      • Posté à 12h13 le 31/12/2012
      • Internaute 128206
        informaticien

      Au sujet du Brésil il y avait un article dans Libé il y a qq jours pas vraiment réjouissant.
      Grâce à Lula, une partie importante des pauvres fait aujourd’hui partie de la classe moyenne,ça c’est très bien, mais par contre cette nouvelle génération « classe moyenne » se désintéresse totalement de la politique et ne pense plus qu’à consommer toujours plus.
      Assez désespérant.

      • Boutauvent
        Boutauvent répond à martial93000
        Testeur de temps libre
        • Posté à 13h12 le 31/12/2012
        • Internaute 45018
          Testeur de temps libre

        Serait-ce une maladie qui ne devrait frapper que les Français ?
        Avec un peu de chance, les Brésiliens vont apprendre rapidement à « consommer intelligent » et nous surpasser en matière de comportements individuels responsables, ne serait-ce que parce qu’ils seront bientôt plus sensibilisés par leur gouvernement aux problématiques écologiques que ne le sont nos chers compatriotes encore abêtis par le discours politique (et syndical) dominant.

         
        • martial93000
          martial93000 répond à Boutauvent
          informaticien
          • Posté à 15h55 le 31/12/2012
          • Internaute 128206
            informaticien

          J’ai pas dit que les Français sont mieux. Je faisais juste référence à un article de Libé sur le Brésil

        1 autres commentaires
  • Fromentin-Eugène
    • Posté à 16h32 le 31/12/2012
    • 176651
      Paris

    « … l’auteure… » Vous êtes une honte, vous vous foutez du monde, et vous vous dites journaliste Sophie Caillat ? Apprenez à écrire avant de vouloir être autre chose qu’une illettrée. J’ai bon espoir que vous soyez virée avant 2013.

  • GADINE
    GADINE
    écrivain, comédienne, conteuse (...)
    • Posté à 17h33 le 31/12/2012
    • Internaute 196386
      écrivain, comédienne, conteuse (...)

    Parler de ce qui va, des gens qui se bougent, des choses qui marchent, ça donne de l’espoir. Faut-il répéter sans arrêt que c’est la catastrophe, qu’on est foutus, qu’il n’y a rien à faire, attendre le grand soir et gueuler contre tout ? Certes, ce sont des gouttes d’eau que toutes ces révolutions tranquilles, mais si chacun faisait sa propre révolution tranquille, dans ses actes et non pas dans ses discours seulement, ce serait déjà bien !

  • Señor Oulqo
    Señor Oulqo
    Gros con de droite
    • Posté à 18h05 le 31/12/2012
    • Internaute 195938
      Gros con de droite

    C’est très charmants ces doux rêveurs qui s’auto-persuadent que leurs pratiques sectaires sont autre chose qu’ultra-minoritaires et font rigoler tout le monde.

    Mignon même.

  • delalo
    delalo
    Anti A.G.C.S
    • Posté à 20h08 le 31/12/2012
    • Internaute 26064
      Anti A.G.C.S

    L’avenir de l’humanité (petrole addict) passera par ceci :

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  • Buggy
    • Posté à 12h41 le 01/01/2013
    • Internaute 31158

    Consommation alternative et connerie continue.
    Ça fait trente ans que ce débat a lieu, certes pas sur internet mais le Net et les médias multiples n’ont pas donné à l’éolologie-économique l’élan qu’on aurait pu attendre de tout ces outils. Ils servent plutôt à asservir.
    Exemple, ce putain de téléphone qui vous piste, vous traque, vous incite à consommer et demain à payer vos achats et ça marche déjà, à résoudre les échanges administratifs, à faire un bilan médical, à vous sélectionner pour un boulot et toute autre chose.
    Bientôt la puce implantée sous la peau ça existe déjà et grâce au nano techno bientôt dans votre cerveau. Vos mômes n’attendent que ça, il vont adorer, ils sont formater pour ça, ils seront les esclaves de demain. Un sinistre sénar mélange de Total Recall, Le Monde des non A, du Soleil Vert et du Meilleur des Mondes.
    Tout va se casser la gueule quand le pétrole va disparaître.
    La population va se réguler d’elle-même, les plus forts boufferont les plus faibles. Le résultat dépendra de la technologie.
    Soyez patient.
    En attendant les trusts mondialistes ont décidé de démolir les pays et les États nation. En Europe grâce l’U.E avec pour bras armés les politiques zélés et les médias comme propagandistes affidés et comme cheval de Troie, la technologie et l’immigration.
    Tout le monde dort, nos gosses sont abrutis de TV, branlent leur téléphone, n’ont aucune conscience politique, aucune morale, aucun sens du bien commun.
    Vous pourrez toujours leur donner les meilleurs légumes du monde ils ne savent pas cuisiner et de tout façon m’aiment pas ça.
    On retourne tout doucement vers le tiers monde et quand le pétrole va vraiment se raréfier là il va faire très mauvais.
    Bonnes augures pour commencer une année.
    Bug, en mode Cassandre.

    • miscanthus
      miscanthus répond à Buggy
      Triploïde
      • Posté à 17h25 le 01/01/2013
      • Internaute 195439
        Triploïde

      Ça fait trente ans que ce débat a lieu, certes pas sur internet mais le Net et les médias multiples n’ont pas donné à l’éolologie-économique l’élan qu’on aurait pu attendre de tout ces outils. Ils servent plutôt à asservir.

      Euh ... je vois pas trop le côté écolo du téléphone, de la puce RFID ou de la nano technologie ...

  • lally
    lally
    professeur
    • Posté à 02h10 le 02/01/2013
    • Expert 51226
      professeur

    Avec l’appauvrissement et le manque de pouvoir d’achat, ces consommations alternatives sont plus nombreuses mais attention à rester prudent face à ces » alternatives ». Derrière certaines peuvent se cacher des entreprises mafieuses et sectaires.

    Exemple : quand on gratte derrière les Créatifs Culturels, on trouve des gens peu recommandables liés à différentes sectes, groupes religieux dérivants (Renouveau Charismatique par exemple mais il y a plein d’autres groupes du même style) qui pratiquent la manipulation mentale, font du psycho spirituel imprégné de New Age (libération intérieure, guérison intérieure via impositions des mains, psychogénéalogie, invocations diverses et variées, lavage de cerveau, faux souvenirs induits), sont souvent liés à des groupes politiques d’extrême droite, des groupes religieux fondamentalistes, des sectes et surtout profitent sans scrupule de la détresse et des soifs d’absolu de pas mal de personnes sincères en les ruinant et parfois en les détruisant psychiquement sous couvert de les aider à aller mieux .

    On s’en rend compte déjà dans les salons bios où l’on voit se côtoyer le pire et le meilleur au plan des démarches et des propositions.
    Il n’y a malheureusement pas encore très souvent de filtrage préalable et beaucoup de charlatans et d’attrape-nigauds profitent de cet engouement pour le bio et l’alternatif pour vendre tout et n’importe quoi sous cette étiquette. Y compris et surtout de l’idéologie et du pseudo développement personnel. Ce n’est pas parce que c’est bio et/ou alternatif que c’est toujours sympa, pur, innocent, pacifique et sans danger. Les gens, souvent peu informés sur les entreprises « alternatives » qui les démarchent, ont tendance à l’oublier.

    Il faut donc rester vigilant et circonspect, s’informer, creuser sérieusement sur qui fait réellement quoi, comment, pourquoi, ce qui fait controverse dans certaines démarches. Voir ce qui peut effectivement représenter une alternative efficace et rester méfiant vis à vis des charlatans, nombreux, qui prétendent incarner des alternatives, guérir ci et ça mais ont surtout compris qu’il y avait là un filon monumental à exploiter qui rapporte financièrement très rapidement si tant est qu’on a des bases en manipulation mentale,une bonne formation commerciale et quelques produits colorisés bios ou New Age.

  • Frédéric Maurin
    Frédéric Maurin
    prolétaire
    • Posté à 09h20 le 02/01/2013
    • Internaute 45400
      prolétaire

    Prix 2011 de l’initiative en économie sociale de la Fondation Crédit Coopératif , une adresse utile pour illustrer une de ce million de révolution tranquille :

    Lien

  • Vladimir I.O.
    Vladimir I.O.
    Karl Marx 's brother
    • Posté à 11h28 le 02/01/2013
    • Internaute 127509
      Karl Marx 's brother

    Je suis ravi de voir que personne n’a été accusé d’être bobo.
    Les raccourcis sont faciles (bio/ equitable, c’est une attitude bobo ; argument qui revient souvent ici).
    Je salue ces mouvements d’idées et initiatives.
    Puisque le monde marche sur la tête, à nous de prendre les choses en main !

  • ladom
    • Posté à 13h11 le 02/01/2013
    • Internaute 157664

    « Etre soi-même le changement que l’on veut voir dans le monde ». Gandhi
    Dont acteS

  • matju
    matju
    ...
    • Posté à 05h29 le 03/01/2013
    • Internaute 83912
      ...

    Très bizarre cette utilisation du terme « Révolution Tranquille »... au Québec, c’est un nom propre dont on se sert depuis plusieurs décennies pour parler d’une certaine convergence des libéraux de gauche qui ont été au pouvoir de 1960 à 1966 et qui ont transformé l’État québécois de manière extrêmement accélérée (laïcisation soudaine de l’état, financement massif de l’éducation, égalité légale de la femme, assurance d’hôpital, plan de retraite public, nationalisation de l’électricité, création de la diplomatie québécoise, loi des appels d’offres, permanence des fonctionnaires, etc.)

    Notre Révolution Tranquille a surtout passé par des élections pour provoquer des choses législativement et ministériellement, même si évidemment il a aussi d’abord fallu des changements de mentalité des citoyens propices à l’approbation de telles réformes. Ça contraste beaucoup avec l’utilisation du terme dans cet article.

  • lally
    lally
    professeur
    • Posté à 15h52 le 03/01/2013
    • Expert 51226
      professeur

    Rapport à ce sujet mais aussi des « créatifs culturels », j’attire l’attention de Sophie Caillat sur cet article critique datant de 2008 sur cette mouvance idéologique californienne et ses réels objectifs, puisant massivement dans le New Age, le totalitarisme, une vision identitaire sous couvert de mieux-être et d’harmonie :

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