Areva, Radiall : la peur sous les écrans radar
Evidemment, un scoop de Libé sur Areva mérite par nature une vigilance particulière. Comme nul n’est censé l’ignorer, la présidente du conseil de surveillance de Libé est Anne Lauvergeon, ex-patronne d’Areva, dont elle a été débarquée par Sarkozy, et qui a quelques kilotonnes de comptes à régler avec le milieu.
Méfiance donc en découvrant dans le journal l’histoire (lien payant) de cette secrétaire CFDT du comité de groupe d’Areva, Maureen Kearney, « saucissonnée » (ligotée à un fauteuil) chez elle par des inconnus, et à qui les agresseurs ont lancé : « C’est le deuxième avertissement, il n’y en aura pas de troisième. »
Méfiance, d’autant « qu’aucune piste n’est écartée », prend soin de préciser Libé, en signalant que des proches de la famille et des élus CFDT ont été entendus par la gendarmerie dans le cadre de l’enquête.
Accord ultrasecret
Méfiance toujours quand on découvre les détails de l’épreuve de force entre la syndicaliste et sa direction : elle se montrait trop curieuse sur un accord conclu par les présidents d’Areva et d’EDF avec les Chinois sur la conception d’un nouveau réacteur.
Un accord ultrasecret, dont les syndicalistes d’Areva redoutent qu’il transfère trop généreusement la technologie (et des charges de travail industrielles) aux Chinois, et puisse donc ouvrir la voie à de possibles délocalisations.
Tout ceci sur fond de bisbilles entre Areva et EDF, et on connaît la rivalité sanglante qui a opposé Lauvergeon au patron d’EDF, Henri Proglio. Areva « condamne cet acte odieux et souhaite que l’enquête qui a démarré permette de faire toute la lumière sur ce drame ».
Dans cet univers du nucléaire marqué par une totale transparence et une grande franchise de rapports, l’enquête de gendarmerie débouchera très certainement. En attendant, comme bien des faits divers, celui-ci présente l’avantage de lever le voile sur un pan ignoré du paysage économico-social.
Sourde inquiétude
En l’occurrence, la peur de la délocalisation, qui désormais rôde dans toutes les entreprises, même celles qui pourraient en paraître préservées, même les fameux « champions nationaux ». Partout, chaque matin, à chaque contrat.
C’est ce que vous racontait hier Anne-Sophie Jacques, qui a suivi François Hollande dans une entreprise de connectique électronique de Touraine, Radiall, et relatait la table ronde entre Hollande et les salariés de la boîte. Là aussi, face à la direction et au président, se manifestait cette sourde inquiétude, sur fond d’installation d’un bureau d’études, au Mexique cette fois.
Alors, ce bureau d’études, qu’en est-il ? Que fera-t-il ? Qu’étudiera-t-il ? Pas de banderoles, pas de manifs, pas de séquestration, pas de saucissonnage. Rien d’autre qu’une peur de basse intensité, passant au-dessous de tous les écrans radar.
- Sur arretsurimages.netDébattez de cette chronique sur Arrêt sur Images
- 5383 visites
- 31 réactions












Autist Reading Fan
Autist Reading Fan
« Dans cet univers du nucléaire marqué par une totale transparence et une grande franchise de rapports, l’enquête de gendarmerie débouchera très certainement. »
Merci beaucoup, il semblerait que vous soyez presque en état de grâce en ce moment. Rue89 s’est vendue au néolibéralisme mais pas vous à priori...
Le nucléaire est mal parti dans le monde, même si les actionnaires continuent de faire pression sur leurs toutous politiciens, les peuples le refusent en bloc, au Japon c’est 80% de la population qui est opposée à la continuation du nucléaire et pourtant, de part cette énorme corruption qui entoure les pratiques de ce milieu, le secret défense favorisant largement les nombreux dessous de table divers et variés, il continuera...
Nous assistons donc en ce moment à l’application de la dictature néolibérale qui s’impose partout grâce à sa puissance médiatique rendant sa capacité phénoménale de nuire « indispensable » aux yeux de l’oligarchie, ce qui est vrai car si du jour au lendemain nous devions nous opposer à cela, leur gouvernance d’imbéciles tomberait de fait.
La délocalisation en chine n’est plus une priorité économique puisque le coût des transports augmente de plus en plus, c’est un autre enjeu dont il s’agit actuellement à savoir continuer à faire produire ailleurs de sorte que les compagnies pétrolières puissent bénéficier de cette manne providentielle de ces échanges internationaux et ça si les journalistes réfléchissaient plus ils le sauraient plutôt que de marteler la pensée unique néolibérale bêtement car ne la comprenant pas...




Partager