Marée humaine aux funérailles du leader islamiste marocain
Les funérailles, vendredi, du vieux leader islamiste marocain Cheikh Abdessalam Yassine, décédé la veille à 84 ans, se sont transformées en démonstration de force de son mouvement politico-religieux Al Adl Wal Ihsane (Justice et bienfaisance), avec plusieurs dizaines de milliers de participants.
Avec un service d’ordre organisé par le parti islamiste, la foule considérable s’est rassemblée à Rabat, venant de plusieurs régions du Maroc par train, bus ou camionnettes.

Cheikh Yassine (DR)
Visite du Premier ministre
Le premier ministre marocain, Abdelilah Benkirane, issu d’un autre courant de la mouvance islamiste, le parti Justice et développement, plus compatible avec le système monarchique, s’est rendu au domicile de Cheikh Yassine jeudi soir, la veille des funérailles.

Abdelilah Benkirane, premier ministre marocain (Ilhem Rachidi)
Selon certaines indiscrétions dans les médias, le Premier ministre aurait reçu le feu vert du Palais pour effectuer ce geste auprès d’un ennemi juré de la monarchie marocaine.
Cheikh Yassine refusait en effet de reconnaître à Mohammed VI, et avant lui à son père Hassan II, le statut de Commandeur des croyants, descendant du Prophète.
Vendredi, contrairement à ce qui a pu être annoncé, le Premier ministre n’était pas présent aux funérailles, mais à l’ouverture du Congrès de l’USFP, la formation socialiste marocaine.
Cette démonstration de force des partisans de Cheikh Yassine confirme l’importance de ce courant islamiste dans la société marocaine, trente ans après sa fondation, bien qu’il refuse de participer au système politique totalement contrôlé par le « Makhzen », le nom par lequel est désigné le système monarchique.
Selon le site marocain Yabiladi.com, immédiatement après le décès de Abdessalam Yassine, un enregistrement audio de 36 minutes attribué à l’ancien chef religieux a circulé sur le net.
Cet enregistrement, qui aurait été réalisé en 2003, est divisé en deux parties : la première, d’environ vingt minutes, est un texte appelant ses partisans à l’unité et à l’obéissance au « guide fondateur », alors que la seconde est un poème, « ponctué de quelques interventions du cheikh expliquant le sens de quelques mots puisés dans le registre de l’arabe très classique et reconnaissant qu’il n’est pas poète » .
Après Cheikh Yassine
La question posée désormais est la succession du dirigeant décédé, qui sera « élu » et non « désigné », selon la direction du mouvement.
Deux clans se font visiblement face, dont l’un est conduit par la propre fille de Cheikh Yassine, Nadia Yassine, et l’autre par le porte-parole du mouvement, Fathallah Arsalane.
Rue89 avait interviewé Nadia Yassine en 2008, à l’occasion des Rencontres Averroes à Marseille, lorsqu’elle avait tenté un dialogue difficile avec le public français.
Comme le souligne le correspondant de RFI, contrairement à d’autres mouvances islamistes du monde arabe qui se réfèrent à l’idéologie salafiste, Justice et bienfaisance repose sur le soufisme, qui est l’islam traditionnellement pratiqué au Maroc et donc connu des gens. Il ajoute :
« Malgré la disparition de son leader spirituel, Justice et bienfaisance est suffisamment structurée pour perdurer. »
Le choix du successeur de Cheikh Yassine donnera une indication de la voie qu’il suivra dans l’avenir : rester un mouvement politico-religieux en marge du système, ou se transformer en parti politique, ce qu’il a refusé de faire jusqu’ici.
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inconsolable absolument
inconsolable absolument
Condoléances à ceux qui croyaient au Père Noël.




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