Tribune des droits humains 01/12/2012 à 15h40

Le débat sur le gaz de schiste enflamme (aussi) la Tunisie

Tribune des droits humains"

Reiner Wandler et Fabrice Praz


Alors que le gouvernement tunisien se hâte de négocier avec Shell pour exploiter les gisements de gaz de schiste, les critiques sont vives sur les conséquences environnementales et le fort relent de népotisme de cet empressement étatique.

« Nous avons peu d’alternatives », se défend Rachid Ben Dali, directeur général de l’énergie au ministère tunisien de l’Industrie.

Selon le gouvernement, la demande en énergie augmente de 6% chaque année et il faut bien la nourrir.

« La Tunisie s’est abstenue de développer l’énergie nucléaire vu les dangers et les énergies renouvelables coûtent cher. »

Or, le pays regorge de gaz de schiste. Une ressource inattendue qui échauffe les esprits.

Un accord discret avec Shell

Les manifestations contre le gaz de schiste s’enchaînent depuis quelques semaines à Tunis. Les mouvements écologistes dénoncent le manque de transparence des autorités.

Le gouvernement tunisien a annoncé en novembre la signature d’un contrat avec Shell pour exploiter cette ressource. Un accord conclu discrètement et promptement sans consulter l’Assemblée constituante.

La compagnie pétrolière est prête à investir 10 milliards d’euros. Quatre forages sont prévus dans le bassin de Kairouan, au centre du pays, l’année prochaine. De quoi produire 12 000 « barils » par jour à l’horizon 2020 et plus de 70 000 à long terme.

L’ombre du Qatar


Capture d’écran de la page Facebook contre l’exploitation des gaz de schiste en Tunisie (Facebook)

Un empressement au fort relent de népotisme qui inquiète les adversaires du gaz de schiste. Pour eux, le gouvernement islamiste veut conclure le contrat le plus rapidement possible et à un bon prix pour plaire à ses soutiens, dont le Qatar.

Selon la presse tunisienne, l’émir du Qatar, Hamad ben Khalifa Al Thani, aurait financé à hauteur de 150 millions de dollars la campagne électorale du parti islamique Ennahdha, désormais au pouvoir.

Et depuis, les accords économiques se multiplient avec Doha. Il y a un mois, la compagnie aérienne Qatar Airways s’est notamment vu accorder des privilèges dans les aéroports tunisiens. Et le Qatar est en train de grignoter une part du capital du géant de l’industrie pétrolière, Shell.

Pour l’instant, il n’existe aucun cadre juridique réglant l’exploitation du gaz de schiste en Tunisie. Et son extraction fait débat.

Risques de pollution

La technique utilisée – la fracturation hydraulique – est un procédé controversé : un cocktail d’eau et de plus de 700 produits chimiques (certains hautement toxiques) sont injectés sous haute pression dans le sol pour fissurer la roche et extraire le pétrole et le gaz. Les adversaires du gaz de schiste invoquent les risques de pollution des eaux souterraines avoisinantes.

La France a bloqué tout forage sur son sol et le Canada l’a interdit par crainte des dangers pour la santé et l’environnement.

L’exploitation du gaz de schiste nécessite aussi d’énormes quantités d’eau, s’inquiètent les écologistes.

En Tunisie, les forages devraient atteindre 4 000 m de profondeur. Chaque puits va ainsi engloutir entre 4 et 11 millions de litres d’eau par fracturation.

« Chaque forage en consomme autant qu’un village d’un millier d’habitants », résume Assma Mdalssi, présidente de l’association AgricoForest. Chokri Yaiche, député du parlement de transition, met en garde contre l’augmentation de la désertification qui va en résulter.

« C’est la ligne rouge que nous ne pouvons pas dépasser », prévient le spécialiste en environnement.

Publié initialement sur
Tribune des droits humains
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  • yt75
    • Posté à 16h27 le 01/12/2012
    • 172880

    à propos du gaz et pétrole de schiste aux US, peut-être que les journalistes pourraient un peu s’intéresser aux aspects financiers de la chose, car il y a de très fortes rumeurs de bulle financière autour.(ce que fait au moins un peu le New Yor Times)
    Dans un sens beaucoup très direct, sur et « banal » :
    - Très importante hype ou propagande autour du shale gaz & oil comme nouvel eldorado
    - Afflux de capitaux d’investissements permettant de camoufler la réalité des couts opérationnels ou rentabilité de l’affaire
    - Sortir au bon moment en remerciant tous les « épargnants » venus gonfler la bulle …

    Voir à ce sujet par exemple :
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    (et étude de Rune Likvern sur the oil drum)

    A voir dans quelle mesure ça n’est pas une nouvelle bulle financière aux US déjà, (afflux capitaux d’investissements pour masquer rentabilité réelle,sortie au bon moment en remerciant ceux venus gonfler la bulle). Sans compter qu’il n’y a pas de date de péremption, et que ça ne change pas le « cœur » du sujet énergétique actuel, cad le fait que la crise dite financière est d’abord un choc pétrolier, celui du pic mondial de production.(avec montagnes de dettes accumulées depuis 1er choc=1970USpeak

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    • pablico
      pablico répond à yt75
      Co-NOBEL de la Paix
      • Posté à 19h51 le 01/12/2012
      • Internaute 14278
        Co-NOBEL de la Paix

      si c’est une bulle aux Us, personne ne va se risquer dans cette aventure.

      Voyons ce que cela donne en Pologne qui va y investir 12,5 milliards d’euros d’ici 2020.
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      Si c’est une bulle...cela va vite se savoir.

      d’ailleurs si l’on garde la Grèce, c’est qu’elle est bourrée de Gaz de schiste parait-il.
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      Pas d’eau dans le gaz et pourtant.. par fragmentation on le fait...

      • yt75
        yt75 répond à pablico
        • Posté à 21h01 le 01/12/2012
        • 172880

        Le gaz de schiste et pas schiste c’est la même chose (du méthane), sauf que le gaz de schiste est beaucoup plus cher à exploiter, et si il y a du gaz au sud de la Crète c’est du conventionnel (le gaz de schiste n’est pas exploité en off shore)

    • tlaloc
      tlaloc répond à yt75
      Retraité
      • Posté à 20h20 le 01/12/2012
      • Internaute 47359
        Retraité

      Cela sera une bulle tous les 2 3 ans il faut un nouveau forage surtout pour le gaz .

      • yt75
        yt75 répond à tlaloc
        • Posté à 21h03 le 01/12/2012
        • 172880

        Il faut beaucoup plus de forage que ça, et pareil pour le pétrole de schiste (ou tight oil) :
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        Avec ce complément sur les aspects financiers :
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  • Pas tripette.
    Pas tripette.
    Si j'aurais su, j'aurais po lu.
    • Posté à 17h32 le 01/12/2012
    • Internaute 117974
      Si j'aurais su, j'aurais po lu.

    Au delà du questionnement sur la fracturation hydraulique, se pose la légitimité d’une telle décision prise par un gouvernement qui a seulement mandat pour gérer les affaires du pays jusqu’à la rédaction de la constituante et l’organisation de nouvelles élections.
    Nadia Chaabane, membre de l’ANC : « il faut prendre conscience que le gouvernement n’a pas la légitimité pour pouvoir prendre des décisions d’une manière unilatérale et sans concertation. Depuis le 14 janvier, on a rompu avec ce genre de pratiques qui sont extrêmement graves pour le processus démocratique. ».

    Aux États-Unis aussi, à Longmont dans le Colorado, les gens se bougent. Par referendum, les habitants ont refusé l’exploitation du gaz de schiste sous sa forme actuelle.
    Graine de révolte au pays du gaz de schiste

  • Karavi
    Karavi
    obsolescence programmée ((
    • Posté à 17h44 le 01/12/2012
    • Internaute 113192
      obsolescence programmée ((

    Manif contre les menaces des « gaz de schiste » en Tunisie...
    Les manifestants ne sont pas encore trop nombreux, mais ça viendra...

  • KLAKMUF
    KLAKMUF
    Malheur aux barbus
    • Posté à 19h59 le 01/12/2012
    • Internaute 193858
      Malheur aux barbus

    Quelle est la logique du Qatar ? Veut-il encourager un concurrent à sa propre production de gaz ?

    • Pili pili
      Pili pili répond à KLAKMUF
      Piment d'oisif
      • Posté à 09h29 le 02/12/2012
      • Internaute 188535
        Piment d'oisif

      Favoriser la prolongation de la civilisation des hydrocarbures ?