Logement : à Lille, comment décourager un bijoutier qui a une idée
un internaute
Le 27 octobre dernier, 200 personnes défilaient à Paris à l’appel de l’association Droit au logement (DAL) pour revendiquer l’application du code de l’habitation concernant la réquisition de logements vacants. Prenant les devants, un Lillois a souhaité transformer des bureaux vides en logements. Récit d’un échec.
A l’instar des militants qui, à l’approche de l’hiver, occupent les logements inhabités – dont la métropole lilloise compte une proportion évaluée à 5,7% par l’Insee en 2009 –, Alain (le prénom a été modifié) nous explique avoir voulu faire sa B.A. pour lutter, à sa manière, contre la crise du logement.
L’idée de ce bijoutier écolo installé dans le centre de Lille ? Transformer des bureaux qu’il possède au-dessus de son commerce en « écostudios » à loyer modéré. Un changement de destination au regard du code de l’urbanisme. Mais il n’avait pas prévu que le plan local d’urbanisme (PLU) se dresserait en travers de son chemin.
« J’avais envie de faire un truc à l’allemande »
Alain « avait envie de faire un truc à l’allemande, écolo avec du bois et tout ». Il nous raconte sa bonne surprise lorsqu’il est arrivé à la mairie de Lille pour soumettre son projet.
« Le jour où j’y suis allé, il y avait des stands organisés par les écolos consacrés aux logements HQE et au photovoltaïque au rez-de-chaussée ».
Il ne se doutait pas qu’à l’étage supérieur, on lui tiendrait un autre discours.
Surprise, c’est la taxe parking
Premier problème, Alain ne peut créer, au vu de la superficie disponible (150 m² sur cinq étages), que des studios et pour la mairie, les F3 c’est mieux.
L’agent qui le reçoit lui explique que la municipalité de Lille souhaite que 33% de la surface transformée le soit en F3, c’est-à-dire des appartements composés d’une cuisine, d’une salle à manger et de deux chambres à coucher.
Soit. Mais s’il veut faire des studios, il peut... à certaines conditions.
Le plan local d’urbanisme, dont la concertation a débuté en 2002, a été mis en œuvre à partir de 2005.
Pour les zones concernant la ville de Lille, on retrouve dans l’article 12 (zone UAa) du règlement, l’obligation, dans le cadre d’un changement de destination, de créer « pour les maisons individuelles et les immeubles collectifs une place de parking par logement à partir du deuxième logement créé. »
En effet, s’il veut transformer ses bureaux en logements, il lui faut créer une place de parking par logement.
« Je possède des bureaux dans un immeuble du XIXe siècle, c’est impossible ! »
Face à l’explication d’Alain, son interlocuteur lui propose une alternative : une taxe parking annuelle de 7 990 euros par logement.
« Ça me dérange pas de payer une taxe pour un nouveau logement ou pour un logement énergivore mais pour une voiture, c’est hors de question. »
Pour Alain, désabusé par les réponses de la mairie, il est « moralement impossible » de payer une telle taxe.
Une politique municipale « contradictoire »
Il était pourtant prêt à investir plus de 130 000 euros pour fidéliser sur le long terme une « clientèle » adhérant à son projet (plutôt qu’un turnover estudiantin) pour un loyer mensuel de 450 euros, charges comprises.
« J’avais mis de l’argent de côté... J’ai un cousin dans le photovoltaïque qui m’avait fait des devis... J’avais même prévu d’installer des toilettes sèches. »
Une situation qui révèle une politique municipale contradictoire, selon lui :
« A Lille, l’hypercentre est vide, il y a des SDF partout, il fait très froid l’hiver et on vous demande des parkings pour créer des logements ? C’est déplacé ! »
Il note également que :
« La mairie a engagé plein de travaux pour réduire la circulation automobile et c’est très bien mais alors pourquoi vouloir des parkings ? »
Alain regrette ce grand écart entre la communication écologiste faite par la ville et les contraintes « hyperchoquantes » de la bureaucratie administrative.
Quand on évoque un éventuel assouplissement de la réglementation sur le changement de destination, Alain tranche : « Ça bougera pas ! »
La « réponse » de la mairie
Sollicitée sur le sujet, la municipalité a fini par nous contacter en fin de journée.
L’e-mail de Marc Santré, adjoint au maire en charge de la politique du stationnement, ne répond pas aux questions soulevées par le cas d’Alain.
Voici quelques chiffres fournis par le service de presse de la mairie de Lille, que nous reproduisons bien volontiers, le troisième point étant le plus intéressant :
- d’ici la fin du mandat, 12 000 logements dont 1/3 de logements sociaux doivent être construits et 6 000 logements anciens rénovés ;
- près de 2 000 logements privés sont suivis ou aidés chaque année dans le cadre de travaux de rénovation durable ;
- la réglementation vise à protéger les Lillois « des promoteurs de logements ayant tendance naturellement à construire de petits studios plus immédiatement rentables ainsi pour toute opération de plus de 17 logements 30% de logements sociaux et de 25 à 50 % de logements familiaux de grande taille ».
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Au monde
Au monde
Il est dommage que la mairie ne se soit pas expliqué. J’aurais aimé entendre ses justifications car les arguments qu’elle avance ne me choquent pas en eux-mêmes :
- Les centre ville manquent de parking/garage et exiger des parkings n’est pas forcément faire l’apologie de la voiture. Il vaut mieux que les gens laissent leur voiture dormir au garage plutôt qu’ils ne l’utilisent tous les jours pour éviter de payer le parcmètre, alors qu’ils pourraient prendre les transports en commun.
- favoriser les F3 plutôt que les F1 n’est pas non plus absurde. Aujourd’hui plus les surfaces sont petites plus le prix au mètre carré augmente, ce qui incite les bailleurs à réduire les surfaces. Si la mairie réclame des F3 c’est certainement qu’il en manque.
Je ne cherche pas à défendre à tout prix la mairie et je comprends le découragement de ce Monsieur. Comme beaucoup d’administration, elle agit certainement de façon lourde et rigide, mais je trouve l’article un peu trop à charge contre la municipalité (qui l’a bien cherché en ne répondant pas à votre sollicitation).




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