C’est pas moi 23/10/2012 à 17h52

Les Français jugent la société plus individualiste... mais pas eux

Elsa Fayner | Journaliste Rue89

Les Français sont paradoxaux : ils se sentent bien intégrés dans la société, mais estiment que les rapports sociaux se délitent... chez les autres. Tels sont les résultats du « Baromètre 2012 de la cohésion sociale », commandé par la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), réalisé par le Crédoc, et paru ce mardi. Comment expliquer un tel décalage ?

Les hauts revenus, « très bien intégrés »

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Huit personnes interrogées sur dix considèrent que la cohésion sociale n’est « pas très forte » voire « pas du tout forte ». L’image d’une société fragmentée, individualiste et où les rapports sociaux se délitent domine les représentations, d’un bout à l’autre du corps social. La crise économique a tendance à amplifier ce sentiment.

Pourtant, lorsqu’on les interroge sur leur situation personnelle, 88% des individus déclarent se sentir « bien intégrés » dans la société française, 51% disent même être « très bien » intégrés.

Le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) avance trois éléments d’explication :

  • il est plus aisé de dénoncer les lignes de failles de la société dans son ensemble que d’avouer une situation personnelle insatisfaisante ;
  • chacun a sa propre définition de l’intégration et juge l’autre en fonction de cette définition ;
  • surtout, le sentiment d’intégration est très inégalement réparti : les personnes touchant de bas revenus et les chômeurs sont beaucoup moins nombreux – à peine plus de 30% – à se sentir « très bien intégrés » que les cadres ou les personnes qui perçoivent de hauts revenus (plus de 60%).

On reçoit moins ses amis

Parmi les 88% de ceux qui « se sentent intégrés », un quart déclarent l’être parce qu’ils « ont un réseau relationnel ». Cela concerne particulièrement les amis, les voisins, une communauté... avant la famille.

Même si ce lien social se trouve affecté cette année : la proportion d’individus (74%) recevant régulièrement des amis a ainsi baissé de 4 points en un an. La
participation associative, autre marqueur de l’investissement social, diminue elle aussi (39%, moins 3 points en un an).

« Les Français attendent beaucoup du travail »

Un quart déclarent aussi se sentir intégrés parce qu’ils « ont un travail ». En cause :

  • la stabilité que cela apporte,
  • l’assise financière,
  • le réseau social,
  • l’épanouissement personnel, etc.

Ce dernier élément reste une spécificité française. Les sociologues Dominique Méda et Lucie Davoine ont mené une étude européenne sur le rapport au travail et les Français se montrent particulièrement attachés à leur emploi. Parce qu’ils craignent de le perdre, le taux de chômage étant élevé en France et l’emploi précaire répandu, mais surtout, répond Dominique Méda :

« Les Français attendent beaucoup du travail, plus que dans les autres pays européens. Ils veulent s’y accomplir, y exprimer leurs compétences, et pouvoir être fiers de leur métier. C’est pourquoi ils s’y investissent tant.

Les Anglais ne sont pas du même avis, par exemple. Ils considèrent davantage le travail comme une “routine”, moins comme une possibilité de s’épanouir. »

Une « obligation subie » pour les ouvriers

Tous les métiers ne sont cependant pas concernés de la même manière, poursuit la sociologue :

« Travailler permet d’occuper une place dans la société, d’y jouer un rôle, en participant à la fabrication d’un produit, à la vente d’un service, au soin d’un patient, etc. C’est l’une des raisons invoquées par les Français pour expliquer leur attachement au travail, mais surtout dans certaines professions.

Les enseignants, les travailleurs sociaux et les personnels soignants sont les plus nombreux à considérer leur métier comme utile, et comme une vocation, tandis que les ouvriers et les employés du privé le vivent plus comme une obligation subie. »

L’enquête du Crédoc le confirme : les ouvriers se sentent plus souvent à l’écart de la société que les cadres et les professions intellectuelles supérieures.

Les 60-69 ans, au top

Interrogés sur ce qui contribue à leur sentiment d’intégration, les jeunes citent beaucoup moins l’emploi que le reste de la population (seuls 17% y font référence contre 26% en moyenne dans la population).


Le sentiment d’intégration culmine entre 60 et 69 ans, « Baromètre 2012 de la cohésion sociale » (Crédoc)

Et pour cause : 48,7% des 15 à 24 ans, en emploi, occupent un emploi précaire (intérim, CDD ou apprentissage) contre 11,7% en moyenne dans la population active, selon l’Insee.

Résultat : les 18-24 ans se sentent ainsi nettement moins bien insérés (39% se disent « très bien intégrés ») que l’ensemble de la population. En revanche, les 60-69 ans, après une vie active, se sentent au top de l’intégration sociale.

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  • vangauguin
    vangauguin
    Fallait pas commencer!
    • Posté à 18h30 le 23/10/2012
    • Internaute 144135
      Fallait pas commencer!

    L’enfer individualiste, c’est les autres...

  • Elred
    Elred
    Pléonasme
    • Posté à 23h17 le 23/10/2012
    • Internaute 132515
      Pléonasme

    « Les Français attendent beaucoup du travail, plus que dans les autres pays européens. Ils veulent s’y accomplir, y exprimer leurs compétences, et pouvoir être fiers de leur métier. C’est pourquoi ils s’y investissent tant.

    Les Anglais ne sont pas du même avis, par exemple. Ils considèrent davantage le travail comme une “routine”, moins comme une possibilité de s’épanouir. »

    Vraiment, c’est super amusant comme l’interculturalité est une machine à dire de tout avec du rien.

    Moi j’aurais plutôt tendance à dire qu’en France on a une séparation claire et nette du travail et de la vie perso (avec un tabou sur l’argent et le revenu) alors que dans le monde anglosaxon en général les deux se confondent, car on y est justement défini par son activité. C’est l’opposition « travailler pour vivre » vs « vivre pour travailler » typiquement. Donc à partir du moment où ils « vivent pour travailler », les anglo saxons s’épanouissent forcément dans leur travail. Alors qu’en France le travail est plus vu comme un mal nécessaire, on « travaille pour vivre » parce qu’on y est obligé.

    Tout ça prend ses racines dans une opposition de doctrine économique libérale/état providence, c’est d’ailleurs pour ça que les anglais et les américains sont jugés plus « compétitifs » que nous (malgré une productivité équivalente sinon inférieure selon quelques études).

    M’enfin bref tout ça pour dire que tout dépend du point de vue. On peut comparer les français avec d’autres et en déduire ce qu’on veut, il sera généralement aussi possible d’en déduire l’inverse.

  • HuXl3Y
    HuXl3Y
    Pan pan la matraque
    • Posté à 10h16 le 24/10/2012
    • Internaute 151059
      Pan pan la matraque

    Fuyez les villes

  • christo3131
    christo3131
    Ecoute la voix de son maitre
    • Posté à 12h12 le 24/10/2012
    • Internaute 194222
      Ecoute la voix de son maitre

    Le Français, cet animal bizarre qui est contre la mondialisation libérale et achète les produits chinois, qui est pour la réduction des écarts sociaux et ne se marie qu’entre semblables, qui idolâtre la « mixité sociale » mais pas dans son quartier/son école, qui est pour l’aide aux pauvres mais ne veut pas payer plus d’impôts et donne beaucoup moins aux associations que dans les pays voisins. Bref, un individualiste qui se croit de gauche. Que nous ayons à la satisfaction générale un gouvernement de faux-derches accomplis ne relève que de la plus élémentaire logique. La République bobo, par les bobos, pour les bobos !

  • Le Renifleur
    Le Renifleur
    loin d'ici
    • Posté à 12h58 le 24/10/2012
    • Internaute 136986
      loin d'ici

    Le problème c’est les réunions de groupe...

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