L’affaire Armstrong, Drucker, l’offre et la demande
Incroyable : Drucker chez Pujadas. Et pour une fois, non pas en autopromo, mais en repentance implicite. Car Drucker est « un des rares Français à avoir été proches de Lance Armstrong “.
A l’heure où Armstrong est rejeté aux poubelles du cyclisme, voici donc l’icône Drucker, mécaniquement, dans le rôle du complice de la racaille. Pujadas ne le dit certes pas (on est tout de même entre confrères de France 2) mais on l’entend : alors, vous saviez, et vous nous avez tout caché ? En langage Pujadas, ça se traduit :
‘Est-ce que vous êtes déçu, est-ce que vous êtes triste ? Quel sentiment avez-vous pour lui aujourd’hui ?’
Et commence alors un grand numéro d’indulgence ‘druckerienne’, autour du thème : les cyclistes n’avaient pas le choix :
‘Ce qu’on demande aux premiers, c’est tellement énorme comme effort. [...] Si l’EPO avait existé dans les années 50, les grands anciens en auraient pris. [...] Il y a des moments où on ne peut pas faire autrement.’
Autrement dit : vive la dope !
Les gens ne voulaient pas savoir
Quelques minutes plus tôt, au ‘Grand Journal’, son ex-confrère de France 2 Patrick Chêne sortait un autre argument, moins niais et plus pertinent : quand une année, lors de nos reportages, on a commencé à parler de dopage, racontait-il, on a reçu des lettres d’insultes. Les gens ne voulaient pas savoir. (Accessoirement, il faudrait retrouver les reportages dans lesquels Patrick Chêne évoquait le dopage. Je n’en ai pas le souvenir. Je me souviens plutôt des courageuses enquêtes de son confrère Alain Vernon. Mais je peux avoir des trous.)
Sans qu’il le dise, on est prié de déduire seul les raisons pour lesquelles Chêne a appuyé sur la pédale de frein. A quoi bon seriner ce que le public refuse de savoir ?
La mission du journaliste
Je crois volontiers Patrick Chêne. Il est en effet hautement probable qu’une grande partie des fans du Tour désirait ardemment ne rien savoir. Et alors ? La réflexion de Chêne dépasse non seulement le cyclisme, mais même le journalisme sportif. L’ingrate mission du journaliste, c’est aussi de répéter inlassablement ce que ses lecteurs, ses auditeurs, ou ses internautes, ne veulent pas savoir. De sonner du cor, à s’en faire péter les poumons, dans des oreilles bouchées.
Cette mission, disons-le, est totalement antinomique avec le caractère privé de la plupart des entreprises de médias. A elle seule, elle devrait justifier l’existence d’un puissant service public, financé non par ses clients, mais par le contribuable, et théoriquement à même de fournir une information dégagée de la loi de l’offre et de la demande. Théoriquement.
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Bisounours de combat
Bisounours de combat
« Les prestidigitateurs ont un principe élémentaire qui consiste à attirer l’attention sur autre chose que ce qu’ils font. Une part de l’action symbolique de la télévision, au niveau des informations par exemple, consiste à attirer l’attention sur des faits qui sont de nature à intéresser tout le monde, dont on peut dire qu’ils sont omnibus - c’est-à-dire pour tout le monde. Les faits omnibus sont des faits qui, comme on dit, ne doivent choquer personne, qui sont sans enjeu, qui ne divisent pas, qui font le consensus, qui intéressent tout le monde mais sur un mode tel qu’ils ne touchent à rien d’important. »
Pierre Bourdieu - 1930-2002 - Sur la télévision
Voilà qui me semble bien plus proche du réel comme analyse, vous évoluez encore bien trop près de votre sujet monsieur schneidermann, bien trop près...
« En langage Pujadas, ça se traduit : Est-ce que vous êtes déçu, est-ce que vous êtes triste ? Quel sentiment avez-vous pour lui aujourd’hui ? »
Non ce n’est pas le langage pujadas c’est le langage médiatique, on euphémisme volontairement de sorte de ne pas créer d’émois chez les téléspectateurs, émois/émotions qui pourraient susciter une réflexion néfaste sur la manipulation des esprits par les médias de masse.
On y est en plein dedans là...




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