Quatre ans de réflexion 23/10/2012 à 19h35

Affaire de Tarnac : un retrait bancaire met le bazar dans l’instruction

Camille Polloni | Journaliste Rue89


Yldune Levy, le 23 janvier 2009 à Paris (Joël Saget/Rue89)

Il est des coïncidences amusantes. Ce mardi, deux journaux (Le Canard enchaîné et Le Nouvel Observateur) sortent la même « information exclusive » au même moment dans l’affaire dite « de Tarnac ». Pourtant ils n’en tirent pas les mêmes conclusions.

Les avocats des dix mis en examen de « la mouvance anarcho-autonome », à qui la police antiterroriste reproche une série de sabotages SNCF en 2008, viennent de dégainer un nouvel argument en faveur de leurs clients.

Un relevé bancaire d’Yldune Levy (la compagne de Julien Coupat, patron supposé du groupe de Tarnac), montre un retrait de 40 euros effectué avec sa carte bancaire, dans un distributeur automatique de billets à Paris, la nuit des sabotages. A 2h44 précisément, le 8 novembre 2008.

Une filature contestée

Or selon la police antiterroriste, la jeune femme se trouve à ce moment-là en Seine-et-Marne, probablement pour contribuer d’une manière ou d’une autre à poser un fer à béton sur une caténaire.

C’est même écrit dans un procès-verbal de filature, attaqué pour « faux » par les avocats des mis en examen l’an dernier.

La police a toujours soutenu qu’à l’heure de ce retrait d’argent jusque-là inconnu, Yldune Levy et Julien Coupat avaient garé leur Mercedes à Trilport, pas loin des caténaires dont le sabotage a été découvert au matin.

La défense a toujours soutenu que les enquêteurs n’ayant pas aperçu Julien Coupat et Yldune Levy en train de saboter quoi que ce soit, ils ne peuvent rien prouver. Voire qu’ils n’étaient même pas là. Le relevé bancaire démontre pour eux qu’Yldune Levy n’était pas sur les lieux.

« Rien ne prouve que ce soit bien elle »

Pour Le Nouvel Obs, cette nouvelle information représente la « dernière cartouche » (et « la dernière carte ») des mis en examen de Tarnac après quatre ans d’instruction.

L’hebdomadaire donne la parole à « des enquêteurs sereins » et « sceptiques » que ce rebondissement « ne semble pas empêcher de dormir » :

« “Il est quand même curieux qu’Yldune Lévy, placée en garde à vue trois jours seulement après les faits ne s’est pas rappelée avoir fait la fête à Paris la nuit de sabotages sur lesquels elle était interrogée”, s’amuse un responsable policier. “Et rien ne prouve que ce soit bien elle qui ait retiré l’argent.” [...]

“Au cours de l’instruction, Julien Coupat et Yldune n’ont jamais nié se trouver en Seine-et-Marne, dans leur voiture la nuit des sabotages, rappelle une source proche du dossier. Ils ont même revendiqué y être allé dans le cadre d’un week-end amoureux et avoir fait l’amour dans leur voiture !” »

Le « coup de grâce »

Pour Le Canard enchaîné à l’inverse, c’est « le coup de grâce porté au dossier », un « énième gag des flics de la Sdat [la Sous-direction antiterroriste, ndlr] » qui « s’ajoute à un joli bêtisier ».

L’hebdo rappelle que Julien Coupat et Yldune Levy « ont toujours nié [les sabotages], assurant être rentrés à Paris vers 2 heures ». Et fait remarquer que si elle avait prêté sa carte bancaire pour se donner un alibi, la jeune femme aurait pu signaler ce retrait aux enquêteurs.

« Plus bizarre est le total désintérêt des juges pour ces 40 euros. Jamais Yldune Levy n’a été interrogée sur ce point, susceptible de la disculper. Plus marrant encore, cet élément n’a été versé au dossier que ces derniers mois. Parce qu’il gênait une instruction à charge et jamais à décharge ? »

C’est aussi ce que se demande au téléphone Mathieu Burnel, également mis en examen dans l’affaire.

« Nos relevés bancaires ainsi que ceux d’autres personnes ont été demandés par le juge en décembre 2008. Pourquoi ceux d’Yldune ont-ils mis trois ans et demi à arriver dans le dossier ?

Quant à l’idée qu’Yldune aurait pu prêter sa Carte bleue, ce serait bien la première fois dans l’histoire de la criminalité que quelqu’un oublie d’utiliser son alibi.

Ça fait déjà quatre ans qu’on nous demande de démontrer que les accusations portées contre nous sont fausses, et maintenant qu’on a une preuve en béton qui nous disculpe il faudrait aussi qu’on prouve qu’elle est vraie ? »

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  • sergio2
    • Posté à 20h27 le 23/10/2012
    • 178745

    La chance tourne enfin pour les accusés.
    Parce qu’au début de l’affaire, c’était vraiment la poisse pour J Coupat et Y Levy ; se rendre, pour faire l’amour une nuit de novembre ....à l’endroit précis où il y a un sabotage de caténaire, c’est unique une scoumoune comme ça.

  • lancetre
    • Posté à 20h28 le 23/10/2012
    • Internaute 18658

    Il est évident, depuis longtemps, pour tous ceux qui se sont un peu intéressés à cette affaire, que le dossier est vide.

    Mais, après tout le « battage » médiatique orchestré par Michèle Alliot-Marie et Nicolas Sarkozy autour du pseudo-démantèlement d’un fantasmatique réseau terroriste, il n’était plus possible, sans perdre la face, de renoncer à poursuivre l’enquête.

    Depuis des années, des enquêteurs continuent donc, aux frais du contribuable, à travailler sur cette rocambolesque histoire, bien qu’ils soient depuis longtemps persuadés qu’ils ne trouveront jamais rien.

    Il serait intéressant de calculer ce que cette fumisterie coûtera au Trésor Public .

    Le scandale, c’est que ceux qui ont engagé ces dépenses parfaitement inutiles n’auront jamais rien à rembourser de leur poche.Et jamais, probablement, ils ne seront jugés.

    On lira avec profit, sur cette extravagante procédure, l’excellent « récit » de David Dufresne, Tarnac , magasin général, publié aux éditions Calmann-Lévy.

  • rachidus313
    rachidus313
    lecteur
    • Posté à 20h49 le 23/10/2012
    • Internaute 194188
      lecteur

    Si elle avait prêté sa carte pour avoir un alibi, mieux vaut ne pas dire aux enquêteurs qu’elle a fait un retrait car sinon il la soupçonneraient justement d’avoir prêté sa carte, il vaut mieux les laisser découvrir le retrait par eux même.
    Ses défenseurs peuvent arguer qu’elle n’a pas prêté sa carte car le cas échéant, c’est absurde d’oublier d’utiliser son alibi.
    Ou inversement (comme dirait Coluche)

  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working class bléro
    • Posté à 22h05 le 23/10/2012
    • Internaute 164574
      Working class bléro

    Tarnac à la carte bancaire.

  • A déménagé le 24-12-2012
    A déménagé le 24-12-2012 répond à Pierrrrre
    non connue
    • Posté à 23h41 le 23/10/2012
    • Internaute 154051
      non connue

    Cette affaire politique avait pour but de légitimer la fusion de la DST-RG en DCRI. Et qui pour diriger la DCRI ? Squarcini (les fadettes c’est lui) l’ombre de Sarkozy.
    Une enquête sur initiative du parquet, comme l’a été cette affaire de Tarnac, c’est politique, c’est dangereux. Le politique s’est créé un outil avec la DCRI, hors de contrôle, qui exécute les basses œuvres. Cette affaire en est un emblème. Elle inaugure une nouvelle ère.

    150 policiers de la brigade anti-terroriste de la DCRI pour un groupuscule anarchiste qui est accusé uniquement à charge « d’association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte terroriste ».
    La même DCRI qui laisse Mohamed Merah, tuer 7 personnes en mars dernier alors qu’il était suivi et annoté comme individu au profil islamiste, solitaire se radicalisant et n’étant pas fiable sur ses explications de déplacement à l’étranger.
    Deux affaires, deux échecs, une allégorie des 5 ans de gouvernance de la France par Sarkozy.

  • La luciole
    La luciole répond à A déménagé le 24-12-2012
    Inspecteur de nuages
    • Posté à 01h17 le 24/10/2012
    • Internaute 113252
      Inspecteur de nuages

    « un groupuscule anarchiste qui est accusé uniquement à charge “ d’association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte terroriste .”

    Je n’y connait rien en droit : Peut-on être accusé d’acte terroriste sans mort ni blessé et sans aucune intention de donner la mort ou de blesser ?
    Je rappelle qu’un arrachage de caténaire n’a jamais tué personne et ne tuera jamais personne. Il ne blessera pas grand monde non plus.

  • Tmal
    Tmal
    Parti rider...
    • Posté à 09h37 le 24/10/2012
    • Internaute 112672
      Parti rider...

    « Et rien ne prouve que ce soit bien elle qui ait retiré l’argent. »

    On aimerait que la police fasse preuve de la même rigueur intellectuelle dans ses enquêtes. Parce que si j’ai bien suivi, rien ne prouve non plus que Yldune Levy ait bien saboté les caténaires...

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