En cinq points 15/10/2012 à 13h15

Trafic, blanchiment, évasion fiscale : ce qu’on sait de l’affaire Lamblin

Mathieu Deslandes | Rédacteur en chef adjoint Rue89

Comment fonctionnait la « El-Maleh Connection » ? D’où vient la fortune de l’élue écologiste ? Toutes les réponses aux questions que vous vous posez.

Tout le week-end, vous avez, à plusieurs reprises, entendu le nom de Florence Lamblin, cette « élue de la République » (elle est adjointe Europe écologie - Les Verts au maire du XIIIe arrondissement de Paris) arrêtée dans le cadre du démantèlement d’un « trafic international de drogue ». Ainsi présenté, évidemment, ça a de la gueule. Mais qu’en est-il exactement ? Faisons le point.

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Comment fonctionnait le réseau démantelé ?


Florence Lamblin (Mairie13.paris.fr)

Du haschich était transporté du Maroc jusqu’en banlieue parisienne par des véhicules qui traversent à toute vitesse l’Espagne puis la France (les « go-fast »).

Une fois la drogue revendue, l’argent collecté était centralisé par un certain Mardoché El-Maleh. Restait à le rapatrier au Maroc. Jean-Marc Souvira, le patron de l’Office central de répression de la grande délinquance financière, a décrit le circuit à Libération :

« Des camions sont bourrés de cash pour le renvoyer au Maroc et payer les fournisseurs. Et de l’argent est blanchi par le système bancaire. »

Pour cela, il pouvait compter sur ses frères : Meyer, directeur d’une société financière genevoise, GPF SA, et Nessim, cadre chez HSBC à Genève. Parmi leurs clients : des Parisiens désireux de rapatrier une partie de leur argent planqué en Suisse sans se faire repérer par le fisc.

Il suffisait qu’ils appellent leurs banquiers genevois pour que Mardoché El-Maleh leur livre à Paris les sommes réclamées.

A Genève, les sommes étaient aussitôt décaissées de leurs comptes et versées, via des sociétés écrans, sur des comptes bancaires à l’étranger (Londres, Madrid puis au Panama) avant d’être réinvesties au Maroc ou à Dubaï dans des affaires aux mains des trafiquants.

Au passage, les El-Maleh s’accordaient 8% de commission.

2

A quel titre Florence Lamblin est-elle concernée ?

Au terme de « l’opération Virus » (le nom de code de l’opération policière), dix-sept personnes ont été mises en examen en France :

  • 9 impliquées dans les go-fast et la collecte de l’argent de la drogue, mises en examen pour « trafic international de stupéfiants en bande organisée et association de malfaiteurs » ;
  • 8 suspectées d’avoir participé au blanchiment de l’argent de la drogue en ayant recours aux services des frères El-Maleh pour se faire remettre des liasses de billets. Elles ont été mises en examen pour « blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs ».

Ces huit-là affirment qu’elles ignoraient tout de la provenance réelle de l’argent sale. Et que leur seul souci était de frauder le fisc (ou de masquer des abus de biens sociaux).

Florence Lamblin est l’une d’entre elles. Des sept autres, on ne connaît que les professions : trois chefs d’entreprise, un galeriste, un dentiste, un ingénieur du son, un avocat.

Toutes restent évidemment présumées innocentes.

3

D’où vient sa fortune ?

Des « sources proches du dossier » interrogées par l’AFP ont indiqué que les enquêteurs avaient trouvé « 400 000 euros en espèces, en partie au domicile de Florence Lamblin mais surtout dans des coffres ».

Son avocat, Jérôme Boursican, a ensuite affirmé que « les enquêteurs n’ont jamais retrouvé 400 000 euros en liquide au domicile de ma cliente, c’est une information fausse ».

Ces deux versions ne sont pourtant pas incompatibles.

Il a préféré insister sur l’origine familiale de la fortune de Florence Lamblin : le grand-père de sa cliente aurait ouvert un compte en Suisse en 1920. L’architecte en aurait hérité 350 000 euros.

4

A-t-elle oui ou non démissionné ?

Après avoir payé sa caution, fixée à 80 000 euros, Florence Lamblin a été remise en liberté sous contrôle judiciaire. Mais, malgré l’insistance de Bertrand Delanoë, elle n’a pas l’intention de démissionner de ses fonctions d’adjointe au maire du XIIIe arrondissement de Paris.

Elle s’est simplement retirée de sa délégation consacrée « au développement durable, à l’environnement et au plan climat ».

5

Comment se défendent les frères El-Maleh ?

Me Josiane Stickel-Cicurel, l’avocate de Meyer El-Maleh, a expliqué à la presse suisse que son client « n’a jamais été au courant d’un quelconque trafic de cannabis ».

Il affirme avoir toujours cru que l’argent remis en liquide à ses clients qui souhaitaient échapper au fisc français provenait de dons récoltés par son frère « auprès des communautés israélites de France ».

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  • Quand Le Tigre Lit
    Quand Le Tigre Lit
    en rédaction de Sutras du Tigre
    • Posté à 13h22 le 15/10/2012
    • Internaute 189949
      en rédaction de Sutras du Tigre

    5’50’’...

  • Specht
    Specht
    Commentateur
    • Posté à 15h17 le 15/10/2012
    • 185722
      Commentateur

    Passionnante affaire, qui ferait sans doute un excellent film. Jean-Pierre Mocky serait déjà sur le coup.

  • DiaboloSatanas
    DiaboloSatanas
    Fou du volant
    • Posté à 16h33 le 15/10/2012
    • Internaute 79165
      Fou du volant

    Moi j’aimerais bien qu’on me précise comment marche cette histoire étrange de « Go Fast » , parce que si je transportais plein de drogue en traversant l’Espagne et la France , je ferais plutôt ça pépère en respectant bien le code de la route style « Le corniaud » éventuellement avec une vielle bagnole américaine de collection mais plutôt dans une Renault Clio blanche ou une Dacia Break ..
    En tout cas surement pas a toute blinde dans une super grosse BMW de dealer avec du Rap a fond en brulant les feux rouges ..

  • Youri Gagarine
    Youri Gagarine
    appesanti
    • Posté à 17h15 le 15/10/2012
    • Internaute 164345
      appesanti

    pourquoi le trafic de canabis serait-il plus condamnable que l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent ?

  • Fantomax
    Fantomax répond à DiaboloSatanas
    génie du mal
    • Posté à 17h30 le 15/10/2012
    • Internaute 157606
      génie du mal

    La technique du Go Fast consiste à rallier un point à un autre avec deux véhicules, par l’autoroute, l’un servant à transporter les marchandises, l’autre servant d’« éclaireur ». La tactique ne consiste cependant pas à rouler le plus rapidement possible, comme pourrait le laisser présumer le nom. La vitesse joue un rôle primordial seulement en cas de problème avec les forces de l’ordre. Les trafiquants se doivent de rouler à vitesse modérée pour éveiller le moins de soupçons possible. Le but est de déjouer les tentatives d’interception des douaniers ou de trafiquants rivaux. La voiture « ouvreuse », qui précède la voiture transporteuse, la prévient des éventuels barrages ou contrôles. Parfois les convois comprennent une ou plusieurs voitures « suiveuses », prêtes à intervenir en cas de problème.

  • jpouille
    jpouille
    Fils du vent
    • Posté à 20h33 le 15/10/2012
    • Internaute 31114
      Fils du vent

    Tant qu’il y aura des paradis fiscaux et aucune réglementations au niveau international, il y aura toujours des dealers, des mafias, des terroristes et des types qui en profitent pour blanchir ou pratiquer l’évasion fiscale...et ceci n’est que la partie visible de l’iceberg...
    En fait, c’est le système qui permet ces pratiques....

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