Témoignage 15/10/2012 à 11h08

Il n’y a pas que les profs qui souffrent dans l’Education nationale

Alain C.


Je suis agent d’accueil dans un lycée, dans la Loire. Je lis toujours avec attention les revendications des profs dans les médias. Leurs appréhensions, leurs difficultés, leur détresse. Moi, je trouve qu’ils se plaignent trop et se comportent comme si on leur devait tout. Non, pour les profs, tout n’est pas si noir.

Un autre personnel existe dans l’Education nationale. Il est préposé aux cantines, à la surveillance, à l’accueil, à l’entretien. Il ne fait pas de bruit et si sa « mission » est peut-être moins gratifiante, elle n’en est pas moins importante : sans nous non plus, les établissements ne tourneraient pas. Pourtant, personne n’en parle.

Leur job n’est pas un enfer

Nous travaillons plus de 40 heures par semaine, pour des salaires qui ne volent pas très haut. Il nous arrive de nous plaindre, mais sans la condescendance d’une certaine frange du corps enseignant, dont j’ai du mal à supporter les caprices. Leur douleur prend trop de place et n’est pas toujours justifiée.

Cela fait vingt ans que je travaille comme chargé d’accueil. Des professeurs, j’en ai vu défiler. Il y a du vrai dans ce qu’ils dénoncent, mais leur job n’est pas un enfer.

Making of

Alain (un pseudo), chargé d’accueil dans un lycée, a envoyé un e-mail à Rue89 suite à la parution de l’article « Profs en difficulté : “Si c’est le bordel dans votre classe, c’est votre faute”.

Il souhaitait notamment donner son point de vue sur le corps enseignant : “Ils devraient se remettre en question.” Nous l’avons appelé, puis retranscrit son témoignage.

Et puis, je n’arrive pas vraiment à m’émouvoir tant souvent, ils ne pensent qu’à leur petites personnes. Il n’y a qu’à voir la manière dont certains se comportent dans “la grande famille” de l’Education nationale. Avec nous par exemple.

Le matin, pas un bonjour. Quand ils nous disent merci, c’est un jour à marquer d’une pierre blanche. C’est vrai, dans l’Education nationale, nous sommes considérés comme des bonniches, je le concède. Mais quand même.

Ils foutent le bordel en salle des profs, oublient les lumières, les volets. Renversent du café, mais ne l’essuient pas. Ça n’a l’air de pas grand-chose dit comme ça, mais moi, je trouve ça représentatif d’un certain état d’esprit.

Tout doit leur être servi sur un plateau. Ce sont des enfants gâtés. Ils demandent du respect, sans pour autant se remettre en question quand ils en manquent.

J’ai du mal à être solidaire, car ils n’envisagent l’Education nationale qu’à travers leurs propres personnes.

Tout le monde souffre dans l’Education nationale

J’en ai assez que chaque fois que l’on parle des collèges, des lycées, c’est seulement d’eux qu’on parle, comme si les autres n’avaient rien à revendiquer. Je pourrais vous parler des chargés d’accueil, comme moi, auxquels personne ne s’intéresse.

Nous avons souvent un handicap – j’en ai un – et sommes condamnés à ne jamais évoluer. A rester chargés d’accueil jusqu’à la fin de notre carrière, avec un salaire, qui en dépit de l’ancienneté, oscille autour des 1 400 euros. Il nous arrive de faire des grèves, mais ça, tout le monde s’en fiche. Nous ne sommes pas professeurs, mais des bonniches.

Il y a tellement de choses à dire à propos de l’Education nationale, de problèmes à dénoncer. Les enseignants ne sont pas les seuls à souffrir et ça, ils l’oublient.

Car lorsqu’il y a des difficultés dans un établissement – pression, problèmes de discipline, dégradations – tout le monde en pâtit. Pas seulement les profs. Un peu d’humilité et de solidarité, s’il vous plaît.

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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  • séraphinlampion
    séraphinlampion
    Turluron
    • Posté à 11h47 le 15/10/2012
    • Internaute 104431
      Turluron

    « Il n’y a pas que les profs qui souffrent dans l’éducation nationale », c’est vrai. Pour avoir vécu les 2 côtés, prof et personnel encadrant, il est évident que la comparaison fait mal pour ce qui est du statut et du « prestige social » qu’on accorde à telle ou telle profession. D’autant qu’il y a de plus en plus de personnel précaire, employé en contrats aidés, payés des clopinettes et pas formés, par exemple pour l’accompagnement des élèves handicapés. Et que malgré tout, beaucoup de profs ne se bougent que pour protéger les acquis de leur profession.
    Mais ne soyez pas trop aigri, les profs aussi font un boulot difficile, ils sont de plus en plus dénigrés, pointés du doigt par certains pour rendre jaloux les plus pauvres qu’eux et pour qu’on ne pense pas trop aux vrais privilégiés, rentiers et autres parasites des conseils d’administration.
    Les profs profitent de ce qu’ils ont acquis par la lutte syndicale. Au lieu de maugréer en généralisant sur leur cas, battons nous plutôt pour un nivellement par le haut.

  • Piscosour
    Piscosour
    Bretagne
    • Posté à 12h15 le 15/10/2012
    • Internaute 192930
      Bretagne

    Voilà un témoignage intéressant. Comment quand on est déclassé dans la société, quand malgré les diplômes et les concours on a un salaire modeste, aucun prestige et des conditions de travail difficiles, on trouve malgré tout quelqu’un à mépriser pour se sentir exister. L’agrégé snobe le certifié, le certifié snobe le professeur contractuel et tous considèrent les femmes de ménage comme faisant partie du décor, des non-personnes qu’on ne daigne pas saluer dans l’escalier ou le couloir le matin. Et l’agent d’accueil, qui gère souvent la photocopieuse, est le seul adulte qu’on peut commander, et qu’on peut engueuler ... Et comme l’agent en question est souvent une femme, on ne va pas oublier un peu de harcèlement sexuel. C’est du vécu, j’ai été prof pendant trois décennies.

  • chippo74
    chippo74 répond à Piscosour
    membre de la société des cons, (...)
    • Posté à 12h57 le 15/10/2012
    • Internaute 79110
      membre de la société des cons, (...)

    Ca fait du bien d’entendre ce commentaire. Je suis dans la même situation que vous et comme vous, les agents sont les gens qui m’apportent le plus humainement parlant. Ils vivent dans la vraie vie et font des choses autre que partir en vacances. Leur discours n’est pas qu’une longue complainte perpétuelle en raport avec leur situation (parfois difficile, j’en conviens).

    Il est clair que tout ce personnel n’est pas valorisé comme il se doit. Leur travail est essentiel au bon fonctionnement des établissements. Malheureusement, ils sont trop souvent oublié lors des célébrations (retraite, nouvelle embauche,...) et ces petites choses qui paraissent anodines contribuent à ce ressentiment qui peut exister entre les enseignants / éducateurs et les non-enseignants.

  • Boudicca
    Boudicca
    Docdoc
    • Posté à 13h27 le 15/10/2012
    • Internaute 189052
      Docdoc

    Il serait intéressant de savoir dans quel type de bahut cette personne travaille. Je n’ai jamais pu observer chez les profs un comportement tel qu’elle le dénonce dans ce billet, et pourtant j’ai bossé en LP et en collège. les agents, « chez nous » participent aux réunions de concertation, au même titre que l’ensemble de la communauté éducative. Bien sûr qu’on leur dit bonjour, au revoir et merci ! et que leur travail est respecté, même si je veux bien admettre qu’un prof puisse de temps en temps oublier d’éteindre un ordinateur en salle des profs...chacun a un balai dans sa salle et le passe en fin de journée pour faciliter le travail des agents !
    Je pense que c’est la direction qui montre le chemin en matière de respect des agents. S’ils sont d’entrée intégrés à la communauté, ils bénéficieront de la même estime que tout le monde. S’ils sont dénigrés d’entrée, la pente sera plus dure à remonter.
    Mais tout de même, je m’étonne fortement qu’un tel comportement existe encore dans certains établissements, n’en ayant jamais rencontré au cours de ma carrière !

  • Stéphane Mantoux
    Stéphane Mantoux
    Il était une fois dans l' (...)
    • Posté à 16h10 le 15/10/2012
    • Internaute 58995
      Il était une fois dans l' (...)

    Bonjour,

    J’avais déjà réagi à l’intervention de cette même personne sur le billet cité par Rue89.
    J’ai effectivement constaté le mépris dont vous parlez, et même de profs se réclamant ouvertement de la gauche, ce qui me chagrine puisque je me revendique du même bord.
    Comme je le disais aussi précédemment, j’ai toujours veillé pour ma part dans ma courte carrière à saluer et discuter le plus possible avec les agents, qui sont des personnes essentielles dans les établissements scolaires, à plusieurs titres. Quand je suis parti, l’un d’entre eux me confiant d’ailleurs que mon attitude n’était pas la norme parmi mes collègues.
    Cependant, je ne pense pas qu’il faille généraliser comme vous le faites. Il est parfois difficile aussi de lier connaissance avec les agents, surtout quand on arrive dans un nouvel établissement : établir des contacts prend du temps.

    Un de mes meilleurs souvenirs a trait à ce genre de relations entre profs et personnel non-enseignant. Stagiaire en lycée, j’ai dû un jour courir après des élèves de lycée professionnel qui avaient balancé des cailloux dans la tronche d’une élève de 2nde générale que j’avais en classe, un mois après avoir débuté. J’ai alors dû me rendre dans le bureau de la vie scolaire du lycée professionnel, lieux que je connaissais alors pas du tout. La CPE m’a aidé à identifier la classe puis les élèves responsables (j’avais alors réussi à en attraper 2). Comme elle m’avait très bien accueilli et aidé et que je la voyais batailler dans son bureau avec des élèves tout sauf faciles, je lui ai apporté quelques jours après une boîte de chocolats. Je n’oublierai jamais le moment où je lui ai fait ce cadeau ni l’impression que cela m’a fait.

    Cordialement.

  • lepelican
    lepelican
    enseignante
    • Posté à 16h42 le 15/10/2012
    • Internaute 193792
      enseignante

    Bonjour,
    je trouve dommage de monter les uns contre les autres. Ce n’est pas parce que vous estimez être maltraité dans votre fonction, et certainement à juste titre, que les revendications des enseignants ne sont pas légitimes. Je suis enseignante - remplaçante (encore une catégorie méprisée dans l’éducation nationale) et je dis toujours bonjour, merci au revoir, pardon aux agents d’accueil des établissements où je passe. Par ailleurs, vous ne savez pas ce que vit un enseignant dans une classe et dans un établissement : ses difficultés, il les rencontre avec ses élèves mais aussi avec l’administration et avec les parents. J’aimerais qu’on arrête de dire que les enseignants se plaignent tout le temps à tort et à travers parce qu’ils font un travail monumental, très souvent méprisé ou tout simplement ignoré par la plupart des gens. Bien cordialement.

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