Gueule d’Hexagone 14/10/2012 à 10h12

Qu’est-ce qu’un étranger ? Réponse dans un village des Alpes

Elsa Fayner | Journaliste Rue89


L’instituteur de la classe unique de primaire va construire des maisons en carton avec sa classe à Saint-Paul-sur-Ubaye, en juin 2011 (Eléonore Henry de Frahan/Collectifargos.com)

(De Saint-Paul-sur-Ubaye) Ils ont quitté la Bretagne, Marseille ou l’Australie, changé de métier pour ce fond de vallée, Saint-Paul (Alpes-de-Haute-Provence), 220 habitants, dont certains n’ont jamais quitté leur village.

Les nouveaux venus deviennent-ils un jour d’« ici », ou restent-ils à jamais des « étrangers » ?

Chantal a acheté un gîte sur eBay

Le projet

Ce reportage de d’Elsa Fayner, responsable d’Eco89, est extrait du livre « Gueule d’Hexagone ». Pour le réaliser, six équipes, composées d’un rédacteur et d’un photographe, se sont rendues durant un mois dans six villes ou villages français : Sarcelles, Fos-sur-Mer, Charmes, Marseille, Plozévet et Saint-Paul-sur-Ubaye.

Le but de ce travail documentaire : réaliser un portrait d’une France qui se questionne sur son identité, ses valeurs, son avenir.

Symbole du village d’avant, un bar-tabac, tenu par Roger, ne fait plus tabac : l’indication a été rayée d’un trait net sur l’écriteau. Derrière Roger, lui-même derrière le bar, un panneau prévient : « horaires variables ».

Sur les cartes postales à vendre, les marmottes des années 80 font de l’œil aux écureuils jaunis. Ce bar, certains l’appellent encore « Radio mélèze », mais il n’est plus ce qu’il était.

Quand le gîte de La Souste a été repris, qu’une épicerie a ouvert en bas, qu’on y a servi le café gratuitement aux visiteurs, au soleil, sur la route la plus passante du hameau, « Radio mélèze » s’est remise à crépiter dans ces nouveaux locaux.

Le gîte est tenu par Jean-Luc et Chantal. Elle travaillait à Grenoble dans l’informatique, il était infirmier. Il est parti en préretraite, elle a démissionné. Pour chercher la montagne et un gîte à acheter sur eBay. C’est à Saint-Paul qu’ils ont atterri. Ils ne devaient pas passer le premier hiver, leur avait-on prédit. Les voilà ici depuis deux ans.

Christelle a rejoint son amoureux, prof de ski


Vous êtes ici

Saint-Paul abrite un centre de vacances pour les militaires et leurs familles. C’était autrefois un centre de réoxygénation pour les sous-mariniers, qui venaient respirer un peu après un long séjour en mer.

Aux portes de Saint-Paul, à La Condamine, il a permis à de nombreux visiteurs de découvrir les hameaux du bout du monde, d’en tomber amoureux et, pour certains, de revenir s’y installer. Comme Christelle :

« Je suivais alors des études de droit à Nantes. Un hiver, mon frère, qui était militaire, est venu au Centre de réoxygénation des sous-mariniers. C’était pas cher, je l’ai rejoint avec des amis pour le réveillon. C’est là que j’ai rencontré Lionel, le prof de ski des militaires. »

Quelques mois plus tard, la jeune femme traversait la France dans sa « petite Fiat » pour le rejoindre :

« J’avais dit à mes copines que je reviendrais bientôt. C’était il y a vingt ans. Lionel est ubayen depuis quatorze générations. Les notaires de Barcelonnette n’avaient pas de poste pour moi. Et quand l’un des deux m’a recontactée, j’avais déjà commencé à enchaîner les missions à la mairie, en CES (contrat emploi solidarité). »


Le premier soir de la transhumance, en octobre 2010 (Eléonore Henry de Frahan/Collectifargos.com)

Christelle a fini par être titularisée à la mairie :

« L’employée que j’ai remplacée m’a conseillé de ne pas trop m’investir, qu’il n’y avait aucune reconnaissance à attendre. Elle avait raison. Trois mois plus tard, elle est morte, et j’étais la seule de la mairie à me rendre à son enterrement.

Lionel, lui, ne sait pas ne pas travailler. Au début, il s’occupait de la traite du matin chez ses parents, puis il partait donner des cours de ski, et revenait pour la traite du soir. Il rentrait à la maison à 21h30. Ça s’est calmé ensuite. Et aujourd’hui, il dirige l’école de ski.

Nous sommes même partis récemment en vacances en Nouvelle-Calédonie. C’est même lui qui a eu l’idée. Il n’avait jamais pris l’avion. Dire que ma mère travaillait dans un aéroport et que mon père était pilote… »

Jacqueline résiste dans son hôtel-restau, Le Chamois bleu

En face du bar de Roger se dresse, fier et avenant, l’hôtel-restaurant du Chamois bleu. Le « repas des anciens » y est organisé par la mairie en ce mardi de juin, sous une tente, dans le jardin. Une gageure. Le Chamois bleu, ancienne institution, n’a plus bonne réputation chez les Saint-Paulains.

Les plus de 60 ans ont pris place autour de la grande table en U et s’attaquent déjà au rouge. D’un œil moqueur, un convive questionne :

« Il vient de l’Ubaye, le canard ? »

Un voisin renchérit devant son assiette :

« Ils ne l’ont pas tué hier en tout cas, on dirait… »

Pendant que tous ajoutent ostensiblement du sel au volatile. Et sourient poliment quand la patronne annonce de la « miche de l’Ubaye » au fromage, pour s’empresser, dès qu’elle a le dos tourné, de se demander ce que c’est. Une vieille dame commente :

« On n’a jamais entendu parler de miche de l’Ubaye ici. »

Et la tablée d’acquiescer en se resservant.

Jacqueline était comptable en Ile-de-France avant de reprendre Le Chamois bleu, avec son mari, voilà neuf ans :

« Nous venions en vacances depuis huit ans dans l’hôtel, et nous pensions avoir noué amitié avec le propriétaire. Quand il nous a proposé de nous le vendre, nous lui avons fait confiance. Nous n’avons pas même négocié le prix. Mais quand nous sommes arrivés, après 800 km de route, il ne restait plus un cadre aux murs, et à peine cinq paires de draps. Il avait tout embarqué. Pire : il n’avait pas tout mis aux normes. »

Les nouveaux propriétaires ont intenté un procès à leur prédécesseur :

« Nous avons gagné, mais nous nous sommes mis tout le monde à dos. Beaucoup ne nous disent pas bonjour ici. Alors on fait du copier-coller : on ne leur dit pas bonjour non plus, et on les regarde passer depuis la terrasse. »

Jacqueline et son mari ont également exposé dans l’entrée une sculpture bricolée, assemblage de boîtes de conserve et de cartons de plats surgelés. Le texte se veut ironique :

« Ici, on ne mange que des conserves et des surgelés. »

François le kiné trace les sentiers

François était kinésithérapeute à Barcelonnette. Il marchait et skiait avec une amie, Maro. Divorcée, elle est venue s’installer à Saint-Paul. François l’a suivie.

Maro court, et François trace des sentiers. A travers champs, à travers la forêt. Pour les touristes, pour que Maro puisse courir. Au grand désespoir des propriétaires des lieux traversés.

Maro se souvient, en soupirant, l’air résigné :

« Une fois, un paysan a hurlé en découvrant un chemin dégagé dans son champ. Il a exigé que François replante de l’herbe. Pauvre François… »

Une autre fois, c’est la mairie qui a été appelée, rappelle Christelle :

« Un habitant furieux racontait qu’un inconnu était en train d’abattre un arbre dans sa propriété. Il ne savait plus quoi faire pour l’en dissuader, il avait tout essayé. Mais le coupeur d’arbre était inflexible. C’était François. L’arbre se trouvait sur son sentier. Il ne voulait pas le faire dévier. »


Les propriétaires de la chambre d’hôtes Les Zélés en juin 2011. Corses, vivaient à Marseille avant de rejoindre le hameau de Maljasset (Eléonore Henry de Frahan/Collectifargos.com)

Christian, l’ancien régisseur du Moulin Rouge, se repose

Une coupure de courant, un vendredi soir. Dans sa petite maison, le long de la rue principale, déserte, Christian contemple le ciel sans étoile, qui pèse sur le fond étroit de la vallée. S’asseoir et attendre. Entre deux volutes de fumée de cigarette, l’homme aux longs cheveux blancs et aux lunettes sombres se souvient :

« Je me suis senti étouffer. Alors, j’ai enfourché ma moto, et j’ai roulé, roulé... Ce n’est qu’à Grenoble que j’ai commencé à respirer à nouveau. »

Dans sa tenue noire de cycliste, qui s’accorde étrangement avec son air de rockeur, Christian entretient son personnage, pose pour la photo. Rappelle qu’il a été régisseur au Moulin Rouge, à Paris. En a rapporté quelques lampes à franges rouges, un épais cendrier, une voix enfumée. Il provoque, l’air heureux malgré tout de pouvoir ressusciter quelques instants un tel passé :

« Pour moi, les filles, c’était devenu de la chair. Je ne les voyais plus à force d’aller et venir dans les coulisses. »

Christian a découvert Saint-Paul pendant son service militaire, chasseur alpin. Il y est revenu à la retraite, et confie ne pas avoir cherché à lier connaissance. Trop d’embrouilles. Tous les jours, pourtant, il franchit à vélo les 150 mètres qui le séparent du café de Roger. Quand il ne traîne pas à l’épicerie. Là, il lui arrive de croiser Patou qui n’a quitté Saint-Paul qu’une seule fois dans sa vie, pour ses « trois jours ». Bientôt, il le lui a promis, Christian l’emmènera au Moulin Rouge.

Patou n’a jamais quitté le village, sauf trois jours

Patrick se fait appeler Patou depuis toujours. Depuis toujours, il vit dans la même maison :

« Je n’ai jamais été un fortiche de l’école. J’ai arrêté en troisième et j’ai commencé à faire les saisons à la station de ski de Vars. D’abord comme plongeur dans un snack-bar, puis aux remontées mécaniques. En rentrant, j’allais soigner les bêtes.

J’ai fait le gardien des deux centrales électriques de Saint-Paul ensuite, pendant quatorze ans. Mais mon chef était assez con, j’ai fini par arrêter. J’ai repris les remontées mécaniques. »


Des parents d’élèves tiennent la buvette à la fête de la musique de Saint-Paul, en juin 2011 (Eléonore Henry de Frahan/Collectifargos.com)

Au départ, il n’a pas voulu quitter la maison de son enfance :

« Après, j’ai raté une étape. En 79, mon père est mort, j’ai repris l’exploitation. Puis ma mère est devenue âgée. En 86, elle s’est cassé le col du fémur. Il fallait la garder. J’ai arrêté de travailler aux remontées mécaniques.

Je n’ai jamais cherché à partir. Mon frère, il n’était pas comme moi. Dès qu’il a pu, il a pris son indépendance. Mais moi, ça ne me manque pas. C’est sûr que j’ai raté des virages. J’aurais pu avoir une vie ailleurs. Mais c’est un choix. Je ne suis pas parti.

Patou n’a pris le train qu’une fois dans sa vie :

“Pour faire mes trois jours à Tarascon. Ça ne m’a pas vraiment plu. Le manque d’habitude… Il fallait me voir à la gare Saint-Charles… On aurait dit un chien perdu. Et puis dans les grandes villes, les voitures qui brûlent, les viols, les agressions... Je lis ça dans La Provence et Le Dauphiné. C’est parce qu’on a laissé faire n’importe quoi, laissé entrer tout le monde. Comment on peut s’en débarrasser maintenant ?

L’histoire des stations de ski, c’est pareil. Ça a créé du travail, mais ça n’attire pas que du bon. Les vols de voitures, de skis, les trafics de drogues. La station de Praloup, c’est le petit Marseille. Les étrangers nous envahissent.”

Marielle sympathise avec les transhumants

Marielle s’est installée avec Fred à Saint-Paul voilà une vingtaine d’années. Ils ont repris l’atelier de jouets en bois. C’est le couple qui a instauré le pot-au-feu partagé avec quelques bergers quand ils “démontagnent”, début octobre :

“Finalement, les nouveaux arrivants s’entendent mieux avec les transhumants que les anciens.”

Marielle le prononce sur le ton du constat :

“Pour certains anciens, les bergers viennent voler l’herbe d’ici. Il y a des bergers qui sont accusés de pâturer trop tôt, par exemple. Mais quand c’est un éleveur d’ici qui fait de même, personne ne dit rien.”

Ce soir-là, elle a organisé une soirée pizza avec les “boiseux” du coin, ceux qui coupent et travaillent le bois. Parmi eux, un Saint-Paulain rebondit :

“C’est pas qu’on les aime pas [les transhumants, ndlr], mais ils sont étrangers, ils sont libres, comme dit la chanson de Brel. Et on ne veut pas les voir parce qu’ils risqueraient de déranger notre monde. Ils sont beaux. Ils ont des noms étranges. Je me souviens même d’un berger, près de chez moi, qui n’avait pas de nom.”


Sylvain, artisan à L’Isle-sur-la-Sorgue, est venu aider son ami berger Georges Maurin à “demontagner” (faire la transhumance), en octobre 2010 (Eléonore Henry de Frahan/Collectifargos.com)

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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Gueule d’Hexagone, six reportages en France, du collectif Argos
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  • endehors
    endehors répond à Nain Glumeux
    du radar
    • Posté à 11h14 le 14/10/2012
    • Internaute 142994
      du radar

    Même dans les grandes villes, on est parfois et on reste un étranger. Un de mes voisins est venu d’Espagne il y a presque 60 ans, il parle un français sans accent et a un nom qui ne sonne pas trop espagnol, pourtant on le voit toujours comme l’Espagnol...

  • olivierbart
    • Posté à 11h21 le 14/10/2012
    • Internaute 27902

    vivant dans les alpes du nord depuis 6 ans, originaire de Bretagne, et oui on peut être un étranger dans sont propre pays,ici on est du village que si on possède un caveau au cimetière ...
    De plus a notre arrivée avec ma femme originaire du nord (dont les parents sont originaire d’Algérie), on lui a demandé si elle était avec moi pour les papier...
    Je viens pourtant de la campagne mais la je suis tombé sur le cul ! !

  • dannnn
    dannnn
    modeste...et fier de l'être
    • Posté à 14h43 le 14/10/2012
    • Internaute 164993
      modeste...et fier de l'être

    Vivant à la campagne dans une région dépeuplée,je ne reconnais pas du tout ce que je connais dans cet article.On présente les habitants de souche comme des arriérés mentaux ,mauvaises langues ,fermés à toute approche ; c’est à dire une généralisation à partir de 2 ou 3 cas particuliers.D’autre part des néo-ruraux très folkloriques : celui qui trace des chemins et coupe un arbre dans des propriétés privées sans savoir qu’il existe un cadastre et que l’on n’est plus à l’époque de la conquête du far-west,ceux qui achètent un hôtel sans état des lieux ni inventaire.
    Je vois autour de moi tout le contraire,c’est à dire des gens qui choisissent de venir vivre à la campagne et qui sont intégrés à la vie du village très rapidement ,s’ils le souhaitent ; il suffit de parler à ses voisins (souvent des gens âgés qui ont besoin de petits services et sont ravis de voir une maison de plus habitée dans leur village),d’intégrer les différentes associations(parents d’élèves,foot,pétanque ,gymnastique,etc).Ces gens sont intégrés en quelques mois,ont rapidement un réseau amical,ne souhaiteraient en aucun cas repartir et souvent après quelques années ,d’autres membres de leur famille viennent habiter là à leur tour.Il y a de temps en temps des gens qui ne s’intègrent pas,mais en général ils ne le souhaitent pas,ils ont fait le choix de vivre de façon isolée et sont venus là pour çà.
    Cet article me parait être écrit pour satisfaire les fantasmes des gens qui pensent qu’il n’y a pas de vie possible au delà du périphérique.

  • castor74
    castor74
    auxiliaire de vie
    • Posté à 18h31 le 14/10/2012
    • Internaute 76554
      auxiliaire de vie

    je connais la question pour d autres raisons, je suis nè en haute savoie en 1952 de parents italiens du sud tyrol italien, lorsque j ais commencè mon parcours scolaire a l automne 1958 moi et mon frère on nous traitaient de sales macaronis de fascistes etc j y comprenais rien, j en ais parlè a ma mère qui m asdonnè ce conseil laisse les dire c est pas leurs faute leurs parents ont du leur raconter des fadaises en 1967 mes parents ont demenagè en savoie moi je faisais mes etudes chez les frères maristes la aussi le racisme etait present mon frère ainè as divorcè en 1984 en 1985 il est revenu en savoie quelques anneès plus tard s interessant a la vie de la commune il as etè conseiller municipal durant trois mandatures il me racontais que lors d une reunion du conseil municipal un des conseillersmunicipaux lui as dit ceci TOI L ETRANGER tu nas pas le droit de parler mon frère lui as retorquè ceci ça fais 30 ans que mes parents sont venus habiter sur la commune l autre as retorquè en haussant les epaules, du coup mon frère as finis son mandat et s est retirè des activitès communales cela ne l empeche pas de faire du caritatif etc ça me fait penser au sketch de FERNAND RAYNAUD je suis pas un imbecile puisque je suis douanier lasuite vous la connaissez quand les hommes vivrons d amour (air connu)

  • Le Savoyard
    Le Savoyard
    Près des cimes, loin des cons... (...)
    • Posté à 10h01 le 15/10/2012
    • Internaute 134255
      Près des cimes, loin des cons... (...)

    Qu’est-ce qu’un étranger dans un village des Alpes ? Eh bien tout dépend de qui vous répondra à la question...

    Pour les gens du cru, présents depuis des générations, celles-ci remontants pour certaines au Moyen Âge, ce sont à peu près toutes les personnes qui ne sont pas issues d’une famille présente depuis au moins 1900 dans le patelin. À la limite, s’ils sont originaires d’un village ou d’une petite ville voisine dont on connaît bien le patronyme, ça le fait. Mais s’il s’agit d’une ville importante (Chambéry ou Annecy), alors ce sera un gars ou une femme de la ville. Donc un étranger.

    Pour les gens qui se sont installés dans le coin pendant le siècle, des « étrangers » sont des personnes qui ne sont pas de la région. Par exemple, en Savoie, on considèrera « étranger » un Grenoblois ou un Lyonnais.

    Et pour les personnes qui se sont installées dans la région (en Savoie ou Hte-Savoie) depuis quelques décennies ou très récemment, les étrangers sont les seuls « vrais » étrangers : des gens qui ne sont pas Français.

    Enfin, c’est un regard global. Et les gens considèrent parfois au cas par cas. La grand-mère vit à la montagne depuis vingt-cinq ans et ne voudrait pour rien au monde retourner à Lyon. Mais elle reste une étrangère auprès des gens du cru. Son fils en revanche, l’oncle, est inséminateur : il vit dans le vrai car foutant ses bras dans le cul des vaches pour mettre le foutre du taureau dans l’utérus. Le jour où il partira à la retraite, tous les paysans du coin le regretteront. Lui est considéré du pays. Moi, je suis le petit-fils, et venant en vacances au village depuis que je suis né. Les gens du cru savent qui je suis et me considère comme un « demi-étranger », c’est-à-dire que j’ai jamais vécu dans le coin, mais je le connais très bien et sait qui sont les plus vieilles familles du bled. Ma famille a une partie de nos ancêtres qui ont vécu dans ce coin, mais on n’est pas considéré spécialement d’ici par les plus gros propriétaires terriens car nos origines sont surtout lyonnaises.

    Mais je vis entre le 73 et le 74 depuis dix ans, et je connais la région depuis tout petit. Alors quand on me dit que je suis pas d’ici, ça me fait toujours sourire...

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