Tribune des droits humains 11/10/2012 à 11h11

Peine de mort : « Je ne voulais pas être dans la peau d’un tueur »

Tribune des droits humains"

Alors que son père a été assassiné, l’Américain Renny Cushing est aujourd’hui l’un des leaders du mouvement abolitionniste aux Etats-Unis. Interview.


Manifestation solitaire contre la peine de mort, Washington DC, juin 2012 (CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)


Renny Cushing (www.ncadp.org)

En 1988, Renny Cushing a perdu son père. Abattu par un voisin. Malgré cette douleur extrême, lui qui était déjà un partisan de l’abolition de la peine de mort avant ce meurtre, n’a pas basculé.

Au contraire, ce membre du comité de pilotage de la Coalition mondiale contre la peine de mort est même devenu pionnier de la défense de la parole et des droits des familles de victimes de meurtres qui s’opposent aux exécutions capitales. Il était mercredi à Genève pour débattre du droit des victimes lors de la 10e Journée mondiale contre la peine de mort, et il a rencontré notre partenaire Tribune des droits humains.

Tribune des droits humains : N’avez-vous pas souhaité la mort de l’assassin de votre père ?

Renny Cushing : Quand les policiers m’ont appris le meurtre de mon père, j’étais abasourdi, j’agissais comme un automate et la gestion du quotidien a pris le pas sur la réflexion intellectuelle : savoir comment me lever le matin, regarder la chaise vide où mon père avait l’habitude de s’asseoir, soulager les pleurs de ma mère et faire face à ma propre douleur. Quand finalement je me suis mis à penser au tueur, non, l’idée d’une exécution ne m’est pas venue. En revanche, je voulais qu’il soit incarcéré et puni, ça oui.

C’était très important pour moi, dans ces moments-là, de rester très proche de mes convictions, cela me permettait de ne pas m’égarer. Si je m’étais laissé influencer par les actions du tueur et si j’avais changé d’avis sur la peine capitale, je perdais tout : mon père et mes valeurs. Je savais que je ne voulais pas qu’une autre famille [celle de l’assassin, ndlr] souffre autant que la mienne. Je ne voulais pas être dans la peau d’un tueur.

Vous avez créé Murder Victims’ Families for Human Rights. Que fait cette association ?

Nous l’avons créée pour porter la voix des victimes dans le débat mondial contre la peine capitale. Nous voulons pousser les abolitionnistes à traiter plus en profondeur les questions relatives à l’impunité des tueurs et aux réparations pour les victimes. Notre but est de construire une passerelle entre ceux qui font du plaidoyer pour les victimes et ceux qui défendent les délinquants, les droits de chacun devant être respectés.

Suite au viol et au meurtre de son fils de 10 ans en 1997, Bob Curley a été un fervent partisan de la réintroduction de la peine de mort dans le Massachusetts. Mais il a ensuite renoncé en déclarant que votre association lui avait apporté des réponses plus constructives. Sur quels mécanismes intellectuels vous appuyez-vous ?

Je ne dis jamais à une autre victime ce qu’elle devrait ressentir à propos de la peine de mort. Je l’écoute, je partage mon expérience, mais je ne cherche jamais à lui imposer mes idées. Je travaille tout en sachant que, souvent, j’ai bien plus en commun, au niveau de la douleur, avec un proche d’une victime de meurtre qui soutient la peine capitale qu’avec beaucoup de mes collègues du mouvement abolitionniste qui n’ont jamais connu pareille situation.

Après dix ans de Journée mondiale contre la peine de mort, le bilan est-il encourageant ?

Des progrès ont été constatés dans la reconnaissance du fait que, non, toutes les victimes ne soutiennent pas la peine de mort. Des Etats-Unis à la Mongolie, les membres des familles se prononcent en plus grand nombre contre ce « meurtre légal ». Nous essayons d’amener la communauté internationale à reconnaître que l’utilisation de la peine de mort est un abus de pouvoir. Il y a encore beaucoup de travail à faire aussi pour répondre aux besoins des victimes, en commençant par le soutien et l’indemnisation, ainsi que la résolution des meurtres non élucidés.

Publié initialement sur
Tribune des droits humains
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  • PaulTron
    PaulTron
    Ce champ sera visible par tous (...)
    • Posté à 11h37 le 11/10/2012
    • Internaute 168564
      Ce champ sera visible par tous (...)

    Cela fait plaisir de lire une tribune aussi constructive.
    Même dans les pays comme le notre, il y a encore des imbéciles rancuniers et fascistes qui tentent encore de rétablir cette odieuse peine, au nom de principes parfaitement inhumains et aussi abjectes que ceux commis par les bourreaux. Il y a effectivement du boulot, avant de faire abolir, et pour maintenir cette abolition.

    • nonolepetitrobot
      nonolepetitrobot répond à PaulTron
      gentil
      • Posté à 12h07 le 11/10/2012
      • Internaute 193607
        gentil

      Une société qui oblige la famille d’une victime violée et assassinée à financer à vie l’eau chaude de la douche quotidienne d’émile louis, comme ses soins dentaires et son shampoing, en payant docilement ses impôts ( sinon police huissier redressement)... n’est pas franchement plus morale.

      • Grasduc
        Grasduc répond à nonolepetitrobot
        Fainéant
        • Posté à 12h55 le 11/10/2012
        • Internaute 133162
          Fainéant

        Je doute fort que le gamin qui devint Emile Louis ait jamais souhaité devenir ce qu’il est devenu. La prison à vie n’est pas une solution de justice, juste un moyen d’éviter qu’un individu dangereux retourne dans la société.
        Vous m’objecterez que la peine de mort aboutit au même résultat, et j’aurais été d’accord avec vous par le passé, mais l’affaire Patrick Dils et d’autres du même acabit m’ont fait changer d’avis : en cas d’erreur judiciaire il est possible de faire sortir quelqu’un de prison, mais il est beaucoup plus difficile de le faire sortir de sa tombe...

      • lambertine
        lambertine répond à nonolepetitrobot
        Nulle part... ou ailleurs
        • Posté à 13h29 le 11/10/2012
        • Internaute 91509
          Nulle part... ou ailleurs

        Pas son shampoing...
        Bon, si on laissait les familles de victimes de meurtres (qui ne doivent ps êtres d’accord les unes avec les autres) en parler, plutôt que de parler à leur place et avec des « si » ?

      • lonesome
        lonesome répond à nonolepetitrobot
        un parmi tant d'autres
        • Posté à 16h49 le 11/10/2012
        • Internaute 165032
          un parmi tant d'autres

        La morale est quelque chose qui dépasse vos sentiments les plus primaires tout simplement.

      • mimi68
        mimi68 répond à nonolepetitrobot
        Dresseur d'octets
        • Posté à 19h14 le 11/10/2012
        • Internaute 109662
          Dresseur d'octets

        Pas la famille, la société...

        De plus une étude faite aux états unis révèle qu’un condamné à mort exécuté coutera plus cher à la société qu’un condamné à perpétuité.

        Après, je conçois que ce type d’argument simpliste puisse s’exprimer.

    • Pivar
      Pivar répond à PaulTron
      Pyropygiste
      • Posté à 11h59 le 11/10/2012
      • Internaute 160918
        Pyropygiste

      Ceux qui veulent rétablir la peine de mort ne sont pas forcément des fascistes. Un père qui perd son fils de 10 ans, violé et tué, et qui souhaite rétablir la peine de mort, n’est pas un fasciste.

      Je trouve beaucoup plus effrayant les réactions d’autres parents, qui après le meurtre de leur enfant se rue vers les médias pour appeler au calme, pour dire qu’il ne faut surtout pas stigmatiser l’assassin, qu’on lui pardonne, que le plus important reste le vivrensemble, faisons une marche blanche, un lâcher de ballons et oublions tout ça.

      Vous auriez été mieux inspiré de suivre la modération des propos de Renny Cushing.

      • We want a shrubbery
        We want a shrubbery répond à Pivar
        Fonctionnaire à chat. Ni!
        • Posté à 12h13 le 11/10/2012
        • Internaute 100046
          Fonctionnaire à chat. Ni!

        Oui, Aurélie Noubissi et Latifa Ibn Zlaten sont d’épouvantables pestes en manque de vedettariat, et ceux qui, tels Patrick Henry à l’issue du procès de Buffet et Bomtems, se massent à la sortie du tribunal pour écumer « à mort » ne feraient en fait pas de mal à une mouche...

    • Grasduc
      Grasduc répond à PaulTron
      Fainéant
      • Posté à 12h59 le 11/10/2012
      • Internaute 133162
        Fainéant

      « lire une tribune aussi constructive »
       » il y a encore des imbéciles rancuniers et fascistes »
      Votre deuxième phrase est en contradiction avec la première. Autant les arguments de l’article sont en effet constructifs, autant les vôtres ne le sont pas. Défendre son point de vue en se contentant d’insulter son contradicteur n’a jamais été productif.

    • PadmeAmidala
      PadmeAmidala répond à PaulTron
      Etudiante
      • Posté à 18h06 le 11/10/2012
      • Internaute 162337
        Etudiante

      Je ne suis pas sur qu’on puisse les qualifier de fascistes au sens de la doctrine initiale.
      Quoiqu’il en soit, il est vrai que certains profitent des drames pour ressortir la bonne vieille antienne du « rétablissement de la peine de mort », pour « éviter la récidive » (c’est claire que ça l’évite, pas les erreurs de justice hélas, au Etats-Unis, un 300ème condamné à mort vient d’etre finalement innocenté) et pour « l’exemple » (étrange, il y avait davantage d’homicides en France avant la suppression de la peine de mort).

      Je comprends les familles des victimes qui demandent le rétablissement de la peine de mort, car ce ’est pas leur raison (le plus souvent) qui parle mais leur coeur. Et qui peut leur en vouloir ? Elles veulent obtenir vengeance... Et c’est la que la Justice en tant qu’institution intervient, et qu’elle est si importante : nous sommes dans un Etat de droit, pas de faide.

      Cet homme est admirable par son courage et son humanité, le maintien de la peine de mort aux Etats Unis, Etat qui se targue de diffuser la bonne parole de la démocratie de le monde, est une honte.

  • We want a shrubbery
    We want a shrubbery
    Fonctionnaire à chat. Ni!
    • Posté à 12h29 le 11/10/2012
    • Internaute 100046
      Fonctionnaire à chat. Ni!

    Oui, ça fait du bien... Je me souviens d’avoir entendu à la radio Bud Welch, mentionné sur le site de l’association, après l’exécution de Tim McVeigh (c’était quelques jours avant les attentats du 11 septembre) : il disait que cette exécution ne lui rendait pas sa fille, et qu’en tant que père en deuil il pensait maintenant à la mère de McVeigh (dont il avait rencontré le père et la soeur). « La peine de mort est une affaire de vengeance et de haine, et c’est précisément la vengeance et la haine qui ont tué ma fille Julie et 167 autres personnes »... Combien d’entre nous, dans de telles circonstances, seraient capables d’autant de force et d’abnégation ?

    • Grasduc
      Grasduc répond à We want a shrubbery
      Fainéant
      • Posté à 13h03 le 11/10/2012
      • Internaute 133162
        Fainéant

      Bien d’accord. Si mon enfant était horriblement assassiné, je ne serais pas triste d’apprendre la mort de son assassin. Mais ça ne ressusciterait pas mon enfant et ça ne préviendrait pas l’assassinat d’autres enfants. Pire, s’il y avait eu erreur judiciaire, la peine de mort aurait eu pour effet de tuer un autre innocent.

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