Du calme 28/09/2012 à 18h47

Camp rom incendié à Marseille : pourquoi tout le monde s’est emballé

Camille Polloni | Journaliste Rue89

L’expulsion, jeudi soir, d’un camp de Roms par des riverains laisse des questions sans réponses. Surtout, elle ne doit pas être réduite à l’indignation qu’elle suscite.


Un homme se tient au milieu des meubles brûlés, à Marseille, le 28 septembre 2012 (Anne-Christine Poujoulat/AFP)

L’affaire suscite de très vives réactions ce vendredi. A Marseille, un groupe de riverains « excédés » par le camp de Roms installés à proximité de chez eux, auraient « pris les choses en main eux-mêmes » et expulsé manu militari les importuns, avant d’incendier le campement vide sous les yeux impassibles de la police.

Ratonnade, pogrom, milice... Les qualificatifs sont caractéristiques d’un emballement médiatique exemplaire, réduisant tout ce qu’il touche à la répétition d’atrocités passées, face à laquelle seule l’indignation est légitime. Pourtant, comme tout autre événement, cette histoire mérite d’être examinée pour ce qu’elle est, un ensemble complexe de faits. Certains ont été déformés et amplifiés.

Tout part d’une brève de La Provence, qui donne le ton. Elle est publiée jeudi soir à 21h54 :

« Inquiétant signe des temps. Ce soir, vers 19h30, une cinquantaine d’habitants à proximité de la cité des Créneaux ; dans les quartiers Nord de Marseille, se sont rassemblés pour procéder eux-mêmes à l’évacuation d’un camp de Roms qui s’étaient installés sur un terrain vague quatre jours plus tôt.

Après le départ de la quarantaine de personnes, les riverains ont aussi incendié tout ce qui restait du campement illicite. La police n’a pu que constater les faits, sans relever d’infraction. Ceux qui ont organisé cette expulsion reprochaient aux Roms plusieurs cambriolages qui s’étaient produits à proximité immédiate du campement. »

Appel à l’imaginaire

L’information est rapidement reprise dans une dépêche AFP vendredi matin. Ces faits sont très graves et le contexte les dramatise un peu plus :

  • Ils entrent en résonance avec les affrontements violents qui ont eu lieu entre Roms et nationaux ailleurs en Europe. Chacun a en tête des images d’affrontements en Italie, en Grèce ou en Hongrie ces dernières années.
  • Plusieurs tentatives d’incendies de camps de Roms, souvent nocturnes, sont à déplorer en France ces dernières années. Comme à Vaulx-en-Velin en mars.
  • L’incendie qui a suivi l’intimidation des Roms renforce le sentiment d’une expédition punitive. L’épisode convoque l’imaginaire des milices.
  • La police semble avoir assisté à toute la scène sans rien faire et sans interpeller les auteurs de l’incendie.

Les communiqués des associations emploient des mots très forts : « punition collective », « expulsion violente préméditée », « exactions racistes ».

Il est encore tôt pour comprendre ce qui s’est passé. Mais la situation semble à la fois plus complexe et plus banale que tout ce qui précède.

Ce qu’on sait

  • Le terrain occupé

Les Roms se sont installés le 23 septembre dans le quartier des Créneaux. Cette cité HLM composée de quatre tours est en cours de démolition : trois sont déjà détruites, une dernière subsiste. Les derniers habitants refusent d’en partir.

Reportage à la cité des Créneaux

LCM, octobre 2011

C’est dans l’espace vide, libéré par la destruction des immeubles, que se sont installés les Roms. A proximité immédiate des derniers habitants de la cité, et non loin des pavillons où ont été relogés les anciens locataires, partis contre leur gré.

D’après un journaliste de La Marseillaise sur place, il faut bien garder en tête une situation de « revanche ». « Tous les habitants m’ont dit : nous on nous vire, et les Roms on ne les vire pas. »

  • Les habitants avaient prévenu leur maire

La maire du XVe arrondissement de Marseille, Samia Ghali, a reçu les riverains jeudi matin. Ils avaient demandé son aide pour accélérer l’expulsion du camp. La maire dit avoir prévenu « la police du quartier » et « le bailleur ».

  • La police était sur place

D’après Samia Ghali :

« C’est quand la situation menaçait de dégénérer parce que les riverains voulaient faire partir les Roms que la police est venue, sans doute appelée par les Roms eux-mêmes. C’est la police qui a fait partir les Roms car ils étaient en situation dangereuse. »

Dans un communiqué envoyé ce vendredi à 12h45, la préfecture confirme que la police est arrivée dès le début de l’altercation, appelée « par un riverain et un membre de la communauté rom ». Elle se serait « interposée pour éviter tout incident ». Les policiers ont bien assisté au départ des Roms :

« Les occupants du campement (40 adultes et 15 enfants, 8 caravanes et 13 voitures) ont indiqué spontanément vouloir quitter les lieux, ce qu’ils ont fait sans délai sous la protection policière, abandonnant sur place les logements de fortune, ainsi que leurs détritus et divers meubles et encombrants. »

Ce qu’on ne sait pas

Selon le communiqué de la préfecture, les faits se sont produits en deux temps. D’abord les Roms partent, puis l’incendie se déclenche, plus de deux heures après, c’est-à-dire vers 22 heures.

Cela nuance l’image d’une foule en délire déterminée à tout brûler sur son passage. Mais il reste de nombreuses questions.

D’abord, les policiers avaient-ils déjà quitté les lieux au moment de l’incendie ? Apparemment oui, puisque la préfecture précise :

« Un équipage dépêché sur place constatait qu’une surface d’environ 5 m² sur l’emprise du campement abandonné présente les traces d’un incendie et comporte une carcasse de réfrigérateur et divers encombrants calcinés. »

Pourquoi restait-il des affaires sur place ? Les Roms n’ont-ils pas eu le temps de les emporter, ou les ont-ils laissées là volontairement ?

Avant de quitter les lieux, les policiers ont-ils demandé aux riverains de rentrer chez eux ? Leur ont-ils conseillé d’adopter une attitude particulière, de laisser les objets où ils étaient, de s’en débarrasser ? L’auteur de l’incendie est-il identifié ?

La préfecture se refusant à des commentaires supplémentaires, ces questions restent pour l’instant en suspens.

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  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable absolument
    • Posté à 19h12 le 28/09/2012
    • Internaute 53186
      inconsolable absolument

    C’est la faute aux pauvres si la gestion de l’Europe merde depuis plus de 60 ans, z’avaient qu’à mieux voter merde !

    Même Mermet est tombé dans le panneau : Là-bas si j’y suis / France Inter

  • Ruskoff
    Ruskoff
    palefrenier
    • Posté à 19h35 le 28/09/2012
    • 181108
      palefrenier

    C’est très bien de nuancer, mais pensez vous que les discours sarkozistes suivi des actes d’Hortefeux et Guean puis du socialiste Manuel Valls aient eu une influence ou pas ?
    Que pensez vous de l’ambiance mis en place par les hommes politiques (de droite et de gauche) ?

  • Riboulbo
    Riboulbo
    Dissident de la pensée partisane (...)
    • Posté à 19h37 le 28/09/2012
    • Internaute 48839
      Dissident de la pensée partisane (...)

    Un geste d’intolérance et de haine pure, c’est tout. Faut arrêter d’essayer de tout justifier. C’est dit dans l’article : « on nous vire nous, et pas les roms ». Alors comme ils ont un sens de la justice très pointu, et bien ils pourrissent les roms plutôt que de pourrir les gens à l’origine de la destruction des immeubles.
    Si l’état français accordait plus d’estime à cette communauté, peut-être qu’ils vivraient dans des manières plus décente, peut-être que leur précarité n’agacerait plus les bons français, peut-être qu’on ne se retrouverait pas avec des raids « citoyens » sur les bras qui font peine à voir. J’ai honte, franchement.
    Voila à quoi mènent les discours de haine vis à vis de l’étranger que nous distillent les hommes et femmes politiques régulièrement depuis des mois, pour ne pas dire des années.

  • licia
    licia
    de-ci de-là
    • Posté à 20h19 le 28/09/2012
    • Internaute 118601
      de-ci de-là

    Il n’empêche que, un cambriolage dont personne ne sait qui l’a fait, quelqu’un montre du doigt le camp de Roms, peu à peu, sans même savoir, les esprits s’échauffent, accusent, la tension monte, et comme la loi et son bras défensif la police ne fait rien, le bon peuple décide de faire lui même ce qui lui semble justement son droit.
    Sauf que, il n’y a aucune preuve de rien, et c’est juste sur une stigmatisation envers des individus plus fragiles et plus pauvres que ce bon peuple justicier s’en prend.
    Même a ce niveau de pauvreté il y a ce combat entre ces pauvres- riches qui veulent protéger leurs maigres biens et les autres qui ont encore moins qu’eux.
    On trouve toujours plus pauvre que soi a stigmatiser, comme on trouve toujours plus riche à jalouser.
    Drôle de société de pauvreté.
    Et si c’était en plus un certain racisme ?

  • Tremolos
    Tremolos
    Branleur censuré (2)
    • Posté à 03h14 le 29/09/2012
    • Internaute 192528
      Branleur censuré (2)

    Schema malheureusement classique....

    On a des gens dans des situations difficiles, on laisse les situations pourrir, souvent on s’arrange pour mettre tout le monde dans le meme « bocal », soit directement, soit indirectement a force de repousser toujours repousser vers ailleurs.... les gens dans la merde se retrouve au meme endroit... tension, frustration et le « derapage » arrive.... la haine, la paranoia, la colere prend le dessus....

    Petite experience : mettez dans une fosse une bande d’affamées... jetez un quignon de pain, offusquez vous de leurs manque de « savoir-vivre » et tirez en la conclusion qu’il y’a pas moyen d’interagir avec ses sauvages...
    Bah oui... pourquoi s’interroger sur la situation de chacun quand on peut prendre partie pour l’un ou contre tous ? individualisons et dedouanons nous collectivement, cherchons le mechant, pour lui coller tout sur le dos....

  • huutaa
    huutaa
    Même pas avec des pincettes.
    • Posté à 10h21 le 29/09/2012
    • 183774
      Même pas avec des pincettes.

    Les « emballements » de Daniel Schneidermann

    Lien

    Daniel Schneidermann est l’homme d’un concept : l’emballement médiatique. Nous avions ici même, à propos de la fausse agression du RER D, discuté la validité de ce « principe explicatif ». Mais qui « s’emballe » ? Apparemment Daniel Schneidermann : d’abord dans la chronique « Médiatiques » parue le 17 mars 2006 dans Libération ; ensuite lors de l’émission « Arrêt sur images » diffusée le 26 mars 2006 sur France 5.

    « Emballement » du chroniqueur

    Bien que le terme d’emballement n’apparaisse pas dans la chronique publiée par Libération, le phénomène que prétend analyser Daniel Schneidermann correspond bien aux « symptômes simples » décrits dans l’introduction du Cauchemar médiatique (Denoël, 2003) : « Quand, dans les mêmes heures, les mêmes jours, les mêmes semaines, vous entendez tomber en grêle des messages convergeant par mille bouches, de votre entourage familial, amical, professionnel, ou des médias (autrement dit, de plusieurs sources sans aucune connexion apparente) et quand ces messages se succèdent à une cadence assez rapide pour ne laisser aucune chance à la moindre tentative critique, alors vous êtes déjà au cœur de l’emballement. »

  • Stéphane Mantoux
    Stéphane Mantoux répond à akira
    Il était une fois dans l' (...)
    • Posté à 11h03 le 29/09/2012
    • Internaute 58995
      Il était une fois dans l' (...)

    Je ne justifie rien du tout.
    Je ne cautionne absolument pas les personnes qui se font justice elles-mêmes, bien au contraire.
    Je remarque simplement que la situation est provoquée par une absence de l’Etat, qui laisse des personnes sur la touche -habitants du quartier ou Roms.
    Après, il est évident que ces derniers ne sont visiblement pas les bienvenus sur place, mais sur ce point, malheureusement, rien de nouveau, ce qui est tout aussi dramatique.

    Cordialement.

  • Alenek
    Alenek répond à a schweizer
    • Posté à 13h42 le 29/09/2012
    • Internaute 158354

    L’habitude du traitement des roms c’est indiqué ici dans l’article :

    « Ces faits sont très graves et le contexte les dramatise un peu plus :

    Ils entrent en résonance avec les affrontements violents qui ont eu lieu entre Roms et nationaux ailleurs en Europe. Chacun a en tête des images d’affrontements en Italie, en Grèce ou en Hongrie ces dernières années.
    Plusieurs tentatives d’incendies de camps de Roms, souvent nocturnes, sont à déplorer en France ces dernières années. Comme à Vaulx-en-Velin en mars. »

    La population roms ( qui n’a rien à voir avec les roumains... ) est une population mondialement persécuté depuis des siècles . Chez nous ( en France ) cette persécution date du XVIIéme et est presque devenue une tradition. Tradition contre laquelle nos philosophes, dont on est si fier, ne se sont pas empresser de se battre. Ils l’ont d’ailleurs nourrie en propageant l’opinion que nous avons encore aujourd’hui de ce peuple : vagabonds, voleurs , mendiants, vulgaires et sales ...

    De plus actuellement, c’est un peuple qui même si il le voulait ne pourrait pas s’intégrer , car stigmatiser depuis des siècles, sans terre, et avec un statu différent du nôtre .

    Alors, c’est sur que c’est loin d’être ce que l’on peut imaginer au premier abord avec les articles précédant, mais la situation de ce peuple reste un problème à résoudre, non pas en le déplaçant continuellement mais en faisant un travail culturel des deux cotés du mur qui sépare leur camp du notre, c’est à dire faire tomber les clichés, travailler les opinions, faire en sorte que les réflexes que nous détenons de nos ancêtres s’arrêtent.
    Et je dis bien cela dans les deux populations concernées : la notre et celle des roms. Ça je pense, ça serait une belle mission de citoyen, et une belle preuve de démocratie. Mais c’est sur que ça ne sera pas facile.

    Nous devrions rêver du jour, ou les roms comme les populations françaises puissent réellement choisir au delà de leur tradition ancestrale d’être nomade ou non.
    Tout comme pour un autre sujet : ils seraient agréable que la culture de nos enfants face que d’eux même ils puissent un jour ou l’autre choisir réellement leur religion ( ou l’athéisme ) qu’elle soit catholique, musulmane , sikh et autre.

    ps : D’ailleurs ce serait bien que les journalistes fassent plus souvent des articles comme cela avant de crier au loup constamment .
    Les journalistes vivant dans une démocratie ne devraient ils pas véhiculer de l’information aidant à la compréhension, à la réflexion, et ainsi promouvoir la paix et non pas pour véhiculer des clichés de peurs, cela en faisant un travail misérable stigmatisant une population pour que le peuple calme ses nerfs dessus ? La réaction est dangereuse, l’action d’écrire valeureuse .

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