Témoignage 27/09/2012 à 18h38

Mère chômeuse, je suis coincée au foyer

Ombline G.


Elle dépensait son smic en essence et nourrice. Aujourd’hui sans-emploi, son fils n’a droit ni à la garderie, ni à la cantine.


Des jouets sur un tapis (Janineomg/Flickr/CC)

Tout a commencé à la naissance de mon fils, il y a trois ans. J’étais alors hôtesse d’accueil pour une grosse multinationale. Je préparais les voyages des employés, les réunions, je m’occupais de l’archivage et de la mise en ligne de tous les documents de la société, je passais des commandes… Le tout payé comme une hôtesse !

A mon retour de congé maternité, je me suis rendue compte que le mode de vie que ce travail impliquait ne me convenait pas :

  • je me sentais un peu arnaquée au niveau du salaire : j’étais payée le smic pour 35 heures – je devais en fait être présente 39 heures (et on oubliait parfois de me payer ou de comptabiliser mes congés payés) ;
  • je roulais 120 km par jour [coût, en moyenne : 672 euros par mois, ndlr] compensée par une prime essence de 40 euros ;
  • je laissais mon fils douze heures par jours à une nourrice à qui je donnais la quasi-totalité de mon salaire (le reste me servant à payer l’essence pour aller au travail).

J’ai donc demandé un changement de poste pour me rapprocher de chez moi ou un 80% pour avoir un peu plus de temps. Il me fallait en gros soit du temps, soit de l’argent. Ils m’ont répondu que j’aurais du temps… Et j’ai découvert les joies d’être une maman chômeuse !

Sur une liste d’attente pour la crèche

Lorsque la nourrice de mon fils a appris que j’étais devenue chômeuse, elle n’a pas hésité : elle a démissionné (de peur de perdre ses revenus avec un enfant à « temps partiel »).

Pas grave, me dis-je, je vais mettre mon enfant à la garderie de mon petit village des Bouches-du-Rhône, le temps de retrouver du travail. Oui mais non. Les enfants de chômeurs ne sont absolument pas prioritaires : puisqu’on est sans activité, on peut les garder avec nous ! Et comme on doit les garder avec nous, on est sans activité.

Mon fils est donc inscrit sur liste d’attente pour la crèche et pour la halte-garderie (il doit toujours y être aujourd’hui). Je vous passe les réflexions des employées de mairie quand je leur ai demandé si mon fils serait pris rapidement quand j’aurais retrouvé du travail (« Non madame, vous faites comme toutes les autres mamans, vous refusez l’emploi »).

Payer une nourrice quand on est au chômage, c’est déjà très difficile. Mais en trouver une qui accepte de prendre un enfant à temps partiel pendant que l’on est au chômage et qui pourrait augmenter le nombre d’heures de garde plus tard (sans savoir quand, combien ou à quels horaires), c’est carrément mission impossible dans ma région !

Pas de cantine pour les enfants chômeurs

Je dois confesser que j’ai fini par laisser tomber mes recherches d’emploi en attendant l’école (ça tombait pas trop mal, les allocations chômage s’arrêtaient quelques semaines avant la rentrée). Mais je n’ai pas l’âme d’une mère au foyer : je me suis ennuyée, j’ai même sérieusement déprimé…

Et puis on m’a tellement dit :

« Reprend le boulot, ça te fera du bien tu verras ! »

On a tellement pas compris ce que je vivais, on m’a tellement prise pour une profiteuse ou une feignasse ou même les deux en même temps. J’ai fini par être sérieusement démoralisée.

Cantine
Le règlement de la cantine du village stipule qu’elle est réservée « en priorité à ceux n’ayant pas de possibilité d’accueil pour le repas de midi et dans la limite des places disponibles. » Quand « un seul parent travaille », l’enfant est admis qu’une fois par semaine. E. Br.

Et puis récemment mon fils est entré à l’école. Quelle joie de le voir grandir ! Et puis aussi, quel soulagement d’avoir un peu de temps à moi, de pouvoir enfin retrouver du travail (euh, essayer). C’est là qu’on m’a annoncé que les enfants de chômeurs n’étaient pas autorisés à aller à la cantine comme les autres.

Et attention, je ne parle pas d’une aide financière, je parle d’un refus d’accès en payant comme tout le monde. Les entretiens ne sont pas tous les jours (hélas !) mais il faut en général prévenir sept jours à l’avance lorsque nous avons besoin de mettre notre enfant à la cantine pour cause d’indisponibilité (entretien d’embauche par exemple)...

La mère, une emmerdeuse

Vous en connaissez beaucoup des employeurs qui attendent une semaine qu’on soit disponible pour un entretien ? Et on ne parle pas d’un rendez-vous à l’heure du repas mais de rendez-vous dans la journée.

Imaginez que j’ai un rendez-vous à 45 minutes de route de mon domicile (ce qui est fréquent : j’habite à environ une heure du « bassin d’emploi » de ma région) : en partant à 8h45, j’arrive à 9h30, il faut donc que je sois impérativement repartie à 10h30 de mon entretien pour aller chercher mon fils à l’école à 11h20.

J’ai donc une heure pour passer mon entretien, ni plus ni moins. Pas possible d’imaginer que l’employeur soit un peu en retard ou que l’entretien dure un peu. Si tel est le cas, je suis obligée de trouver un moyen de partir rapidement au beau milieu du rendez-vous.

Mon conjoint, le père de mon fils, travaille en horaires décalés, sans
emploi du temps fixe : il commence très tôt le matin ou fini tard le soir.
Dans les deux cas, il est absent le midi.

Etre mère est un handicap. C’est en tout cas considéré comme tel par les employeurs (si elle en a un, elle va nous faire le deuxième en cours de route, elle va prendre des journées enfant malade, demander ses mercredis et prendre ses congés pendant les vacances scolaires, l’emmerdeuse !).

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  • kodiak
    kodiak
    myope
    • Posté à 22h14 le 27/09/2012
    • Internaute 148655
      myope

    Ce que j’en ai marre de relire à chaque papier sur ces témoignages in-situ les éternels commentateurs spécialistes du : « C’est bizarre ce témoignageuh... Je ne vois pas en quoi... Au lieu de se plaindre... et pis d’abord c’est pourquoi qu’on ne nous parle pas du père ... ». Nom de dieu de bordel de merde si ça sert à ça de mettre à disposition du lecteur des petites tranches de vie ben c’est pas à votre honneur les gars. On dirait de hardis notaires de province qui glosent sur des sujets « de la ville » en sirotant leurs boissons d’héritiers. De vrais petits Bouvards et Pécuchets virtuels. Et encore, c’est pas sympa pour ces deux-là.

  • MarxForEver
    MarxForEver répond à Tom-
    L'argent n'existe pas
    • Posté à 03h56 le 28/09/2012
    • Internaute 124072
      L'argent n'existe pas

    A s’obnubiler de cette personne, de la critiquer et de vouloir refaire sa vie, on reste au niveau de la discussion de comptoirs et on rate des points essentiels.

    Il est évident que sa situation découle d’une problématique sous-entendue dans l’article et qui la dépasse : l’aménagement du territoire.

    Pour des raisons budgétaires, les administrations ont été concentrées dans un nombre réduit de communes, entrainant la concentration de l’activité économique. Ces quelques communes forment le bassin d’emploi. Elles récoltent les taxes générées par l’activité économique, tout en ayant des frais d’infrastructures réduits puisque les salariés n’y habitent pas.

    Quant à elles, les communes périphériques du bassin d’emploi hébergent les salariés et doivent donc faire des dépenses d’équipement collectifs (crêches, cantines etc...) qui provoquent leur appauvrissement puisqu’elles ne reçoivent pas les revenus du travail de leurs habitants.

    Tous les problèmes de cette personne découlent de ce schéma :
    - elle aurait moins de difficultés à passer des entretiens proches de son domicile
    - avec de l’emploi local, elle aurait moins de frais de déplacement et polluerait moins
    - sa commune aurait plus de places de crêche et de cantine si elle hébergeait une partie au moins de l’activité économique de ses habitants

    Effectivement cette personne restera bloquée ad vitam aeternam dans les structures d’insertion. Dans son cas discuter de ses motivations, de l’emploi du temps du père ou autres fadaises ne mènera à rien, car c’est agir au mauvais niveau de sa problématique. Son problème, c’est le modèle de développement de sa région et c’est à niveau qu’il faut agir.

  • Taladris
    Taladris
    Ancien observateur
    • Posté à 06h07 le 28/09/2012
    • Internaute 141499
      Ancien observateur

    « Mais en trouver une qui accepte de prendre un enfant à temps partiel, c’est carrément mission impossible dans ma région ! “

    Dans mon coin de campagne bourguignonne (pas si perdu que cela), beaucoup de nourrices sont des femmes au foyer ou des retraitées qui exercent ce métier pour avoir un petit complément au revenu de leur mari ou un complément à leur retraite. Le temps partiel ne pose pas de problème en général (certains enfants ne sont gardés que pour le goûter en attendant que les parents sortent du travail). Cela n’existe pas dans le Sud ? Ce ne sont pas les vieux qui manquent pourtant !

    Une réflexion sur la solitude de cette femme et les commentaires s’étonnant qu’elle n’ait aucun voisin pour la dépanner : quand on essaye d’aller de l’avant mais que son élan est bloqué par les institutions qui refusent d’aider, au bout d’un moment, on n’ose plus rien entreprendre et même demander un petit service paraît insurmontable. Cela ressemble à une forme de déprime ou de dépression.

  • Jerome_B
    Jerome_B répond à Iv
    • Posté à 09h17 le 28/09/2012
    • Expert 81512

    Et vous, vous n’envisagez pas de vous occuper de vos enfants ? Pour ma part, je partage les tâches ménagères avec ma femme ainsi que l’éducation des enfants. Ma femme est à 80%, j’ai demandé la même chose mais ça m’a été refusé par mon employeur ....... c’est pourtant un bon système pour partager l’éducation des enfants mais apparemment, les mentalités sont encore un peu archaïques sur le sujet ........

  • vieilanarfatigué
    vieilanarfatigué répond à simla
    Changer le monde, c'est se (...)
    • Posté à 09h32 le 28/09/2012
    • Internaute 125168
      Changer le monde, c'est se (...)

    Ben , on habite en Creuse , pays plus connu sous un nom non dénué de fondement ( si vous voyez ce que je veux dire) et ma meilleure amie vient de monter une MAM (maison des assistantes maternelles) avec la mairie, la CAF, le crédit agricole, la MSA, etc...qui ont soutenu le projet.ça a été un peu long et délicat car c’est nouveau, mais ça marche et un peu trop bien .
    12 à 15 enfants de moins de 3 ans pour 3 nounous....ambiance garantie !
    En milieu rural, il y a de la demande.Bien sur, il y a des endroits où c’est inenvisageable, mais si le bled possède une école qui fonctionne bien, ce genre de prestation et de structure fonctionne.

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