Un peu tard 21/09/2012 à 16h11

Berlin veut interdire la vente de logiciels de surveillance aux tyrans

Camille Polloni | Journaliste Rue89


Le robot Wall-E devant un clavier d’ordinateur (Arthur40A/Flickr/CC)

Comment éviter que des régimes autoritaires utilisent des technologies de surveillance européennes pour contrôler leur population et pourchasser leurs opposants, comme en Libye et en Syrie ?

Le ministre des Affaires étrangères allemand, Guido Westerwelle, envisage de réglementer la question. Il l’a annoncé lors d’une conférence :

« Les sites qui facilitent la coordination des activistes peuvent aussi être infiltrés et utilisés pour traquer les individus impliqués.

Ces régimes ne doivent pas obtenir les instruments techniques qui leur permettent d’espionner leurs citoyens. »

Le ministre est resté vague dans ses intentions : pas de calendrier, pas de détail sur les technologies en question. Mais il affirme plaider pour des décisions communes au niveau européen.

Pourtant, comme le rappelait au début du mois le député de gauche Andrej Hunko, la police allemande aurait elle-même contribué à la répression des opposants biélorusses lors d’un séminaire à Minsk, en juin 2009 :

« Les Allemands ont appris à la police comment utiliser les technologies d’espionnage modernes contre les manifestants. »

Une entreprise française épinglée

Pour l’instant, les restrictions à l’exportation ne s’appliquent qu’aux technologies à usage militaire explicite. Un gouvernement étranger (et dictatorial) peut tout de même acheter des logiciels de surveillance des communications s’il invoque la lutte contre le terrorisme ou le crime organisé.

C’est ce qui s’est passé en Libye, où l’entreprise française Amesys a vendu son logiciel « Eagle » au régime de Kadhafi. Officiellement, l’Etat cherchait à identifier « les terroristes » et « les pédophiles ».

En réalité, il s’en est servi pour espionner ses opposants, comme l’a montré le journaliste Paul Moreira dans son documentaire diffusé en mars, « Traqués ».

« Traqués », de Paul Moreira

La justice a depuis ouvert une enquête pour complicité d’actes de torture. D’après le site d’information Reflets, qui s’est intéressé très tôt à Amesys, des technologies similaires auraient été vendues par la firme française au Maroc.

Des dizaines de complices européens

Au moins trente compagnies britanniques ont également collaboré avec des régimes dictatoriaux (Syrie, Iran, Yémen et Bahreïn) en leur vendant des logiciels espions et des IMSI-catchers (des appareils qui détournent les communications des téléphones portables). C’est aussi le cas d’une cinquantaine d’entreprises américaines.

En décembre 2011, WikiLeaks publie les « Spyfiles », un ensemble de documents donnant une idée de l’ampleur de la surveillance. En France, l’initiative est relayée par Owni :

« A ce jour, nous avons répertorié 124 de ces marchands d’armes de surveillance, utilisant des technologies d’interception, dont 32 aux Etats-Unis, 17 au Royaume-Uni, 15 en Allemagne, 10 en Israël, 8 en France et 7 en Italie…

A l’instar des marchands d’armes “traditionnels”, la majeure partie d’entre eux sont situés dans des pays riches, et démocratiques. Douze des 26 pays recensés font ainsi partie de l’Union européenne qui, au total, totalise 62 de ces entreprises. »

L’Union européenne à la remorque

Le Conseil de l’Union européenne a interdit la vente d’outils de surveillance des communications à la Syrie en décembre 2011 et à l’Iran en mars 2012. C’est-à-dire très tard, et au milieu d’autres sanctions économiques.

En avril, le Parlement européen vote une résolution visant à surveiller l’exportation de la surveillance... si la Commission européenne veut bien s’en occuper.

« La résolution invite la Commission européenne à proposer, d’ici 2013, des règles en vue d’améliorer la surveillance de l’exportation de produits ou services susceptibles d’être utilisés pour censurer ou bloquer les sites web et pour surveiller les communications mobiles.

Elle demande également davantage de soutien dans le but de promouvoir la liberté des médias et de protéger les journalistes indépendants et les blogueurs. »

Entre les régimes qui ont déjà acquis les outils pour surveiller leur population, et l’inertie de l’Union européenne en la matière, un certain nombre de dictateurs devraient pouvoir censurer Internet et surveiller leurs opposants encore quelque temps.

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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  • 14 réactions
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  • Bad Lieutenant
    Bad Lieutenant
    Bisounours de combat
    • Posté à 16h27 le 21/09/2012
    • Internaute 190065
      Bisounours de combat

    Berlin ne veut plus de l’argent des tyrans « voyants »...

    • jino83
      jino83 répond à Bad Lieutenant
      • Posté à 10h37 le 22/09/2012
      • 159282

      C’est tellement mieux pour l’image de vendre des logiciels de contrôles ( que les tyrans adorent ) uniquement aux « démocraties » qui présente bien ... et qui compte l’utilisé uniquement pour le bien de leur peuple bien entendu ...pas comme les « tyrans » .

      • Bad Lieutenant
        Bad Lieutenant répond à jino83
        Bisounours de combat
        • Posté à 11h45 le 22/09/2012
        • Internaute 190065
          Bisounours de combat

        ils sont pathétiques ces gens là mais bon ils ont raison tant que les gens sont trop abrutis pour s’en rendre compte...

  • pablico
    pablico
    Co-NOBEL de la Paix
    • Posté à 16h31 le 21/09/2012
    • Internaute 14278
      Co-NOBEL de la Paix

    nous qui croyons naïvement que l’argent n’avait pas d’odeur, ni de saveur. et que tout avait un prix, tous s’achetait.

    encore un paradigme qui tombe ? : -D

    pas celui là non....

  • McRasta
    McRasta
    Humain
    • Posté à 16h46 le 21/09/2012
    • Internaute 71884
      Humain

    « Comment éviter que des régimes autoritaires utilisent des technologies de surveillance européennes ? »
    Tout le paradoxe dans l’introduction.

    Qu’est-ce qui différencie un régime totalitaire d’un autre, à partir du moment ou il utilise ce genre d’outil ?
    Le ver est dans la pomme dans les états européens depuis la mise en place des écoutes téléphoniques, censées être validée au cas par cas par la justice. Résultat, 10 fois plus d’écoutes de police illégales que légales.

    Pourquoi en serait t’il autrement avec des outils encore plus automatisés, encore moins repérables pour les cibles ?
    Et pourquoi ce serait différent d’un pays à l’autre ?

    en 2 mots : tunnelisés vous ;)

    • nyc_
      nyc_ répond à McRasta
      • Posté à 18h27 le 21/09/2012
      • Internaute 192463

      Pas mieux,tout est dit

    • Le Renifleur
      Le Renifleur répond à McRasta
      loin d'ici
      • Posté à 13h19 le 23/09/2012
      • Internaute 136986
        loin d'ici

      « en 2 mots : tunnelisés vous ;) »

      Dans l’temps, on disait la même chose mais en 3 mots :

      « Prenez le Maquis ! »

  • mandareen
    mandareen
    entre autres
    • Posté à 17h21 le 21/09/2012
    • Internaute 32452
      entre autres

    N’oubliez pas Qosmos, qu’on a arrêté d’évoquer un peu rapidement. Les plus beaux prophètes de Big Brother sont français et travaillent avec l’argent des contribuables (aide à l’innovation, crédit d’impôt, classement secret défense pour empêcher toute enquête de la justice...)

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 17h35 le 21/09/2012
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    [ En réalité, il s’en est servi pour espionner ses opposants, comme l’a montré le journaliste Paul Moreira dans son documentaire diffusé en mars, « Traqués ».]

    Persister dans notre hypocrisie est coupable, voire d’option criminelle.

    Quelque soient les prétendues intention de respect d’une certaine étique en ce qui concerne la transmission de ces savoirs, utiles à l’espionnage des lambdas....
    ....nous savons tous que personne ne résiste à un tombereau de billets !

    Alors, si l’Enfer est pavé de « bonnes intentions », ne nous prenez pas pour des cons. Ce « code éthique » est aussi fiable que le code éthique du Medef !

  • curieux22
    curieux22
    dernière marche avant le saut
    • Posté à 18h01 le 21/09/2012
    • Internaute 192553
      dernière marche avant le saut

    L’argent agit comme un puissant anesthésiant. Il rend aveugle, sourd et muet. Si je ne le fais pas, un autre le fera et encaissera les bénéfices, alors, autant que ce soit moi. C’est l’argument du commerçant reniflant la fraîche.
    Le passé est rempli de ces exemples de sociétés capitalistes se rendant par charters entiers dans des pays peu regardant sur les droits de l’homme mais richement dotés en espèces sonnantes et trébuchantes.
    l’Irak de Saddam Hussein ou , des Américains aux Français en passant par les Allemands et les Anglais, tout le monde s’était précipité pour vendre qui des chars, qui des canons, qui des avions et je ne sais quoi encore pourvu qu’il envoie la livraison sur la g... des iraniens.
    Après, bien après, on nous a fait le coup de la quatrième armée du monde .....
    Demain ou après demain, on constatera avoir copieusement vendu de ces joujoux liberticide à l’Arabie Saoudite, le Qatar ou tout autre régime « modéré » moyennant un paquet de millions pour les encaisser, ces millions.

  • nyc_
    • Posté à 18h26 le 21/09/2012
    • Internaute 192463

    « Le Conseil de l’Union européenne a interdit la vente d’outils de surveillance des communications à la Syrie en décembre 2011 et à l’Iran en mars 2012. C’est-à-dire très tard, et au milieu d’autres sanctions économiques. »
    Ben normal,ils n’ont découvert qu’en 2012 qu’il s’agissait de dictatures

  • poum
    • Posté à 18h47 le 21/09/2012
    • Internaute 87464

    S’il n’y avait que ça... Comment croyez vous que certains de ces pays acquièrent leur capacité nucléaire ? Pour l’Iran, on sait clairement qu’un industriel allemand était dans le coup.

  • avaroa avaroa
    • Posté à 20h35 le 21/09/2012
    • Internaute 51355
      AS

    auf wiedersehen Deutschland....

  • calam
    calam
    poussière parmi tant d'autres
    • Posté à 01h28 le 22/09/2012
    • Internaute 34507
      poussière parmi tant d'autres

    Je suis désolé d’avoir vendu une bombe. je ne pensais pas que mon client en ferait un mauvais usage.

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