Vos réactions 19/09/2012 à 11h34

Si les « Malgré-nous » avaient résisté aux nazis...

Hubert Kessler



« Mon enfance en Alsace annexée », dessin (Klethi)

Fils d’incorporé de force, je viens vers vous car dans votre article « Oradour-sur-Glane : l’Alsace et le Limousin se déchirent encore », vous semblez ignorer qu’il y a eu des hommes qui ont fui l’incorporation de force. Savez-vous ce qui arriva à leurs familles ? Toutes furent arrêtées et envoyées en camp de concentration.

Puisque vous mentionnez le Mémorial d’Oradour, pourquoi ne mentionnez-vous pas le Mémorial d’Alsace-Moselle ?

Je vous invite à aller faire un tour à Schirmeck, à l’ouest de Strasbourg, en fond de vallée, au pied du seul camp de concentration nazi sur le territoire français, encore intact de nos jours, le Struthof avec son crématoire comme dans les autres camps du Reich.

En 1942, mon père, comme pratiquement tous les Alsaciens et Mosellans de sa génération a été envoyé au front russe, où il fut gravement blessé par un obus. Il fut alors transféré dans un lazaret du côté de Sigmaringen en Allemagne. Dans cet établissement, il a été couché sur un lit à côté d’un nazi tenant des discours enchanteurs sur Hitler. Mon père, malgré ses blessures lui flanqua une bonne raclée. Résultat des courses ? Il a été envoyé dans une prison du côté de Bergen en Norvège, où il galéra sous les coups et la faim jusqu’à la fin de la guerre.

« V’là les Boches »

Sur l’Alsace et le Limousin

Il n’y a pas de problème entre l’Alsace et le Limousin. Le Limousin a accueilli des milliers de réfugiés alsaciens envoyés là-bas lors de la déclaration de guerre. Beaucoup s’y installèrent définitivement. D’autres sont rentrés en 1942, et d’autres ne rentrèrent qu’après la fin de la guerre sur décision du gouvernement français.

Maintenant, je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de volontaires alsaciens : proportionnellement tout autant que dans la France occupée.

Le sujet des « Malgré-nous » d’Alsace-Moselle est un sujet difficile et l’a toujours été. Ces incorporés de force (majoritairement des hommes, mais aussi des femmes qui travaillaient dans l’intendance de la Wehrmacht) n’ont jamais été reconnus comme tels pendant une bonne cinquantaine d’années.

Dans ce que nous appelons « la France de l’intérieur » (c’est-à-dire outre-Vosges), les Alsaciens ont longtemps été traités de « Boches ».

Je me souviens d’un voyage en autocar à Lisieux dans les années 60, j’ai moi-même entendu en tant qu’adolescent : « Ah ! V’là les boches qui arrivent. » En Normandie donc…

Plus tard, vers les années 70, nous étions attablés à la terrasse d’un restaurant à Cannes, nous étions cinq ou six à parler en dialecte alsacien. Le serveur, lorsqu’il nous a entendus, nous a fait un salut hitlérien. Agréable, très agréable ! Aujourd’hui, je pense bien que je lui filerais une bonne torgnole.

Germaniques de culture, Français de cœur

Saviez-vous que de l’époque romaine à nos jours, l’Alsace n’a été française que 311 ans ? C’est Louis XIV qui a intégré l’Alsace à la France en 1648 par les traités de Westphalie. En 1870, le gouvernement français a lâché l’Alsace une première fois, avec l’annexion par le Reich. En 1918, mes grands-parents ne savaient pas parler français puisque nés sur le « territoire » allemand en 1897 ! Rebelote en 1940 : le gouvernement lâche encore plus singulièrement l’Alsace qu’en 1870. L’Alsace a vraiment été sacrifiée sur l’autel politique.

Il ne faut pas non plus oublier que quelques dizaines de milliers d’incorporés de force ont été faits prisonniers par les Russes et mis en centre de concentration russe à Tambov.

Les rares Alsaciens survivants sont rentrés en 1955, soit dix ans après la fin de la guerre.

Témoignages de « Malgré Nous » de retour à Tambov

France 3 Strasbourg Alsace, 1992

Pensons aussi à tous ceux qui ont rejoint la Résistance malgré les risques encourus par leur famille.

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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  • Majesté
    Majesté
    ex-spermatozoïde
    • Posté à 15h13 le 19/09/2012
    • Internaute 77564
      ex-spermatozoïde

    Ah, les éternelles frontières intangibles.

    Voici une petite video intéressante, qui résume 1000 ans d’Europe en 3 minutes.

    Edifiant.

  • nono le simplet
    nono le simplet
    gauchiste placide
    • Posté à 16h26 le 19/09/2012
    • Internaute 9767
      gauchiste placide

    je ne connais que sommairement l’Histoire des l’Alsace-Lorraine ( enfin, quand je dis « sommairement » c’est très relatif par rapport aux âneries que j’ai lu ici et là dans l’article de Sophie ) et j’ai été sidéré de voir, il y a quelques mois, un reportage sur la période d’occupation, d’annexion allemande ...
    je ne me souviens pas du nom de l’émission ni de la chaîne mais si quelqu’un connaît et se souvient ...
    j’y ai, entre autres, appris que les instances allemandes ont forcé les Alsaciens aux prénoms à consonance insuffisamment germanique à en changer et ce n’était qu’une brimade anodine par rapport à tout le reste mais je trouve qu’elle en dit long sur la volonté de faire plier cette population ...
    pour le reste, cette région a toujours revendiqué d’être française même dans les pires moments de son histoire moderne puisqu’annexée deux fois en 150 ans pendant 47 ans puis 4 ans et ses enfants ont été forcés d’aller se battre dans deux guerres dans un uniforme qui n’était celui de leur pays ...

    par contre, je trouve totalement inadéquat le terme de lâchage en 1871 et en 1940 ... quand on perd une guerre il est impossible de ne pas accéder aux revendications du vainqueur et l’annexion n’était pas négociable !

  • dahu74
    • Posté à 13h23 le 20/09/2012
    • Internaute 24292

    Sur cette période de notre Histoire, gardons-nous bien de généraliser et de ne pas sombrer dans le manichéisme.
    Il y eut des salauds et des gens de bien dans toutes les communautés. Même chez les Allemands.
    Le point commun aux alsaciens rencontrés, c’est que ce sont des taiseux, pas des communicants à la mode victimaire. N’empêche que leur passé nous concerne tous puisque l’Alsace fait partie de notre Nation, et, qu’en conscience, ses habitants se définissent comme alsaciens et français.
    Vrai aussi que la passivité des masses face à l’Autorité est difficile à comprendre avec le recul. Sans leur jeter la pierre pour autant, car c’est tellement facile d’être un héros par procuration, de surcroît a posteriori. Mon père rejoint la résistance à 18 ans et m’expliqua qu’il eut tout le temps peur pour sa famille. Or, en Alsace, la pression exercée par l’occupant fut encore plus féroce.

    NB : sauf erreur, le Struthof ne fut pas un camp d’extermination de masse ; le crématoire servit pour les expérimentations des médecins nazis, ce qui ne le rend pas moins ignoble et révoltant

  • Oliv von Paris
    • Posté à 14h12 le 20/09/2012
    • Internaute 88605
      Cadre

    Ah la guerre. Que c’est beau. Quand l’armée rouge a voulu reprendre l’offensive a Stalingrad en 43-44, les commissaires communistes ont, en gros, dit aux soldats russes : Soit vous avancez, soit on vous fusille. Ils ont fusillés 6000 soldats pour manque de courage. 6000. En face les jeunes gars de la Wehrmacht n’étaient pas tous joyeusement là. En tout le 3eme Reich a fusillé 20 000 jeunes hommes qui avaient d’autres ambitions dans la vie que d’aller se faire descendre par des russes ou des américains. Ca aussi c’est une mémoire a ne pas oublier. Quand on commence une guerre, on ouvre la boite de Pandore de la violence et du sang et tout individu devient un sujet à traiter. Il n’y a pas de guerre propre. Qu’il y ait eu quelques excités alsaciens attirés par l’uniforme nazis on peut le comprendre, mais aujourd’hui on devrait arreter de compter les gentils et les méchants et se rappeler que la guerre c’est avant tout la mort, l’injustice, la destruction. Il n’y a rien de glorieux, nul part. Et le nationalisme est le premier ingrédient qui mène à a guerre.

  • owernaner
    owernaner répond à Yvon
    boulanger
    • Posté à 15h48 le 20/09/2012
    • Internaute 126037
      boulanger

    Mon oncle alsacien, que je n’ai jamais connu et pour cause, à été incorporé de force à 18 ans. En cherchant à s’évader, il a été rattrapé par un collaborateur qui le connaissait. Il s’en est suivi une bagarre au cours de laquelle mon oncle a tué le collabo. Après quelques semaines passées à se cacher il a été trouvé, emmené en Allemagne, jugé, condamné à mort et fusillé le 23 juin 1942. En représailles mon 2ème oncle a été incorporé de force à l’âge de 17 ans et envoyé sur le frond russe où il a été fait prisonnier par les russes. Il est rentré en France en 1946. Ma grand-mère paternelle m’avait raconté que sa famille faisait l’objet dés lors d’une surveillance, de menaces, de représailles et de harcèlements jusqu’à la fin de la guerre.
    Lien

  • Grande Anse
    Grande Anse
    Homme sans qualité
    • Posté à 11h35 le 21/09/2012
    • Internaute 143691
      Homme sans qualité

    Né sous l’Empire en Moselle francique, mon grand-père a été obligé de faire la guerre de 14 (face aux russes) sous l’uniforme allemand, et déserté en 18.
    En 1939, employé à l’usine d’électricité de Metz, marié (à une alsacienne) et père d’un enfant (mon futur père), il est mobilisé comme réserviste.En juin 40 il comprend ce qui va se passer , et, notamment pour éviter que son fils se retrouve sous uniforme allemand, fuit en zone Sud avec sa famille et trois valises : Lyon, Draguignan, puis Limoges où dès 43 son fils et lui entrent dans la Résistance (MUR, maquis de Grammont, interné au camp de Nexon etc.).
    Dans le même temps, des cousins de mon père, malgré eux, se retrouveront dans la Kriegsmarine ou la Wehrmacht...Je veux juste remarquer qu’il avait été plus « facile » à mon grand-père de fuire l’annexion pure et simple au 3e Reich, car il était urbain et petit employé, alors que le reste de la famille était paysanne et rurale (comme les 3/4 de la population à l’époque) : pas si facile, voir impossible,d’emmener avec soi la terre qui vous fait vivre. Cette évidence explique qu’il n’y ait pas eu de rancunes entre les uns et les autres, après la Guerre : certains (peu) avaient eu le choix, d’autres non. Et il n’y a pas eu plus de collabos convaincus en Alsace-Lorraine annexée que dans le reste du pays. De tout ça il faut retenir qu’on ne choisit pas où l’on nait, et que l’Histoire fait moins de cadeaux aux uns qu’à d’autres.

  • kwakwa
    kwakwa
    retraite
    • Posté à 14h14 le 21/09/2012
    • Internaute 192751
      retraite

    En face de ce titre quelque peu bête et provocateur on pourrait en mettre un autre aussi bête et provocateur : « et si la France s’était opposée à l’annexion par les nazis de l’Alsace Moselle ».
    Il y a beaucoup d’ignorance dans ce domaine : l’Alsace Moselle n’a pas été occupée par l’Allemagne nazie comme le reste de la France, elle a été annexée c’est à dire que l’administration française a disparue et l’administration allemande a régné c’est à dire que la justice, la police, l’éducation etc... ont été administrés par les allemands. L’Alsace Moselle a vu sa vie quotidienne régie par les lois allemandes ; nombre de maires ont été remplacés par des fonctionnaires allemands, etc...Comme en 1870, l’Alsace Moselle a payé le prix fort des défaites françaises.
    Oradour a été un crime affreux et je comprends la douleur des proches et des rescapés. Que ce drame soit devenu un problème entre Limousin etAlsace Moselle s’explique en grande partie par la manière dont les politiques ont réglé le problème à l’époque en instituant un tribunal spécial où sur les 120 soldats et officiers de la compagnie n’ont comparu que 21 soldats (sur 65 rescapés de la guerre) dont 14 Alsaciens. Aucun officier Allemand n’a été traduit devant le tribunal. La majorité des accusés présents étaient donc Alsaciens ; de là à en faire les boucs émissaires de ce drame, il n’y avait qu’un petit pas à franchir !
    L es Malgré nous étaient avant tout des Incorporés de force au mépris des lois internationales en vigueur à l’époque.Bien sûr il y a eu sûrement quelques volontaires ( un parmi les 14) de même qu’il y a eu des Français non Alsaciens Mosellans collaborateurs et même combattant avec les nazis.
    Il y aurait beaucoup à dire sur ce douloureux sujet......

  • kwakwa
    kwakwa
    retraite
    • Posté à 15h06 le 21/09/2012
    • Internaute 192751
      retraite

    « petits “ faits :
    Dans mon village en Alsace annexée : en 1941 des jeunes gens en âge d’être conscrits se sont rendus au monument aux morts le 14 juillet avec des jeunes filles du même âge portant des bouquets bleus, blancs, rouges en chantant la marseillaise ; ils se sont retrouvés au camp de schirmeck annexe du struthof.Un de mes oncles y était ; il a été relaché faute de preuveset le soir même avec l’accord de son père il est parti vers la zone libre ou il a eu la chance d’arriver et il est revenu fin 1944 sous l’uniforme français avec l’armée de de Lattre de Tassigny ; en représailles en 1941 mon grand père a été envoyé au travail forcé en Allemagne.
    Dans un village du Haut Rhin 8_ jeunes ont décidé de rejoindre la zone libre ; ils ont été pris par les allemands et fusillés !
    Mon père a fait son service militaire en 1931 comme tous les français ; il a été mobilisé comme tous les français en 1941 ; Il a été incorporé de force en 1943 comme tous les Alsaciens Mosellans des classes d’âge concernéesil a été tué au front en Italie face aux américains ; j’ai toujours considéré que les allemands de l’époque étaient responsables de sa mort....
    Je voudrais ajouter à mon commentaire précédent cette réflexion : les politiques français et la justice n’ont su rendre justice niaux limousins, ni aux incorporés de force !

  • kwakwa
    kwakwa répond à Yvon
    retraite
    • Posté à 15h41 le 21/09/2012
    • Internaute 192751
      retraite

    ordonnance du Gauleiter allemand du 25 aout 1942 :
     » En vertu des pouvoirs qui me sont conférés par le Führer, j’ordonne :
    les hommes appartenant au peuple allemand (l’Allemagne nazie avait annexé l’Alsace Moselle au prétexte qu’elle appartenait au peuple allemand) en Alsace et faisant partie des classesqui seront ultérieurement indiquées par un règlement spécial sont soumis au service obligatoire dans la Wermacht. « 
    Le même texte a été publié le 29 aout pour la Moselle et le 30 aout pour le Luxembourg
    Des textes ultérieurs permettront d’affecter les alsaciens mosellans à la Waffen SS
    Il y a eu sûrement en Alsace Moselle de vrais volontaires comme il y en a eu dans toute la France .Ils étaient au plus quelques centaines sur 130000 incorporés de force dont près de 40000 ont eté tués pendant la guerre.

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