Ecole, rue, prison... Le regard de quatre mecs de banlieue
Fruit de la rencontre entre un éducateur et quatre jeunes, « Nous... la cité » raconte sans tabou des tranches de vie dans une cité de Nanterre. Bonnes feuilles.

« Nous... la cité » de Rachid Ben Bella, Sylvain Erambert, Riadh Lakhéchène, Alexandre Philibert et Joseph Ponthus
Ça a commencé par la rédaction d’un article pour Le Canard Enchaîné début 2011 et puis, ça s’est terminé par un livre, « Nous... la cité : un an d’écriture au cœur de la wesh coast », qui sort le 20 septembre :
« Chacun avait ses motivations au départ. Les thunes, les aménagements de peine, impressionner les filles. Et puis tout le monde s’est laissé happer par le stylo et la feuille blanche. »
L’histoire d’un travail sur le temps. Celui qu’un éducateur, Joseph Ponthus, a mis pour tisser des liens de confiance avec quatre jeunes d’une cité de Nanterre (Hauts-de-Seine), où il est arrivé en 2005. Et celui qu’ils ont mis, ensemble, à écrire un bouquin.
Un an et demi d’écriture, cinq ans de vie commune
Joseph est un homme longiligne, d’une trentaine d’années. Il sourit quand il cite des passages du livre qu’il a co-écrit avec Rachid Ben Bella, Sylvain Erambert, Riadh Lakhéchène et Alexandre Philibert.
Il est éducateur spécialisé, ses co-auteurs sont des garçons d’une vingtaine d’années aux parcours difficiles, qu’il a accompagnés pendant cinq ans, partageant leur quotidien jusque dans leurs moments les plus intimes.
« Nous... la cité », c’est surtout l’histoire d’un an et demi de travail, dans le cadre d’un projet d’atelier d’écriture piloté par Joseph, qui s’est achevé par une œuvre où chaque thème abordé par Rachid, Sylvain, Riadh et Alexandre – la rue, la prison, l’amour, la religion – l’est avec un naturel déconcertant.
Car à aucun moment ils ne s’excusent, ni ne regrettent d’être ce qu’ils sont. Ils ont écrit leurs vies avec leurs mots, leur style et tant pis si, par moments, leurs textes peuvent paraître « clichés ».
« Ils ne représentent ni la banlieue, ni même leur cité »
Entre deux tafs de cigarette, Joseph, dont la narration dans le livre est précieuse pour mettre les témoignages en perspective, explique :
« Les garçons ne représentent ni la banlieue, ni même leur cité, seulement eux-mêmes et leurs histoires, singulières. [...] Le livre ne se réduit pas au côté spectaculaire de certains récits. »
C’est vrai, il va au-delà. Car « Nous... la cité » est aussi l’histoire d’une victoire. Joseph :
« Le rapport avec l’écrit était compliqué. Ils avaient lâché l’école à 14, 15 ans. A la fin du projet, ils organisaient des réunions pour discuter de syntaxe et de ponctuation.
Chacun s’est impressionné et chacun, en mettant des mots sur son histoire, a évolué dans sa manière de se considérer. Moi aussi d’ailleurs. Ça fout un coup à l’orgueil. »
Extraits de « Nous... la cité ».
- Dans le bureau du juge
- L’école... et l’école de la rue
- Camélia
- Le deal
- Le journal du mitard : le 11 mars 2011
- Flash-back : les émeutes de 2005
- Ben, 20 ans, est mort
- La religion
- La prison
- Le métier d’éducateur spécialisé
« Il [le juge] pose enfin une question à Riadh [...] :
“Et vous travaillez en ce moment ?
– Oh, je fais un chantier avec le club de prévention. On écrit un article pour Le Canard...
– Le canard, c’est Nanterre Info ?
– Non, je ne sais pas si vous connaissez, c’est un journal qui s’appelle Le Canard enchaïné...”
Dès lors, y a comme un bug. Un truc qui marche pas. Un sale délinquant arabe qui écrit dans le journal qu’il achète tous les mercredis. Il lève la tête, nous regarde enfin, réétudie encore plus profondément le dossier de Riadh, trouve une fiche de paie.
“Le Canard Enchaîné, mais ce n’est pas possible : vous avez travaillé chez Quick...”
Riadh hausse les épaules.
“Et c’est sur quoi votre article ? [...]
– Monsieur le juge, ce n’est pas à vous que je vais apprendre la législation en ce qui concerne le secret des sources pour les journalistes. Par contre, je ne manquerai pas de vous faire parvenir un exemplaire une fois celui-ci paru.” »
Parution le 20 septembre, éd. La Découverte, 14,25€.
- Sur Rue89A Fleury-Mérogis, des matons voisins de paliers d'ex-détenus
- Sur article11.infoExtrait de l'avant-propos de "Nous... la cité"
- Sur article11.infoLes fleurs du mâle
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L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
« Le rapport avec l’écrit était compliqué. Ils avaient lâché l’école à 14, 15 ans. A la fin du projet, ils organisaient des réunions pour discuter de syntaxe et de ponctuation ».
A mon avis, cela a du être la partie la plus « corsée » de leur programme.
Mais si l’apprentissage du français et de la façon de s’exprimer a été déterminante, c’est déjà un gros succès en soi. Il faudraient qu’ils continuent....
....et que cela génère chez eux la « soif de savoir », de lire....et d’apprécier les gens !
Je suis convaincu que cette « aventure » leur aura apporté quelque chose de bon.




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