Le renseignement français, victime de la « sécurité spectacle »
Que valent nos « services » ? Nous permettent-ils de conduire efficacement notre politique étrangère et nos opérations extérieures ? Nous protègent-ils vraiment du terrorisme et de l’agressivité de nos concurrents économiques ?
Les « administrations secrètes », services de renseignement et de sécurité, ont longtemps échappé à tout contrôle et à toute évaluation.
Si les services français sont d’un niveau honorable – essentiellement grâce à la qualité des femmes et des hommes qui les composent – et s’ils ne commettent pas plus de bévues que les autres, force est de reconnaître que nous ne sommes pas les meilleurs au monde.
La profession est tolérée mais honteuse
Nos effectifs et nos budgets sont de loin inférieurs à ceux du Royaume-Uni ou de l’Allemagne, pays aux responsabilités internationales équivalentes à celles de la France.
A qui la faute ? A nos politiques de tout bord, qui n’ont jamais compris à quoi pouvaient servir les services. Ils s’attachent à les neutraliser ou à les cantonner dans des missions indignes de leurs capacités, par peur des scandales. La profession est tolérée mais honteuse, un mal nécessaire en somme.
Surtout, les élites françaises, confinées dans les certitudes que leur a conférées un diplôme obtenu vers l’âge de 25 ans, se remettent rarement en question. Elles ne considèrent guère que l’information soit utile, puisqu’elles savent ! Et quand on sait, on ne demande pas !
« Sécurité spectacle »
Les capacités du renseignement national ont toujours été sous-utilisées. Si les services chargés de protéger le pays contre les ingérences étrangères ou les institutions démocratiques contre les extrémismes n’en ont pas trop souffert, le renseignement extérieur a été le plus souvent livré à lui-même, sans directives.
Depuis le 11 Septembre, nous sommes entrés dans le règne de la « sécurité spectacle ». Les dirigeants actuels ne sont préoccupés que par une chose : qu’aucun attentat ne vienne perturber leur mandat et compromettre leur réélection. Les autres sujets ne comptent pas, car leurs effets ne se mesurent pas sur la durée d’un mandat.
Aussi, nos services – DCRI et DGSE – ont été conduits à se polariser quasi exclusivement sur la lutte antiterroriste et la libération d’otages, alors que ce ne sont là que deux menaces parmi d’autres.
Les « grands écarts » de la DGSE
En matière de renseignement extérieur, peu de choses sont faites pour discerner l’avenir à moyen terme et défendre nos intérêts nationaux : garantir notre libre accès aux marchés mondiaux et aux ressources naturelles rares, identifier de nouvelles menaces avant qu’elles ne prennent forme, décrypter l’évolution chaotique du monde, etc.
La politique étrangère française étant de plus en plus inexistante – nous sommes aujourd’hui dans un suivisme total des positions américaines – la DGSE est conduite à faire des « grands écarts » pour le moins paradoxaux : en Libye comme en Syrie, au prétexte légitime de renverser des dictatures, des officiers de nos services forment des combattants djihadistes et collaborent étroitement avec l’Arabie saoudite et le Qatar, pays qui ont toujours soutenu Al Qaeda et auprès desquels le régime syrien, malgré ses défauts, est une démocratie avancée…
On ne travaille plus contre nos alliés
Sur le plan intérieur, la focalisation antiterroriste amène à négliger la lutte contre l’espionnage politique et économique étranger, qui reste bien réel, et les nouvelles formes de violences émergentes (agroterrorisme, écoterrorisme) sont insuffisamment suivies.
Plus grave, nos services ne travaillent plus contre nos alliés, ce qu’eux, en particulier les Etats-Unis, ne se privent pas de faire, en agissant, au mépris des lois diplomatiques, dans nos banlieues mêmes.
Des patrons non spécialistes
L’autre conséquence de cette politique de « sécurité spectacle » a été la politisation des services de sécurité, incarnée par Bernard Squarcini, l’ex-directeur de la DCRI, et par l’affaire de Toulouse : l’ingérence des plus hautes autorités politiques dans une affaire qui aurait normalement dû être conduite par le procureur de la République local.
A l’exception notable des deux derniers directeurs de la DCRI, les responsables des administrations du renseignement ont toujours été choisis pour leur méconnaissance du métier et pour leur allégeance au Président.
C’est particulièrement vrai pour la DGSE, un peu moins pour la DST où ont été nommés quelques préfets d’expérience. Dans les services militaires – DRM et DPSD – rares sont les officiers généraux à disposer d’une vraie expérience du renseignement parmi ceux qui les ont dirigés.
Nommerait-on un inspecteur des finances à la tête d’un porte-avions ou un ambassadeur dans un commissariat ? Non ! C’est pourtant ce que l’on fait avec les services.
Dernière illustration en date, la nomination récente d’un diplomate – d’excellente réputation au demeurant – comme directeur du renseignement de la DGSE. C’est à un professionnel des opérations clandestines que le poste aurait dû être confié : il s’agit d’une erreur de casting complète.
Le renseignement n’est ni de droite ni de gauche. Mais son mépris et sa mauvaise utilisation sont également partagés par les deux composantes de notre classe politique.
Préface de Michel Rocard, éd. Ellipses, 2012.
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ici et là
ici et là
Il faudrait aussi peut être revoir complétement les modes de recrutement. Jusqu’à très récemment il était quasi impossible de trouver une page officielle qui permette d’en apprendre un peu plus sur les métiers du renseignement et les possibles carrières en son sein. Il y a bien quelque chose aujourd’hui, mais pour 2012 c’est indigent... Honteux même. Il suffit de passer 5mn sur le site du FBI ou du MI5 pour comprendre le fosse qui sépare nos approches. De plus j’ai cru comprendre que la grande majorité des recrutement se font par promotion interne au sein de l’administration et que les militaires sont toujours très représentés. Pour le service Action je comprends, mais bon analyste... Pour finir une simple mention au STIC vous écarte du processus e recrutement. plutôt stupide quand on connait la fiabilité des fichiers de police. Je pense très honnêtement que la France se passe des services de gens compétents et motives pour les plus mauvaises raisons possibles. Je ne parle même pas des rémunérations ;)




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