Dans le rétro avec l’INA 17/09/2012 à 12h42

Le Floch-Prigent : du sommet de la Françafrique au juge togolais

Camille Polloni | Journaliste Rue89

A la lecture de son nom dans la presse, on est replongé d’un seul coup dans les années 90.

Loïk Le Floch-Prigent, « patron de gauche » à succès d’il y a vingt ans, brutalement jeté à terre par l’affaire ELF, s’était recyclé après son incarcération comme « consultant international sur le pétrole et le gaz ».

Arrêté vendredi à Abidjan (Côte d’Ivoire) dans une affaire d’escroquerie, Loïk Le Floch-Prigent est presque immédiatement extradé au Togo en vertu d’un mandat d’arrêt international.

Cette affaire « ne le concerne pas », affirme l’avocat de Le Floch-Prigent, Me Patrick Klugman, qui conteste les conditions d’extradition de son client. Il réclame le retour en France du Breton de 69 ans, notamment pour des raisons médicales.

En août, interviewé par l’AFP, l’ex-patron d’ELF décrivait sa nouvelle vie :

« Quinze jours par mois à Brazzaville, Abidjan, Addis-Abeba et Dubaï, les quinze autres jours à Paris avec des voyages en Italie et dans les pays d’Europe de l’Est. »

Pour un homme qui a une si longue expérience de l’Afrique, Loïk Le Floch-Prigent est inquiété dans une escroquerie abracadabrante, racontée par RFI :

« Le plaignant, l’Emirien Abass al-Youssef, dit avoir été abordé dans un palace de Dubaï par un jeune homme et une femme se présentant à lui respectivement comme fils et veuve de feu Robert Gueï, président de Côte d’Ivoire.

Ils lui parlent d’une somme de 275 millions de dollars, que leur défunt parrain aurait laissée dans une banque centrale togolaise. Et ils sollicitent alors son aide pour le sortir du Togo. Abass al-Youssef dit ne pas connaître l’Afrique et affirme avoir fait alors appel à son conseiller Loïk Le Floch-Prigent, dépêché à Lomé. »

Une « arnaque à la nigériane », sur le même modèle que les propositions d’héritages peu crédibles répandues par des spams dans les boîtes e-mail du monde entier.

Une carrière publique...

Le nom de Loïk Le Floch-Prigent, « patron rose », a longtemps été associé au pouvoir mitterrandien. Ingénieur de formation, il est nommé directeur de cabinet du ministre de l’Industrie Pierre Dreyfus (apparenté socialiste) en 1981. Puis enchaîne les postes à la direction d’entreprises publiques :

  • administrateur général de Rhône-Poulenc, de 1982 à 1986 ;
  • PDG d’ELF-Aquitaine, de 1989 à 1993 ;
  • président de GDF, de 1993 à 1996 ;
  • président de la SNCF en 1995. A l’occasion de sa nomination, Antenne 2 dresse le portrait du « nouvel homme de la situation ».
Portrait de Loïk Le Floch-Prigent en 1995

... interrompue par l’affaire ELF

Loïk Le Floch-Prigent est encore président de la SNCF quand la juge Eva Joly décide de l’entendre dans le cadre de l’affaire ELF en 1995. Il est mis en examen pour abus de biens sociaux, recel et abus de confiance et placé en détention préventive.

Loïk Le Floch-Prigent mis en examen et écroué, juillet 1995

Tentaculaire, « l’affaire ELF » se transforme en vaste scandale politico-financier. En pleine tourmente judiciaire, Loïk Le Floch-Prigent donne une longue interview à Thierry Ardisson.

Loïk Le Floch-Prigent chez Thierry Ardisson en 2001

Loïk Le Floch-Prigent est finalement condamné à plusieurs reprises :

  • 30 mois de prison ferme et 2 millions de francs d’amende, en 2003, dans l’affaire Dumas (en appel) ;
  • cinq ans de prison ferme et 375 000 euros d’amende, en 2003, pour abus de biens sociaux dans l’affaire ELF (il ne fait pas appel). Il est libéré deux ans plus tard pour raisons de santé ;
  • quinze mois avec sursis et 60 000 euros d’amende, en 2007, pour un système d’emplois fictifs lié à l’affaire ELF ;
  • n’ayant pas respecté toutes ses obligations, il retourne deux fois en prison pour quelques mois, en 2007 et en 2010.

Un rôle de composition

En 2005, Claude Chabrol réalise « L’Ivresse du pouvoir », inspiré de l’affaire ELF. Il confie le rôle de Loïk Le Floch-Prigent (appelé dans le film « Humeau ») à l’acteur François Berléand.

Plus récemment, le procès ELF a été mis en scène au théâtre par Nicolas Lambert, à partir des échanges authentiques en salle d’audience. C’est « ELF, la pompe Afrique », dans lequel le comédien et auteur incarne tous les personnages, dont celui de Loïk Le Floch-Prigent.

Passé des hautes fonctions dirigeantes à la prison, Loïk Le Floch-Prigent semble personnifier cette vieille expression : « Il n’y a pas loin du Capitole à la roche tarpéienne. »

  • 8723 visites
  • 29 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • crawl
    crawl
    formation
    • Posté à 14h22 le 17/09/2012
    • Internaute 48766
      formation

    Mwais.. Je ne vais pas pleurer ou plaindre le floc’d’argent... Mais c’est vrai que présenté comme ça, on peut se poser des questions : l’arnaque de l’héritage aux millions bloqués qui nécessitent une mise pour être reversés en suisse, c’est grossier et littéralement un attrape « nigauds » !

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 15h40 le 17/09/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Ah Loik tu nous rajeunis , l’affaire ELF, Roland Dumas, Dédé la Sardine, Christine Deviers-Joncour, les frégates de Taiwan, les chaussures de Roland, des Berlutti quand même à 13000 francs la paire (2000 euros), de l’argent à flot, des gonzesses, on se serait cru dans un remake des Tonton Flingueurs. Maintenant c’est l’affaire Karachi, avec encore des ministres et des intermédiaires, des demi-sels minables et des tee-shorts électoraux, de l’argent qui circule par wagon entier, des femmes qui parlent, des grands Balladouchis de théâtre d’opérette,.... mais 11 morts au Pakistan dans le jeu des pouvoirs et de l’argent.

  • Waldeck
    Waldeck répond à Philippe Leclercq
    Le désenchantement, c'est (...)
    • Posté à 09h47 le 18/09/2012
    • Internaute 36864
      Le désenchantement, c'est (...)

    A sa sortie, il avait témoigné devant les médias de la situation dans les prisons françaises à la lumière de son expérience et au delà. J’ai essayé de retrouver le texte : rien.

    Pierre Botton aussi a également fait partager son indignation sur ce scandale, non pour lui, mais pour ceux qui y sont passé, qui y sont, qui y passeront et ceux qui y resteront.

  • uberto
    uberto
    mouuuais on verra plus tard
    • Posté à 19h31 le 21/09/2012
    • Internaute 187304
      mouuuais on verra plus tard

    Il y’en a qui se font encore avoir par l’arnaque à l’héritage ! On a raison de dire qui n’ose rien n’a rien.
    Après faut dire que se faire aborder par le fils de l’ancien président est plus normal pour un emirien que pour un simple internaute qui reçoit un spam. Ceci explique peut être cela.

Verbes thématiques