Tribune 16/09/2012 à 16h24

35 élèves par classe ? On va vous expliquer pourquoi c’est trop

Clémentine Fardoux | Professeur de mathématiques
Anne-Sophie de La Vaissière | Professeur de philosophie

Tribune

Une salle de classe vide (Fang Guo/Flickr/CC)

Au lycée Pablo Picasso de Fontenay-Sous-Bois (Val-de-Marne), nous avons repris les cours le mercredi 12 septembre. Avant, nous étions en grève. Les profs d’abord, puis les élèves qui, en début de semaine ont bloqué le lycée pour protester contre le bourrage des classes voulu par le rectorat.

Jusqu’à présent, et depuis une quinzaine d’années, nos classes de seconde comptaient un effectif maximum de 32 élèves par classe. A la rentrée, surprise : 35 élèves sur toutes les listes de seconde !

C’est déjà souvent le cas en première et en terminale, mais les élèves à ce niveau sont un peu plus mûrs, et leur choix d’une série générale ou technologique règle une partie des problèmes qui les agitent encore en seconde (et les conduit, dans le meilleur des cas, à se projeter dans le supérieur).

Courrier au recteur, préavis, grève enseignante massive (75%), blocus lycéen, audiences, manifestations, occupation de l’administration, classe ouverte dans la rue, lettre au ministre... Rien n’y a fait, l’ouverture de classe n’a toujours pas été accordée.


Mobilisation de professeurs au lycée Pablo Picasso de Fontenay, le 7 septembre 2012 (Bruno Fischer)

Le manque de place, les odeurs, la chaleur

Making of

J’ai rencontré Clémentine Fardoux, membre du syndicat des enseignements du second degré (SNES), mercredi après-midi devant le rectorat de Créteil où elle manifestait, avec des collègues, des élèves et des parents, pour l’ouverture d’une classe de seconde supplémentaire dans son lycée. Les cours avaient repris dans la matinée, après plusieurs jours de blocage par les profs, puis par les élèves.

Dans les e-mails qu’elle avait envoyés à Rue89, elle rappelait la spécificité de son établissement, pas classé en ZEP, mais accueillant en seconde des élèves en difficulté, qu’il était compliqué de prendre en charge dans des classes de 35.

Lundi soir, le rectorat avait refusé d’accéder à leur requête. Ramsès Kefi

Oui, 31 ou 35 élèves, ça change quelque chose, tant d’un point de vue humain que pédagogique. On va essayer de vous expliquer.

Dans la pratique, ce sont des salles parfois trop petites qui, une fois meublées pour accueillir 35 élèves, ne permettent plus au prof de se déplacer correctement pendant les cours. Des salles de classe avec 36 places assises : si on a deux bavards, on peut en déplacer un, mais après, c’est fini !

Des odeurs, plus lourdes en fin d’heure. Il fait plus chaud aussi.

Pour l’espace de parole, notamment en langues vivantes – mais pas seulement –, plus il y a d’élèves dans une classe, moins chacun peut s’exprimer, poser des questions, répondre à celles du prof...

En fait, la capacité à prendre la parole devant le groupe est remise en question pour un certain nombre d’élèves. 35, c’est beaucoup ! Essayez donc, vous, adultes, dans votre boulot, de vous exprimer devant 34 collègues sans avoir le trac, la peur de bafouiller, de dire des bêtises. Si vous y êtes habitués, vous devez vous souvenir du chemin parcouru pour en arriver là.

Brassage des diversités

Et pour le prof, l’accompagnement de chacun de ses élèves, avec son histoire, ses difficultés, ses attentes, ses besoins... c’est évidemment moins efficace à 35 qu’à 31 !

Surtout quand le goût des études, la confiance et l’ambition ne sont pas bien ancrés chez tous les élèves !

Le lycée Picasso accueille des élèves très divers, dont ceux de l’un des trois collèges de la ville classé ZEP, où les familles en difficulté sociale sont nombreuses. Le brassage fonctionne, les élèves se côtoient, se mélangent, se nourrissent les uns les autres, et tout le monde en sort grandi.

Cette diversité constitue une des richesses de notre lycée.

Mais qui dit diversité, dit aussi difficultés, lourdes parfois chez certains de nos élèves. Difficultés de vie, difficultés scolaires au collège. Des arrivées en seconde en traînant les pieds, sans grand espoir de réussite, échaudés par les échecs passés, qu’il faut savoir remotiver et relancer.

Chez nous, le changement, c’est en pire


Des élèves du lycée Picasso manifestent devant le rectorat de Créteil le 12 septembre 2012 (Ramsès Kefi/Rue89)

Très rapidement, nos élèves nous ont rejoints dans notre mouvement de protestation. Des profs à l’administration, tout le monde est admiratif devant tant d’organisation et de démocratie. Non, ces élèves-ci n’ont pas besoin de cours de morale ou d’éducation civique.

Nous avons repris les cours, sans pour autant nous résigner : nous poursuivons des actions en dehors du temps scolaire. Il y a la fatigue, certes, mais aussi la certitude que notre mobilisation est nécessaire.

Nous avons bien entendu Vincent Peillon, notre ministre de l’Education nationale, assurer qu’à la rentrée, les années de casse de l’école publique étaient derrière nous, que le nouveau gouvernement allait changer les choses.

Nous attendons donc un geste de cohérence avec l’attribution de la classe que nous demandons, car pour l’instant, le changement, chez nous, c’est en pire.

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  • karlM
    karlM
    Précaire
    • Posté à 16h34 le 16/09/2012
    • Internaute 21378
      Précaire

    prof de physique en collège
    il y a 20 ans :
    - 3 niveaux, quinze élèves ’plutôt respectueux, du matériel.

    Aujourd’hui
    - 5 niveaux sur deux établissements, 28 élèves plutôt consommateurs ; plus de matériel sans pleurer.

    Résultat ; une démission.

  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable absolument
    • Posté à 16h42 le 16/09/2012
    • Internaute 53186
      inconsolable absolument

    Les papy-boomers qui ont connu des classes de 45 élèves dans des préfabs (ou dans des Paillerons) se marrent.

    ... même les mouches se retenaient de péter.

  • abns
    abns répond à Anastaze
    • Posté à 17h03 le 16/09/2012
    • Internaute 101879

    D’un autre côté, quand on demande à des retraités de se prêter à l’expérience de passer le bac actuel, même avec un an pour se préparer, accès aux manuels, etc., la moyenne tourne autours de... 3 / 20.
    Alors c’était tout mieux avant, le bac maintenant c’est trop facile / il est donné / on ne demande plus rien, au moins avant il y avait de la discipline, de mon temps on fermait sa gueule et on apprenait, avant avant avant...

    Ben ceux qui ont si bien appris « avant », ils valent 3 / 20 à l’examen actuel. Donc quand ils arrêteront d’essayer de faire croire qu’il est possible de comparer 20% d’une classe d’âge passant le bac en ayant appris que Néanderthal est notre papy (et qu’il descend du singe), que les gaulois sont nos ancêtres et que les maths s’arrêtent aux équations à deux inconnues, et les 80% des bacheliers actuels dont le programme n’a plus rien à voir, on aura commencé à débarrasser un peu le débat de considérations stupides et erronées.

    De votre temps on avait peut-être classe à l’ombre du chêne avec Charlemagne dictant le cours, c’était chouette, youkaïdi youkaïda, mais les conditions ne sont plus les mêmes, les programmes ne sont plus les mêmes, les débouchées ne sont plus les mêmes, et quelqu’un sortant aujourd’hui du lycée avec le bac que vous avez passé à l’époque serait refusé de partout parce que ne correspondant à aucune demande professionnelle.

    Et plus généralement, l’argument « moi j’en ai chié, alors de quoi ils se plaignent », il me fait toujours marrer jusqu’au moment où je réponds « Ouais, bien raison, moi mon gosse il est élevé tout nu sur la terre battue avec les animaux, une orange pour Noël et une épluchure de patate pour jouet, comme au bon vieux temps où on formait des hommes, des vrais ». Étrangement, les si zélés défenseurs de l’éducation « à l’ancienne » se rappellent alors que eux aussi ont du expliquer aux vieux cons de leur époque que c’est pas parce qu’on a été des protozoaires qu’il faut faire classe au fond des océans...

  • Vert_de_Terre
    Vert_de_Terre
    pirate > robot > ninja
    • Posté à 17h03 le 16/09/2012
    • Internaute 105517
      pirate > robot > ninja

    Le manque de personel, rien à changé depuis 20 ans : au lycée, dans ma classe on étaient déja 33 à 37 élèves... 1 pion présent pour 150-200 élèves environ, d’après mes souvenirs. Le changement, c’est pareil, c’est pas pire.

    En réalité ce qui a changé en 20 ans, ce sont surtout la mentalité des élèves, « c’est tout ». Les parents laissent aller, les profs démissionnent. C’est la faute de l’autre, drame parental et pédagogique bien actuel. L’EN doit surtout réfléchir comment interesser et mater les mômes de 2012, comme pour nous avant. Il y a une énorme fracture générationelle entre des élèves de génération post-Y et les profs qui sont souvent des X ou des 68arts.
    Qu’on commence à écouter et mettre en application les idées des plus jeunes X et Y, au lieu de farfouiller dans vos poussiéreux bouquins pédagogiques des années 70.

    Y a du boulot.

    Je me demande aussi comment une classe de seconde a des problèmes de place avec 31 élèves quand une classe de terminale en compte 35. Seule explication possible : les élèves de terminale sont plus petits.

  • Jeansansterre
    Jeansansterre répond à Karavi
    Grand travailleur.
    • Posté à 17h12 le 16/09/2012
    • Internaute 141635
      Grand travailleur.

    L’odeur dans une salle confiné à plus de 30 après deux heures de cours est un problème qui a toujours existé.

    C’est bien pour cela qu’on ouvre les fenêtres et qu’un bon emploi du temps scolaire prévoit toujours les cours de sport en fin de journée, pour que les élèves retournent tout de suite chez eux au lieu d’empester la classe.

  • The Corpse Grinders
    The Corpse Grinders répond à Karavi
    Cannibale Furax
    • Posté à 17h20 le 16/09/2012
    • 183627
      Cannibale Furax

    Ben non :)
    Mais bon, à 32 dans une classe de taille moyenne sans stores en fin de journée, par ces chaleurs de fin d’été, pour peu qu’ils aient eu EPS avant, ça sent quand même un peu le fennec.

  • Stikmou
    Stikmou
    à l'ouest
    • Posté à 17h20 le 16/09/2012
    • Internaute 113634
      à l'ouest

    Ca y est ! Tous les vieux s’y mettent ! « De mon temps », on était propres, on était sages, on était respectueux... pas comme cette racaille d’aujourd’hui ! Décidément, on ouvre trop les lycées ! ! !
    Eh oui, les vieux ! De votre temps, seuls les petits de bourgeois arrivaient en seconde ! De votre temps, y’avait pas la star’ac, la télé, les fausses vedettes ni les footballeurs milliardaires ! De votre temps, c’était pas pareil, c’était il y a longtemps ! Dépoussiérez-vous les neurones, et écoutez les problèmes d’enseignants d’aujourd’hui qui réclament les moyens de faire leur boulot le mieux possible aujourd’hui. Et constatez que la société a changé depuis votre vénérable et superbe époque ! ; -)

  • Pili pili
    Pili pili répond à Anastaze
    Piment d'oisif
    • Posté à 17h32 le 16/09/2012
    • Internaute 188535
      Piment d'oisif

    Ils auraient pu être 70 par classe, ils trouvaient du boulot en sortant.

    Ça aide un peu à vouloir s’intégrer dans l’ordre établi...

  • lothi.123
    • Posté à 17h41 le 16/09/2012
    • Internaute 131953

    Ouais, le problème de la sécurité compte aussi. Les parents le savent rarement mais des salles de classe prévues pour 25 élèves bourrées au maximum avec 32 voire 35 élèves, ça existe.
    Alors tout le monde râle, le prof qui ne peut plus circuler, l’intendante qui doit rajouter des bureaux et des chaises, les collègues qui voient leurs chaises disparaître de leurs salles, les AVS qui n’ont parfois pas de chaise, et enfin le chef d’établissement qui passent son temps à répéter que « la sécurité est primordiale », que « les deux portes d’évacuation de la salle doivent être bien accessibles par les élèves pour faciliter l’évacuation en cas d’incendie “ ( euh, les portes devant lesquelles on a ajouté deux bureaux doubles ?) et qu’un exercice d’évacuation aura lieu deux fois par an pour vérifier que personne ne risque de crever ...

    Perso, quand j’ai vu mes 31 élèves de quatrième cette année ( + une AVS ça fait 32 ), la seule image qui m’est venue en tête, c’est celle de ce prof de la Sorbonne faisant cours avec des élèves assis juste en bas de son estrade, et n’ayant aucun bureau pour écrire. Elle avait été prise peu avant mai 68 et témoignait, dans le manuel où je l’avais vue, de l’explosion démographique que les gouvernements de l’époque n’avaient pas prise en compte. O tempora ! O mores !

  • Fantomax
    Fantomax
    génie du mal
    • Posté à 20h19 le 16/09/2012
    • Internaute 157606
      génie du mal

    Voyons les choses du bon côté : 35 élèves, ça fait nettement moins de chances d’être interrogé quand même.

  • bruno38110
    bruno38110
    employé
    • Posté à 23h35 le 16/09/2012
    • Internaute 148326
      employé

    Bonjour, vous n’^tes visiblement pas un cas isolé.
    Mon fils rentre au lycée de Morestel dans l’Isère et toutes les classes de seconde sont à 35 et une à 36.
    Les salles de classes ne sont prévues que pour 35.Le professeur est debout ayant cédé sa chaise à un élève.L’alerte donnée par le proviseur et la demande de classe supplémentaire n’a pas été entendue par le rectorat qui ne daigne même pas répondre.Comment enseigné et apprendre dans de telles circonstances pendant cette année cruciale pour l’avenir des élèves ?
    Les problèmes ne se résolvent certes pas en 4 mois.
    Mais les élèves eux n’ont pas le temps d’attendre.

  • The Corpse Grinders
    The Corpse Grinders
    Cannibale Furax
    • Posté à 23h47 le 16/09/2012
    • 183627
      Cannibale Furax

    Selon moi, le problème n’est pas tant le nombre d’élèves que leur hétérogénéité, bien qu’au-delà de 30 kids, c’est pas facile, quoique j’ai eu des classes chiantes à moins de 10.
    J’enseigne en lycée pro depuis 16 ans et je dois admettre que le foutage de gueule est la norme. Par exemple, dans une classe de bac pro, je me coltine des chimistes, des usineurs et des chaudronniers. Les premiers étant appelés à disparaître d’ici deux ans dans l’académie, on les a fourgués dans le lot, histoire de remplir les sections. Bon, ils n’ont pas le même programme que les autres en maths, c’est pas grave, que les profs se démerdent.
    J’enseigne pas les maths, mais je me sens un peu solidaire de mon collègue qui va galérer à fond. Je l’aime bien, il rouspète et fait son taf.

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