Cash 13/09/2012 à 08h33

Faire payer les riches étrangers à l’hôpital, un projet pas si consensuel

Martin Untersinger | Journaliste Rue89


Un panneau devant l’hôpital Cochin (AFP/JACQUES DEMARTHON)

L’AP-HP, l’établissement public qui chapeaute de nombreux hôpitaux à Paris et en Ile-de-France, veut faire payer les étrangers fortunés, à qui on applique aujourd’hui la grille tarifaire classique de la Sécurité sociale.

Ce projet, révélé le mois dernier dans Le JDD et auquel le Figaro de ce jeudi consacre un long article [lien payant], semble à première vue consensuel.

De nombreux riches étrangers, oligarques russes ou émirs du Golfe, viennent en France profiter d’un des meilleurs systèmes de santé du monde. A la Pitié-Salpêtrière, on parle même d’un « étage des Koweïtiens ».

L’AP-HP a noué un partenariat avec l’entreprise libanaise Globemed. Implantée dans une dizaine de pays du Golfe, elle se chargerait de faire l’interface entre les patients fortunés et l’Assistance publique : réalisation du devis, organisation du voyage (palace, limousine, interprète...).

Ce projet, dont les détails doivent encore être précisés (l’AP-HP reste très discrète), n’est pas aussi consensuel qu’on pourrait s’y attendre.

La crainte de « privatisation »

Alors que l’AP-HP accuse un déficit annuel de 90 millions d’euros – et qui doit être ramené en 2012 à 73 millions –, tout moyen de faire entrer un peu d’argent dans les caisses peut paraître intéressant.

Mais l’Assistance publique a beau assurer qu’à l’intérieur de l’hôpital, on ne fera pas de différence, que « les chambres seront les mêmes, la prise en charge médicale identique », nombreux sont ceux qui craignent une forme de privatisation de l’hôpital public.

Dans Le Figaro, André Grimaldi, professeur en diabétologie à la Pitié-Salpêtrière, souligne que la « logique du business est incompatible avec l’hôpital public ». Dans le même quotidien, un personnel médical anonyme :

« Des nababs, dotés de leur nombreuse suite, envahiront un service, exigeront tout, tout de suite. A la fin, ils seront prioritaires pour tout : les repas comme les radios. »

Un autre :

« Ces malades qui auront payé le prix fort afficheront des exigences difficiles à refuser. »

Le cabinet de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, est très prudent :

« Notre position de principe est qu’il ne peut y avoir de privatisation de l’hôpital public. »

1% des patients de l’AP-HP pourraient être concernés par le dispositif, ce qui représenterait 10 000 patients, facturés 30% au-dessus du tarif de la Sécu. Cela pourrait rapporter entre 10 et 20 millions d’euros.

Un « circuit parallèle » qui existe déjà

Dans Le Figaro, on apprend tout de même que ce système à deux vitesses existe déjà :

« Dans la pratique, on fait passer les VIP dans un circuit parallèle, on appelle un confrère radiologue de ville pour débloquer un examen en urgence et, souvent, on glisse une enveloppe au petit personnel pour le remercier de sa compréhension et de sa célérité. Rien d’illégal. De l’huile dans les rouages d’un système sclérosé. »

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  • zerkalo
    zerkalo
    Français
    • Posté à 08h52 le 13/09/2012
    • Internaute 125164
      Français

    Il faudrait surtout interdire aux évadés fiscaux de se faire soigner en France.

  • Zoltic
    • Posté à 09h36 le 13/09/2012
    • Internaute 15456

    Depuis que les visas pour les USA sont délivrés avec parcimonie et de précaution aux ressortissants de certains pays, leurs riches citoyens sont bien obliger de trouver de nouveaux circuits de soin. Mais choisiront-ils pour autant l’AP-HP ?

    Quand on dit que « les chambres seront les mêmes », j’ai envie de piquer un fou rire. Notre système de santé est peut-être médicalement performant... mais pas au point qu’il écrase le niveau de certaines cliniques suisses avec chambres 5 étoiles !

    Il y a bien quelques niches, apanages de services de pointe irremplaçables (greffes) mais peut-on décemment proposer de tels services à des ressortissants étrangers quand tant de résidents français sont en liste d’attente ?

    Et puis une facturation à +30% du tarif sécu, c’est ridicule quand de nombreux spécialistes en ville appliquent +100% ou +200% sans état d’âme. La consultation d’un éminent spécialiste à 26€ ou même 50€, ça ne rend pas le système crédible vis-à-vis de ces gens-là.

  • Bad Lieutenant
    Bad Lieutenant
    Bisounours de combat
    • Posté à 10h18 le 13/09/2012
    • Internaute 190065
      Bisounours de combat

    « Dans Le Figaro, on apprend tout de même que ce système à deux vitesses existe déjà ! “

    Non cher Martin, dans le figaro on apprend rien, jamais, par contre il faut toujours se demander pourquoi un tel article...

    Quand le figaro est pour un truc en général quand c’est apliqué ça nous retombe sur la gueule, le figaro veut par la même consolider l’idée d’un monde à deux faces, les très riches d’un côté et la merde comme nous de l’autre car comme ils sont peu nombreux et possèdent presque tous les politiciens et médias actuels ben les gens ont les yeux rivés sur eux trouvant de fait naturel leurs privilèges...

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 10h45 le 13/09/2012
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    C’est une façon comme une autre de nous annoncer (progressivement) que peu-à-peu, les soins de qualité que pourraient s’offrir les très riches seront payants, ce qui signifie que par contrecoup, les soins donnés selon les grilles tarifaires classiques de la Sécu seront de moindre qualité...
    ....et que les meilleures prestations ne pourront plus concerner le patient lambda.

    Ce qu’il convient de facturer au prix fort, normalement, devraient être les soins essentiellement liés au « paraître ». Les factures de tous ces ravalements de fesses, de paupières, de nichons, et toute liposuscion d’agrément devraient être salées. Dès l’ors que la vie n’est pas mise en péril...allez hop, à la caisse !

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