Tomate écrasée 09/09/2012 à 12h43

Comment Roemer, « le Mélenchon des Pays-Bas », rate sa campagne

Saskia Houttuin (journaliste)



Emile Roemer face à la presse étrangère, le 19 août 2012 (Phil Nijhuis/AFP)


La remontée en flèche de Diederik Samsom, dans les intentions de vote. Cliquez pour élargir. (Ipsos Synovate)

Cet été, il était la grande promesse de la gauche. Emile Roemer, leader du Socialistische Partij (SP), le « Mélenchon néerlandais », se trouvait dans les sondages au coude à coude avec le Premier ministre actuel de centre droit, Mark Rutte. On le voyait déjà à la tête du gouvernement, après les élections du 12 septembre.

Mais à la surprise générale, son concurrent au centre gauche, Diederik Samsom, le leader du parti travailliste PvdA, a remonté en flèche la pente pour prendre la place de favori des sondages face au sortant. Que s’est-il passé ?

Le séduisant programme de la tomate


Le logo du SP

Le parti néerlandais de la tomate (il a pour symbole une tomate rouge vif) d’Emile Roemer existe depuis la fin des années 70. C’est depuis le milieu des années 90, après s’être débarrassé de l’idéologie marxiste-léniniste, qu’il a pris place au parlement néerlandais. « Valeur humaine, égalité et solidarité », telle est sa devise. De même que Jean-Luc Mélenchon en France, Roemer vise les votes à gauche de la gauche.

Si le SP remporte les élections, les Pays-Bas s’orienteront vers une politique plus sociale sur plusieurs fronts. Quelques points spécifiques de leur programme :

  • refus catégorique de payer l’amende donnée par l’Union européenne pour ne pas avoir ramené le déficit public sous la barre des 3% du PIB en 2013. « Il faudra me passer sur le corps ! » s’est exclamé Roemer ;
  • nouveaux accords avec l’Union européenne sur le système économique et sur la protection sociale de l’Europe ;
  • référendum consultatif concernant une implication plus grande des citoyens ;
  • taux normal inchangé de la TVA qui resterait à 19% ;
  • augmentation des impôts jusqu’à 65% sur les revenus les plus élevés ;
  • âge du départ à la retraite inchangé jusqu’en 2020 (à 65 ans).

Ce programme a séduit, face à un gouvernement de centre droit en difficulté. Au début de l’été, le SP est placé par les sondages à égalité avec le parti de Rutte. Mais dès que commence la campagne, changement inattendu : Roemer perd du terrain.

A la télé, Roemer est « peu sûr de lui »


La une de Elzevier, 21 juillet 2012 

Une partie de l’explication tient aux piètres performances du candidat de la tomate dans les débats télévisés. Jamais auparavant ceux-ci n’avaient provoqué de tels changements d’opinion.

Dès le premier débat, fin août, le leader du SP a décroché. Selon certains politologues appuyés par les médias néerlandais, Roemer ne sait pas se présenter. Il ne réussit pas à expliquer de façon claire les points forts de sa politique et paraît peu crédible face à ses adversaires.

« Roemer donne l’impression d’être peu sûr de lui. Il ne se comporte pas comme un Premier ministre », commente Elsevier, le premier hebdomadaire néerlandais.

La poussée de Samsom, bon débatteur

Le parti travailliste PvdA est historiquement le plus grand parti de gauche. Il a perdu la confiance de son public après les prestations décevantes de son ancien leader, Job Cohen.

Samsom lui-même, chef du parti depuis le mois de mars cette année, a connu un démarrage hésitant. Beaucoup de sympathisants se sont tournés vers le SP, dont le programme était plus affirmé.

Mais Samsom, ancien militant de Greenpeace de 41 ans, a réussi à reconquérir ses adhérents égarés grâce à ses performances télévisées. Rejetant le tout-austérité, il propose un programme de relance ciblée. Jusqu’à présent il a gagné tous les débats, en battant chaque fois Rutte de façon incontestée.

En prenant une mine attristée, Samsom a accusé Rutte à plusieurs reprises de mentir, à la façon de Ronald Reagan il y a trente ans. Et il a fini par eclipser Roemer dans l’opinion.

Contre-campagne des médias de droite


L’affiche anti-Roemer du magazine Quote (Marianne Zwagerman)

Emile Roemer a également été victime d’une violente campagne de presse. « Roemer ment », dit l’un des grands titres du Telegraaf, le journal le plus lu des Pays-Bas. La presse de droite n’a reculé devant rien pour le présenter comme une « catastrophe pour les finances publiques » et l’avenir des Pays-Bas.

Le magazine Quote est allé très loin. Le mensuel a consacré toute une édition « anti-Roemer » titrée « Halte au SP ». Dans le magazine, on pouvait trouver une affiche détachable montrant un Roemer ensanglanté, tenant dans sa main une tronçonneuse couverte de sang.

Quelle sera la fin de l’histoire pour Roemer ? Si le parti de Samsom gagne,
un gouvernement de coalition est envisageable, bien que le leader du centre gauche ne se soit jamais prononcé sur le sujet.

MERCI RIVERAINS ! mirio
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  • thierry reboud
    • Posté à 14h13 le 09/09/2012
    • Internaute 20923

    Il serait peut-être prudent d’attendre les élections avant de juger que Roemer a effectivement ou pas raté sa campagne : aux dernières élections, le SP réunissait 9,9% des voix. S’il accroît son audience et augmente son nombre de députés, on verra mieux à quel point sa campagne aura été ratée.

    De même que l’évaluation de sa campagne sera plus claire selon le poids politique qu’il aura obtenu par rapport à la majorité, surtout s’il s’agit d’une majorité social-libérale comme en France.

    Cela étant, il est tout de même intéressant de constater que la gauche qui ne s’est pas résignée au social-libéralisme redresse la tête un peu partout en Europe : la Grèce, la France, maintenant les Pays-Bas, mais également dans certaines régions d’Espagne comme en Andalousie.

    Pour autant et en tout état de cause, le chemin reste long avant de réussir à infléchir sérieusement la nature même des politiques européennes, sinon la faire basculer carrément.

  • Fantomax
    Fantomax
    génie du mal
    • Posté à 15h33 le 09/09/2012
    • Internaute 157606
      génie du mal

    Dommage que sa campagne prenne l’eau.

    Ca aurait été intéressant de voir un pays historique de l’Europe communautaire faire l’expérience de la vraie gauche de gauche : si ça marchait on essayait nous aussi, si ça ne marchait pas on pouvait se moquer de nos amis mélenchonistes, à tous les coups on gagnait.

  • MarxForEver
    MarxForEver répond à thierry reboud
    Fioraso murdered Zola
    • Posté à 16h19 le 09/09/2012
    • Internaute 124072
      Fioraso murdered Zola

    Les Pays-Bas sont un des principaux pays au monde pour le nombre de multinationales. Si on rapporte le nombre des multinationales néerlandaises à la taille microscopique de ce pays, il semble clair que nombre de néerlandais ont des intérêts dans celles-ci : soit qu’il y travaillent, soit qu’ils en soient actionnaires. Quoique discrets, les néerlandais sont bien parmi les bénéficiaires de la mondialisation ultra-libérale et parmi ceux qui la dirige. Par le passé, leur réaction vis à vis de la Grèce (avec la Finlande, ils avaient retardé un tranche d’aide) montra bien le peu d’intérêt qu’ils avaient alors pour le social au niveau européen.

    Dans un contexte culturel a priori aussi peu favorable, la fondation du SP suivie de son entrée au parlement (il y entrera, la question porte seulement sur le nombre de députés) constitue déjà un signe très fort.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 17h20 le 09/09/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Il y a certes le Mélenchon local du Socialistische Partij (SP), mais celui qui attend de tirer les marrons du feu des bisbilles de la coalition au pouvoir et des distensions entre les partis de gauche comme le GroenLinks, ’la Gauche verte’, le PPR Parti politique des radicaux, le CPN Parti communiste des Pays-Bas, c’est le Le Pen local, Geert Wilders qui à crée le PVV Parti pour la Liberté, qui a claqué la porte des négociations avec les autres partis de droite de la coalition pour mieux rebondir. Comme partout en Europe les divisions de la gauche profitent à la montée des nationalismes et à l’extrême droite

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