A vous 07/09/2012 à 10h57

Je suis psychologue en prison, vous m’avez posé vos questions

Jonathan Leroy | Psychologue


Jonathan Leroy, psychologue dans les prisons belges (Jonathan Leroy)

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Je suis psychologue dans un service d’aide aux détenus et ex-détenus à Bruxelles (Belgique) depuis sept ans.

Deux jours par semaine, je travaille dans les trois prisons de la ville et le reste du temps dans mon cabinet, où je reçois des anciens détenus dans le cadre de leur réinsertion.

Certains d’entre eux demandent l’aide d’un psychologue, d’autres y sont contraints par la justice dans le cadre de leur peine (libération sous condition).

Sur Twitter, je suis @UnPsyEnPrison. Je blogue sur L’Ecole du crime et Mur-mures.

Posez-moi vos questions dans les commentaires et j’y répondrai.

Sélection de réponses

Caro. « J’aimerais savoir pourquoi un détenu fait appel à un psychologue ? »

La première raison de s’adresser à un psy en prison, c’est pour régler un problème –celui-ci peut être lié à ce qui a mené en prison, aux faits et à une prise de conscience, ou à une difficulté liée à la détention. Souvent, c’est la répétition des incarcérations qui suscite ce questionnement : « pourquoi à chaque fois que je sors je suis persuadé de ne pas récidiver, et là je me retrouve pour la xième fois en prison ? »

La deuxième partie des demandes qui me sont adressées sont liées à la contrainte : « je vous ai contacté parce que mon avocat a dit qu’on m’imposera un suivi psychologique à ma sortie »... Il n’y a alors à priori pas de demande. (L’échange complet)

mrKlein. « Comment est-il possible de faire un travail avec les détenus qui ont reçu une injonction de traitement, alors qu’ils n’ont pas demandé de soins ? »

J’ai essentiellement des suivis sous contrainte. Ce n’est bien sûr pas évident car ils n’ont aucune envie d’être là, ou sont là stratégiquement, pour être bien vu lors de leur procès ou pour pouvoir sortir.

Cependant, s’ils acceptent de venir et de parler un peu de leur parcours, d’eux-même et de ceux qui les entourent, une difficulté ou quelque chose qui se répète peut progressivement être mis en exergue. Une relation de confiance s’établit peu à peu, d’autant que je ne participe pas à l’évaluation du détenu. Ce qu’ils disent durant l’entretien reste confidentiel.

Plusieurs détenus en viennent, avec le temps, à oublier l’injonction, voire à demander s’il sera possible de continuer après la période conditionnelle. (L’échange complet)

Izabelle. « Quelles sont les observations et plaintes que vous entendez le plus de la part des détenus et ex-détenus ? »

Elles sont très nombreuses et très variées, cela va des conditions de détention, du système judiciaire (trop lent, injuste), du manque d’aide de la part de la famille, des avocats, des assistants sociaux.

Souvent, les détenus se sentent dépossédés de leur capacité d’agir, ce sont leurs avocats qui les défendent, les assistants sociaux qui font les démarches pour eux, ils doivent demander l’autorisation pour la moindre chose au sein de la prison...

Après la détention, les plaintes portent plutôt sur la difficulté de trouver un logement, une formation, un travail... et surtout le retour aux problèmes qui existaient avant leur entrée en prison. (L’échange complet)

O.S.T.I.A. « il y a énormément de drogues qui circulent en prison, en avez vous eu des échos ? »

Il y a autant de drogue à l’intérieur de la prison qu’à l’extérieur, dit-on parfois. Cela rejoint mon expérience en tout cas. Les murs d’une prison sont aussi poreux que la peau humaine : elle protège certes, mais permets aussi énormément d’échanges.

Les produits stupéfiants passent par les visites, par les gardiens, etc. Il faut bien constater que la drogue est un traitement de quelque d’insupportable, et que ça contribue à calmer certaines personnes... l’usage de drogue rencontre parfois l’intérêt de la prison. (L’échange complet)

Jino83. « Comment évolue l’état psychologique des détenus entre leur rentrée et leur sortie de prison ? »

D’une part, il y a ceux qui sont impatients de sortir, de refaire leur vie, qui ne souhaitent plus parler de la prison... et il faut parfois juste orienter cette énergie pour que la recherche de travail, etc. ne soit pas trop dispersée...

D’autres sont complètement détruits par cette expérience, il ne parviennent pas à parler d’autre chose à leur sortie, à investir le monde extérieur. Un sentiment d’injustice prévaut souvent : mal jugés, mal aidés par la suite.

Beaucoup regrettent de ne pas avoir été aidés dans leurs difficultés avant la prison. Au niveau des séquelles, c’est très varié aussi : des ex-détenus m’ont parlé troubles psychosomatiques, d’angoisses en entendant une sirène de police, lorsqu’on ferme une porte, etc. (L’échange complet)

FDCraie. « Pensez vous qu’il vous sera nécessaire aussi de passer “ de l’autre côté ” (à savoir celui des victimes) pour garder la distance nécessaire à tout travail comme le vôtre ? Ou voyez-vous plutôt cette action comme “ temporaire ” histoire de ne pas finir trop “ usé ” par ce travail ? »

J’ai plusieurs collègues psy qui travaillent à mi-temps côté détenus, mi-temps côté victimes... ils disent que ça donne un équilibre dont ils ont besoin.

Pour ma part, je ne suis pas sûr que travailler avec les victimes soit moins usant qu’avec les auteurs... Je ne pense pas non plus avoir besoin de ça pour garder une distance, je ne me sens pas particulièrement proche des détenu et le fait de les écouter et d’essayer de comprendre leurs motivations intimes ne m’éloigne en rien de la prise en compte de la souffrance des victimes.

Sinon, on m’a dit que je tiendrais 2-3 ans maximum dans ce secteur, aujourd’hui ça fait 7 ans et j’ai plus d’enthousiasme et d’énergie qu’à mes débuts ! Mais j’espère que lorsque je me sentirai « usé » par ce travail, je pourrai le repérer assez vite que pour en changer. (L’échange complet)

Appleseed. « A combien estimeriez vous le nombre de prisonniers qui n’ont rien à faire en prison du fait de leur état psychologique ? Sous entendu qu’il serait bien plus indiqué pour eux de se retrouver en centre de soin. »

Sans pouvoir chiffrer précisément, j’ai en effet rencontré quelques détenus qui sont plus des personnes malades que des criminels, qui ont par exemple commis les faits dans un contexte délirant ou qui ne peuvent rendre compte de ce qu’ils ont fait.

C’est à ça que sert l’expertise psychiatrique avant le procès : évaluer si on peut juger la personne ou s’il est préférable de l’interner (dans un Établissement de Défense Sociale, en Belgique).

Parfois, la folie n’est pas repérée car, comme disait un professeur, le psychotique « ne délire pas à plein temps ». (L’échange complet)

Autist.Reding. « Pensez-vous que la prison ait une utilité quelconque ? »

Oui, je vois une utilité à la prison. Principalement, elle met un point d’arrêt là où une personne n’a pu la mettre elle même. Quand une personne est prise dans le « sans-limite’ (argent facile, drogue, agressions, etc.), l’angoisse peut survenir : “ c’était de trop ”, disent-ils parfois. Beaucoup de détenus affirment, directement ou après avoir pris le temps de réfléchir sur leur parcours, qu’heureusement que la prison a été là. Parfois, le trop de liberté mène à la folie... à la folie créatrice mais aussi parfois à la folie destructrice. (L’échange complet)

Maïmu. “Avez-vous déjà eu des patients pour lesquels vous étiez sûrs qu’il y aurait récidive à la sortie ?”

Si on peut repérer des signes de récidive, ces signes sont, selon mon expérience, différents pour chacun. On ne peut pas détecter le futur criminel à l’avance, sur base de critères rigides : c’est l’idée même de dangerosité qui est dangereuse.

Mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut rien faire pour prévenir certain passage à l’acte. Depuis que je travaille avec les détenus, ils sont nombreux à me dire qu’ils ont demandé de l’aide, mais qu’ils n’ont pas été entendus.

Pour beaucoup, c’est d’une simple “ agrafe ” qu’ils ont besoin, d’un pont pour accéder aux jeux de la société. D’un coup de pouce qui peut être donné par un psy, un assistant social ou tout autre personne à laquelle ils accorderaient leur confiance. (L’échange complet)

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  • Camille Polloni
    Camille Polloni
    Journaliste Rue89
    • Posté à 11h07 le 07/09/2012
      rédacteur
    • Journaliste 62825
      Journaliste

    Bonjour Jonathan et merci d’avoir accepté de répondre aux questions des riverains.

    Quand vous allez rendre visite aux détenus, à quoi ressemblent les formalités ? Y a-t-il des accréditations, devez-vous laisser votre téléphone au vestiaire, vous faire accompagner par des gardiens ? Et dans quel endroit de la prison les rencontrez-vous, leur cellule, l’infirmerie, un parloir ?

    Merci.

    • Jonathan Leroy
      Jonathan Leroy répond à Camille Polloni
      Auteur(e) de l'article Psychologue
      • Posté à 11h29 le 07/09/2012
      • Internaute 192222
        Psychologue

      Bonjour Camille, tout d’abord merci de me donner l’occasion de discuter de ma pratique !

      Pour pouvoir travailler au sein de la prison, je dois en effet avoir une autorisation du ministère de la justice, que j’ai obtenue via l’association d’aide aux détenus où je travaille. Cette autorisation est à renouveler chaque année.

      À la première entrée en prison, il faut évidemment s’encoder dans l’ordinateur, faire une photo pour créer notre badge. À « l’accès », je donne également le noms des détenus que je souhaite rencontrer. Il n’y a pas de gardien qui m’accompagne, mais il y en a tout au long du parcours qui mène aux parloirs. Ce chemin est parsemé de sas et de grilles à ouvrir, et il faut montrer à chaque étape son badge d’identification.

      À la prison de Forest, je rencontre les détenus dans des petits parloirs aménagés à cet effet (il y en a 15 pour les avocats, les psy, les assistants sociaux, les bénévoles, etc.), juste à l’extérieur de ce qu’on appelle « le cellulaire ». À la prison de St-Gilles, il y a d’une part un grand couloir avec plusieurs tables pour les services externes. Cela pose un problème de confidentialité, alors nous avons depuis un an obtenu un parloir au sein d’une aile de la prison, où je suis donc plus proche des détenus.

    • jino83
      jino83 répond à Camille Polloni
      • Posté à 11h43 le 07/09/2012
      • 159282

      Bonjour Camille , vous avez une petite erreur de redirection sur le lien « participez » en page d’accueil , ça nous envoie sur « contact rue89 » ; -)

      • Camille Polloni
        Camille Polloni répond à jino83
        Journaliste Rue89
        • Posté à 11h50 le 07/09/2012
          rédacteur
        • Journaliste 62825
          Journaliste

        C’est réparé, merci !

  • Izabelle
    Izabelle
    en formation
    • Posté à 11h22 le 07/09/2012
    • Internaute 40290
      en formation

    Bonjour,
    Merci d’avance de vos réponses ! Voici mes questions :
    1-Quels sont les observations, plaintes que vous entendez le plus de la part des détenus pendant la détention et après la détention ?
    2- De qui viennent les demandes pour voir un psy ? Injonction judiciaire ? Demande des détenus ? Comment cela se passe t-il ?
    3- Y’a t-il beaucoup de cas de maltraitance de la part des co-détenus ? de la part des surveillants pénitentiers ? Sont-ils chiffrés ? Par qui ?
    4- Quelles sont vos relations avec l’administration pénitentiaire ?
    5- Qu’est-ce qui vous a le plus marqué récemment dans votre travail ?

    Merci encore !
    Izabelle

    • Jonathan Leroy
      Jonathan Leroy répond à Izabelle
      Auteur(e) de l'article Psychologue
      • Posté à 11h48 le 07/09/2012
      • Internaute 192222
        Psychologue

      Voilà de nombreuses questions très intéressantes, vais essayer d’y répondre progressivement.
      1. Pour les plaintes, elles sont très nombreuses et très variées, cela va des conditions de détention, du système judiciaire (trop lent, injuste), du manque d’aide de la part de la famille, des avocats, des assistants sociaux. Souvent, les détenus se sentent dépossédés de leur capacité d’agir, ce sont leurs avocats qui les défendent, les assistants sociaux qui font les démarches pour eux, ils doivent demander l’autorisation pour la moindre chose au sein de la prison...
      Après la détention, les plaintes portent plutôt sur la difficulté de trouver un logement, une formation, un travail... et surtout le retour aux problèmes qui existaient avant leur entrée en prison.

  • O.S.T.I.A.
    • Posté à 11h29 le 07/09/2012
    • Internaute 191710
      ZAD

    Bonjour
    pensez vous que votre boulot porte ses fruits, à savoir aider à la réinsertion ?

    Vous en pensez quoi des prisons norvégiennes ?

    Merci

    • Jonathan Leroy
      Jonathan Leroy répond à O.S.T.I.A.
      Auteur(e) de l'article Psychologue
      • Posté à 11h45 le 07/09/2012
      • Internaute 192222
        Psychologue

      Oui, je peux dire que mon boulot porte ses fruits, mais il faut savoir de quels fruits il s’agit ! Parfois ce sont de tous petits fruits, et il faut du temps et de la patience pour les obtenir, mais ça vaut le coup ! Parfois la personne s’insère effectivement, parfois on est déjà content qu’ils aient pu aménager une manière de vivre ensemble un peu moins destructrice...

    • Jonathan Leroy
      Jonathan Leroy répond à O.S.T.I.A.
      Auteur(e) de l'article Psychologue
      • Posté à 11h46 le 07/09/2012
      • Internaute 192222
        Psychologue

      Il est clair que les prisons norvégiennes nous étonnent et ça, c’est déjà un progrès ! Quand une personne commet un crime, cela crée un sentiment d’horreur, de colère... et peut donner libre cours à nos propres pulsions agressives dont on voit les manifestations dans certains forums... Le système norvégien va à rebours de ces pulsions agressives envers le criminel, il l’humanise et, en retour, il nous humanise. L’honneur vient à la place de l’horreur.

      • O.S.T.I.A.
        O.S.T.I.A. répond à Jonathan Leroy
        ZAD
        • Posté à 12h07 le 07/09/2012
        • Internaute 191710
          ZAD

        Merci pour votre réponse, je top ! ! !
        Quand certains comprendront que le système carcéral français est honteux pour un pays se proclamant civilisé, honteux et totalement contre productif du point de vu de la réinsertion, et que plus on s’approchera du système norvégien, mieux ce sera pour tout le monde, on aura en effet fait un beau progrès me semble-t-il.

        Dernière question : je sais qu’il y a énormément de drogues (antidépresseurs mais surtout opiacés divers et variés) qui circulent en prison, en avez vous eu des échos ? j’ai lu divers témoignages de prisonniers qui affirmaient être tombés là dedans en prison, mais qui n’auraient jamais tenu le coup sans les prods, qu’en pensez vous ?

         
        • Jonathan Leroy
          Jonathan Leroy répond à O.S.T.I.A.
          Auteur(e) de l'article Psychologue
          • Posté à 12h29 le 07/09/2012
          • Internaute 192222
            Psychologue

          Il y a autant de drogue à l’intérieur de la prison qu’à l’extérieur, dit-on parfois. Cela rejoint mon expérience en tout cas. Les murs d’une prison sont aussi poreux que la peau humaine : elle protège certes, mais permets aussi énormément d’échanges. Les produits stupéfiants passent par les visites, par les gardiens, etc. Il faut bien constater que la drogue est un traitement de quelque d’insupportable, et que ça contribue à calmer certaines personnes... l’usage de drogue rencontre parfois l’intérêt de la prison.

        • freddy_
          freddy_ répond à O.S.T.I.A.
          relation libre
          • Posté à 17h03 le 07/09/2012
          • Internaute 191765
            relation libre

          La France sera peut être un jour une démocratie digne de ce nom,mais nous n’y sommes pas encore,il coulera encore de l’eau sous les ponts.

        2 autres commentaires
  • jino83
    • Posté à 11h49 le 07/09/2012
    • 159282

    Bonjour ,
    Une question que je me pose , comment évolue dans l’ensemble l’état psychologique des détenus entre leur rentrée et leur sortie de prison ?
    du mieux , du pire , trop variable selon les cas ?
    Et pour ceux qui sont rentrée « bien » psychologiquement et qui ressorte mal , quelle type de séquelles psychologique ils en gardent ?

    • Jonathan Leroy
      Jonathan Leroy répond à jino83
      Auteur(e) de l'article Psychologue
      • Posté à 11h59 le 07/09/2012
      • Internaute 192222
        Psychologue

      C’est en effet une des difficulté (et la richesse) du travail de clinicien : c’est au cas par cas, difficile de généraliser. Au mieux, je peux tenter de faire quelques classes. D’une part, il y a ceux qui sont impatients de sortir, de refaire leur vie, qui ne souhaitent plus parler de la prison... et il faut parfois juste orienter cette énergie pour que la recherche de travail, etc. ne soit pas trop dispersée...

      D’autres sont complètement détruits par cette expérience, il ne parviennent pas à parler d’autre chose à leur sortie, à investir le monde extérieur. Un sentiment d’injustice prévaut souvent : mal jugés, mal aidés par la suite. Beaucoup regrettent de ne pas avoir été aidés dans leurs difficultés avant la prison. Au niveau des séquelles, c’est très varié aussi : des ex-détenus m’ont parlé troubles psycho-somatiques, d’angoisses en entendant une sirène de police, lorsqu’on ferme une porte, etc.

      • jino83
        jino83 répond à Jonathan Leroy
        • Posté à 13h08 le 07/09/2012
        • 159282

        Merci , du coup j’ai une autre question : -)
        Les séquelles ou traumatismes qui reste parfois après la prison , est ce que ça peut apparaitre sur des gens qui n’ont que des courtes peines ?
        Genre 6mois de prison , traumatisé pendant 10ans au final ?

  • Camille Polloni
    Camille Polloni
    Journaliste Rue89
    • Posté à 11h54 le 07/09/2012
      rédacteur
    • Journaliste 62825
      Journaliste

    Des questions reçues par mail pour Jonathan :

    - Que pensez-vous de la Loi que se sont votée les députés [en France je suppose] ramenant les risques encourus par leurs magouilles à des peines ridicules ?

    - Comment est-il possible qu’au 21 ème siècle on mette encore les « voleurs
    de pomme » en prison ?

    - Qu’est-ce qui génère la violence, l’immigration (comme aimeraient nous faire
    croire l’oligarchie et par extension leurs médias de masse...) ou la
    pauvreté (comme disait un directeur des renseignement généraux de la
    région paca...) ?

    - Pourriez vous nous raconter l’histoire de prisonnier qui vous a le plus ému ?

    - Qui mérite la prison si ce n’est ceux qui veulent à tout prix les remplir ?

    Merci à vous.

    • Jonathan Leroy
      Jonathan Leroy répond à Camille Polloni
      Auteur(e) de l'article Psychologue
      • Posté à 12h21 le 07/09/2012
      • Internaute 192222
        Psychologue

      Pour la première question, je ne suis pas au courant ce cette loi, mais elle ne m’étonne pas. S’ils avaient plutôt aggravé le peines pour les lois qu’ils enfreignent eux même, je les aurais taxés de masochistes ! Blague à part, c’est la question importante : il faut une loi qui règle la loi elle-même, qu’est-ce qui règle ceux qui fixent les règles ?

    • Jonathan Leroy
      Jonathan Leroy répond à Camille Polloni
      Auteur(e) de l'article Psychologue
      • Posté à 12h21 le 07/09/2012
      • Internaute 192222
        Psychologue

      « Qui a volé l’orange ? ... » ♪♫ Il faut dire que la prison est une solution peu coûteuse... intellectuellement !

    • Jonathan Leroy
      Jonathan Leroy répond à Camille Polloni
      Auteur(e) de l'article Psychologue
      • Posté à 12h22 le 07/09/2012
      • Internaute 192222
        Psychologue

      Sur l’immigration/pauvreté, c’est en effet difficile de différencier entre les deux : l’immigration s’accompagne souvent de pauvreté. Moi, je suis surtout confronté à des parcours individuels. Dans ces parcours, il arrive que l’immigration non-accompagnée soit source de difficulté, surtout quand les seuls repères dans la nouvelle société sont ceux d’un milieu criminogène. Ces jeunes ont surtout besoin d’aide, pas d’être pointé comme potentiels délinquants.

    • Jonathan Leroy
      Jonathan Leroy répond à Camille Polloni
      Auteur(e) de l'article Psychologue
      • Posté à 13h33 le 07/09/2012
      • Internaute 192222
        Psychologue

      Celui qui m’a le plus ému...
      Difficile de répondre, ils m’ont tous ému d’une manière ou d’une autre. Celui qui ne demandait pas d’aide ou ne venait pas aux rendez-vous « parce que je ne voulais pas vous déranger... je ne mérite pas qu’on m’aide ». Celui qui se débattait avec ses idées suicidaires, l’autre avec ses hallucinations auditives qui lui disaient de tuer (« c’est normal qu’on m’oblige à faire ça ? »). Encore un autre qui ne parvenait pas à dépasser une décision de justice selon lui erronée (« une erreur judiciaire m’a engendré »). Celui qui essayait de comprendre pourquoi, dans son pays, des adultes ont fait de lui un enfant soldat, une machine à tuer. Celui qui se sent en danger, agressé par la moindre manifestation de présence de l’autre, la moindre bousculade dans le métro, le moindre regard, mais qui ne pouvait pour autant vivre seul. Ceux qui ne comprennent pas pourquoi ils souffrent, qui cherche à nommer leur mal.

      En règle générale, je suis touché par tous ceux qui se débattent avec leurs démons, avec ce qui leur échappe, avec ce qui se répète malgré eux... et qui cherchent à redevenir responsable de leur vie.

      • freddy_
        freddy_ répond à Jonathan Leroy
        relation libre
        • Posté à 17h08 le 07/09/2012
        • Internaute 191765
          relation libre

        « l’autre avec ses hallucinations auditives qui lui disaient de tuer » :
        Si je peux me permettre,cela ressemble à des symptomes de skyzophrènie.

         
        • Jonathan Leroy
          Jonathan Leroy répond à freddy_
          Auteur(e) de l'article Psychologue
          • Posté à 22h54 le 08/09/2012
          • Internaute 192222
            Psychologue

          En effet. Mais il trouvait ces phénomènes étranges et énigmatiques et n’a pas osé en parler à l’expert psychiatre. Il ne m’en a parlé qu’après plusieurs mois de suivi, et il n’a commencé à se dire qu’il s’agissait d’hallucinations que bien plus tard encore. Aujourd’hui, il va mieux et s’interroge surtout sur comment faire quand ça lui arrive.

        1 autres commentaires
    • A déménagé le 16.01.2013
      • Posté à 14h07 le 07/09/2012
      • Internaute 191715

      « Comment est-il possible qu’au 21 ème siècle on mette encore les “ voleurs de pomme ” en prison ?

      j’ai l’impression que vous avez subi un lavage de cerveau aux Inrocks : il faut voler des scooters à plusieurs reprises avant de récolter de la prison ferme confirmée par le JAP

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 12h00 le 07/09/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    Bonjour,
    J’aimerais savoir pourquoi un détenu fait appel à un psychologue ? par conscience ou début de conscience du délit qui l’a amené en prison ?

    Connaissez-vous vos confrères français ? travaillent-ils dans les mêmes conditions ? J’ai entendu dire qu’il y avait beaucoup de malades psy dans les prisons françaises dont la place serait plutôt en hôpital.

    Merci

    • Jonathan Leroy
      Jonathan Leroy répond à caro
      Auteur(e) de l'article Psychologue
      • Posté à 12h49 le 07/09/2012
      • Internaute 192222
        Psychologue

      La première raison de s’adresser à un psy en prison, c’est pour régler un problème -celui-ci peut être lié à ce qui a mené en prison, aux faits et à une prise de conscience, ou à une difficulté liée à la détention. Souvent, c’est la répétition des incarcérations qui suscite ce questionnement : « pourquoi à chaque fois que je sors je suis persuadé de ne pas récidiver, et là je me retrouve pour la xième fois en prison ? » Pour d’autre, c’est plus un questionnement du type « j’ai eu raison de commettre ce délit, je ne pouvais pas faire autrement... » qui amène à un « mais oui au fait, comment faire autrement ? »

      La deuxième partie des demandes qui me sont adressées sont liées à la contrainte : « je vous ai contacté parce que mon avocat a dit qu’on m’imposera un suivi psychologique à ma sortie »... Il n’y a alors à priori pas de demande. J’ai pu constater que parfois les entretiens imposés ont un effet de « symptômatisation » : en reprenant le parcours de la personne, en mettant le doigt sur ce qui se répète, une difficulté ou une souffrance peut apparaître, et donc une prise de conscience et l’envie de changer.

    • Jonathan Leroy
      Jonathan Leroy répond à caro
      Auteur(e) de l'article Psychologue
      • Posté à 12h56 le 07/09/2012
      • Internaute 192222
        Psychologue

      Je n’ai pas de contacts avec mes confrères français. Mais je ne pense pas qu’il y ai bcp de différences avec mon expérience. Enfin, s’il y en a qui lisent, vous pouvez nous éclairer ! :)
      Je suis effectivement frappé par le nombre de malades psy au sein des « droits communs » (c’est comme ça qu’on appelle ceux qui ne sont pas internés). J’ai rencontré de vrais tableaux psychiatriques déclenchés (délires, hallucination, etc.), certains sont envoyé un temps à l’annexe psychiatrique (au sein de la prison de Forest), mais reviennent dès que ça va mieux. D’autres ne sont pas repérés comme tels (on ne délire pas à plein temps comme me disait un professeur, il faut parfois prendre le temps d’écouter la personne)...

      Mais vous savez que le temps est à la fermeture des lits d’hôpitaux, alors où trouve à se loger la folie ? Il reste la rue et la prison.

      • jino83
        jino83 répond à Jonathan Leroy
        • Posté à 13h27 le 07/09/2012
        • 159282

        « Mais vous savez que le temps est à la fermeture des lits d’hôpitaux, alors où trouve à se loger la folie ? Il reste la rue et la prison. »

        Tristement vrai comme constat . Un type que j’ai connus plus jeune , a commencé avec un petit état dépressif , puis un excès de médicament ( ceux qui lui avait été prescrit au départ ) puis un mélange avec de l’alcool .
        Des conneries qui ont suivie , des violences , de la délinquance .
        Il a finis en prison ...pour un vol de camembert , oui oui un vol camembert qui a mal tourné .
        au bout d’un an et demie il s’est suicidé dans sa cellule ..
        Avant même de commencer les conneries tous le monde pouvait ce rendre compte qu’il fallait le faire suivre par un psy , y compris les flics et la justice qui l’ont vu passer des dizaines de fois pour des délits complètement absurde .
        Ils l’ont laisser dans la rue , jusqu’à ce que ça dérape en bagarre grave pour un fromage dans une boutique et pour une bien triste fin .

         
        • Jonathan Leroy
          Jonathan Leroy répond à jino83
          Auteur(e) de l'article Psychologue
          • Posté à 23h26 le 08/09/2012
          • Internaute 192222
            Psychologue

          Merci pour votre témoignage jino83. Quand j’entre en prison, je me dis parfois « 600 détenus, 600 drames ». Drame au sens presque littéraire, car il mérite à chaque fois d’être raconté. Dommage que le type dont vous parlez n’a pas pu rencontrer un psy ou autre pour l’aider à reprendre un peu la main sur son scénario.

          L’histoire que vous relatez m’a fait penser au parcours de cet homme qui, suite à des évènements de vie, est tombé dans la déchéance, la rue, etc. Il a failli être mis en prison pour le vol d’un bocal d’œufs de lombe ( !)... même pas du caviar, donc ! (bon, il est vrai que ça a terminé en rebellions avec la police...). C’est peut-être le côté absurde (et répétitif) des délits autant que la singularité du personnage qui a poussé des policiers et une juge à le prendre en sympathie et à lui conseiller de voir un psy plutôt que l’envoyer en prison, en lui disant « vous valez quelque chose, Monsieur ».

        1 autres commentaires
  • Kate O'Noma
    Kate O'Noma
    perle a rebours
    • Posté à 12h26 le 07/09/2012
    • Internaute 190172
      perle a rebours

    Bonjour, et merci pour cette possibilité d’échange avec vous.
    Existe-t-il en Belgique un système comparable à ce que l’on nomme en France les « visiteurs de prison » ? Si oui, avez-vous contact avec eux ? Que pensez-vous qu’ils puissent apporter aux prisonniers au regard de votre activité ?

    • Jonathan Leroy
      Jonathan Leroy répond à Kate O'Noma
      Auteur(e) de l'article Psychologue
      • Posté à 12h38 le 07/09/2012
      • Internaute 192222
        Psychologue

      Oui, il y a en Belgique des associations qui proposent la venue de visiteurs bénévoles en prison. J’ai fait une présentation de mon travail auprès d’eux il y a quelques mois, et ils avaient des questions très intéressantes. Je les rencontre aussi parfois dans les parloirs, ce sont des gens dévoués.
      Par rapport à mon activité de psychologue, ils apportent le fait... qu’ils ne sont pas psychologues ! Parler à un psy implique toute une série de choses, par exemple l’idée qu’on doit parler de son enfance, l’idée qu’on doit changer, que le psy est là pour nous aider (donc cela suppose qu’on a un problème), la peur d’être jugé ou que le psy interprète ce qu’on dit... En discutant avec ces visiteurs, j’ai appris qu’avec eux il n’y a pas de relation d’aide à priori, ils apportent surtout des conversation sans enjeux, donc une certaine chaleur humaine (c’est précieux pour des personnes qui doivent tous les jours être en position demander et d’essayer d’obtenir qqch auprès des juges, avocats, AS, gardiens, etc.)...

  • Zééva
    Zééva
    Autistement vôtre...
    • Posté à 13h04 le 07/09/2012
    • Internaute 191780
      Autistement vôtre...

    N’avez vous pas un peu l’impression de servir de caution, aux politiques répressives des différents gouvernements ? Vous faites avec ?
    Sans mauvais esprit, vous gagnez combien à chacune de vos interventions ? Qui vous paie ? L’Etat ?

    • Jonathan Leroy
      Jonathan Leroy répond à Zééva
      Auteur(e) de l'article Psychologue
      • Posté à 14h13 le 07/09/2012
      • Internaute 192222
        Psychologue

      Pour votre première question : bien sûr ! Comme disait un psychanalyste que j’aime beaucoup, en répondant à une question sur les travailleurs de la santé mentale : « il est certain que se coltiner la misère, c’est entrer dans le discours qui la conditionne, ne serait-ce qu’au titre d’y protester... Les psycho n’ont pas à protester mais à collaborer. Qu’ils le sachent ou pas, c’est ce qu’ils font » (Lacan). Il vaut donc mieux en être conscient pour ne pas servir le mauvais maître.

      Ce qui amène à votre deuxième question, très importante : qui me paye ? Ou, autrement dit : « qui est mon maître ? ». Je suis payé comme employé dans une association, les services sont donc gratuits pour les bénéficiaires. Je ne suis ps payé à l’intervention, et suis assez peu surveillé quant aux chiffres (nombre d’entretiens, etc.), ce qui me donne une certaine liberté. Je dirais que l’enjeu de mon boulot est de faire en sorte que mon maître ce soit mon patient, ce qu’il a de plus singulier (et non ce qu’il pense que l’autre attend de lui). C’est à lui de trouver, avec mon aide s’il le souhaite, une manière de « faire son trou » (ou une manière de ne pas le faire) dans la société.

      Et puis, comme disait Ben Laden ou je n’sais plus qui, « pour détourner un avion, il faut d’abord entrer dedans » !
       ;)

      • Zééva
        Zééva répond à Jonathan Leroy
        Autistement vôtre...
        • Posté à 14h52 le 07/09/2012
        • Internaute 191780
          Autistement vôtre...

        C’est gentil de me renvoyer vers Lacan ; o)
        Je préfère Descartes « Lorsqu’on emploie trop de temps à voyager, on devient enfin étranger en son pays. » C’est exactement ce qu’il se passe pour les prisonniers et un nombre considérable de nos concitoyens.
        Mes études de philo remontent à loin et, il est plus évident que nous n’avons eu le même professeur.
        Vous ne répondez pas à ma question concernant votre salaire, mais je m’y attendais...
        Par contre, votre dernière phrase, une citation de Ben Laden ou de je ne sais plus qui... Bravo. Là, vous faites très fort.
        Bref, vous êtes un petit con comme je les aime ; o) Et c’est sans rancune.Ne le prennez surtout pas comme une insulte. Quand j’aime les gens, j’ai tendance à les insulter. Les autres, m’indiffèrent.

  • FDCraie
    FDCraie
    Censuré.
    • Posté à 13h09 le 07/09/2012
    • Internaute 121689
      Censuré.

    « Je suis psychologue en prison »

    - Qu’avez vous fait pour mériter ça ?

    - Vous en avez pris pour combien ?

    - A votre sortie serez vous toujours psychologue ?

    (ok je sors.)

    • Camille Polloni
      Camille Polloni répond à FDCraie
      Journaliste Rue89
      • Posté à 13h13 le 07/09/2012
        rédacteur
      • Journaliste 62825
        Journaliste

      Et Jonathan est déjà enfermé depuis 7 ans, ça doit être dur : -) Heureusement qu’il est dehors cinq jours par semaine !

      • FDCraie
        FDCraie répond à Camille Polloni
        Censuré.
        • Posté à 13h33 le 07/09/2012
        • Internaute 121689
          Censuré.

        « Heureusement qu’il est dehors cinq jours par semaine »

        Comment elles sont sympa les prisons belges ! !

        PS : Je réalise qu’en plus je viens d’avoir une réponse de la ravissante Camille, je vais finir pas aimer mes blagues.
        .

         
        • Jonathan Leroy
          Jonathan Leroy répond à FDCraie
          Auteur(e) de l'article Psychologue
          • Posté à 14h00 le 07/09/2012
          • Internaute 192222
            Psychologue

          Cher FDCraie, ne renonce surtout pas à tes blagues ! :)

          Effectivement, on devrait parler plutôt de « psy à la prison » plutôt qu’en prison. Mais je remarque que j’ai eu ces dernières années plusieurs autres opportunités de carrières... et je suis toujours resté. Il y a quelque chose de cette problématique qui me touche intimement je pense, qui fait que je peux m’identifier en quelque sorte -comme un semblant- à cette fonction d’écoute au sein d’une prison. Pour ma part, c’est donc une peine juste... je dois être le seul non-innocent en prison !

          • FDCraie
            FDCraie répond à Jonathan Leroy
            Censuré.
            • Posté à 14h14 le 07/09/2012
            • Internaute 121689
              Censuré.

            Bonjour Jonathan,

            Ne me tentez pas !

            Une question plus sérieuse, pensez vous qu’il vous sera nécessaire aussi de passer « de l’autre côté » (à savoir celui des victimes) pour garder la distance nécessaire à tout travail comme le vôtre ou voyez vous plutôt cette action comme « temporaire » histoire de ne pas finir trop « usé » par ce travail ?

            • Jonathan Leroy
              Jonathan Leroy répond à FDCraie
              Auteur(e) de l'article Psychologue
              • Posté à 23h09 le 08/09/2012
              • Internaute 192222
                Psychologue

              C’est intéressant ce que vous dites FDCraie car j’ai plusieurs collègues psy qui travaillent à mi-temps côté détenus, mi-temps côté victimes... ils disent que ça donne un équilibre dont ils ont besoin. Pour ma part, je ne suis pas sûr que travailler avec les victimes soit moins usant qu’avec les auteurs... Je ne pense pas non plus avoir besoin de ça pour garder une distance, je ne me sens pas particulièrement proche des détenu et le fait de les écouter et d’essayer de comprendre leurs motivations intimes ne m’éloigne en rien de la prise en compte de la souffrance des victimes.

              Sinon, on m’a dit que je tiendrais 2-3 ans maximum dans ce secteur, aujourd’hui ça fait 7 ans et j’ai plus d’enthousiasme et d’énergie qu’à mes débuts ! Mais j’espère que lorsque je me sentirai « usé » par ce travail, je pourrai le repérer assez vite que pour en changer.

        3 autres commentaires
      • jino83
        jino83 répond à Camille Polloni
        • Posté à 14h03 le 07/09/2012
        • 159282

        Tiens vous me faite pensez a autre chose un peu hors sujet ( mais pas trop ) , c’est un truc qu’on m’avais proposé ça , de travailler dans une prison . De souvenir sur les conditions de travail y a des choses surprenantes ...mis a part le fait d’avoir le sentiment d’être en prison 5jours par semaine , les opérateurs privés ( pour la maintenance , dépannage , travaux ) qui interviennent dans les prisons et aussi dans les cellules donc , ce démerdent tous seul pour leur sécurité ...
        C’est au p’tit gars qui rentre dans la cellule pour dépanner , d’attacher le prisonnier avec des menottes si besoin , parce que le garde lui vous enferme dans la cellule avec . Dans la proposition ...bonne blague y avait même du transport de prisonnier ...j’suis parti en courant : -)

         
        • Jonathan Leroy
          Jonathan Leroy répond à jino83
          Auteur(e) de l'article Psychologue
          • Posté à 23h12 le 08/09/2012
          • Internaute 192222
            Psychologue

          À mon avis, vous avez bien fait ! :)

          • jino83
            jino83 répond à Jonathan Leroy
            • Posté à 00h08 le 11/09/2012
            • 159282

            Oui aucun doute pour moi ce serait comme une erreur système . Des choses qui font que la prison c’est un truc a fuir et si on la voit c’est pas du bon coté , y travailler ne fait pas parti des options du coup .

            • Jonathan Leroy
              Jonathan Leroy répond à jino83
              Auteur(e) de l'article Psychologue
              • Posté à 09h29 le 11/09/2012
              • Internaute 192222
                Psychologue

              Et quand on décide tout de même d’y travailler, il faut que les places de chacun soient claires tout comme les buts qu’on se fixe, ce qui n’était vraiment pas le cas lors de votre expérience.

        3 autres commentaires
  • Appleseed
    Appleseed
    Mangeur de Twix
    • Posté à 13h31 le 07/09/2012
    • Internaute 11691
      Mangeur de Twix

    Bonjour, à combien estimeriez vous (en pourcentage grossier) le nombre de prisonniers qui n’ont rien à faire en prison du fait de leur état psychologique ? Sous entendu qu’il serait bien plus indiqué pour eux de se retrouver en centre de soin.

    Dans le même ordre d’idée, estimez vous avoir assez de moyens, de personnels et de bonne conditions de travail pour exercer ce métier, qui doit être bien difficile j’imagine.

    Cordialement

    • Jonathan Leroy
      Jonathan Leroy répond à Appleseed
      Auteur(e) de l'article Psychologue
      • Posté à 18h30 le 08/09/2012
      • Internaute 192222
        Psychologue

      Je vois en effet deux difficultés à estimer un nombre par rapport à l’entièreté de la population carcérale : 1) je suis loin de voir tous les détenus de la prison, 2) pour ceux que je vois, le plus souvent un problème a été identifié (par le détenu lui-même en cas de demande spontanée, ou par un intervenant qui me demande d’aller le voir)...

      Sans pouvoir chiffrer précisément, j’ai en effet rencontré quelques détenus qui sont plus des personnes malades que des criminels, qui ont par exemple commis les faits dans un contexte délirant ou qui ne peuvent rendre compte de ce qu’ils ont fait. C’est à ça que sert l’expertise psychiatrique avant le procès : évaluer si on peut juger la personne ou s’il est préférable de l’interner (dans un Établissement de Défense Sociale, en Belgique). Parfois, la folie n’est pas repérée car, comme disait un professeur, le psychotique « ne délire pas à plein temps ». Il arrive que le détenu attende plusieurs entretiens avant de parler de ce qui se jouait pour lui, il faut du temps et que la confiance s’installe. Dans une expertise psychiatrique, on n’a pas le temps et la confiance ne va pas de soi (car on est « évalué »). D’autre part, il arrive que des phénomènes psychiatriques « à bas bruit » se dégradent avec le temps et les conditions d’enfermement. Dans ces cas-là, le psychiatre de la prison peut demander que la personne soit mise en observation à l’annexe psychiatrique de Forest. Mais ce n’est pas pour la majorité des cas, surtout pour ceux qu’il n’y a plus moyen de gérer au sein des « droits communs » (agressivité, risque suicidaire). Mais l’annexe psychiatrique est loin d’être un lieu de soin idéal, ça reste un endroit très carcéral.

    • Jonathan Leroy
      Jonathan Leroy répond à Appleseed
      Auteur(e) de l'article Psychologue
      • Posté à 18h41 le 08/09/2012
      • Internaute 192222
        Psychologue

      En ce qui concerne nos conditions de travail en prison, un de nos griefs est bêtement le temps d’attente des détenus, qui peut être très long. De 20 minutes à plus d’une heure, car la prison est fréquemment « bloquée » : une aile est à l’arrêt à l’entrée et à la sortie des préaux, toute la prison est à l’arrêt (détenus en cellule) lors d’un « mouvement strict » (un détenu qui ne peut être en contact avec les autres), on ne peut voir les détenus à certaines heures (de midi à 14h30 par ex), parfois le « centre » oublie de nous les envoyer, etc. Le nombre de détenus qu’il est possible de voir est par ce fait assez limité. A la prison de St-Gilles, la majorité des travailleurs psycho-sociaux font leurs entretiens dans un grand couloir ponctué de petites tables (on a obtenu dernièrement quelques parloirs à se partager au sein des ailes) : problèmes de confidentialité, énormément de bruit, gardiens qui font des remarques en passant (« n’écoutez pas celui-là, c’est un menteur ! »)...
      Il est clair également que les moyens manquent, en terme de nombre de travailleurs psycho-sociaux, de dispositifs proposés et en terme de structure. En prison, mon cadre est constitué par des entretiens « en ambulatoire », c’est-à-dire dans un bureau, seul à seul. En général une fois par semaine. Pas d’entretiens avec des collègues, pas de groupes de paroles, etc. Au sein de la prison, pas non plus de structure dédiée à certaines problématiques telles que les addictions, les risques suicidaires, les situations de crises diverses. Les gardiens eux-même sont fort peu formés et sont dépourvus face à toutes ces problématiques. L’administration pénitentiaire est une machinerie très lourde, les possibilités d’inventer sont réduites.

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