Discours 07/09/2012 à 09h05

Obama, candidat de la crise : un discours raté, une convention réussie

Martin Untersinger | Journaliste Rue89

Jeudi soir, Barack Obama a prononcé son discours d’investiture lors de la convention démocrate de Charlotte, en Caroline du Nord.

Lui qui avait fait une entrée fracassante sur la scène politique américaine avec son discours lors de la convention de 2004, il avait depuis habitué les commentateurs à des discours extrêmement forts. Ce jeudi soir, il a un peu déçu.

Un discours un peu raté

Pour le démocrate James Carville, « ce n’était probablement le meilleur discours de la convention ». Petite revue de presse :

« Ce n’était pas audacieux. Juste suffisant pour que Obama explique que Romney esquive les décisions difficiles, et intensifier les attaques sur son adversaire. »

« Le Président, cet orateur légendaire, cet harangueur de foule tant vanté, capable de souffler n’importe quelle audience en général et dans les conventions en particulier, a prononcé un discours réchauffé et banal. »

« Le discours de Barack Obama était ennuyeux et terre-à-terre. C’était l’équivalent rhétorique – pardonnez la métaphore sportive – de jouer la montre : Obama pense clairement qu’il a de l’avance et qu’il doit simplement éviter les erreurs. Mais quand une équipe fait ça, cela s’avère souvent être la plus grosse erreur possible, et elle perd. »

Le discours d’Obama en intégralité et en anglais

Conclusion d’une convention démocrate réussie

Malgré ce discours en demi-teinte, la convention démocrate a été jugée plus réussie que la républicaine, notamment grâce aux discours de Michelle Obama et de Bill Clinton.

Dans un éditorial pour le Wall Street Journal, l’ancienne plume de Reagan, Peggy Noonan, le reconnaît :

« Bill Clinton est le maître. [...] Presque tous les médias étaient sur un petit nuage après son discours. C’était un moment superbe et habile de générosité politique, [...] même si c’était un discours militant, celui d’un apparatchik très doué. »

Elle souligne également que John Kerry, candidat malheureux en 2004, a probablement donné jeudi soir « le meilleur discours de sa vie ».


Capture d’écran de Scarlett Johansson à la convention démocrate

Sur Internet en général et sur Twitter en particulier, la convention démocrate a fait un carton : 9 millions de tweets sur le sujet en tout, et pas moins de 52 000 par minute qui mentionnaient @BarackObama. Un record pour un évènement politique.

A Clint Eastwood, qui a donné un discours confus et beaucoup moqué, l’équipe d’Obama a opposé tout un panel de personnalités médiatiques ciblant des publics spécifiques. Après les Hispaniques – le maire de San Antonio Julian Castro est intervenu mercredi soir –, c’était au tour des jeunes. Le groupe Foo Fighters et les actrives Eva Longoria et Scarlett Johansson ont défilé sur le podium.

Obama s’est posé en candidat de la crise

Certes, il a martelé quinze fois « hope » (espoir), soit une fois toutes les 2’30 en moyenne, comme au bon vieux temps de sa campagne de 2008.

Mais le ton a bien changé. Malgré quelques annonces programmatiques – réduire la dette, ralentir l’augmentation des frais de scolarité à l’université, diminuer la dépendance énergétique, créer un million d’emplois –, Obama s’est dit « soucieux de ses propres échecs ».

« Je ne suis plus le candidat, je suis le Président », a-t-il asséné. Une phrase qui restera un des moments forts de son discours :

« Vous ne m’avez pas élu pour que je vous dise ce que vous avez envie d’entendre. Vous m’avez élu pour vous dire la vérité. Et la vérité, c’est qu’il faudra un peu plus que quelques années pour affronter les défis qui se sont accumulés en une décennie. Il faudra un effort commun, des responsabilités partagées, et le genre d’expérimentation courageuse, constante, que Franklin Roosevelt a menée pendant la seule crise pire que celle-ci. »

Le New York Times note d’ailleurs que le mot « promise » (promettre et promesse) avait été utilisé 32 fois lors de son discours d’investiture en 2008. Seulement sept fois jeudi soir.

Les démocrates, solides sur la politique étrangère

Traditionnellement, la politique étrangère est davantage une arme utilisée par les républicains pour dénoncer des démocrates inexpérimentés. La logique s’est inversée lors de cette convention.

Le Président sortant a joué sur son expérience en politique extérieure et a attaqué Romney sur ce point, notamment à propos de son déplacement à Londres ou de ses propos sur la Russie.

Fred Kaplan, éditorialiste spécialisé défense à Slate :

« Les conventions de ces deux dernières semaines, et particulièrement les discours de jeudi soir, ont consolidé le fait que le parti démocrate est désormais le parti de la politique de sécurité nationale. [...]

Pour quiconque a suivi la politique américaine pendant les quarante dernières années, depuis l’élection de Richard Nixon face à George McGovern, c’est un changement renversant. »

Obama :

« Mon opposant et son colistier sont des petits nouveaux dans la politique étrangère. Mais de ce que j’ai vu et entendu, ils veulent nous ramener à une ère de fanfaronnades et de maladresses qui a tant coûté à l’Amérique. »

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  • Stephane MOT
    Stephane MOT
    Author & Chief AtoZ Officer
    • Posté à 10h35 le 07/09/2012
    • Internaute 17943
      Author & Chief AtoZ Officer

    A mon avis (en VO : http://e-blogules.blogspot.com/2012/09/the-commander-in-chief-has-spoken.html ) :
    - Obama a clairement marque sa superiorite sur Romney. Pas en candidat de crise, mais en President et en CEO teste sur le terrain et maintenant le cap sans devier de ses valeurs.
    - Obama a a livre le meilleur discours possible compte tenu des circonstances. Bien sur moins eleve qu’il y a 4 ans, mais adapte et puissant. J’ai prefere celui de Kerry et bien sur Michelle, la plus performante du lot.
    - J’ai plutot mis Gabby Giffords face a Clint
    - le GOP a totalement elude la politique etrangere et les guerres, et il a suffit d’un suicide en direct d’Eastwood pour eclipser leur convention, trop conventionnelle et sans eclat. La DNC a totalement surclasse la RNC sur tous les plans

    => Romney doit compter sur un miracle (l’implosion de l’Euro, une gigacagade d’Obama aux debats), ou plus surement sur ses tres riches SuperPACs

  • Nain Glumeux
    Nain Glumeux
    Nalyseur de proximité.
    • Posté à 11h23 le 07/09/2012
    • Internaute 148099
      Nalyseur de proximité.

    Pas facile le choix des Américains il se résume à ceci, à peu près, voter pour un conservateur borné à plein temps ou pour un progressiste qui ne l’est qu’une fois tous les 4 ans. Durant la campagne électorale.

    Enfin bon, Obama lui sait attraper des mouches au vol, il n’est pas certain que son adversaire lui, soit capable de trouver la poche arrière de son pantalon dans le noir.

    Je dis ça mais il faut bien reconnaître que par ici le choix n’est pas bien folichon non plus... question révolutionnaire de campagne électorale.

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