Gesticule, Hollande !
Ma parole, ils sont en manque ! Il faut les entendre, depuis dix jours, les Barbier, les Giesbert, les Szafran, bombarder Hollande à coups de couvertures en dos de kiosque : allez, secoue-toi, Hollande, bouge un peu, là maintenant, tout de suite, montre ce que tu sais faire, assez causé, assez bronzé, sors-les, tes biscottos ! En d’autres mots : sois donc copie conforme du précédent, dans l’agitation permanente, une réforme par jour, un projet de loi par minute.
Un exécutif à la disposition des Français
Comme le reconnaissait l’autre jour au Monde un conseiller (anonyme) de l’Elysée :
« On ne peut pas exclure que Sarkozy, avec tous ses excès, ait imprimé dans l’inconscient collectif le sentiment que l’exécutif est à la disposition des Français, tout le temps. »
Dans cette injonction gesticulatoire, à laquelle Hollande a apparemment décidé de se plier, il faudrait démêler la part de l’idéologie (fais-nous vite une bonne politique de droite), celle du simple réflexe, et celle du souci des ventes. Quel mauvais client, ce Hollande, pour les ventes ! L’autre, au moins, il énervait, il dérapait, il rendait dingue. Résultat : c’est l’embouteillage des annonces de réformes.
Rien que ce mardi matin, ça se bouscule. La modulation des prix de l’énergie ; le contrat de génération ; le projet Duflot de développement du logement social. Avec déjà, dans ce dernier cas, l’amorce d’une belle et bonne campagne de droite (Duflot étant accusée, si on comprend bien, de vouloir bétonner le littoral) qui promet de nous occuper quelques semaines.
Réformes rapides = réformes bâclées
Et alors ? objectera-t-on. C’est très bien ! Si les réformes sont bonnes, utiles, autant qu’elles soient, en effet, rapides. Pourquoi attendre ? Oui, mais non. Qui dit réforme rapide, dit réforme bâclée, diable dans les détails, projet de loi mal ficelé, inapplicable, censurable au Conseil constitutionnel, et destiné au total au cimetière des réfomes.
Dans son code génétique, un projet de loi porte la marque des conditions dans lesquelles il a été élaboré. Le premier critère d’évaluation d’un pouvoir, le plus simple en tout cas, c’est sa capacité de résistance à l’injonction médiatique.
Quand vincent Peillon va vendre sa « morale laïque » sur le plateau de Denisot, où se déploient chaque soir l’adoration du conformisme, le culte du succès et l’exhibition de potiche, comment croire à sa capacité d’enseigner le doute et l’esprit critique ? Ce n’est qu’un exemple...
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On ne peut régner innocemment
On ne peut régner innocemment
C’est vrai ! Mais il n’en faut pas moins changer, le plus tôt possible. parce qu’il s’agit d’une promesse de campagne.
Et changer, ça veut d’abord dire agir avec plus de justice (autre promesse) et on comprend mal que ça traîne justement pour les réformes qui ne coutent pas un rond, comme celles qui consistent par exemple à s’occuper justement du problème des quelques milliers de Roms et justement de la situation des centaines de milliers d’étrangers sans papiers (encore une). D’autant plus que ces sans papiers qui travaillent au noir vont pouvoir payer des impôts dès qu’ils seront régularisés et que ça obligera leurs employeurs à camoufler un peu moins leurs revenus au fisc. Et tout ça sans aucune influence sur le chiffre du chômage puisque tous ces étrangers, qui sont là depuis des années, travaillent déjà et ne bénéficient pas d’aides sociales (à l’exception de l’AME).
Effectivement, pour faire ça, il faudrait commencer par dire aux préfets qu’ils doivent le faire. Même si ils sont de la même promo de l’ENA que le président et même si on n’a pas encore jugé utile de penser à les réaffecter ailleurs qu’à l’endroit où M. Guéant avait décidé de les placer, en fonction de leur docilité et des marques d’allégeance qu’ils avaient pu donner.
Et changer, ça signifie aussi de ne pas trouver normal qu’un conseiller municipal se fasse compenser par un vote la perte de revenu qu’implique la démission de son fauteuil de maire.
Mince alors, des tas de choses qu’aurait pu faire depuis longtemps le seul ministre du gouvernement dont l’action est littéralement plébiscitée par la droite.
Y aurait-il pas un loup ?




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