Le grand entretien 01/09/2012 à 15h04

Crise des céréales : « Après les subprimes, on spécule sur la nourriture »

Elsa Fayner | Journaliste Rue89

Depuis juillet, les prix des céréales flambent. On accuse la sécheresse, mais pour Aurélie Trouvé d’Attac France, cette crise a des responsables. Entretien.


Un champ de maïs à Godewaersvelde, dans le Nord, le 22 août 2012 (PHILIPPE HUGUEN/AFP)

Elle a grandi avec le mouvement altermondialiste. Et ne l’a pas lâché la trentaine passée. Aurélie Trouvé copréside aujourd’hui Attac en France, l’Association pour la taxation des transactions financières et l’action citoyenne.

Ce qu’Aurélie Trouvé dit moins, c’est qu’elle a suivi des études d’ingénieur agronome pour finalement devenir maître de conférences en économie. Sa spécialité : les politiques agricoles et alimentaires a l’Inra.

Alors, quand les prix des céréales s’envolent comme ils le font depuis le début de l’été, la jeune femme fait le lien entre ses deux activités : ce n’est pas parce qu’une sécheresse met à mal les récoltes américaines que les prix flambent en France, c’est bien plutôt parce que nous avons dérégulé les marchés. Rencontre.

Rue89 : Peut-on parler de crise alimentaire aujourd’hui ?


Aurélie Trouvé à Montreuil, le 29 août 2012 (Ava du Parc)

Aurélie Trouvé : On parle de crise alimentaire mondiale depuis 2008. On a assisté cette année-là à une forte augmentation des prix du riz, du blé, du lait. On a parlé d’émeutes – ou de révoltes – de la faim.
Mais l’indice des prix a été encore plus haut en 2011 ! En fait, la crise est continue depuis 2008 : les prix ne sont quasiment pas retombés. C’est le cas en particulier pour les céréales, le sucre et le maïs.

Pourquoi cette flambée des prix est-elle inquiétante ?

En France, un ménage consacre en moyenne 15% de son revenu à l’alimentation. Dans les pays du Sud, c’est plus de la moitié du revenu. Du coup, dans ces pays, la flambée des prix a des conséquences [PDF] encore plus dramatiques sur la consommation quotidienne de céréales, de maïs ou de sucre.

Bientôt, ce sont les produits laitiers et la viande qui risquent d’être touchés. Pour nourrir les élevages, il faut des céréales....

Or ceux-ci sont de plus en plus utilisés pour fabriquer des agrocarburants aux Etats Unis et dans l’Union européenne, ce qui réduit d’autant les stocks céréaliers des deux régions.

Mais il y a toujours eu des crises alimentaires, ce n’est pas nouveau ?

Cet été, il y a eu une sécheresse aux Etats-Unis, et les prix du maïs ont flambé de 25%. C’est ça la nouveauté : la volatilité des prix.

Autrement dit, maintenant, quand on a un petit déficit de production, ça flambe. Ce n’était pas le cas auparavant. Les prix restaient stables, ils ne s’affolaient pas au moindre changement de temps.

Il suffit de regarder la courbe des prix des produits alimentaires, établie par la FAO [Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, ndlr], pour le voir. Depuis 2007, les prix connaissent de fortes fluctuations, et dans des temps réduits.


Indice FAO des prix des produits alimentaires (FAO)

Le problème, donc, c’est que les prix augmentent fortement subitement pour les consommateurs. Mais cette volatilité nouvelle déstabilise également toute la filière.

Les agriculteurs, les PME de l’agroalimentaire... tous sont plongés dans l’incertitude. Du coup, ils font moins d’investissements. Ils obtiennent également moins de crédits car les banques voient bien qu’ils peuvent totalement se ruiner en une année.

Mais pourquoi, aujourd’hui, un petit déficit de production suscite une telle flambée des prix alors que ce n’était pas le cas avant ?

C’est facile d’incriminer les aléas climatiques, la sécheresse : personne n’est responsable. Alors que la crise résulte de choix politiques, et qu’il y a des responsables.

Le problème de fond, c’est que nous avons dérégulé nos marchés intérieurs.

Avant, sur ces marchés, un certain nombre de systèmes permettaient de garder des prix stables. On garantissait des prix de vente aux producteurs. En Europe, par exemple, quand le prix mondial du lait passait en dessous du prix plancher, l’Union européenne achetait le lait et le stockait, ce qui maintenait le prix élevé. Quand les prix flambaient, l’Union déstockait, ce qui faisait baisser les prix. Les Etats-Unis faisaient de même.

Pour avoir un prix assez haut et stable, l’Union européenne avait également mis en place des taxes douanières. Et les exportations étaient subventionnées.

Les prix n’étaient pas les seuls à être régulés, la production l’était aussi. Aux Etats-Unis, notamment, un gel des cultures était pratiqué. Des surfaces agricoles n’étaient pas cultivées, ce qui permettait d’éviter ces surproductions.

Le problème est survenu à la fin des années 80. En 1986, on a fait entrer l’agriculture dans les négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En 1994, un accord a été signé. Et cet accord a laminé les politiques de régulation des marchés agricoles, notamment aux Etats-Unis et dans l’Union européenne.

Comment ?

Aujourd’hui, les prix intérieurs ne sont plus stables et protégés dans chaque pays, ils suivent du coup les prix mondiaux. Or, ces prix mondiaux sont de plus en plus volatiles.

Ils ne sont pas fixés en fonction de l’offre et de la demande dans tous les pays du monde. Ce n’est pas une moyenne des prix. Les prix mondiaux sont déterminés par la petite partie de la production qui est exportée dans le monde.

Or, sur ces marchés agroalimentaires, il y a des très gros acteurs qui sont capables d’influencer très fortement les prix, qui ne correspondent pas à l’état de l’offre et de la demande réelle.

Concernant certains produits comme les céréales ou le maïs, la spéculation joue en outre une influence décisive sur les prix.

Comment peut-on spéculer sur les céréales ou le maïs ?

Il existe ce qu’on appelle des « marchés à terme » : ce ne sont pas des marchés agricoles, sur lesquels on s’échange des marchandises ; ce sont des marchés financiers qui existent en parallèle, sur lesquels on s’échange des papiers.

Ces marchés à terme existent depuis le XIXe siècle. C’était au départ une sorte d’assurance pour les agriculteurs. Cela leur permettait de vendre leur production à un prix fixé préalablement à la récolte. En cas de chute des cours au moment de la moisson, ils étaient protégés. En cas de flambée, les investisseurs enregistraient un profit.

Cela a fonctionné jusqu’au début des années 90. Des agriculteurs, des coopératives, des négociants utilisaient ces marchés à terme. Les prix étaient fixés en fonction des « fondamentaux de marché », c’est-à-dire des anticipations de l’offre et de la demande physiques.

Et puis, peu à peu, de plus en plus de spéculateurs purs se sont mis à investir sur ces marchés : des intervenants qui, à aucun moment, ne vendent ni n’achètent de produits agricoles, qui ne vendent que des produits dérivés pour faire de la spéculation financière.

Pourquoi les spéculateurs se sont-ils subitement intéressés aux céréales ou au maïs ?

Parce que les prix ont été dérégulés à ce moment-là en Europe et aux Etats-Unis ! Quand les prix étaient stabilisés un peu partout, il y avait beaucoup moins d’intérêt à spéculer. A partir du moment où les prix varient fortement, les paris peuvent devenir plus importants.

Par ailleurs, comme les marchés de l’immobilier et de l’Internet se sont cassé la figure, les spéculateurs se sont reportés vers les marchés à terme agricoles, considérés comme plus sûrs. Après les subprimes, on spécule sur la nourriture.

A tel point que des bulles se sont formées, et ont éclaté. C’est ce qui s’est passé en 2008, c’est ce qui a mené aux révoltes de la faim.

De prochaines crises sont-elles à craindre ?

Les Etats-Unis ont de nouveau régulé les prix agricoles a partir des annees 2000, avec des mécanismes qui permettent aux agriculteurs de stabiliser leurs revenus. Les quotas et les protections aux frontières ont également été renforcés.

L’Inde ou le Brésil reprennent également des mécanismes de régulation de produits agricoles.

L’Union européenne, elle, continue à déréguler. La politique agricole commune (PAC) va être réformée en 2013. Les quotas laitiers vont être complètement élimés. Ça, c’est décidé. Les prix garantis aux agriculteurs vont continuer à diminuer : il n’y aura plus aucune trace de régulation. La Commission européenne propose par ailleurs dans ses textes de développer les marchés à terme.


Aurélie Trouvé à Montreuil, le 29 août 2012 (Ava du Parc)

Quelles solutions pourraient être envisagées ?

Pour moi, il faut [PDF] reprendre en Europe les mécanismes de stockage-déstockage, avec des prix garantis aux agriculteurs. Cela permet au passage de couper l’herbe sous le pied des spéculateurs : si les prix ne varient plus, aucun intérêt de parier dessus.

Il existe certes une limite à ce mécanisme : que l’Europe en profite pour déstocker vers les pays du Sud, à des prix défiant toute concurrence, ce qui lamine les agricultures vivrières dans les pays en question. C’est pourquoi il faut également mettre en place des systèmes de régulation de la production pour ne pas inonder les marchés étrangers.

Je pense qu’il faut aussi relocaliser les activités agricoles. Et réguler les marges de la grande transformation et de la grande distribution, comme cela se fait aux Etats-Unis.

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  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 16h35 le 01/09/2012
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    « les spéculateurs se sont reportés vers les marchés à terme agricoles, ....
    A tel point que des bulles se sont formées, »

    Raisonnement complètement bidon

    Vous insinuez que ce serait à cause de la spéculation que les prix agricoles font des zig-zag.

    ....

    Que la spéculation profite des hausses et des baisses de prix, c’est une évidence.

    Qu’elle en soit la cause est une contre vérité :

    Bien au contraire, la spéculation permet d’atténuer les trop grands écarts de prix , ce que l’article présente comme étant le contraire.

    En effet, quand les prix sont bas, l’achat à terme permet d’en atténuer la baisse...
    et la revente spéculative quand les prix sont haut, permet d’en atténuer la hausse.

    Présenter la spéculation sur les prix agricoles comme étant la cause des trop grandes flambées de prix est donc une contre vérité mensongère à propos d’une des vertus du libéralisme,
    à savoir ses effets auto régulateurs qui vont à l’encontre des allusions mensongères de l’article.

  • O.S.T.I.A.
    O.S.T.I.A. répond à Pierrrrre
    ZAD
    • Posté à 16h52 le 01/09/2012
    • Internaute 191710
      ZAD

    vous y croyez encore à l’auto-régulation ? ? ?

    sans déconner...

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 16h53 le 01/09/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    La spéculation sur les matières premières, dont les produits agricoles font partis, ne sera jamais que le troisième étage de la crise. Après les subprimes aux USA, celle qui est en cours en Europe avec la dette des Etats, très prochainement viendra celle des matières agricoles. Celle ci était évitable, mais l’OMC de Pascal Lamy est venu mettre sa patte pour redire aux européens que le stockage était interdit dans le cadre du libre échange. Proposition de la commission européenne L’Europe a proposé en 2008 d’améliorer le PEAD Programme européen d’aide aux plus démunis mais elle aurait été pénalisée à chaque utilisation d’une mesure de stockage par la réglementation de l’OMC (mesure ayant un effet de distorsion de concurrence), l’UE a donc progressivement remplacé, dès 1992, le stockage pour réguler son marché intérieur par la distribution d’aides directes aux exploitations. Ces aides sont destinées à favoriser la productivité de l’exploitation sans perturber le marché.
    Non seulement les prix sont gravement perturbés en cas de pénuries dues aux conditions climatiques comme les inondations ou la sécheresse, mais l’aide au plus démuni n’existe plus. C’est beau comme un credo libéral, le marché, tout le marché, rien que le marché.

  • cartesi1
    cartesi1
    pHD student
    • Posté à 21h20 le 01/09/2012
    • 182555
      pHD student

    Je suis étonné que le nom de Blythe Masters ne soit pas mentionné dans cet article alors que c’est quand même la personne qui a une très grosse part de responsabilité dans la spéculation sur les matières premières et la nourriture. Je vous conseille (direction RUE89) d’écouter ce que M Jovanovic, qui suit de très près l’actualité financière, dit. Il a très bien expliqué le sujet de cet article. Après je peux comprendre que ce n’est pas votre tasse de thé mais je pense que c’est la personne qui est le plus en pointe sur tout ces sujets.

  • Yvon
    Yvon
    marié
    • Posté à 22h20 le 01/09/2012
    • Internaute 22452
      marié

    Nos céréaliers vont faire un profit d’enfer vu que la récolte en France s’annonce très bonne. Nos paysans ont planté du maïs partout, avec la pluie et la chaleur ( et les produits phyto sanitaires !) ces maïs sont géants. Ils sont tous devant leur ordinateur à voir les cours monter...la baguette et les pâtes vont augmenter avec une super récolte ! Et en plus ils auront les primes de la PAC. On vit une société formidable.

  • trouble fêtes
    trouble fêtes répond à Yvon
    aconforme
    • Posté à 22h40 le 01/09/2012
    • Internaute 156689
      aconforme

    S’il n’y avait qu’eux (ce qui ne les excuse pas) :
    Parmi les 508 000 bénéficiaires français de la politique agricole commune (PAC), il en est un plus habitué à faire la une des magazines people que de la presse agricole. Le prince Albert de Monaco reçoit en effet une subvention de 253 986 € de Bruxelles pour son soutien aux cultures « propres » et aux pratiques en faveur de l’environnement. Car le souverain monégasque est aussi agriculteur. Sa famille est propriétaire du domaine de Marchais, dans l’Aisne, qui compte 773 ha et où travaillent onze salariés. Sur ces terrains, où passe le prince « cinq ou six fois dans l’année », sont cultivés du blé, de l’orge, de la luzerne, des légumes, etc. Mais la subvention en faveur de la famille Grimaldi pèse peu au regard des aides européennes reçues par les grands groupes industriels.
    Sur cet aspect du dossier, l’enquête du « Parisien » et d’« Aujourd’hui en France » (2009), concernant les principaux bénéficiaires de la PAC, montre par exemple que les entreprises liées au sucre, « Saint Louis », « Tereos », « Eurosugar », « Sucrerie de Bois Rouge », etc. reçoivent plus de 160 millions d’euros. Certaines sociétés sont même parfois des filiales d’autres bénéficiaires. Un trader du sucre (qui achète et vend le produit) reçoit lui aussi une aide publique substantielle de l’Europe alors même qu’une large part de son activité se situe en Russie. Autre surprise, le volailler Doux qui est le Français le mieux subventionné par Bruxelles, avec près de 63 millions d’euros, présente la particularité de se développer en Amérique du Sud et de réduire ses emplois en France.

  • nono le simplet
    nono le simplet
    gauchiste placide
    • Posté à 14h55 le 02/09/2012
    • Internaute 9767
      gauchiste placide

    chez nous, le cours du blé est passé de 210 €/t à 260€/t depuis juin ...
    dans mon petit coin de Vendée, les acheteurs de blé ont leurs silos plein à rabord voire même au delà ... chez l’un d’eux un énorme tas de blé est stocké ... dehors, quitte à passer au séchoir !
    même les petits exploitants qui vendaient il y a peu leur blé à l’avance stockent une partie de leur production (enfin, ceux qui le peuvent), lassés de voir le blé prendre 10 à 20% une fois dans les mains de leurs acheteurs ...

  • agricultrice
    agricultrice
    en cours d'installation
    • Posté à 18h08 le 02/09/2012
    • Internaute 113623
      en cours d'installation

    ce qu’il est indispensable de savoir :
    les marchés à terme ne sont utilisables par les agriculteurs que sous conditions, c’est-à-dire que tout paysan doit justifier de son statut agricole, de ses cultures, et d’une formation spécifique avant d’accéder aux marchés à terme. Par exemple, un éleveur de vaches allaitantes ne peut pas utiliser le marché à terme pour couvrir un prix sur du blé s’il n’en produit pas. Si concrètement un producteur de colza n’a pas la quantité physique pour souscrire à un contrat quantitatif, il ne peut pas s’engager sur le marché à terme correspondant.
    Tout cela pour expliquer que le marché, s’il peut profiter aux producteurs (attention, le MAT ne couvre que quelques productions céréalières, du cacao, du sucre je crois), n’est effectivement pas contrôlé par eux.
    Alors qui ? oui, les lobbys, type coopératives - mais même eux n’ont pas les moyens de faire jouer ces marchés sur de si grandes variations (2009 - 110€/tonne, aujourd’hui 265€/tonne).
    Un agriculteur bio ne peut être taxé de pollueur (comme certains l’indiquent dans leurs messages), et lui aussi profite de ces fluctuations financières.
    Alors qui peut se passer des autorisations nécessaires pour agir sur un marché de matières premières ? et qui peut affamer le monde entier pour gagner de l’argent ? sûrement pas les paysans, qui, par conviction, produisent des matières premières avec lesquelles ils espèrent nourrir le monde, sans forfanterie et peut-être avec naïveté.

  • salengro
    salengro répond à Pierrrrre
    quand le verbe se fait chair, (...)
    • Posté à 20h23 le 02/09/2012
    • Internaute 107017
      quand le verbe se fait chair, (...)

    ça ne veut rien dire ta tirade P5r,

    spéculer, c’est juste le synonyme d’anticiper, mais ne dit rien quant aux motivations, lesquelles peuvent - et devraient - être de se couvrir des risques, notamment en prenant des positions contraires sur les marchés à terme, mais peuvent aussi consister à vouloir un levier financier maximal, car c’est sur ces mêmes marchés que les plus-values sont alléchantes (mais induisent aussi un risque plus grand qui va de pair)

    Donc sur ces mêmes marchés, on peut rencontrer des acteurs qui agissent pour ne pas perdre, et d’autres juste pour gagner.

    Quant aux effets bénéfiques auto régulateurs du libéralisme...il serait peut-être un peu temps de se mettre à la page concernant les théories néo-libérales, certaines, par souci de pragmatisme, admettant désormais le déséquilibre et ne considérant l’équilibre que sous sa forme instable, qu’il convient de corriger sans cesse grâce à la remontée régulière de stats et autres tableaux de bords, laissant ainsi la main du fine tuning à l’économétrie

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