Au tableau 31/08/2012 à 18h26

Appli : la pénurie de profs en chiffres

Martin Untersinger | Journaliste Rue89

François Hollande a promis la création de 60 000 postes dans l’Education nationale pendant son quinquennat.

Pour le collège et le lycée, la partie s’annonce compliquée : 706 postes – soit 15% – de professeurs du second degré n’ont même pas trouvé preneur. Il y avait déjà 826 postes manquants en 2011. Une première depuis au moins dix ans.


Nombre de postes non pourvus depuis 2001 (cliquer pour agrandir)

Trois disciplines sont plus touchées que les autres.

L’anglais

Pour la première fois, le nombre de candidats pour un poste est passé en 2011 en dessous de 4, à un niveau comparable à celui de 2003. En 2012, il a encore chuté (3,44).

Le taux de réussite (calculé entre le nombre de candidats et le nombre d’admis) est en augmentation constante, revenu en 2012 au niveau de 2003.


Evolution du nombre de postes proposés au concours et le nombre de candidats (cliquer pour agrandir)

Les mathématiques

Le taux de réussite au concours est passé de 17% à plus de 40%. Le nombre de candidats indiqué est celui des candidats s’étant présentés aux deux épreuves écrites du Capes, une donnée que seul le jury de mathématiques fournit, contrairement aux autres.


Evolution du taux de résussite au Capes (cliquer pour agrandir)

Lettres modernes

Le nombre de postes ouverts au concours a diminué d’un tiers. Mais le nombre de candidats chute encore plus brutalement : ils sont 4 fois moins nombreux en 2012 qu’en 1999. Le nombre de candidats par poste est tombé sous la barre des 4 pour la première fois en 2011. C’est aussi la première année que tous les postes n’ont pas été pourvus.

Crise du recrutement...

Source des données
Toutes les données du Capes sont accessibles sur le site de l’Education nationale. Mais si les données les plus récentes sont centralisées, celles qui concernent les concours antérieurs à 2008 doivent être collectées dans les rapports des jurys, accessibles ici.

Par ailleurs, cette application ne s’intéresse qu’au concours externe du Capes, le plus lisible car le plus commun. Si vous disposez de données déjà organisées sur d’autres concours du second degré, n’hésitez pas à nous contacter.

Un des arguments avancés pour expliquer cette désaffection est celle de la réforme de 2008, effective en 2011, dite de la « masterisation ». Auparavant une licence (trois ans d’études) suffisait : il faut désormais un master (cinq ans), ce qui réduit le nombre de postulants.

C’est ce que dit la Cour des comptes dans un rapport du mois de février, très critique envers la masterisation, jugée inefficace et coûteuse :

« Le relèvement du niveau de diplôme requis pour se présenter aux concours a entraîné mécaniquement une baisse du vivier potentiel de candidats. »

... et crise des vocations

Mais au-delà de cet effet mécanique, il y a une vraie crise « des vocations ». Boris, fan de maths, après avoir envisagé l’enseignement, a préféré la finance à l’Education nationale :

« Mal payés, mal considérés… Non, aujourd’hui, c’est tout sauf prof ! »

Jean-Paul Brighelli, professeur de lettres interrogé par Le JDD fait le même constat :

« Il faut être maso aujourd’hui pour vouloir, pour 1 700 euros net, être balancé sans filet dans la cage aux fauves. »

Le syndicat Unsa veut voir « au-delà du déficit des viviers en master sur la plupart des disciplines proposées au Capes » :

« C’est bien la question de fond de l’attractivité du métier qui est posée. Il est perçu comme anxiogène et difficile. Il est de surcroît mal payé. »

Un désamour pour le métier d’enseignant qui a des conséquences directes sur la qualité des recrutements. Jean-Paul Brighelli :

« J’ai été jury au Capes pendant cinq ans, il y a un décalage entre le niveau d’exigence et celui des élèves, on est parfois obligé de monter les notes de 3 à 4 points pour avoir des admis. »

Peu de solutions durables à l’horizon

Pour combler ces centaines de postes vides, le ministère a recours aux candidats recalés sur liste complémentaire à l’agrégation. Mais cela n’est pas suffisant.

L’autre piste explorée est celle des pré-recrutements : 18 000 des emplois d’avenir doivent être réservés à de futurs enseignants entre 2013 et 2015.

En attendant, le ministère peut retenter une campagne de publicité.

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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  • Archicham
    Archicham
    Architecte
    • Posté à 18h50 le 31/08/2012
    • Internaute 122875
      Architecte

    Le fait que ces enseignants titulaires, donc fonctionnaires payés par l’Etat, soient régulièrement remplacés par des vacataires, donc précaires et payés par les régions, explique peut-être la politique qui a abouti à cette situation. N’allez pas croire que c’est fortuit.
    Et quand on se retrouve avec des profs d’histoire-géo en terminale, payés moins de 700 euros par mois, qui n’ont pour formation qu’un diplôme de conducteur de travaux et le master d’urbanisme qu’ils préparent, on vient se plaindre du niveau de l’enseignement...

  • harvestjo
    harvestjo
    pas terrible
    • Posté à 19h08 le 31/08/2012
    • Internaute 115190
      pas terrible

    Une question sûrement idiote mais comment peut-on avoir dans le cadre d’un concours des postes non-pourvus avec dans le même temps des candidats refusés ?

  • yshani
    yshani répond à harvestjo
    étudiant
    • Posté à 19h14 le 31/08/2012
    • Internaute 142570
      étudiant

    Certainement pour ne pas pourrir le niveau du concours.
    En fait c’est un mélange concours-examen, pour n’admettre que des personnes suffisamment qualifiées.

  • Vraiment Social
    Vraiment Social
    Novateur
    • Posté à 20h27 le 31/08/2012
    • Internaute 191818
      Novateur

    Blablablablablablabla....

    Etonnant, non ?

  • Airinys
    • Posté à 20h39 le 31/08/2012
    • Internaute 52467

    On a plus besoin de médecins que de profs.

    C’est la démographie qui veut ça.

  • Grasduc
    Grasduc répond à myosotis_lys
    Fainéant
    • Posté à 22h28 le 31/08/2012
    • Internaute 133162
      Fainéant

    J’ai fait du bénévolat : donner des cours particuliers. Le pied : une élève passionnée, qui me posait des questions pertinentes, quand j’arrivais les parents me saluaient et me proposaient toujours un petit café. De mon coté, je préparais mon cours pendant deux bonnes heures pour 2heures de cours avec l’élève.
    De l’autre coté, j’ai une amie qui a fait prof en lycée. En 20ans, on leur a donné des classes de plus en plus chargées. Certes, les gosses sont devenus de moins en moins polis, mais le problème vient surtout des parents. Il y a 20ans, quand un parent venait la voir c’était pour lui dire : « mon enfant ne travaille pas assez, que dois-je faire ? ». Aujourd’hui ce serait plutôt « vous avez mis une mauvaise note à mon enfant, vous avez tort/ vous leur donnez trop de travail ». J’ai entendu dans mon entourage des parents rire avec leur gosse car celui-ci racontait avoir insulté sa maîtresse d’école. D’autres traiter les professeurs de fainéants... Pourtant aucun d’entre eux n’aurait aimer faire ce métier... et aucun d’entre eux ne voyait mon amie travailler le samedi et le dimanche, et tous les soirs de la semaine pour préparer le travail en classe...

    Pour ce qui est du mépris, il faut dire que l’exemple vient d’en haut. L’éducation nationale a souvent servi de bouc émissaire. Plusieurs membres de différents gouvernements se sont permis de traiter les professeurs de fainéants, de dire qu’il fallait « dégraisser le mammouth », etc. Avec de telles paroles, comment s’étonner que les gens méprisent les professeurs et que les enfants de ces personnes se conduisent mal ?

  • Grasduc
    Grasduc répond à Beaufort
    Fainéant
    • Posté à 22h35 le 31/08/2012
    • Internaute 133162
      Fainéant

    Pour les anciens légionnaires, ils ont essayé (je ne retrouve pas la référence). Problème, les méthodes autorisées à l’armée ne le sont pas dans le civil, surtout lorsqu’il s’agit d’enfants.
    Quand j’étais gosse, quand on avait fait une grosse bêtise et que le prof nous donnait une baffe, on ne rapportait pas aux parents de peur d’en recevoir une deuxième. Aujourd’hui... De toute façon, l’exemple vient d’en haut : selon plusieurs ex-membres de gouvernements les profs sont des fainéants surpayés qui passent leur temps à être malade ou attendre les congés scolaire.

    A propos de la petite baffe bien méritée, il serait intéressant de mettre en parallèle l’augmentation de la délinquance juvénile avec la baisse de fermeté du système scolaire. Je pense que beaucoup de ces corrections bien méritées et soutenues par les parents ont évité à certains de se retrouver plus tard en prison.

  • myosotis_lys
    myosotis_lys répond à Grasduc
    Précaire
    • Posté à 23h05 le 31/08/2012
    • Internaute 89449
      Précaire

    Il est clair que les gouvernements ont leur responsabilité dans le mépris de l’éducation nationale, mais pas qu’eux. Beaucoup méconnaissent le boulot d’un prof, le travail en dehors des heures de présence, l’investissement personnel et professionnel, les études qu’il faut faire pour arriver jusque là. Ma prof de philo, qui enseigne dans une ZEP, me disait qu’elle était prof, mais aussi une deuxième maman pour certains, une assistante sociale pour d’autres, etc. Les profs remplissent plus qu’une mission d’instruction : d’éducation aussi. Beaucoup méconnaissent aussi les missions qu’effectuent les profs parachutés (des fois malgré eux eux) dans les ZEP.
    Les politiques l’ignorent. Ils sont allés dans le privé ou bien dans les meilleures écoles et placent leurs enfants dans le même genre d’établissement. Les parents sont tellement conscients des conditions d’enseignement des profs qu’ils évitent les écoles de banlieues. Les pauvres restent avec les pauvres. Ceux qui peuvent apprendre l’hébreu dans le lycée du centre ville s’en tirera mieux.

    Les parents se permettent (à juste titre) de critiquer les profs car ils sont payés avec nos impôts. Mais à chacun son métier, ai-je envie de dire !

  • Julie79
    Julie79 répond à yshani
    Autoentrepreuneuse
    • Posté à 12h21 le 01/09/2012
    • 184840
      Autoentrepreuneuse

    Vous n’avez jamais passé le concours. J’ai été admise à l’oral du CAPES d’anglais (mais ne me suis pas rendue à l’examen, ne voulant plus faire prof !) et je peux vous assurer que le concours est mal foutu. Ce qu’on apprend pendant la première année ne correspond pas à ce qui sera utile lorsqu’on sera prof. Il faut modifier en profondeur ce concours. Il y aura toujours l’agrégation pour ceux cela intéresse.

  • emiboot
    emiboot répond à Grasduc
    Mammifère
    • Posté à 15h19 le 01/09/2012
    • Internaute 81944
      Mammifère

    Si j’en crois quelques études (pays du nord, mais pas uniquement) que j’ai pu lire sur les ’punitions corporelles aux enfants’, ça ne marche pas du tout, voir c’est contre productif, voir ça laisse des séquelles dans le comportement, justement. Une punition ce n’est pas forcément être violent physiquement avec un enfant, et avoir de l’autorité ne se réduit pas à ça (je ne vous apprends rien je pense). Les profs les plus autoritaires que j’avais vous scotchaient sans bouger, juste avec le regard. Par contre, celui qui était trop agressif ou violent fédérait en général toute la classe contre lui (contre productif donc).
    il faut bien aussi se mettre en tête qu’il y a 50/60 ans, la scolarisation n’était pas un droit, et qu’aujourd’hui, quasi TOUS les enfants sont scolarisés (au moins premiers cycles). Le rapport à l’enseignement à forcément changé, pour les parents et pour les enfants, comme le rapport à l’utilité de l’enseignement depuis les années 80 où le chômage est devenu endémique.
    La société ne pense plus qu’à ça : trouver un job. Le savoir ne peut plus servir qu’à ça (idiotie sans nom, mais passons) : trouver et garder un job. Comment voulez vous faire gober à un môme qu’étudier va lui servir professionnellement quand il constate de ses yeux le nombres de jeunes laissés hors scolarisation (après 16 ans, un vrai désastre), le nombre de diplômé qui galèrent, la réalité du marché du travail selon votre nom, sexe, origine et quartier, etc ?
    Coup de pied au cul ou pas...

  • antoinesanscol
    antoinesanscol répond à Shire djavoon
    Etudiant
    • Posté à 16h18 le 01/09/2012
    • Internaute 192083
      Etudiant

    Juste une précision : le capes est un concours et à ce titre les notes attribuées (au moins pour l’écrit) ne sont pas d’emblée sur 20 : Le sujet est très long et n’est pas fait pour être terminé dans le temps imparti. La note du candidat peut donc paraître faible mais elle n’est pas à mettre en comparaison avec les notes d’un examen traditionnel. ( De source non officielle mais interne au jury la moyenne d’admission au capes ( en maths au moins ) a toujours plus ou moins tourné autour de 7 ces derniers temps )

  • gwinver
    gwinver répond à Archicham
    • Posté à 09h27 le 02/09/2012
    • Internaute 157645

    « vacataires, donc précaires et payés par les régions » vou êtes sûr ? les non titulaires que je connais sont tous (sous) payés par l’Etat

    qaunt au prof d’hist-géo qui n’a « pour formation qu’un diplôme de conducteur de travaux “ ; c’est du vécu ? parce que là je suis très surpris, en général, ils sont tatillons sur les diplômes et même pour enseigner en 6ème, si t’as pas le diplôme (maîtrise, master) dans le domaine enseigné, on ne te prend pas.

  • fluxflux
    fluxflux répond à yshani
    • Posté à 13h07 le 02/09/2012
    • Internaute 167215

    On oublie aussi trop souvent de parler des professeurs des écoles, payés exactement pareil et sans aucune heure sup rémunérée, et qui ont 27 heures de présence effectives, avec non pas une discipline à préparer et à évaluer, mais une dizaine. Évidemment, la crise des vocations y est aussi aiguë.

  • Victor Led Zep
    Victor Led Zep répond à antoinesanscol
    Professeur PC
    • Posté à 17h22 le 02/09/2012
    • Expert 56022
      Professeur PC

    « moyenne d’admission =~ 7 “

    Vous êtes stupéfiant... elles sont calculées en annexe ou premières pages des rapports de jury et cela fait uniquement 2 ans qu’elle est passée sous 10/20...

  • SébastienCamus
    • Posté à 19h23 le 02/09/2012
    • Internaute 3184

    Je ne parle que de ce que je connais : le CAPES externe d’anglais sessions 2008 à 2011.
    Les taux de réussite affichés dans votre encadré sont assez fallacieux.
    En effet, ils sont calculés sur la base du nombre de candidats régulièrement inscrits au concours du CAPES externe.
    Or, en 2008, sur 4549 inscrits, 3233 (71 %, moins des trois quarts) ont rendu une copie dans chaque épreuve écrite. Restent 29 % qui s’étaient inscrits par précaution et ont finalement changé de projet professionnel en cours d’année, ou ont abandonné après une ou deux épreuves écrites. Est-il sensé de compter ces 29 % dans la population des candidats pour calculer le taux de réussite, sachant qu’ils n’ont fait aucune concurrence aux candidats non éliminés ? Pour être admis au concours, il faut avoir subi toutes les épreuves... Ramené à une base de 3233 et non 4549, le nombre de 942 postes pourvus correspond à un taux de réussite supérieur à 21 %.
    En 2009, le taux d’évaporation entre l’inscription et le concours baisse légèrement mais reste du même ordre de grandeur : plus de 27 %.
    En 2010, il augmente sensiblement : plus de 32 %. Seuls deux tiers des candidats inscrits ont effectivement concouru.
    En 2011, il dépasse les 47 %. Il existe une explication : le calendrier du concours ayant été avancé, il fallait s’inscrire avant les résultats de la session 2010. Par conséquent, les candidats de la session 2010 qui comptaient recommencer en cas d’échec ont dû s’inscrire par précaution pour la session 2011. Parmi eux, un certain nombre ont été admis en 2010 et ont donc gonflé de manière illusoire le nombre d’inscrits. Le résultat demeure : ce sont 1651 personnes qui ont concouru et non 3152. Le taux de réussite que vous affichez doit être presque doublé pour se faire une idée juste des chances de réussite d’un candidat qui a effectivement concouru.
    En 2012, le taux d’évaporation approchait encore les 40 %. Presque 67 % des candidats non éliminés à l’écrit étaient admissibles. 64 % des candidats admissibles ont été admis. Autrement dit, à chacune des deux phases du concours, un candidat avait plus de chances de réussir que de risques d’échouer. Voilà qui relativise les taux de réussite décourageants que vous présentez.
    La crise des vocations est bien réelle. Mais il n’est pas forcément exact de dire (vous ne le dites pas, mais vos chiffres pourraient le faire croire) qu’elle est alimentée par des taux de réussite décourageants. Au contraire, elle fait baisser le taux de pression, c’est à dire qu’elle réduit la compétition. Le nombre de postes baisse certes, mais le nombre de candidats par poste baisse plus rapidement.
    Dernier point : je ne comprends pas pourquoi vous reprenez uniquement les chiffres du CAPES externe. Il aurait fallu leur ajouter ceux de l’agrégation externe, du CAPES troisième voie et du CAFEP.

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