Témoignage 27/08/2012 à 16h16

A 26 ans, la France m’a déjà fait perdre toute ambition professionnelle

Marion


Je vis dans un pays qui aime cantonner les gens dans des secteurs sans jamais les laisser en explorer d’autres, quand bien même une forte passion existerait pour un tout autre domaine. Je vis en France.

Pour certains, c’est une chance. Dans mon cas, c’est la source d’un profond ennui.

A 26 ans, j’ai un parcours classique et sans fausse ni mauvaise note. Après avoir quitté le lycée, mention très bien au bac en poche, j’ai intégré une classe préparatoire lettres modernes avant de me lancer dans la course aux écoles de commerce pour faire de la communication mon métier.

L’envie de gagner de l’argent

J’ai toujours aimé écrire, la sociabilité est un de mes points forts et je fourmille d’idées. Je pensais avoir trouvé la profession qui correspondait à ma personnalité et à mes envies. Je ne me suis pas trompée. J’aime mon métier. En revanche, j’ai très mal choisi le secteur dans lequel j’ai commencé à travailler. La finance. Par opportunisme.

J’en avais marre de vivre dans un 9 m2, d’aller à la laverie un soir par semaine, de servir des clients blasés le week-end pour remplir difficilement mon bien maigre compte en banque, et de ne pas pouvoir m’acheter les fringues sur lesquelles la passionnée de mode que je suis flashais souvent sans jamais craquer. J’avais envie de gagner de l’argent, tout simplement. Etait-ce répréhensible ? Je ne pense pas. Etait-ce stupide ? Je suis désormais sûre que oui.

J’ai donc travaillé dans un grand groupe bancaire pendant quelques années avec un salaire alléchant. Les débuts ont été réjouissants. J’apprenais chaque jour la com’, ses règles et son évolution perpétuelle, le fonctionnement du travail en équipe, les maillons interminables de la grande entreprise, les comportements au bureau, et le temps passait vite, très vite tant je trouvais intéressantes, presque existantes toutes ces petites choses qui façonnaient mes journées.

Self-made woman

Et puis je me suis lassée, un peu, beaucoup. Je suis alors partie vivre aux Etats-Unis pendant deux ans. A peine arrivée avec mon permis de travail, béni comme le Saint-Graal, j’ai trouvé un job en tant que chargée de communication et de marketing pour un traiteur-organisateur d’événements qui jouissait d’une excellente réputation dans trois Etats voisins.

Sans même m’avoir demandé de références, juste en regardant furtivement mon CV et en papotant quelques heures avec moi, le patron de la boîte m’embauchait et me nommait d’un coup d’un seul responsable de tout ce qui touchait à la communication et à la stratégie marketing de l’entreprise. Je savais que ce contrat de travail était précaire, mon patron ayant tous les pouvoirs pour me virer du jour au lendemain sans me donner plus d’explications que « aujourd’hui est ton dernier jour, prends tes affaires et ne reviens pas ».

Je savais aussi que si j’étais à la hauteur, ma place n’était pas en danger. J’ai donc travaillé dur. Il m’a fallu apprendre le métier de traiteur pour mieux promouvoir l’entreprise, ses valeurs et ses produits. Il m’a fallu me renseigner sur les supports médias locaux, leur audience et leurs caractéristiques pour déterminer un plan d’actions publicitaire efficace.

Il m’a fallu également comprendre la mentalité américaine, ses hobbies comme ses bêtes noires, sa conception de la fête comme les choses « out of your mind ».

J’ai mis du temps à tout intégrer, à tout ingérer, mais mon chef ne m’a pas brusquée. Il a vu et compris que je me donnais du mal pour faire de ma mission une réussite. Lorsque les premiers résultats positifs sont tombés, j’ai vu de la reconnaissance sur son visage. J’avais gagné la sécurité de ma place que je n’ai lâchée qu’au bout de deux ans. Le mal du pays, l’envie de revenir en France pour me rapprocher de la famille et des amis.

Mon retour au pays a été marqué par mon inscription à Pôle emploi. J’avais de l’argent de côté et tout le temps de reprendre le travail après trop peu de vacances de l’autre côté de l’Atlantique. Puis l’ennui a commencé à me gagner, j’ai alors poussé mes recherches avec la ferme envie d’enfin travailler dans mon secteur de prédilection : la mode.

Je suis une passionnée de mode. C’est un monde qui m’amuse profondément. J’aime les fringues, les chaussures, les sacs et les bijoux. Je vois tout ça comme une vaste cour de récréation dans laquelle tout est permis et dans laquelle j’aimerais vraiment jouer moi aussi.

J’ai envoyé des centaines de candidatures sans retour. Aucun. Rien. Même pas un seul entretien.

Impasse professionnelle

Je suis trilingue, l’anglais et l’italien étant deux langues que je parle couramment en plus du français, ma langue maternelle. Je connais mon métier et je l’exerce avec autant de dynamisme que de sérieux. J’ai de solides expériences dans de grandes entreprises à l’international. J’ai un parcours d’étudiante sans accrocs. J’écris bénévolement pour un magazine de mode. Je conseille également gracieusement de jeunes créateurs en mal d’inspiration pour la création de leurs dossiers de presse.

Je suis ultrasociable, j’aime rire, je suis mégatolérante, j’aime écouter, je suis suprasympathique, j’aime les gens, les vêtements, les créateurs et créatrices, les paillettes et les boots en été, la dentelle sans robe de mariée, et le rétro-rock autant que le bohème chic. Mais il faut croire que rien de tout cela ne suffit.

J’ai donc obtenu un CDI en tant que chargée de communication dans le domaine financier, « again and again »… Où je m’ennuie terriblement chaque jour un peu plus. Je vois passer les annonces d’attaché(e) de presse et de chargé(e) de com’ mode sans plus oser postuler parce que la désillusion m’a gagnée.

Je n’aime pas les burgers, je ne comprends pas les règles du baseball et je ne toucherai jamais un flingue de ma vie, mais j’aime les Etats-Unis pour l’immense champ de possibilités qui s’offre à chaque passionné, quel que soit son passé. Je ne retournerai pas y vivre, mais je continuerai de regretter cette liberté.

MERCI RIVERAINS ! simla, Pierrestrato
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  • Okotoks
    Okotoks
    Amateur de paléontologie et d' (...)
    • Posté à 16h39 le 27/08/2012
    • Internaute 58147
      Amateur de paléontologie et d' (...)

    Ayant un parcours un peu similaire au votre (mais dans un domaine tout autre), je me reconnais parfaitement dans vos propos. Ce que je n’avais pas saisi lors de mes études, c’est le poids du réseau professionnel dans une carrière. Ce réseau est livré clé en main lorsque l’on intègre une grande école prestigieuse... Lorsque ce n’est pas le cas, c’est beaucoup plus dur. Personnellement, je souhaite suivre une reconversion professionnelle. je ne vois que ce moyen pour intégrer un nouveau réseau professionnel sans être pris pour une hurluberlu.

  • kirikou33
    kirikou33
    http://immigrechoisi.com
    • Posté à 16h55 le 27/08/2012
    • Internaute 49809
      http://immigrechoisi.com

    Et une de plus....

    J’aurais pu écrire cet article tellement je m’y reconnais.

    J’ai moi aussi 26 ans, parcours sans faute... Bac S avec mention, puis licence scientifique, puis grande école de commerce. Après une première expérience dans un grand groupe énergétique du cac40, je décide de partir aux USA, frustré par toutes les lourdeurs subies dans mon minuscule cubicle dans un meuble de la défense et la routine métro-boulot-dodo.
    Superbe expérience américaine qui dure un an. Sauf que pour des raisons administratives, je dois retourner en France. Et ça fait un an que je suis rentré, et un an que je regrette... Entre les formalités administratives à la con, les recuteurs qui te font passer 10 entretiens pour un poste virtuel, les centaines de CV envoyés sans réponse, j’ai commencé à me dire que je devrais repartir. Impossible de réussir en France sans montrer pate blanche ou faire partie d’un réseau...

  • Jaguar_
    Jaguar_
    Félin
    • Posté à 16h56 le 27/08/2012
    • Internaute 125154
      Félin

    En France c’est l’égalité avant la liberté, pays de jaloux, de pessimistes et de déprimés, si tu crois en toi même et pas en un état obèse, pars aux US tant que tu es jeune.

  • Saul
    Saul
    visiteur
    • Posté à 17h00 le 27/08/2012
    • 173990
      visiteur

    comprends pas trop son problème... elle est dans le métier de la com’, et ne semble pas vraiment vouloir en changer, mais juste à l’exercer dans d’autres domaines d’activités que la finance.
    Outre l’envoi de CV (ce qu’elle a fait), ça passe aussi par le réseau que l’on se constitue.
    et elle en a forcément un dans la mode puisqu’elle écrit bénévolement dans un magasine de ce domaine, aide des créateurs en constituant leur dossier de presse.... elle a donc un pied là dedans, et devrait savoir ce qui bloque. Elle ne nous en dit pas assez là dessus et du coup sa démonstration d’une France sclérosée en patit.

  • PaulTron
    PaulTron
    Ce champ sera visible par tous (...)
    • Posté à 17h04 le 27/08/2012
    • Internaute 168564
      Ce champ sera visible par tous (...)

    C’est la France ou la mode qui vous pose problème ?
    J’ai une formation qui ne m’a jamais été utile, trois reconversions dans des domaines où je ne connaissais pas grand chose et j’envisage une quatrième reconversion à l’issue de mon poste actuel alors que j’entre dans des des âges où il devient délicat de changer de voie. Je n’ai bien sur jamais fait la moindre formation autre que celle de mes études.
    Cependant, j’ai toujours retrouvé du boulot.
    Ce n’est pas toujours des boulots palpitants, mais ils payent et me permettent de créer en dehors.
    Peut-être qu’il vous faudrait ne pas prendre votre boulot actuel pour une finalité sociale, mais juste pour un moyen.
    En attendant, la communication, en tant de crise, c’est le premier poste qui saute....

  • CitizenSim
    CitizenSim
    Au monde
    • Posté à 17h25 le 27/08/2012
    • Internaute 114259
      Au monde

    Pour l’avoir vécu votre situation est difficile et frustrante, mais consolez-vous en vous imaginant ce que ce serait si vous aviez un parcours scolaire chaotique, pas de diplôme et un nom à consonance étrangère.
    Votre problème se trouve dans l’alternative entre un boulot (en CDI) moyen et le boulot génial que vous souhaiteriez ! c’est un problème que beaucoup aimeraient avoir la chance de vivre. je sais que ce n’est pas parce que c’est pire ailleurs qu’il faut se contenter de la médiocrité alors je vous souhaite malgré tout bon courage.

  • psych0Dad
    psych0Dad
    sociopathe
    • Posté à 02h57 le 28/08/2012
    • Internaute 81504
      sociopathe

    Dans le ton de la plupart des commentaires je sens une influence latine / catho qui pointe En gros la fille a tous les defauts. Elle a deja beaucoup et elle veut plus. En plus elle aime les chose frivoles (la mode, tout ca). Et finalement, comble du mauvais gout, elle a l’outrecuidance de se decrire sous un jour favorable. On retrouve ici des commentaires qui lui disent d’etre contente de ce qu’elle a, qu’elle devrait contribuer a la societe en faisant quelque chose d’utile, et qu’elle ne se prend pas pour de la merde. Bref, on lui reproche de ne pas en avoir chie suffisamment, et de ne pas etre assez humble, deux defauts qui dans la maladie mentale qu’on appelle le catholicisme, vous ferment definitivement les portes du paradis.

    Alors bon c’est vrai, une marketeuse / chargee de com’ sortie d’ecole de commerce et qui veut bosser dans la mode, je comprends qu’on ait un a priori negatif, mais faudrait voir a evacuer une bonne fois pour toute les lecons du patronage. J’ai l’impression d’etre au seminaire quand je vous lis.

  • jma14
    • Posté à 04h33 le 28/08/2012
    • Internaute 31729

    Et oui, la France n’est pas un bon pays pour les jeunes, ni pour le chef d’entreprise que je suis. Je suis parti enfin de France et j’en suis le plus heureux.

    Le mal du pays, je commence de temps en temps à l’avoir. Ceci dit vous n’êtes pas obligés de partir aussi loin. Vous pouvez rester en Europe. Il ne faut pas oublier qu’il n’y a que la France qui vous cantonne de cette manière dans un secteur. Si vous avez un peu parlé avec des anglais, des allemands... vous devez savoir que dans ces pays là on regarde d’abord le nombre d’année d’étude et la compétence,.

    Il faudra au moins une ou deux générations avant que la France bouge. Il faut donc partir avant qu’elle vous tue à petit feu, comme elle fait avec beaucoup de gens. Pour qu’elle commence à bouger, il faudrait d’abord qu’elle fasse un bilan d’elle m^me et qu’elle décide d’une direction à prendre. Et comme vous le savez ce n’est pas le cas.
    Nous n’avons plus de leader, plus de philosophie, nous n’avons pas d’objectif à part la détestation du travail et l’amour des vacances. Malheureusement, on ne construit pas une société avec deux éléments comme ceux-ci.

  • polyétéo
    • Posté à 09h08 le 28/08/2012
    • Internaute 166946

    Dans les commentaires :
    Eternelle critique de ce qui est réputé être les valeurs, négatives bien sûr, du catholicisme et éternelle glorification de la formidable liberté du monde anglo-saxon -et protestant ? -.
    N’y aurait-t’il pas une troisième voie, en restant au pays ou non ?

  • Atopiak
    Atopiak
    Critique
    • Posté à 09h40 le 28/08/2012
    • Internaute 120415
      Critique

    Cet article demeure un témoignage personnel (avec tous les écueils que ce type d’approche peut susciter) mais pointe des choses justes qui, à mon sens, rendent l’insertion et la mobilité professionnelle difficiles voire décourageantes pour les jeunes en France. Le fait que le diplôme X vous cantonne indéfiniment dans le domaine X, que tout soit déterminé très tôt et qu’il soit difficile de changer de rails est très juste. On y voit aussi que, alors que certains en France encense le modèle nord-américain, on n’en a pas forcément pris le meilleur, par exemple la manière d’embaucher, qui mise plus sur le potentiel et les résultats que sur le diplôme, et permet le transfert de compétences et la mobilité professionnelle. Ce système a ses défauts, mais favorise le dynamisme et l’émergence de nouveaux talents, pas forcément venus des milieux où on est censé les trouver.

    J’ai aussi vécu et travaillé en Amérique du Nord (Canada), j’ai un parcours peu conventionnel et l’expérience professionnelle que j’ai eue au Canada, je n’aurais jamais pu la vivre en France - on ne m’aurait jamais embauché, car je n’ai pas le diplôme ou parcours type ! J’ai rencontré beaucoup moins de préjugés sur mon parcours là-bas. Je regrette la rigidité des parcours en France : quand un candidat pour un poste n’a pas le diplôme attendu pour ce type de poste, ou ne rentre pas dans la case (parfois très étroite !) définie par les recruteurs, on ne prend même pas la peine de le rencontrer, ou de s’intéresser à ses compétences transférables.

    Cela ne favorise pas l’innovation ni la diversité, pourtant source de performance et de développement, mais seulement la reproduction de parcours et de diplômes, toujours les mêmes, et tout se joue très tôt (l’ENA pour la politique, HEC/ESSEC/grandes écoles pour le commerce, Science Po pour le journalisme...Bref, la dictature des parcours « grandes écoles »)

    Pour ma part j’ai pu changer de domaine suite à mon expérience à l’étranger. En France, aucun recruteur n’aurait même pris la peine de me rencontrer (et pourtant, je me suis rendue compte à quel point ma formation et mes expériences, m’ont permis de développer de vraies compétences (transférables !) et une capacité de m’adapter dans des milieux très divers. Heureusement que j’ai trouvé, à mon retour, un employeur qui n’avait pas une vue courte, et qui je crois ne regrette pas son choix : mais, du point de vue français, il a pris « des risques » en m’embauchant.

    Je précise que, si j’ai énormément développé mon réseau professionnel en France (autre enseignement de l’approche nord-américaine : le réseautage, qui n’est absolument pas le piston !) je n’avais pas d’appui particulier, ce qui constitue une difficulté supplémentaire ici où, il faut le dire, le « copinage », plus que la compétence, ouvre des portes très facilement dans certains milieux professionnels.

    Autre point : ce que j’ai apprécié au Canada, c’est l’importance et la place donnée à « la relève », c’est-à-dire aux nouveaux talents émergents, aux jeunes en somme. C’est très stimulant car on sent qu’on a sa place, et qu’on peut réaliser son projet professionnel ou autre si on y met les moyens. Par contre, rien n’est acquis d’avance, et on a moins de sécurité qu’en France au niveau des emplois.

    Ceci dit, l’article aurait cependant gagné à prendre plus de hauteur par rapport à un cas personnel qui pointe des choses justes.

  • Nain Glumeux
    Nain Glumeux
    Nalyseur de proximité.
    • Posté à 10h27 le 28/08/2012
    • Internaute 148099
      Nalyseur de proximité.

    « Life is what happens to you while you’re busy making other plans. »

    John Lennon

  • Knawkyball
    Knawkyball répond à Okotoks
    Chaud comme Athènes
    • Posté à 14h33 le 28/08/2012
    • Internaute 157499
      Chaud comme Athènes

    Pour changer de voie :
    - MOTIVATION
    - VAE
    - Bilan de compétence
    - Cours du soir / Reprise des études
    - Institut de formation
    - CFP
    - DIF

    etc
    Le tout grassement financé par l’Etat ou votre entreprise :)

    Elle est pas belle la France ? Non manifestement les USA sont plus « cool » ...

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