Pakistan : une fillette chrétienne de 11 ans en prison pour blasphème

Manifestation de soutien à Rimsha Masif, la fillette emprisonnée pour blasphème, à Karachi le 25 août (Rizwan Tabassum/AFP)
Au Pakistan, une fillette chrétienne de 11 ans, Rimsha Masif, a été accusée de blasphème et condamnée à quatorze jours de détention préventive dans une prison pour mineurs à Rawalpindi, ville proche de la capitale pakistanaise Islamabad. Selon certaines sources, la fillette serait trisomique, mais les informations à ce sujet sont contradictoires.
Rimsha est accusée d’avoir brûlé des pages d’une version du coran (Noorani Qaida), une méthode d’apprentissage de l’arabe pour débutants, et d’avoir mis les cendres dans un sac en plastique.
L’incident s’est déroulé le 16 août, dans le bidonville de Meherabadi, à Islamabad, où elle vit avec sa famille. Le commissariat de police local a rédigé l’équivalent d’une main courante (FIR, « first information report ») après qu’un voisin a déposé une plainte contre elle.
La foule voulait faire justice elle-même
Le blasphème tombe sous le coup de l’article 295-B du code pénal du Pakistan et est passible de l’emprisonnement à vie ou de la peine de mort.
La nouvelle a été reprise par le site Christians in Pakistan le 18 août. L’affaire a fait grand bruit dans des médias traditionnels pakistanais cinq jours plus tard, le 22 août.
Avant l’arrestation de Rimsha, les habitants du quartier ont bloqué une grande artère de la capitale, avec apparemment l’intention de faire justice elle-même. Le mois dernier, une foule a brûlé un homme mentalement dérangé à Bahwalpur : lui aussi était accusé de blasphème.
Le ministre de l’Harmonie nationale du Pakistan, Paul Bhatti, a fait savoir lors d’une interview donnée à la BBC que 600 chrétiens se sont enfuis de chez eux à Islamabad après l’arrestation pour blasphème de la fillette de 11 ans.
Le souvenir des émeutes de Gojra, en 2009
Les chrétiens ont peur et se cachent ; ils gardent à l’esprit les souvenirs des émeutes de Gojra en 2009 quand une foule musulmane a brûlé les maisons des chrétiens sans que la police n’intervienne. Selon la Commission pakistanaise des droits de l’homme, les émeutes de Gojra avaient été planifiées et l’administration locale était impliquée.
Anthony Permal, un chrétien pakistanais installé dans les Emirats arabes unis, attire l’attention des utilisateurs de Twitter sur cette histoire :
« C’est confirmé, la police pakistanaise a arrêté une fillette chrétienne âgée de 11 ans atteinte de trisomie 21 pour blasphème. »
Confirmed : Police in #Pakistan have arrested an 11 year old Christian girl suffering from Downs Syndrome for blasphemy.
— Tony Khan (@anthonypermal) Août 18, 2012
Très rapidement, une pétition a été mise en ligne pour demander l’asile politique pour Rimsha, comme le rapporte Mohsin Sayeed sur Twitter :
« Faites entendre votre voix pour sauver la vie de Rifta et sa famille. Fuir vers un pays laïque est la seule option possible. Ils vont la tuer. »
Raise your voice to save lives of Rifta&her family. Escape to a secular country is the only option. They will kill her : change.org/petitions/high…
— Mohsin Sayeed(@MohsinSayeed) Août 19, 2012
Le texte de la pétition demande aux pays occidentaux laïcs d’accorder l’asile politique à la famille de Rimsha :
« Les Pakistanais de bonne volonté doivent signer cette pétition, car l’Etat pakistanais n’a pas su protéger l’un de ses gouverneurs quand il s’est élevé contre les lois draconiennes qui régissent le blasphème, où une simple accusation de blasphème mène l’accusé en prison, ou même pire. »
Une autre pétition en appelle au ministre pakistanais des Droits de l’homme et au gouvernement pour la protection et la relaxe de Rimsha Masih.
Le président pakistanais temporise
En attendant, le président pakistanais Asif Ali Zardari a demandé à ses responsables de lui fournir toutes les explications sur la situation. L’ambassadeur pakistanais aux Etats-Unis tweete :
« Le président Zardar a pris en considération les rapports de l’arrestation d’une fillette chrétienne mineure accusée de blasphème et a demandé qu’un rapport complet soit établi. »
Pres Zardari has taken serious note of reports of the arrest of a minor Christian girl on the charges of blasphemy & called for a report
— sherryrehman (@sherryrehman) Août 19, 2012
Amnesty International presse le Pakistan de réformer les lois sur le blasphème :
« Le Pakistan doit assurer la sécurité de la fillette chrétienne arrêtée pour “blasphème” et dont la vie est en danger. »
#Pakistan must ensure safety of Christian girl arrested for ’blasphemy’ whose life is at risk owl.li/d9aPc
— AmnestyInternational (@amnesty) Août 22, 2012
Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a lui aussi demandé aux autorités pakistanaises de libérer la fillette.
Irshad Manji, féministe musulmane et auteure de « Allah, la liberté et l’amour », a condamné les lois pakistanaises sur le blasphème.
« Mon interview en anglais sur RFO parle des lois sur le blasphème au Pakistan, qui ont conduit en prison une fillette chrétienne prénommée Rimsha. »
My @rfi_english interview about #Pakistan’s blasphemy law, which has led 2 jailing of #Christian girl named #Rimsha : bit.ly/NFA75q
— IrshadManji (@IrshadManji) Août 22, 2012
La situation est condamnée par les militants et les activistes des droits de l’Homme pakistanais et quelques politiciens sur Twitter :
- Syed Ali Abbas Zaidi : « La plus courte et tragique histoire jamais écrite sur le mauvais usage des lois sur le blasphème au Pakistan : “Elle n’avait que 11 ans.” »
- Maheen Akhtar : « Où diable est la raison d’être du responsable pakistanais de la justice, dort-il ? Oh, mais attention, c’est un “blasphème” ! »
- Beena Sarwar : « Le plus important dans l’accusation de “blasphème” est l’intention, “niyat”, de l’accusé. C’est quelque chose que les accusateurs ignorent. »
Le Pakistan Peoples Party, au pouvoir, et le parti Pakistan Tehreek Insaaf ont tous les deux condamné l’incident. Le chef du PTI, Imran Khan, tweete :
« Honteux ! Envoyer en prison une fillette de 11 ans est contre l’esprit même de l’Islam qui prône justice et compassion. »
Shameful ! Sending an 11yr old girl to prison is against the very spirit of Islam which is all about being Just and Compassionate.1/2
— Imran Khan (@ImranKhanPTI) Août 20, 2012
Commentaire de la Londonienne Sundas Hoorain, toujours sur Twitter :
« On attend toujours la prise de position et la condamnation de la part du PML-N (Parti de la ligue pakistanaise musulmane) sur la fillette de 11 ans accusée de blasphème, battue et emprisonnée. »
@cmshehbaz Still waiting for action & condemnation from PML-N on an 11yr old getting accused of blasphemy, beaten & arrested #FreeRimsha
— Sundas Hoorain (@SundasHoorain) Août 20, 2012
Tous les autres partis politiques ont peur de s’exprimer sur le problème. C’est un sujet sensible. Cependant, personne au Pakistan ne demande l’abrogation de la loi, comme le rappelle Anthony Permal :
« On ne peut pas abroger la loi sur le blasphème. A) la population n’hésiterait pas à s’organiser en milices privés, et B) les flics ne pourraient pas arrêter les attentats ouvertement islamiques, n’est-ce pas ? »
We can’t repeal blasphemy law. A) mobs would go on vigilante sprees with no qualms & b) cops couldn’t stop open shia killing,how this ?
— Tony Khan (@anthonypermal) Août 20, 2012
En 2010, en qualité de membre privé du parlement, l’ambassadrice Sherry Rehman avait proposé des « Amendements 2010 aux lois sur le blasphème ».
Le 20 décembre 2010, le Conseil idéologique islamique avait lui aussi annoncé qu’il proposait des amendements à la loi pour éviter sa mauvaise interprétation.
Mais les partis religieux élus au Parlement – Jamat-i- Islami, Jamiat Ulema-e-Islam Pakistan, Sunni Tehreek, et d’autres – ont brandi la menace d’une manifestation massive.
Plus tard, Sherry Rehman a reçu des menaces de mort et a dû rester cloîtrée chez elle.
Un gouverneur assassiné pour avoir
remis en cause la loi anti-blasphème
En janvier 2011, le gouverneur du Punjab, Salman Taseer, qui critiquait ouvertement les lois pakistanaises sur le blasphème, a été assassiné en public par son propre garde du corps, Mumtaz Qadri, à cause de ses convictions.
Bizarrement, Qadri est actuellement incarcéré à la prison de Adiala, où Rimsha a été envoyée. Lors de son procès, sur le chemin qui le menait au tribunal, Qadri avait été escorté par ses partisans qui lui jetaient des pétales de rose.
Dans son blog sur le Huffington Post, Malik Siraj Akbar dit que les lois discriminatoires renforcent l’intolérance religieuse au sein de la société pakistanaise :
« Malgré ces événements fâcheux et fréquents, le Pakistan n’a pratiquement pas fait un pas pour réformer cette loi injuste et discriminatoire sur le blasphème.
De telles lois, non seulement sont discriminatoires pour les minorités religieuses, mais de plus aggravent l’intolérance religieuse et le fanatisme de la société pakistanaise.
Elles donnent aux assassins un permis de tuer et la possibilité de s’exonérer facilement de crimes commis au nom de la religion. »
Mehdi Hasan écrit lui sur son blog :
« Personnellement, je n’ai jamais compris pourquoi autant de mes coreligionaires sont si prompts à tuer ou mutiler ceux qui “insultent” l’islam, le prophète Mahomet ou le Coran.
Que se cache-t-il derrière une telle rage, et si j’ose dire, un tel manque de confiance en eux ? Leur Dieu est-il si faible, si sensible, si précieux, qu’Il ne puisse supporter aucune opposition ? »
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Tout Sauf Sarko
Tout Sauf Sarko
Les gens qui tuent pour un blasphème doivent vraiment détester Dieu, pour tuer ses enfants comme ça, malgré son interdiction ! !




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