Décodons 25/08/2012 à 12h22

Rapprocher la carpe CSA et le lapin Arcep, dangereux pour le Net ?

Martin Untersinger | Journaliste Rue89


Marie-Laure Denis, Michel Boyon et Sylvie Genevoix lors d’une conférence de presse du CSA en mai 2009 (Bertrand Langlois/AFP)

Jean-Marc Ayrault a confié mardi à trois ministres – Redressement productif, Culture et Economie numérique – la tâche de réfléchir au « rapprochement » du CSA, qui régule la radio et la télévision, et de l’Arcep, qui s’occupe des réseaux (téléphonique et Internet). Les ministres doivent rendre leurs conclusions fin novembre.

Actuellement, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) s’occupe de la régulation des contenus (radiophoniques, télévisés, comme les temps de parole en période de campagne par exemple), et l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) de la gestion des tuyaux. C’est par exemple cette dernière qui a donné à Free l’autorisation d’utiliser des fréquences disponibles pour son offre mobile.

Problème : de plus en plus de contenus audiovisuels arrivent chez le consommateur sans passer sous l’œil du CSA, et notamment par Internet, grâce à l’essor de la télé connectée et à la multiplication des terminaux (mobiles, tablettes...).

Devant l’éventualité de voir tous ces contenus échapper à la régulation, le gouvernement a donc décidé de réfléchir à un rapprochement. Le projet n’est pas totalement nouveau : le CSA veut depuis longtemps mettre son nez dans Internet.

« Deux têtes qui ne regardent pas dans la même direction »

Un sujet apparemment technique, mais qui est pourtant perçu avec beaucoup de méfiance par le secteur du numérique.

Certains pensent que les missions des deux autorités sont très différentes et difficilement compatibles. Edouard Barreiro, de l’UFC-Que choisir, est par exemple très réticent :

« Les deux autorités répondront de manière différente. La vraie réflexion, ça n’est pas de se demander s’il faut fusionner le CSA et l’Arcep, car on ne pourra pas avoir une autorité indépendante, aux décisions incontestables, si on doit ménager la chèvre et le chou, le contenu et les tuyaux.

On risque de créer un organisme à deux têtes qui ne regardent pas dans la même direction. »

Le président de l’Arcep, Jean-Ludovic Silicani, cité dans Les Echos jeudi, pointe aussi ces différences et estime que les deux régulateurs sont « aux antipodes » : « [L’Arcep] n’agit que pour mettre fin à des dysfonctionnements du marché, elle est peu intrusive. »

A la Cour des comptes, qui recommandait – déjà – en 2009 un rapprochement entre le CSA et l’Arcep, le premier répondait que « les deux activités de gestion des fréquences ne gagneraient rien à être rapprochées » :

« Elles portent sur des contenus très différents avec des objectifs économiques, sociaux et culturels eux aussi très différents. »

Deux avis différents sur un même dossier

Les temps ont changé. Aujourd’hui, le patron du CSA se dit « heureux » de la réflexion initiée par Matignon.

Rapport contre rapport

Un rapport sénatorial de 2007 soulignait que « les métiers et les cultures sont très différents et relèvent de méthodes de travail très éloignées ». Il n’était pas certain « (qu’)engager un projet de si longue haleine soit une réponse adaptée, si tant est qu’il ait quelque chance d’aboutir ».

Une position contredite trois ans plus tard par un rapport parlementaire, qui recommandait la fusion.

Dans un communiqué publié jeudi, l’Arcep se félicite qu’on consulte et qu’on prenne en compte son avis.

Mais l’autorité rappelle « les différences de finalité, d’intensité et de modalité entre la régulation des réseaux, celle des programmes audiovisuels et le régime applicable aux autres contenus acheminés sur ces réseaux ».

Dans le passé, quand un dossier passait successivement par les deux autorités, il est arrivé qu’elles rendent des avis différents.

De plus, si le CSA est soumis aux lois nationales, l’Arcep a une imbrication très étroite avec le droit européen, et notamment le paquet télécom.

L’indépendance de l’Arcep

L’Arcep est une autorité qui défendra farouchement son indépendance (cette dernière est d’autant plus importante qu’elle est protégée par Bruxelles). On se souvient qu’elle avait défendu le petit nouveau Free mobile, au grand dam de l’exécutif de l’époque.

Cette indépendance lui avait valu une sortie violente d’Arnaud Montebourg en juin, qui l’avait accusée de faire « des choix politiques » et de favoriser « la concurrence sans limite ».

D’autres craignent que dans un paysage technologique en plein bouleversement, l’autorité chargée de la régulation des contenus soit dominée par celle qui supervise les tuyaux.

En 2010, le président du CSA, lors d’une audition à l’Assemblée, pointait déjà ce risque :

« Les pays dans lesquels il n’existe qu’un seul organisme rassemblant les compétences de l’Arcept et du CSA sont aussi ceux où l’on n’exerce aucun ou peu de contrôle sur les contenus. »

Du coup, en avril dernier, il posait ses conditions dans La Croix :

« La seconde condition pour un tel rapprochement est qu’il garantisse la suprématie des contenus par rapport aux tuyaux. Ce qui compte dans notre pays, c’est ce que l’on fait circuler dans les réseaux. La technique doit être mise au service des programmes. Et non l’inverse. »

« Un pas de plus vers la censure du Net »

D’autres craignent un contrôle accru du réseau : si le CSA doit réguler, il devra surveiller. L’organisation de défense des droits des internautes La Quadrature du Net, dans un communiqué, juge que le Premier ministre « méconnaît le fonctionnement même d’Internet » :

« Une régulation centralisée d’un réseau décentralisé ne peut pas fonctionner et va dans le sens des politiques répressives du précédent gouvernement, incarnées entre autres par Hadopi. Publier des contenus sur Internet représente la liberté d’expression et la participation démocratique de chacun.

Imposer qu’Internet soit régulé comme la télévision est un pas de plus vers un contrôle administratif du réseau et vers une censure des communications. »

En ligne de mire, la neutralité du Net, ce principe qui veut que quelque soit la nature des données qui transitent sur le réseau (musique, vidéo, e-mail... légales ou non), elles sont traitées sans discrimination.

Le CSA, allié des industries culturelles

Cette règle serait mise à mal si le CSA devait s’y pencher, et soumettre de nombreux acteurs (entreprises, médias, internautes) des limitations ou des règles similaires à celles qui existent pour la télévision ou la radio.

Edouard Barreiro met également en garde contre des « effets collatéraux » :

« Le CSA a tendance à se prononcer en faveur des industries culturelles et a une vision très simple : le contrôle du réseau. »

Une inquiétude que Fleur Pellerin, la ministre déléguée à l’Economie numérique a voulu apaiser, jeudi dans Les Echos :

« Notre position est claire. Nous sommes opposés à la surveillance généralisée et au filtrage. Nous restons très attachés à ces principes. La question n’est pas de limiter la liberté d’expression et les capacités d’innovation liées à la neutralité du Net. »

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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  • Rivendell
    Rivendell
    Toléré par [censored] Guéant.
    • Posté à 12h44 le 25/08/2012
    • Internaute 102483
      Toléré par [censored] Guéant.

    Parallèle troublant : pendant que le PS veut mettre internet sous la surveillance du CSA, le FDG reçoit des appels téléphoniques de Assange.

    • Juste Social
      Juste Social répond à Rivendell
      Réaliste
      • Posté à 14h49 le 25/08/2012
      • Internaute 191525
        Réaliste

      Le FDG reçoit des appels téléphoniques de Assange...

      Pourquoi pas du Pape ?

      • caro
        caro répond à Juste Social
        délinquante avérée
        • Posté à 17h25 le 25/08/2012
        • Internaute 6484
          délinquante avérée

        ça vous défrise que Mélenchon ait fait participer Assange en direct à son meeting de Grenoble ?
        Lien

  • Pierre Serisier
    Pierre Serisier
    Journaliste
    • Posté à 13h06 le 25/08/2012
    • Journaliste 19811
      Journaliste

    C’est quand même un peu embêtant ce retropédalage du Parti socialiste sur la gestion de l’internet. Au début, on partait sur la suppression de l’Hadopi puis sur sa réforme, puis sur une mission de réflexion. On en arrive à la crainte de voir un flicage d’internet.
    La tentation du contrôle de cet outil que les politiques ne comprennent pas bien est finalement universelle. Elle est de droite comme de gauche.

    • la choukette
      la choukette répond à Pierre Serisier
      libre penseur si possible
      • Posté à 14h46 le 25/08/2012
      • Internaute 90914
        libre penseur si possible

      au contraire ils ont parfaitement compris ce à quoi internet peut mettre fin, il ne s’agit ici que de :

      garder le monopole de la diffusion de l’information,

      préserver la pensée unique,

      empêcher l’avènement de la démocratie véritable,

      personnellement je ne m’attendais à rien d’autre de la part de ce gouvernement de bourgeois, aussi hypocrite et maladroit que les précédents.

      • Juste Social
        Juste Social répond à la choukette
        Réaliste
        • Posté à 14h52 le 25/08/2012
        • Internaute 191525
          Réaliste

        Ce gouvernement de bourgeois, beaucoup plus hypocrite, menteur et manipulateur que les précédents !

         
        • mezneth
          mezneth répond à Juste Social
          Onomatopée antropomorphe
          • Posté à 14h57 le 25/08/2012
          • Internaute 70709
            Onomatopée antropomorphe

          Avant de sortir de telles assertions, pour éviter toute partisanerie, on va tout de même attendre qu’ils aient fait rien que le dixieme de mensonges, hypocrisie et manipulations du précédent.

          Même s’il est évident pour tous ceux qui se donnent un peu la peine de réfléchir que ca fait 30 ans que ps et rpr/ump marchent main dans la main.

          • la choukette
            la choukette répond à mezneth
            libre penseur si possible
            • Posté à 15h21 le 25/08/2012
            • Internaute 90914
              libre penseur si possible

            le blanchiment de toute la clique de sarko en sera d’ailleurs la preuve,

            et ce malgré le fait que le PS n’a aucune opposition en face,

            a charge de revanche pour toutes les casseroles au cul qu’auront les membres du PS lorsque l’UMP reviendra au pouvoir en 2017.

            joli club d’intouchables, néo aristocratie indigne de l’idéal démocratique dont on affuble la France depuis trop longtemps.

        2 autres commentaires
    • crotedeunékipudéfaisse
      crotedeunékipudéfaisse répond à Pierre Serisier
      Moyenne, zéro et j'adore ça
      • Posté à 15h10 le 27/08/2012
      • Internaute 187290
        Moyenne, zéro et j'adore ça

      Exact.
      Mais bon, c’est pas une grande surprise. Pour des questions cruciales où des corporations font du lobbying à longueur d’année, c’est différent.
      Même s’il existe des lois sur la propriété, il faut encore qu’on nous bassine avec encore plus de controle, plus de promesses qui ne seront jamais tenues...
      Les français aiment ça le paradigme gauche/droite. C’est pourquoi ils adorent voter pour, à chaque fois, se faire mettre encore un peu plus profond.

  • Septimus
    • Posté à 13h49 le 25/08/2012
    • Internaute 14632

    C’est bizarre que l’article n’explique pas la vraie raison du pouvoir de censure du CSA. Le CSA a un droit de regard sur les contenus radio/TV car cceux-ci sont diffusés en faisant appel à un support public, dont on a licencié l’usage : le spectre électromagnétiques. Cependant, le cas d’Internet, la diffusion ne se fait plus via ces canaux, sauf pour la 3G/4G, dont l’usage est régulé par l’ARCEP (la régulation se fait uniquement sur la qualité des tuyaux, et non pas sur le contenu). Le cas du Wifi est particulier, vu que les bandes de fréquences sont librement utilisables.
    Au passage, je ne sais plus quel membre du conseil constitutionnel a déclaré que si la loi instaurant le CSA avait été présentée au conseil constitutionnel, celle-ci aurait été « retoquée ». Donc Monsieur le CSA, vous allez bientôt mourir (a part pour réguler les chaines de TNT, elles en auraient bien besoin), et il faudra faire avec.

  • la choukette
    la choukette
    libre penseur si possible
    • Posté à 14h49 le 25/08/2012
    • Internaute 90914
      libre penseur si possible

    « Notre position est claire »

    quand une phrase commence ainsi on sait parfaitement que son auteur n’assume absolument pas ce qu’il désire mettre en place

    avec Belladone Pellerin il faut rester ultra vigilant

    • Juste Social
      Juste Social répond à la choukette
      Réaliste
      • Posté à 14h55 le 25/08/2012
      • Internaute 191525
        Réaliste

      Le socialisme est l’art de dire une chose et son contraire, et de faire encore autre chose, tout en promettant la clarté !

      • la choukette
        la choukette répond à Juste Social
        libre penseur si possible
        • Posté à 15h31 le 25/08/2012
        • Internaute 90914
          libre penseur si possible

        1) ne mélangez pas socialisme et PS, cela n’a juste rien a voir.

        2) l’art de dire une chose et de faire le contraire est le propre des gouvernement bourgeois forcés de mettre en place le suffrage universelle suite à un soulèvement populaire.

        le suffrage universelle force la bourgeoisie a caresser la plèbe pour continuer de se faire élire et préserver son statut.

        le bipartisme dans les « démocraties » occidentales n’est là que pour donner l’illusion de choix et laisser la plèbe se déchirer sur des concepts aussi vain que l’opposition droite / gauche.

         
        • lonesome
          lonesome répond à la choukette
          un parmi tant d'autres
          • Posté à 15h53 le 25/08/2012
          • Internaute 165032
            un parmi tant d'autres

          ne vous fatiguez pas à lui répondre juste social, alias caniveau89 n’est qu’un programme automatisé d’opposition bête et méchante.

        1 autres commentaires
  • Phoskito
    Phoskito
    commentateur de sites web
    • Posté à 17h04 le 25/08/2012
    • Internaute 114960
      commentateur de sites web

    « Les pays dans lesquels il n’existe qu’un seul organisme rassemblant les compétences de l’Arcep et du CSA sont aussi ceux où l’on n’exerce aucun ou peu de contrôle sur les contenus. »

    Cette phrase montre bien, à elle seule, à quel point le président du CSA soit n’y connaît rien, soit se fout vraiment du monde...

    Avant de fusionner les deux, il y aurait un énorme boulot à faire pour que le CSA ressemble à un régulateur crédible et acceptable en termes démocratiques...

  • mogg
    mogg
    infographiste
    • Posté à 17h26 le 25/08/2012
    • Internaute 47716
      infographiste

    ah le bon temps de l’ORTF ou « l’information » était bien plus simple !

    et sinon ca n’est pas à internet de s’adapter a un système mourant une fois de plus mais a l’audiovisuelle d’évoluer. ils faudra vous y faire mesdames et messieurs les politiques internet c’est une nébuleuse d’information et d’opinions et le vieux modèle pyramidale doit disparaitre.
    oui c’est surement plus compliqué pour vous mais la démocratie est elle faite pour vous ou pour cette globalité d’individus qu’on appelle notre pays ? !

    de plus le CSA est deja saturé du controle de qqs chaines hertziennes, comment peut il s’imaginer controler l’opinion de millions d’utilisateurs/éditeurs potentiels ? !

    cette fusion serait comme regrouper les syndicats de qqs éditeurs et de qqs imprimeurs en espérant réguler le monde de l’édition. c’est bien sur ridicule et de l’argent jeté par les fenêtres une fois de plus !

  • castor74
    castor74
    auxiliaire de vie
    • Posté à 18h31 le 25/08/2012
    • Internaute 76554
      auxiliaire de vie

    ce qui m importe c est que le flicage en règle style hadopi soit banni a jamais ,effectivement concentrer dans une seule main toute l autoritè ne me semble pas une bonne decision

  • in god we trust
    in god we trust
    Federal Organisation
    • Posté à 19h44 le 25/08/2012
    • Internaute 117369
      Federal Organisation

    Ben de toutes façons , c ’ est bien

    Comme ça le Citoyen peut s ’ améliorer

    On diras après pourquoi il pense comme ça

  • Brédala
    Brédala
    passons...
    • Posté à 13h55 le 26/08/2012
    • Internaute 63792
      passons...

    Une émission palpitante de France-culture (25/08/12) peut compléter l’article :

    « Les Rencontres de Pétrarque »

    Internet, stade final de la démocratie ?

    Invité(s) :
    Dominique Cardon, sociologue au laboratoire des usages de France Telecom et chercheur associé au Centre d’études des mouvements sociaux (EHESS).
    Fabrice Epelboin Lien
    Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée des PME, de l’Innovation et de l’Économie numérique

    Lien

  • Autodéfense_Intellectuelle
    • Posté à 17h36 le 26/08/2012
    • Internaute 87535
      ingénieur

    « Notre position est claire. Nous sommes opposés à la surveillance généralisée et au filtrage. Nous restons très attachés à ces principes. La question n’est pas de limiter la liberté d’expression et les capacités d’innovation liées à la neutralité du Net. »

    C’est-à-dire, après traduction orwellienne du discours politique :
    « Nous allons agir en dehors du débat public, sans demander ni tenir compte de votre avis. Nous allons tendre un piège et resserrer les mailles petit à petit, de façon à ce que quand la majorité ressentira les effets du contrôle systématique de leurs communications, il sera déjà bien trop tard pour penser s’échapper. Toute initiative qui sortira du cadre défini par l’élite, toute recherche d’indépendance vis-à-vis du politiquement correct, sera systématiquement contrecarrée jusqu’à son anéantissement total. Nous avons le temps. Nous sommes les maîtres. Vous n’avez aucune chance. Soumettez-vous ! »

  • Hawkmoon
    Hawkmoon
    (enseignant en Vendée)
    • Posté à 01h12 le 27/08/2012
    • Internaute 33743
      (enseignant en Vendée)

    Le CSA, il sert à quoi... vu le contenu des médias, ça m’évoque des contemplateurs de poubelles... armés d’un chrono... sinon, ben ça ne me semble pas servir à grand chose... moi je dirais plutôt, dans un cadre d’économie, de supprimer purement et simplement le CSA... d’ailleurs, existe-t-il des équivalents en Europe ?

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