Passage à l’acte 20/08/2012 à 11h58

Et si des parents aidaient d’autres parents en difficulté ?

Reporters d'Espoirs | Agence de presse


A Nîmes, des bénévoles de l’association Paseo suivent des familles (Paseo)

Devenir parent et assumer ce rôle au quotidien n’est pas facile. Dans plus de la moitié des cas (56%), la naissance d’un enfant bouleverse la vie de son père et de sa mère au point que ceux-ci se sentent désorientés et démunis, selon une étude de 2011 du secrétariat d’Etat à la Famille. Dans les foyers les plus modestes, ils sont jusqu’à 64% à estimer que la parentalité est une affaire décidément bien compliquée.

Souvent, la crainte du regard de l’autre et la honte de ne pas s’en sortir dissuadent les personnes de demander de l’aide aux services sociaux. Beaucoup se tournent vers leur famille, leurs amis ou même leurs voisins. Mais les autres finissent par se replier sur leur foyer. Isolés. Esseulés. En difficulté. Et ce sont les enfants qui trinquent.

L’idée

Alors pourquoi ne pas demander à d’autres parents, à peu près sereins, de venir en aide à ceux qui ne s’en sortent pas… encore ? Depuis près de 40 ans, une association britannique applique à la lettre le concept. Home-Start aide les familles en situation d’isolement ou de crise à reprendre confiance et à briser leur exclusion sociale.

Un parent se rend chaque semaine au domicile de la famille dans le besoin, l’accompagne dans son quotidien tout en l’aidant à accomplir ses tâches ménagères et administratives. L’objectif est de donner aux grands, comme aux petits, de nouveaux repères, que chacun s’y retrouve et retrouve un peu de tranquillité.

Ce soutien, apporté par des bénévoles eux-mêmes parents, est généralement mieux accepté, car moins stigmatisant. Les familles se sentent plus à leur aise et ressentent moins de culpabilité. Anne-Françoise Dequiré, maître de conférences à l’Institut social de l’Université catholique de Lille :

« Comparé aux services sociaux, le bénévole est un parent qui rencontre les mêmes difficultés que les usagers. Il n’a pas de mandat professionnel. Il n’a pas de comptes à rendre non plus. Sa relation se tisse d’égal à égal. »

Ce type d’assistance n’a pas pour autant vocation à remplacer l’action des services sociaux, mais il peut s’inscrire dans une démarche préventive ou en complémentarité avec l’intervention de professionnels.

En 2011, l’association britannique a aidé près de 36 000 familles. Au bout d’un an, plus de 90% d’entre elles se sentaient mieux intégrées dans leur environnement et utilisaient davantage les services de proximité.

Comment la mettre en pratique ?

Home-Start a voulu que son savoir-faire fasse des petits. En 1998, elle crée une organisation internationale, Home-Start International, pour encourager les initiatives qui vont dans son sens. Aujourd’hui, plus d’une quinzaine de pays en sont membres : l’Australie, le Canada, Israël, le Kenya, l’Afrique du Sud ou le Sri Lanka ou encore la Norvège...


L’association Paseo aide des familles (Paseo)

En France, c’est Paseo, également affiliée au réseau Home-Start, qui porte le projet. En 2007, l’association installe ses quartiers dans le secteur de Pissevin, à Nîmes (Gard), où 83% des familles sont suivies par une assistante sociale et où 60% des locataires vivent en-dessous du seuil de pauvreté (877 euros par mois). Laurence Relin, fondatrice et coordinatrice de l’association :

« Lorsque j’habitais à Londres, j’étais bénévole pour Home-Start. Je n’étais alors qu’une “simple” maman, mais j’avais réussi à remotiver une autre mère. A mon retour en France, je me suis rendu compte qu’il n’existait aucune association similaire. »

En 2011, les dix-sept bénévoles de Paseo ont suivi 25 familles, soit plus d’une soixantaine d’enfants. Un chiffre en progression constante depuis cinq ans. Généralement, les familles arrivent grâce au bouche à oreille : seules 9% d’entre elles sont recommandées par les services sociaux.

Retrouver son autonomie

Contrairement aux autres formes de soutien à la parentalité, comme les groupes de parole, l’accompagnement est ici individuel et à domicile. Claire Gheeraert est à la retraite. Depuis trois ans, elle a suivi plusieurs foyers :

« Dans l’une des familles, les travailleurs sociaux s’occupaient plutôt des enfants et moi, de la maman. Je l’emmenais chez le médecin, faire les courses. J’avais l’impression d’être une tante, qui lui apprenait plein de choses. »

Les bénévoles, comme Claire, suivent au préalable une formation de 30 heures et s’engagent ensuite à consacrer un minimum de trois heures hebdomadaires à la famille dont ils s’occuperont.

Parfois, ils apportent avec eux des jeux de société, pour apprendre aux parents à tisser une certaine complicité avec leurs enfants. Fatima Bellouti a débarqué à Paseo lors de sa quatrième grossesse, lasse et complètement découragée à l’idée d’avoir un enfant de plus :

« La bénévole m’a sortie de chez moi et m’a fait oublier ma grossesse imprévue. J’ai réalisé que je pouvais jouer avec mes enfants, sans me prendre la tête. J’ai également découvert des activités. Depuis, je continue d’emmener mes enfants à la médiathèque. »

Les visites ne durent qu’un an : le but est que la famille retrouve son autonomie. Dans plus de 90% des situations, c’est effectivement le cas.

Ce qu’il reste à faire ?

En France, il existe d’autres structures comparables à Paseo :

Et pourtant, la généralisation de ce type d’approche, en France, n’est pas pour demain, explique Jean-Louis Laville, chercheur au Laboratoire interdisciplinaire en sociologie de l’économie (LISE, Paris). L’intervention sociale reste pensée comme un ensemble d’actes techniques. Et l’une des caractéristiques propres à la France est d’idéaliser le travail social, au détriment du bénévolat :

« Pourtant, ce sont deux évolutions complémentaires. Les formules les plus dynamiques sont celles qui reconnaissent la complémentarité entre bénévoles, usagers et professionnels. »

Il est urgent de ne plus opposer le travail des bénévoles et la mission des professionnels. De privilégier les sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC), qui fêtent cette année leur dixième anniversaire… Ce modèle juridique d’organisation permet à plusieurs catégories d’acteurs de s’associer autour du même projet, de produire ensemble... de l’intérêt collectif.

Carole Dieterich

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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  • kodiak
    kodiak
    myope
    • Posté à 19h47 le 20/08/2012
    • Internaute 148655
      myope

    Vous êtes qui vous ? Allons répondez ! Ceci est une zone de développement mature et soumise au marché ! Allons plus vite : déclinez vos projets financiers pour les minutes à venir ou on vous bute. D’autant plus que si vous regardez bien mon vieux... Y’a les 2/3 des commentaires qui causent d’un autre sujet que celui de l’article ! Dont le vôtre. La Liberté quoi^^

  • SlyG
    SlyG
    Citoyen du Monde
    • Posté à 18h56 le 20/08/2012
    • Internaute 191462
      Citoyen du Monde

    Bonne initiative, rien a dire, maintenant il ne faudrait pas que cela se substitue au travail des services sociaux. Mais l’aide de benevoles aux familles en difficulte apporte cetainement plus de proximite dans les rapports.

  • psych0Dad
    psych0Dad
    sociopathe
    • Posté à 23h11 le 20/08/2012
    • Internaute 81504
      sociopathe

    > Devenir parent et assumer ce rôle au quotidien n’est pas facile.
    > Dans plus de la moitié des cas (56%), la naissance d’un enfant
    > bouleverse la vie de son père et de sa mère au point que ceux-ci
    > se sentent désorientés et démunis,

    Si deja les parents n’etaient plus eux-memes des gamins dans leurs tetes, ca irait un peu mieux. Ce chiffre de 56% me sidere. Je suis bien place pour savoir que l’arrive d’un enfant demande un peu de resilience mais de la a ce qu’un couple sur deux se sente « desoriente et demuni », alors meme qu’ils sont des privilegies au regard de l’histoire... Nous parents d’aujourd’hui avons le choix de faire des enfants quand nous le desirons, c’est a dire quand nous sommes moralement, financierement, affectivement prets. Nous avons a notre disposition des appareils menagers qui nous soulagent des taches qui etaient celles de nos parents / grands-parents, nous permettant ainsi de consacrer un maximum de temps a nos enfants. Et il y en a encore qui trouvent moyen de faire un caca nerveux ? On hallucine !

    • kodiak
      kodiak répond à psych0Dad
      myope
      • Posté à 10h30 le 21/08/2012
      • Internaute 148655
        myope

      Peut-être que ce sont justement toutes ces « facilités à décider quand “nous sommes prêts à” » et ces appareils techniques qui posent une part du hiatus... ? Non ? jadis on faisait, bien ou moins bien, aujourd’hui on se demande si on va assumer de la façon adéquate. Comme si la félicité de vivre dans cette époque bénie de choix multipliés et d’abondance de biens (ou de biens qu’on nous fait miroiter) nous imposait d’être à la Hauteur. La hauteur de quoi : that’s the question.

      • Godzilla
        Godzilla répond à kodiak
        Lézard géant
        • Posté à 16h12 le 21/08/2012
        • Internaute 73784
          Lézard géant

        J’aime vos interventions !
        Je suis d’accord avec vous, mais voici quelques remarques : grâce au progrès de la medecine beaucoup d’enfant restes vivants, il y a donc une tendance vers la surpopulation dans certains secteur de la planète. Cela a une grande influence sur les ressources, les milieux naturels et bien entendu sur les sociétés. On ne peut nier cet état de fait. 7 milliards d’êtres humains n’ont en rien reglé les problèmes fondamentaux de notre espèce tant sur le plan matériel (répartition des richesses, boire à sa soif et manger à sa faim), que sur le plan intellectuel (qui sommes-nous ? la « vie » a-t-elle un sens ?). Procréer aujourd’hui c’est une fuite en avant, qui va en direction du mur. Il est sage de se poser la question : des enfants ? Mais pourquoi faire ?

        Etre libre de choisir le moment pour avoir un enfant et avoir aussi le droit de ne pas en faire, c’est un progrès. Je ne crois pas que le combat pour la contraception à travers l’Histoire fut aussi difficile, si jadis on ne se posait pas aussi même question. Les capotes existent depuis le Néolithique.

        Enfin, un des meilleurs moyens de ne pas sombrer corps et âme dans le cercle infernal de la consommation vaine et aliénante, c’est bien de ne pas faire d’enfants.

        Je ne suis pas aigri et défaitiste car il existe une porte de sortie : repenser le couple, le sexe et la natalité. Nous devons revoir totalement le pourquoi du comment l’on fait des enfants. N’oubliez pas que croitre est un commandement et que la situation démographique actuelle est la dégénérescence de ce vieux système de pensé qui mettaient les femmes au foyer.
        Je partage votre nostalgie d’une époque ou l’on se prenait moins la tête, mais tout n’était pas mieux avant.

         
        • kodiak
          kodiak répond à Godzilla
          myope
          • Posté à 17h49 le 21/08/2012
          • Internaute 148655
            myope

          Merci de ces encouragements. Je tente de rester en équilibre entre dérision et expression d’une opinion. Sans faire trop de textes refermés sur eux-mêmes quand j’y arrive. Bref. Je plussoie avec vous : la baisse moderne de la mortalité, de toutes les mortalités : sauf celle des sociopathes totalitaires, est une bonne nouvelle.

          Et dans un même mouvement demandons-nous si les’« âmes » humaines des sociétés antiques qui se comptaient par dizaines de millions sur le globe, valent pareil que les nôtres qui s’évaluent en milliards. C’est une vieille angoisse.

          La liberté de choix il faut y croire et la défendre. Ainsi ma nostalgie n’est pas regret du bon vieux temps( lequel n’a jamais existé que dans nos esprits affligés de cette affreuse capacité : la mémoire.).

        1 autres commentaires
  • Appleseed
    Appleseed
    Mangeur de Twix
    • Posté à 10h22 le 21/08/2012
    • Internaute 11691
      Mangeur de Twix

    Moi j’ai pris un chien, et bientôt un deuxième, c’est vachement plus cool un chien... J’ai un peu peur de transcrire l’éducation canine à mes gamins par contre plus tard, mais dans pas mal de cas je suis sûr que ça marcherait du tonnerre, un gamin n’est qu’un petit animal (au début) après tout...

    Niark niark

  • fraggleroc
    fraggleroc
    cavernicole
    • Posté à 11h11 le 21/08/2012
    • Internaute 191493
      cavernicole

    « l’aidant à accomplir ses tâches ménagères »

    Je suis moi-même un parent en difficulté, qui peut venir m’aider ? ?

  • fraggleroc
    fraggleroc
    cavernicole
    • Posté à 11h40 le 21/08/2012
    • Internaute 191493
      cavernicole

    franchement rue89, vos auriez pu mettre en illustration deux petits blancs, vous allez encore véhiculer le cliché raciste de l’africain en difficulté scolaire, alors que toutes les études sociologiques démontrent que les enfants d’immigrés réussissent en fait mieux que les autres !

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