Rebondissement 16/08/2012 à 15h33

WikiLeaks : qu’est-ce que l’Equateur trouve à Assange, et vice versa ?

Martin Untersinger | Journaliste Rue89


Capture d’écran d’Assange et Rafael Correa, dans l’émission « The World Tomorrow », en avril 2012 

Depuis près de deux mois, Julian Assange vit retranché dans l’ambassade d’Equateur à Londres. Il avait demandé à ce petit pays andin d’Amérique du Sud l’asile politique, alors que la Grande-Bretagne doit l’extrader vers la Suède dans le cadre d’une affaire de viol et d’agression sexuelle.

La situation s’est accélérée ces derniers jours :

Voir le document

(Fichier PDF)

  • l’Equateur avait décidé d’attendre la fin des Jeux olympiques pour annoncer sa décision concernant la demande d’asile : le ministre équatorien des Affaires étrangères vient de le lui accorder, en invoquant 11 raisons (accessibles dans le document officiel ci-contre, traduites en français ici). Pour le moment, on ne sait pas si Assange va pouvoir sortir librement de l’ambassade ;
  • mercredi soir, le ministre des Affaires étrangères équatorien Ricardo Patiño, lors d’une conférence de presse, dénonçait une lettre qui est parvenue à son ambassade londonienne, dans laquelle les autorités britanniques envisagent de pénétrer dans l’enceinte de l’ambassade pour arrêter Assange, ce que l’Equateur dénonce violemment comme étant une violation de la Convention de Vienne.

Ricardo Patiño, pendant sa conférence de presse, a indiqué :

« Nous voulons être parfaitement clairs : nous ne sommes pas une colonie britannique, l’ère coloniale est révolue. »

Pourquoi le cas d’Assange, qui doit être entendu dans le cadre d’une affaire de mœurs en Suède, prend-il autant d’importance pour l’Equateur ?

Des relations qui se dégradent avec les USA

Le président équatorien Rafael Correa a beau se placer et entretenir des relations cordiales avec Hugo Chavez, Président du Venezuela, les rapports diplomatiques avec les Etats-Unis ont longtemps été assez bons.

Mais lorsqu’il faut, en 2009, renouveler le bail accordé par l’Equateur aux Etats-Unis pour l’utilisation de la base militaire de Manta, à l’ouest du pays, Correa refuse. Bravache, il pose comme condition à ce renouvellement... l’installation d’une base militaire équatorienne à Miami.

Deuxième épisode : suite à la publication des télégrammes diplomatiques du département d’Etat américain, Quito expulse l’ambassadrice des Etats-Unis. Les USA ont répliqué et déclaré l’ambassadeur de Quito auprès des Nations unies persona non grata et ont interrompu une séries de rencontres bilatérales.

On peut donc y voir un élément d’une stratégie anti-américaine en vogue à Quito. Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Iris, spécialiste de l’Amérique latine, dans une interview au Nouvel Obs :

« Rafael Correa entretient des relations assez compliquées avec les Etats-Unis. [Il] tient en Amérique latine et en l’absence du président Chavez, qui est malade, cette diplomatie du verbe volontiers anti-américaine. »

Pour Jean-Jacques Kourliandsky, les considérations de politique interne jouent également un rôle :

« Cela lui apporte une certaine notoriété. Ces derniers mois, il a été contesté par son opposition et par les organisations de coordination de la presse internationale sur des problèmes de liberté de la presse. Il avait donc besoin de se relégitimer sur les questions des droits de l’homme. Cela fait partie de cette bataille d’image pour apparaître comme un protecteur du droit d’asile. »


Capture d’écran de la homepage d’ElCommercio.com, l’un des principaux journaux d’Equateur

Pas un exemple en matière de libertés

L’Equateur n’en reste pas moins un choix étrange pour Assange, héraut de la liberté d’expression. L’ONG Human Rights Watch a déjà dénoncé l’attitude du pays en matière de liberté d’expression, qui a par ailleurs récemment adopté plusieurs lois restreignant la liberté de la presse.

Dès 2010, l’Equateur avait proposé à Assange – alors en pleine agitation des télégrammes diplomatiques – de lui offrir l’asile. Une offre sur laquelle Correa était revenu peu après.

Mais il s’est récemment montré beaucoup plus compatissant envers Assange :

« S’il s’avérait que la vie d’Assange était en danger, [ce serait] une raison qui justifie l’octroi de l’asile [...]. La peine de mort pour des délits politiques existe aux Etats-Unis. »

En avril, alors invité de l’émission de télévision d’Assange, Correa s’était montré très amical et l’avait salué, à sa manière :

« Courage, courage ! Bienvenue dans le club des persécutés ! »

Un club dont il lui a ouvert la porte.

Mise à jour du 16 août 2012 : nous avons traduit les 11 raisons avancées par l’Equateur pour accorder l’asile à Assange.

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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  • JahRastafari
    • Posté à 17h23 le 16/08/2012
    • Internaute 9177

    C’est comme si on pissait dans un violon : Quand certains commentaires (dont le mien) avaient lourdement critiqué (en restant poli) le fait que soi disant, l’Équateur serait un mauvais défenseur de la liberté d’expression ou je ne sais quoi (Lien), rien silence radio. Eh bien rebelote (même si je vous renvoie à mon commentaire ou je détaille in extenso mon argumentation) : non Human Rights Watch n’est pas une référence en quoi que ce soit ; non l’Equateur n’est pas l’un des pires pays en terme de défense de liberté d’expression en AL ; oui le président a le droit d’attaquer en justice un journal qui dit qu’il a fait massacrer des dizaines d’innocents et cela sans preuve aucune.

    2) « On peut donc y voir un élément d’une stratégie anti-américaine en vogue à Quito. »

    D’abord il n’est pas « anti-américain », expression journalistico fourre tout qui nous ferait croire que son ennemi est le peuple des USA. Non repétez après moi, il est anti impérialiste.

    Ensuite : Et alors c’est lui (ou l’Equateur) qui est anti quelque chose ? ce ne serait pas par hasard plutôt le gouvernement des États-Unis qui aurait tenté de soudoyer des policiers et militaires de ce pays (révélé justement par les câbles Wikileaks), ce ne serait pas plutôt les États-Unis qui soutiennent financièrement l’opposition à Correa ? Ce ne serait pas les États-Unis qui ont envahi, au cours de leur histoire et jusqu’à récemment une foultitude de pays latinos ? Qui ont fomenté des coups d’Etat ?
    Et si vous révisiez votre petite boîte à penser préfaite et que vous qualifiez comme cela devrait être le cas, le gouvernement des US d’anti-démocratique (pour toutes les raisons citées plus haut) d’anti vénézuélien, équatorien, bolivien etc ...

    D’avance merci.

  • spleenlancien
    spleenlancien répond à Mon-Al
    Merde à l'or
    • Posté à 18h12 le 16/08/2012
    • Internaute 78672
      Merde à l'or

    Faut pas l’oublier. Pour lui aussi ça craint.

  • Féline
    Féline
    fée
    • Posté à 19h03 le 16/08/2012
    • Internaute 111221
      fée

    Je vois tout de même une certaine ironie au fait que ce soit la même personne qui a tant fait contre une des règles fondamentales de la diplomatie (le secret) qui aujourd’hui s’abrite derrière une des autres règles fondamentales de la diplomatie : l’inviolabilité des ambassades.

    Mais bon, malgré tous les reproches que j’ai à l’encontre de l’entreprise de M. Assange, voir la domination planétaire des anglo-saxons être malmenée à ce point par un « petit » pays, et sans qu’une goutte de sang ne soit versée, y’a pas, ça fait quand même plaisir...

  • Grasduc
    Grasduc
    Fainéant
    • Posté à 12h48 le 18/08/2012
    • Internaute 133162
      Fainéant

    Pourquoi l’Equateur ? Vaï, la réponse était facile. On se croirait du temps de Carlos et de la Libye. Le terrorisme et la répression en moins.
    D’un coté un petit Etat qui cherche à se donner une légitimité locale et internationale.
    D’un autre un « personna non grata » qui ferait mieux de fiche le camp des états « plutôt démocratiques » de peur de tomber dans l’escalier par accident.
    Ils sont fait pour se rencontrer... !
    Espérons pour Assange que l’Equateur aura toujours besoin d’une telle notoriété, cf la fin de Carlos...
    Les acteurs changent mais la pièce est la même.

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