RennesTV.fr 14/08/2012 à 12h24

L’édito « homophobe et nauséabond » de Ouest-France qui ne passe pas

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Olivier ROTH | Journaliste et rédacteur en chef adjoint


Un couple s’embrasse lors de la Gay Pride à Paris, le 30 juin 2012 (FRED DUFOUR/AFP)

Dans moins d’un an, les homosexuels pourront se marier en France, qui deviendra ainsi le huitième pays européen à autoriser leur union, sept ans après la très catholique Espagne. La future loi sur l’égalité des couples, dont le vote est fixé au printemps 2013, attise déjà les passions et les réactions hostiles des défenseurs de la famille, déterminés à faire entendre leur voix.

Une prière polémique
Le 15 août, une prière rédigée par le cardinal André Vingt-Trois, président de la conférence des évêques de France, sera lue dans chaque paroisse. Celle-ci insiste sur l’importance de la famille traditionnelle et s’oppose implicitement au mariage pour tous et à l’homoparentalité.

Samedi, l’éditorial paru dans Ouest France signé François-Régis Hutin (dont il est l’actuel PDG), qui titrait « Prière, mariage homosexuel et euthanasie », a ébranlé la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans), indignée par un texte relayant telles quelles les positions de l’Eglise sur le mariage civil.

Ce n’est pas la première fois que le journal de référence de l’Ouest se fait épingler pour ses prises de positions ouvertement familialistes (ou parentalistes). Le 1er juillet, la publication d’un édito intitulé « Des repères stables pour surmonter la crise », rédigé par Jeanne-Emmanuelle Hutin (qui n’est autre que la fille de F.R. Hutin) avait défrayé la chronique en affirmant que les revendications des LGBT autour du mariage et de l’adoption pourraient engendrer des « bouleversements beaucoup plus profonds de la société, dont les conséquences anthropologiques n’ont pas été étudiées ».

Malgré l’abondance des études sur l’homoparentalité, un phénomène qui concernerait entre 25 000 et 45 000 enfants sur le sol français, la journaliste conclut : « Les citoyens n’ont donc pas toutes les cartes en main pour forger leur opinion. » Mais n’est-ce pas le rôle d’un éditorialiste que de donner à ses lecteurs les clefs pour comprendre le monde contemporain ?

Ceci n’est pas une déclaration de guerre... mais d’amour !

Avant de poursuivre, quelques clarifications sont de mise. Il ne s’agit pas ici de tirer à boulets rouges sur nos éminents confrères, et il n’est pas question non plus de mettre sur le même plan le travail de toute une équipe et les errements de quelques-uns.

Si un tel sujet mérite l’attention, c’est d’abord parce qu’il a fait réagir des acteurs locaux comme le Centre gay lesbien bi et trans (Cglbt) de Rennes, choqué de voir l’argumentaire de l’Eglise repris point par point par François-Régis Hutin, qui invoque la liberté d’expression pour justifier son billet partisan. Extraits :

« [...] On peut se demander quelles sont les raisons de la revendication du mariage par les homosexuels. [...] La formule du Pacs n’a-t-elle pas été élaborée justement pour garantir, à bon droit, un minimum de sécurité dans la relation de personnes qui, homosexuelles ou non, désirent vivre ensemble ? On ne voit pas bien ce que le mariage apporterait en plus. Par contre, on voit bien que la notion même de mariage serait encore plus dévaluée et même privée de son sens profond qui est, croyait-on jusqu’à présent, d’assurer dans de meilleures conditions la prolongation de la vie de la société en garantissant une certaine sécurité, notamment aux femmes et aux enfants, qu’ainsi l’homme ne peut abandonner au gré de ses désirs. [...]

On le voit, ces questions sont fondamentales car elles touchent le fondement même de la société, c’est-à-dire ce pacte social qui règle de fait et de droit les rapports entre ses membres. Ces questions ont déjà été traitées récemment à fond par des assemblées parlementaires à la suite de larges consultations et concertations. Pourquoi y revenir aujourd’hui ? Notre pays, en proie déjà à de nombreuses et si graves difficultés, a-t-il vraiment besoin de se voir divisé sur de telles questions ? On sait parfaitement qu’elles résonnent au plus profond des consciences et qu’une fracture provoquée à ce niveau pourrait avoir de considérables et irrémédiables conséquences. »

« Ce genre d’horreurs va se multiplier »

« Homophobe », « rétrograde », « nauséabond »... Le Cglbt de Rennes n’a pas de mots assez durs pour exprimer sa colère face à ce texte qui condense selon lui les stéréotypes les plus éculés sur l’ouverture du mariage aux couples du même sexe.

Dans un billet publié à chaud sur Internet, les militants rennais pro-égalité se fendent d’une lettre ouverte au sieur Hutin, présenté comme « loin de toute réalité » lorsqu’il défend « l’idée que parentalité doit rimer avec hétérosexualité ».

Quant à savoir pourquoi les homosexuels ne se contentent pas du Pacs, leur réponse est pour le moins cinglante :

« On veut les mêmes droits que tout le monde, y compris celui de divorcer. Le mariage, [...] c’est juste une manière encore très puissante de gueuler au monde entier que l’on aime une personne à la folie. Le Pacs, excusez du peu, mais ça ne veut pas tellement dire cela. [...] Laissez-nous clamer notre amour avec confettis, cérémonial, témoins, frous-frous, et un “Oui, je veux”. »

Pour Erwann Le Hô, président du Cglbt de Rennes, « ce genre d’horreurs va se multiplier d’ici cet automne, avec le début des travaux parlementaires ». L’édito de Ouest-France n’a pas surpris le jeune homme, habitué aux rapports conflictuels avec la presse et certains groupes politiques :

« La marche des fiertés, par exemple, n’est suivie que depuis deux ou trois ans. Avant, c’était une photo, une brève, c’est tout, mais maintenant que plusieurs milliers de personnes descendent dans la rue à cette occasion, ils ne pouvaient plus nous ignorer. »

Le militant se souvient aussi du jour où la subvention à son association a été votée au conseil municipal :

« L’élu d’opposition Bruno Chavanat [UMP, ndlr] était d’accord pour le financement, mais il avait rappelé que cela ne revenait pas à soutenir le droit au mariage revendiqué par le Cglbt ».

D’après Erwann Le Hô, « il se plante complètement, de plus en plus de sympathisants et d’élus de droite sont favorables à l’égalité des droits, mais ils le cachent pour des raisons électorales, qui n’ont plus lieu d’être ».

L’adoption par des couples homosexuels est encore loin de faire consensus mais la question du mariage, dans la mesure où elle ne concerne que des adultes majeurs et vaccinés, commence à être largement acceptée, notamment chez les jeunes générations. Selon le président du Cglbt, cela vaut aussi bien pour l’Eglise catholique elle-même :

« La position officielle du Vatican, c’est d’accueillir, d’écouter les homosexuels, tout en condamnent l’acte sexuel, et l’acte d’amour. Ils prônent l’abstinence comme solution, mais il y a beaucoup de personnes progressistes au sein de l’Eglise, qui savent que cette position est intenable. »

Mais Erwann Le Hô a bon espoir de voir un jour le bout du tunnel :

« Les autorités catholiques ont réussi à ouvrir de nombreux débats et à faire des avancées considérables sur des sujets de société, alors pourquoi pas sur le mariage ? »

Publié initialement sur
RennesTV.fr
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  • Pline Le Jeune II
    • Posté à 12h46 le 14/08/2012
    • Internaute 191143
      Expert

    Ici c’est l’Eglise qui prend mais le débat avant d’être religieux est d’abord philosophique car il ne s’agit pas de partir d’une révélation quelconque mais des vérités inscrites en l’homme et accessibles par la raison. A ce titre de nombreux intellectuels soutiennent ou s’opposent au mariage gay, de même qu’au sein de la communauté gay. Le mariage et l’adoption d’enfants par des couples homosexuels est loin de remporter l’unanimité.

  • Iv
    Iv
    Roboticien utopiste
    • Posté à 13h09 le 14/08/2012
    • Internaute 39192
      Roboticien utopiste

    « [...] On peut se demander quelles sont les raisons de la revendication du mariage par les homosexuels. [...] La formule du Pacs n’a-t-elle pas été élaborée justement pour garantir, à bon droit, un minimum de sécurité dans la relation de personnes qui, homosexuelles ou non, désirent vivre ensemble ? On ne voit pas bien ce que le mariage apporterait en plus. »

    Mais, très chères grenouilles de bénitier, c’est la faute à qui si plein de droits attachés au mariage ont été refusés aux PACSé(e)s ? L’adoption et le droit de séjour sont deux choses qui viennent immédiatement à l’esprit. Le manque de retranscription dans les autres pays en est une autre. Fallait pas freiner des 4 fers pendant les votes sur le PACS (où la France a loupé une bonne occasion d’être à la pointe du droit social soit dit au passage).

    Je suis marié à une étrangère, couple hétéro « normal » je vois pourtant la galère monumentale que sont les procédures qui en découlent. C’est bien simple : on ne planifie plus nos voyages en fonction des saisons ou de nos vacances, mais en fonction des délais de l’administration Française, qui ne comprend pas ce qui nous prend de passer plusieurs mois hors de France ni pourquoi on peut bien avoir besoin d’un permis de conduire dans les deux pays. J’imagine ce que doit vivre un couple binational homo où chaque étape est assujettie à un jugement arbitraire, car contrairement au mariage, le PACS n’est qu’un indicateur de lien familial, sujet à l’approbation des autorités, qui peuvent le balayer d’un revers de main sans justification.

  • Kiwai
    Kiwai répond à Pline Le Jeune II
    Futur désabusé
    • Posté à 13h10 le 14/08/2012
    • Internaute 151124
      Futur désabusé

    Ca n’a rien de philosophique, ni même de scientifique, c’est beaucoup plus simple que cela : ça se nomme égalité. Un truc marqué sur des bâtiments publiques, à tout le monde, nos « maisons communes » à nous, entre deux autres mots guère plus utilisés.

    Si moi j’ai le droit de me marier avec celle que j’aime, pourquoi cette femme, à coté de moi, n’aurait pas le droit de faire de même ? Pourquoi cet homme, semblable en tout point à moi, avec les mêmes droits et devoirs (citoyen comme moi), ne pourrait pas épouser celui qu’il aime ?

    Ce n’est pas une question de décision, ou d’ouverture, ni même que ça plaise à une majorité ou non (ou à la vieille oligarchie au pouvoir), il s’agit juste de faire respecter l’égalité entre les individus dans tous les domaines : ici celle d’aller se faire inscrire comme couple de façon très officielle au sein de la société, habillés en pingouin ou en meringue, et de se faire balancer du riz sur le coin du museau à la sortie de la mairie. Ah bah tiens, c’est justement le bâtiment avec marqué dessus égalité ; amusant comme coincidence, non ?

  • Anthony Mercatante
    Anthony Mercatante répond à Kiwai
    Informaticien
    • Posté à 13h36 le 14/08/2012
    • Internaute 142675
      Informaticien

    Vous me faites rire avec votre prétendue égalité, affichée en gras comme étant la conséquence d’un raisonnement purement cartésien...

    Vous voulez du raisonnement logique, en voici un : l’égalité existe déjà. Toute personne en France a le DROIT de se marier. Le mariage étant défini comment étant l’union civile de deux personnes de sexe différent.
    Cette prédisposition : « tout citoyen français à le droit de s’unir légalement à une personne de sexe différent » s’applique à tous.

    Les homos prétendent ne pas avoir le droit de se marier ? C’est faux, ils le peuvent, dans le cadre de ce qui est en France défini comme étant le mariage. C’est la définition et le cadre du mariage qui demandent à être repensés et redéfinis. Mais l’égalité d’accès au mariage, dans les limites de ce qu’est un « mariage », est déjà acquise.

    En France, le mariage n’est pas « l’union de deux être, point ! ». Cela devrait l’être ? J’aurai à être d’accord avec cette définition, mais je pense que cela mérite un débat.
    Je serai de votre coté dans ce débat, mais je crains que vous n’ayez pas compris ce qu’est le droit et la logique.

  • vamonos_ja
    vamonos_ja répond à khtulu44
    • Posté à 15h34 le 14/08/2012
    • Internaute 136536

    En tant qu’ancien croyant, je me permet de vous répondre, en espérant que mon infériorité intellectuelle ne m’empêchera pas de me hisser jusqu’à vous.
    Les Quatre évangiles (et donc, éventuellement, Jésus) ne disent rien des unions et relations entre personnes du mêmes sexe. C’est d’ailleurs au nom de cette ouverture, confirmée par le principe « ne juge pas et tu ne seras pas jugé », que des pasteurs célèbrent des mariages homos, et que quelques pasteurs gays ou lesbiennes on pu être consacrés en Suisse.

    Saint Paul était clairement homophobe et misogyne, mais ce n’était qu’un homme, pas même un prophète, sa vision du monde reflète simplement l’archaïsme de celle de ses contemporains, les épîtres ne sont pas à prendre au pied de la lettre.

    Quant aux lois de l’AT, clairement homophobes, la plupart des chrétiens considèrent qu’elles ont été « réformées » par Jésus et donc obsolètes. Ainsi, les chrétiens peuvent manger du porc et ne pas se circoncir.

  • Olivier ROTH
    Olivier ROTH répond à Anthony Mercatante
    Auteur(e) de l'article Journaliste et rédacteur en (...)
    • Posté à 18h15 le 14/08/2012
    • Internaute 191263
      Journaliste et rédacteur en (...)

    Cher Anthony,

    Si je vous comprends bien, donner la parole aux LGBT et faire entendre leur indignation relève du fascisme intellectuel, tandis que défendre les familialistes (et non familiaRistes, amusant lapsus) fait de vous le nouveau Voltaire ?

    Allons, un peu de sérieux, les associations familialistes s’opposent à l’égalité des droits pour les LGBT depuis des années (mariage, adoption, mais aussi PaCS, don du sang, etc.), et la violence des réactions que vous déplorez n’est que l’écho des discriminations dont ils sont encore et toujours victimes. Je me souviens par ailleurs d’une ministre qui avait « épinglé » l’UNAF pour ces mêmes raisons, la traiteriez-vous aussi de bobo fascisante ?

    Le but de cet article n’était pas de clore le débat, mais de donner un droit de réponse à ceux qui se sont sentis lésés par l’édito en question, ouvrant ainsi la réflexion sur la proximité entre médias et autorités religieuses, dont l’influence en France est considérable (d’où notre « retard » européen en la matière).

    Au reste, débattre, n’est-pas ce que nous sommes tous en train de faire sur ce forum ? En réagissant de la sorte à un article qui ne fait que rapporter des réactions sans prendre position (il ne s’agissait pas d’une tribune, mais d’un droit de réponse), n’est-ce pas vous qui tentez de clore le débat ?

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