Triés sur le volet 12/08/2012 à 10h08

Trouver un appart, c’est comme pour un job, il faut une lettre de motivation

Ramses Kefi | Journaliste Rue89

Quand plusieurs « bons » candidats solvables se battent pour un logement, certains tentent la missive personnelle. Et ça marche. Ou pas.


Un stylo et des feuilles de papier (David Merz/Flickr/CC)

Entendue à Rue89, l’histoire d’une consoeur journaliste, il y a quelques jours, qui, penchée sur son bureau une feuille blanche et un stylo à la main, a titillé la curiosité de ses collègues. Elle semblait tellement concentrée, passionnée, qu’ils avaient fini par lui demander ce sur quoi elle travaillait :

« J’écris une lettre de motivation pour trouver un appartement. »

Un moyen de faire pencher la balance, quand un tas de candidats à la location se battent pour le même Graal. Une démarche pas très répandue quand on passe par une agence selon les professionnels de l’immobilier contactés, mais qui se répand lorsqu’on traite entre particuliers. Benjamin Rondreux, gérant de l’agence « Dixhuitième avenue » :

« Il y a une crise du logement qui peut créer des manifestations de désespoir. (...) Une lettre de motivation ? Ce n’est quand même pas un entretien d’embauche. »

« Ça a marché, mais je ne sais pas si il l’a lue »

En 2008, alors qu’elle doit quitter son domicile parisien – « J’étais sous le coup d’un congé pour habiter » – Aurore, fonctionnaire, la trentaine (elle nous a contactés suite à notre appel à témoins passé aux riverains qui auraient rédigé une lettre de motivation), s’inscrit dans plusieurs agences immobilières.

Malgré des revenus suffisants, elles rechignent pourtant à lui louer un appartement.

« J’en avais visité quelques uns, ils m’avaient plu et mon dossier était bon. »

Dans l’urgence, elle décide alors de joindre une lettre de motivation à son dossier :

« J’ai tenté le tout pour le tout, puisque jusque là, ça n’avait pas fonctionné. »

Un courrier, à l’attention du propriétaire d’un appartement parisien « bien placé mais au parquet pourri », dans lequel elle se présente et explique sa situation, ses motivations. Son intention aussi de changer le parquet abimé, à ses propres frais :

« J’ai pensé que cela le rassurerait de savoir à quel point j’étais determinée. »

Elle obtiendra finalement cet appartement :

« Quand je l’ai vu, le proprio ne m’en a pas parlé : je ne sais donc pas si ma lettre a changé quelque chose (...) Quand je raconte ça à mes amies, elles me regardent avec de grands yeux. »

« L’empathie, c’est ce qui fonctionne le mieux »

Après ses études, Celine, « jeune active » lyonnaise, elle aussi riveraine, s’est mise à la recherche d’ un appartement avec son compagnon. « Un T3, pour fonder une famille. » Parce que sa quête s’annonçait compliquée, ses amis lui ont conseillé d’écrire une lettre de motivation :

« Un jour, nous sommes tombés sur des propriétaires jeunes, sympas et compréhensifs. Grâce aux arguments que nous leur avons exposés, nous les avons convaincus.

Nous leur avions dit que nous nous projetions sur le moyen terme et que nous voulions fonder une famille. »

Un récit qui fait sourire Aude, la vingtaine passée, qui se rappelle encore de « ses dossiers bâclés » quand elle cherchait un toit sur Paris. Et surtout, de celui d’un jeune couple qu’un propriétaire lui avait montré comme exemple :

« Ça ressemblait à une thèse. C’était un cahier broché avec une photo bien comme il faut. Genre la tête de la fille sur l’épaule de son copain. »

Celine :

« L’empathie, c’est ce qui fonctionne le mieux. »

Des lettres de recommandation de ses anciens proprios

Même si elle ne contredit pas Céline, L’agence Guy L’Hoquet à Lyon nuance le point de vue de la jeune femme :

« Une lettre, c’est un plus pour convaincre un propriétaire réticent. Cela permet d’établir une proximité. Ca reste néanmoins rare. Et puis, s’il n’y a pas les revenus suffisants, la lettre ne servira à rien. »

Effectivement. Fred (son prénom a été modifié), dans un témoignage envoyé à Rue89, a raconté son périple d’étudiant à la recherche d’un appartement à Marseille. Et son manque de moyens, qui refroidirait n’importe quel propriétaire, quand bien-même celui-ci aurait en face de ses yeux la plus belle des lettres :

« Locataire depuis 5 ans ailleurs en France, j’ai demandé à chacun de mes anciens propriétaires de me faire une attestation déclarant que j’étais un locataire modèle, autant dans le paiement des loyers, que dans la tenue de l’appartement. »

Il a pourtant tout tenté :

« Je leur ai dit que j’étais boursier (ce qui est faux car je n’y avais plus droit) et étudiant en journalisme. Je leur répétais “Journaliste, c’est du sérieux vous savez, on peut même passer à la TV”. »

« Ça n’est pas passé. »

« Tu es curieux de savoir qui vivra chez toi »

« Vous savez, chez nous, les rares dossiers accompagnés de lettres sont déjà de très bons dossiers » glisse un agent immobilier lyonnais :

« Ce qui importe au proprio, c’est d’être payé. »

Certains y sont pourtant sensibles. C’est justement parce que « le candidat » avait glissé un petit mot à Saphir, jeune propriétaire dans le Val de Marne, « qu’il a réussi le test » :

« Tu es forcément curieux de savoir qui vivra chez toi. Et si cette personne semble être quelqu’un de bien, c’est mieux. Moi, j’ai loué à un jeune homme qui a beaucoup insisté sur son côté responsable.

Le feeling est passé. Il y avait des candidats plus friqués. Il n’était pas pauvre, mais il suffisait de pas grand chose pour qu’il connaisse des fins de mois difficiles. Je ne sais pas, il m’a rassuré, je me suis mis à sa place aussi. J’ai dit ok. »

« Une discrimination qui peut forcément exister »

C’est aussi le feeling, qui lors de l’entretien, a convaincu Patrick, propriétaire d’un deux pièces à Paris, de louer à un jeune assureur aux revenus pourtant incertains. Il avait diffusé son annonce sur quelques réseaux intranet d’entreprises dans lesquelles il était passé. Il voulait par dessus-tout éviter « un rapport patron-employé » avec son locataire, plutôt quelque chose de moins formel :

« Ça crée forcément une forme de discrimination car on juge sur des critères qui dépassent ceux “objectifs” exposés dans le dossier. »

Patrick se souvient des candidats qu’il avait sélectionnés, puis rencontrés. « Tous motivés, tous super intéressés », avec les revenus suffisants. Et avec chacun leurs arguments au moment de l’entretien fatidique :

« Il y en avait un qui jouait sur ma conscience gauchiste et anti-raciste (la fille sortait avec un sénégalais), un autre sur l’histoire d’amour qu’il vivait avec sa copine pour m’attendrir. Il y avait aussi une nana très lyrique qui racontait son coup de foudre avec l’appart (“Nous sommes faits l’un pour l’autre”) et un assureur assez sympa. J’ai choisi l’assureur. »

Il ajoute :

« J’ai senti que ça ne le dérangeait de faire toute la paperasserie à ma place. Je sentais qu’il aimait ça. En plus, il était drôle. »

« Le proprio a lu mes articles »

Amira (lle nom a été changé) est (aussi) journaliste. Parisienne, elle a déménagé pour des raisons professionnelles en province, dans la région de Toulouse. Elle n’a pas écrit de lettre pour trouver un logement, mais presque :

« Une fois, mon proprio est venu me rendre visite. Et là, il me dit qu’il a lu tous mes articles. Il a commencé à me citer. Ça lui a permis de me cerner, d’autant plus que certains étaient assez personnels. »

Sur le coup, elle s’est sentie mal à l’aise. « Juste après, j’ai ri » :

« Il s’est renseigné sur moi. J’avais l’impression qu’il avait fouillé dans ma vie, qu’il me connaissait. C’était bizarre en fait. L’espace de quelques minutes, c’est comme s’il avait outrepassé son rôle de proprio pour s’immiscer dans mon intimité. »

Aude lui emboîte le pas :

« Ils nous demandent déjà assez de choses personnelles au moment de constituer nos dossiers. Pas besoin d’en rajouter et de se plier à des choses qui ne sont pas obligatoires. »

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  • Auroralucie
    Auroralucie
    Collectionneuse de rognures d' (...)
    • Posté à 11h58 le 12/08/2012
    • Internaute 124160
      Collectionneuse de rognures d' (...)

    L’été d’il y a deux, ans, je cherchais une maison à louer avec jardin, étant coincée dans un appartement abominable suite à un incendie.
    Je cherchais bien entendu quelque chose de viable pour avant l’hiver.

    J’apprends que telle maison au jardin avec vue paradisiaque va se louer d’ici quelques mois, et me procure le numéro de téléphone du propriétaire.
    C’est ce dernier qui m’a lui-même demandé de lui envoyer une lettre de motivation.
    Après réception de la lettre dactylographiée de motivation, au bien cordialement final, le propriétaire est venu me rendre visite à cet ancien domicile, l’appartement où tout moisit. Je lui ai offert un café, et ai entendu sa tristesse de veuf, tout comme il a apprit quelle mésaventure brulante m’avait conduite là.

    Trois mois plus tard, le locataire prévoit enfin de quitter ce logement, et je l’apprends après que ce brave propriétaire ait déjà fait visiter la maisonnette, à entre autres mon ancienne voisine, victime elle-aussi de l’incendie.

    J’ai préparé un dossier, n’étant plus à cela prêt après quelques mois de batailles manuscrites avec mon assurance.
    Donc, dossier dans le but de louer la jolie maisonnette avec jardin de 1000 mètres carrés, dans lequel lettre de motivation dactylographiée , courrier de soutiens de l’ancienne propriétaire, certificat du tribunal de ma non-responsabilité dans l’incendie de mon ancien domicile, anciennes quittances de loyer, justificatifs de rentrées d’argent mensuelles et certificats d’assurance.
    Et, c’est moi qui ait signé le bail. Le propriétaire m’a avoué avoir éprouvé de l’empathie pour moi et mon colocataire-chat.

    Il ne voulait pas vendre sa maison, alors que depuis des années, de nombreuses demandes venaient à lui.
    Et j’ai construit un nouveau dossier, pour acheter la maison.

    Depuis deux mois, je suis propriétaire de la vue paradisiaque au jardin fleuri, ceci grâce en premier lieu à une lettre de motivation, et à un incendie.....

  • Auroralucie
    Auroralucie répond à Pafacil
    Collectionneuse de rognures d' (...)
    • Posté à 12h02 le 12/08/2012
    • Internaute 124160
      Collectionneuse de rognures d' (...)

    Mon bail avait un tarif de loyer prohibitif, 250 Euros. En échange, je devais entretenir les lieux, ce que j’ai fait, et aurais fait ailleurs de toute façon.
    Le propriétaire constatant que je suis un(e) des seul(e)s locataires à avoir respecté le contrat, m’a vendu la maison, à un tarif plus qu’attrayant.

  • zygzornifle
    zygzornifle
    Poussière d'étoiles
    • Posté à 12h40 le 12/08/2012
    • Internaute 160367
      Poussière d'étoiles

    Bientot pour mourrir il va falloir une lettre de motivation.......

  • labrisure
    labrisure
    Personnage exceptionnel
    • Posté à 13h45 le 12/08/2012
    • Internaute 48949
      Personnage exceptionnel

    Mi HS, mi en plein dans le sujet. Je me souviens du premier studio que j’ai loué à Paris. La propriétaire (qui gérait les affaires avec sa fille, vraiment glauque tout ça), qui, d’ailleurs, ressemblait à Jeanne Moreau, avait pour critère principal la personnalité.

    Elle voulait des personnes « bien élevés » : pas de musique, pas de personnes bruyants, respect des règles. Elle m’avait confié qu’il lui était arrivé de préférer des locataires aux revenus moindres que d’autres candidats mais plus respectueux et calmes.

  • loloetalex
    loloetalex
    De plus en plus en colère
    • Posté à 13h54 le 12/08/2012
    • Internaute 79845
      De plus en plus en colère

    Aucun proprio ne demande à être amis sur Facebook ? Ça ne saurait tarder.

  • margot
    • Posté à 13h57 le 12/08/2012
    • Internaute 10060

    C’est toujours la première page de notre dossier quand nous changeons d’appart, et ça marche (à chaque fois que nous avons eu un retour d’un proprio, c’était pour nous dire « vous me semblez des gens bien et sympathiques »).

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